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Back in the USA

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Je me surprends à rallumer nerveusement un deuxième clope d’affilé. Neuf ans ont passé depuis nos adieux dans l’aéroport de Sacramento.

De sobres adieux. Nous fûmes tous les deux d’une raideur parfaite. Tout à coup, cette parenthèse de quatre mois se refermait derrière nous et je me rendais compte à quel point elle avait été intense. Aussi n’eus-je pas trop de regrets malgré l'échec - retour au pays la queue entre les jambes.
Je dissimulai néanmoins mes sentiments comme tout homme un peu viril doit. Je crois que c’était réciproque. Mais comment savoir ? Un Yanki ne tombe jamais complètement l’armure, quel que soit son sexe. Pas de trêve dans la guerre économique… Mais c’est pas le moment de se laisser envahir par l’anti-américanisme primaire !

Mieux vaut que je me concentre sur mes souvenirs. Ils se font plus nets à mesure que son train se rapproche. Je vois encore la déception des jeunes Yankis dans l’avion, pressés de découvrir les Champs-Élysées, le Moulin-Rouge, les petites femmes de Paris et tout le tintouin, quand, descendant sur Roissy, ils purent enfin apercevoir à travers les hublots la France, ses petits arbres tout rabougris sous le crachin… Je fus moi-même un peu gêné de la pingrerie de ce paysage dont je me sentais un peu responsable. S'il avait pu faire beau, au moins. Dix heures plus tôt, nous laissions un chaud soleil qui baignait les forts reliefs vert foncé de la Sierra, à quelques semaines seulement de Noël.

Je tape un peu du pied sur le quai pour me réchauffer. À l’accueil, on m’a dit de me mettre au milieu de la gare pour attendre, que le train en provenance de Laon allait bientôt arriver.
Pour me réchauffer, parce qu’on se les pèle, et pour attirer l’attention de deux blondes, à dix heures. Deux Bataves ? Elles me font penser, je ne sais pas pourquoi, à deux poires bien mûres. Elles doivent attendre le Paris-Amsterdam et ne semblent pas très farouches. Je devrais les dissuader de partir si vite, sans avoir goûté à la cuisine française. Je me débrouille assez bien pour les initier :
- I’m able to cook for you, young ladies - some french receipts you’ll never forgive !… Non, forget ! J’en profite pour réviser un peu mon anglais dans ma tête. Hélas, je ne peux rien tenter ; suis coincé, j’ai promis que je serai là…

Sans crissements de freins ni coups de sifflet, sans que je l’entende, le train est arrivé. Les voyageurs s’éparpillent déjà dans la gare. Cinq longues minutes s’écoulent avant que je l’aperçoive, enfin :

- Hello, Lapinos !… You know, you are exactly the same ! Maybe your hair…
- But don’t worry, you didn’t change at all either, Henri…

Commentaires

  • Qu'est-ce à dire ? Votre pelage se serait-il dégarni ?

  • A propos de bouquet garni, une recette se dit "recipe" (prononcé "récipi"), tandis que "receipt" désigne un ticket de caisse... nettement moins glamour.

  • I know my English is very bad and I'm just trying to improve it with my friend Henri. Thank you for helping me too.

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