vendredi, 31 mars 2006

Mes confessions

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J'étais curieux en ouvrant Les Confessions de savoir comment Rousseau allait s'y prendre pour régler ses comptes avec Diderot.
J'eus la surprise de me découvrir des points communs avec le héros des aventures de Jean-Jacques Rousseau, c'est-à-dire lui-même. Inutile de dire que je me suis senti plutôt vexé au début.
En effet, d'une manière générale, cette rhétorique des sentiments qu'invente Rousseau est plutôt dégoûtante. Le protestant qui, sous couvert de se confesser, en réalité se justifie, et qui pour finir accuse, il y a là en germe tout un tas de procédés intellectuels malhonnêtes. On comprend qu'une partie de la critique ait accueilli ces Confessions avec sévérité. Et on songe à ce "mot" attribué à Pétain, pressé par un éditeur d'écrire ses mémoires : « Des mémoires, moi, pourquoi ? Je n'ai rien à cacher ! »

Je ne vais pas entrer dans le détail de ma ressemblance avec Rousseau, je risquerais de m'égarer dans une psychologie dont seul Rousseau maîtrise la grammaire au point de la rendre intéressante. Un seul exemple : cette confusion du jeune Jean-Jacques lorsqu'il est ému, c'est-à-dire tout le temps, et qui passe aux yeux de son public pour de la balourdise, c'est une tare dont je souffrais aussi au même âge.

Je me console en me disant que cet autoportrait que Rousseau fait de lui-même, premièrement n'est une sorte de trompe-l'œil, dont il n'est pas dupe lui-même, secondement que le héros des Confessions est un type assez banal, et que je suis finalement loin d'être le seul à lui ressembler un peu.

Je retiendrai cependant des premiers chapitres des Confessions cette description que Rousseau, qui songe sans doute déjà à s'occuper du cas de Diderot, fait du caractère français :

« Il faut pourtant rendre justice aux Français : ils ne s'épuisent point tant qu'on dit en protestations, et celles qu'ils font sont presque toujours sincères ; mais ils ont une manière de paraître s'intéresser à vous qui trompe plus que des paroles. Les gros compliments des Suisses n'en peuvent imposer qu'à des sots : les manières des Français sont plus séduisantes en cela même qu'elles sont plus simples ; on croirait qu'ils ne vous disent pas tout ce qu'ils veulent faire, pour vous surprendre plus agréablement.
Je dirai plus : ils ne sont point faux dans leurs démonstrations ; ils sont naturellement officieux, humains, bienveillants, et même, quoi qu'on en dise, plus vrais qu'aucune autre nation ; mais ils sont légers et volages. Ils ont en effet le sentiment qu'ils vous témoignent, mais ce sentiment s'en va comme il est venu. En vous parlant, ils sont pleins de vous ; ne vous voient-ils plus, ils vous oublient. Rien n'est permanent dans leur cœur : tout est chez eux l'œuvre du moment. »

12:10 | Commentaires (8) | |

Commentaires

Et tu te reconnais dans ce portrait, Lapinos ?

Écrit par : Gretel | vendredi, 31 mars 2006

Mais ou figure l'honeteté?
L'honeteé est rechercher et c'est en fourberie que les gens la recherche;
Bizz Vilaine fille!!!

Écrit par : Vilaine fille!!! | vendredi, 31 mars 2006

Moi je REconnais surtout la méprise de Lapinôsss! dans son interprétation de la rhétorique des sentiments de Rousseau... Repetitio est mater studiorum. Usus magister est optimus.

Écrit par : momentum | vendredi, 31 mars 2006

Tu ne vois pas les Français comme ça, Gretel ?

Écrit par : Lapinos | vendredi, 31 mars 2006

L'oeuvre de Rousseau est tellement supérieure à celle de Diderot, rempli de vide.

Écrit par : Capulet | samedi, 01 avril 2006

L'oeuvre de Diderot est tellement supérieure à l'exégèse mondaine et plébéienne qu'en fait Eric-emmanuel Schimitt (au demeurant pas un type détestable) : nuance il me semble

Écrit par : Guit'z | samedi, 01 avril 2006

Rousseau a brassé beaucoup d'air lui aussi. Mais surtout, si on peut juger l'idéalisme de Diderot sincère, l'idéalisme de Rousseau ressemble beaucoup à de l'opportunisme.

Écrit par : Lapinos | dimanche, 02 avril 2006

Je n'ai pas vécu en France pour porter de tels jugements. Mais faut qd même dire que la France bat le record en grèves.

Écrit par : Gretel | dimanche, 02 avril 2006

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