vendredi, 04 janvier 2008

L'espoir rend con

« Pour résumer d’un mot, on ressent à Rome comme ailleurs ce déficit d’espérance et de confiance dans la vie qui constitue le mal "obscur" de la société occidentale. » Benoît XVI

Tout est parfaitement clair au contraire. La difficulté n’est pas de voir mais d’agir ; d’agir, AU CONTRAIRE, a-t-on envie d’ajouter, confronté à la passivité des dissidents virtuels démocrates-chrétiens, toujours prêts à se replier sur leurs acquis sociaux et à trouver un compromis avec le capitalisme, à s'installer dans un confort intellectuel.

La marée noire d’idées imbéciles répandues sur l’Europe n’est pas un phénomène nouveau ! Au nom du Ciel, à quoi bon Baudelaire, Veuillot, Bloy, Péguy, Claudel, Simone Weil, Bernanos, et même Céline, Drieu, Jarry, Alphonse Allais, tous les moralistes ?… si c’est pour grenouiller encore un demi-siècle après dans le même potage de bénitier démocrate-chrétien ? Autant pisser sur leurs tombes !

Quarante Finkielkraut occupant quarante canaux médiatiques pour donner quarante versions du même mensonge, de la même propaganda libérale, et le pape ne voit pas clair dans ce bluff ? Il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir…
Plus profondément encore que les philosophes qui sentent le moisi, au royaume des crétins ce sont les publicitaires qui sont rois, les Beigbeder, les Séguéla, les Sarkozy, etc. Voilà l’élite, la crème de notre “civilisation” (sic).

Il n’est pourtant que trop évident que cette avalanche de sophismes, tout ce verbiage certifié non-conforme n'est qu'un cache-misère. Quand on n'a que de la camelote à fourguer, alors le marketing et la réclame sont nécessaires. Ce grouillement d’avocats, de publicitaires, de philosophes, de journalistes, de cinéastes, de professionnels du syllogisme, qui finissent par tisser un voile opaque sur la vérité, ce grouillement n’est pas équivoque.
L’art véritable n’a pas besoin de syllogismes, de calembours ou de mots d'esprit pour se défendre, il parle de lui-même.

*

Un motif concret de désespoir pour un catholique en 2008, c’est l’imbécillité de marbre des démocrates-chrétiens qui l’entourent.
La presse démocrate-chrétienne regorge d’exemples de cette benoîterie et de cet esprit de collaboration avec le régime bourgeois libéral ; certes ces pieux crétins auront contribué à édifier la somme théologique démocratique !
Tel Tillinac, dans Famille chrétienne, ex-gaulliste, ex-chiraquien, désormais reconverti dans le sarkozysme, ce gugusse ne se doute vraiment de rien :
« En janvier il fait froid, on sait que l’hiver sera long et on dévêt le sapin de Noël de ses habits de lumière avant de le brûler.
(…) Je n’ai pas d’actions dans la maison Sarkozy et la “rupture” de style impulsée par sa bande m’a dérouté à maints égards. Tout de même, je sais gré à Sarko d’avoir bousculé les chromos, levé des tabous, rajeuni les cadres et somme toute rendu l’espérance plus plausible. »


De quel tabou veut-il parler ? Du tabou de l'accumulation de pognon qui fait des petits ? Vraisemblablement Tillinac est un vieux gâteux qui ne sait pas très bien ce qu’il veut dire : blablabla… En bon démocrate-chrétien, il prend la méthode Coué pour l’Espérance, le doute pour la Foi, et le bavardage existentialiste pour la Charité.

Mais le souffle de l’Esprit, le vent de l’Histoire, balayera tous ces collabos démocrates-chrétiens, les plus sincères comme les plus cyniques, pas assez tôt ou trop tard, peu importe, je ne m’en fais pas pour ça.

lundi, 15 octobre 2007

Revue de presse (XVIII)

« (…) Malgré ses hypocrites protestations, il est manifeste que le voyage d’Alexis II, agent de l’ex-KGB, est un déplacement de propagande pour faire la promotion de son cher ami Poutine, en ces temps de fronde ukrainienne, reprendre en main les Russes de l’immigration, et contrer le renouveau traditionnel de l’Eglise catholique romaine.
(…) Il est comique, pour ne pas dire plus, de voir le patriarche de Moscou et de toute la Russie (titre usurpé au XVIe siècle) soutenu par les poutino-maniaques de l’Occident, prétendre être “indépendant du pouvoir politique”. Tous les patriarches de Moscou ont été servilement à la botte des tsars d’abord, des bolcheviques ensuite.
(…) On va nous traiter de grincheux. On nous chante qu’il s’agit de “rapprochement des Églises”, et qu’il n’est pas charitable de se méfier.
(…) Il s’agit, enfin, de ramener dans le droit chemin de l’orthodoxie russe (qui doit gouverner la terre entière, un vrai chrétien est orthodoxe russe de Brest à Vladivostock, relire Dostoïevski.) (…).
Faire l’éloge d’Alexis II, c’est faire la promotion de Moscou. Une fois de plus les Français vont tomber dans le piège de la pseudo-sainte Russie. »
Hervé de Saint-Méen (“Présent”, 11 octobre)

On pourrait objecter à cet Hervé de Saint-Méen que les évêques de France n’en sont pas moins proches du pouvoir politique ; on se souvient par exemple de la bouffonne tentative de Mgr Lustiger de se rapprocher de Balladur par l’intermédiaire de l’abbé de La Morandais.
L’agitation médiatique de l’abbé Pierre, ancien député “radical” ou de Mgr Gaillot n'est par ailleurs que de la poudre aux yeux, donne l’illusion de la rébellion et de l'indépendance, mais n'en est pas. Les médias ont créés l’abbé Pierre et Mgr Gaillot qui étaient soumis à ce pouvoir, contraints de faire amende honorable lorsqu'ils enfreignaient un des nouveaux dogmes.
On est loin de la rébellion d’un Mgr Von Galen contre les nazis puis les bombardements yankis. Mgr Vingt-Trois en est à se demander s’il ne faudra pas, un jour, faire repentance de la lâcheté actuelle (!). Il faut au moins avoir Kant+5 pour oser proférer une énormité pareille.

Mais le bon sens d’Hervé de Saint-Méen est trop rare pour faire la fine bouche. Est-ce que l’impuissance politique de l’Europe, engluée dans le “processus démocratique”, oblige à prendre les délires de Dostoïevski pour argent comptant, ou, pire, ceux de Dantec sur les États-Unis et Israël.
Lorsque BHL fait l’éloge des États-Unis, il est dans son rôle. La haine de BHL pour l’Occident, qu’elle soit opportuniste ou sincère, ne date pas d’aujourd’hui. Chevènement peut bien faire semblant de découvrir la nullité de BHL, il ne fera pas oublier aux amoureux de l’Occident que le PS a réchauffé cette vipère dans son sein et tant d'autres margoulins.

mardi, 25 septembre 2007

Revue de presse (XVII)

L’hebdomadaire démocrate-chrétien Famille chrétienne, dans la logique de son soutien à la politique démago-libérale de Sarkozy, ouvre ses colonnes à un sociologue yanki pour démontrer à ses lecteurs que le capitalisme a son fondement dans le christianisme qui ne fait pas seulement valoir la foi mais aussi la raison. Comme s'il n'y avait pas assez de fantaisistes comme ça de ce côté-ci de l’Atlantique ! Comme si le capitalisme n’avait pas fait la preuve de son caractère complètement déraisonnable depuis belle lurette !
Ce matin, dans mon supermarché, des pommes pas mûres à un euro cinquante le kilo en provenance d’Australie : quel homme un tant soit peu rationnel ne trouvera pas ce genre de trafic absurde ?

Rodney Stark : ce gugusse diplômé ignore tout manifestement, non seulement du catholicisme, mais aussi du capitalisme et de la Révolution française de 1789 ; celle-ci a porté au pouvoir la classe bourgeoise qui faisait pression pour l’obtenir et renversé à la même époque l’Église catholique, saccagé l’art chrétien, traqué ses prêtres. Même s'il est impossible de faire complètement table rase du passé, les Jacobins avaient bien compris les bénéfices du colbertisme ; et le changement de cap est net comme le couperet de la guillotine.

Marx l’a longuement décortiquée, la dynamique du capitalisme repose sur l’accumulation du capital, l’argent produisant de l’argent en dehors du processus classique d’échange d’une marchandise contre une somme d'argent. Cette “plus-value” qui grossit le capital indéfiniment est inséparable, non seulement du salariat généralisé, de la division accrue du travail et du machinisme, mais aussi du système bancaire actuel, très récent.

Prétendre que ce type d’économie et la course aux gains de productivité étaient contenus en germe dans l’Occident médiéval chrétien, c’est faire comme si l’usure n’y était pas réprouvée. Le crédit à la consommation, le crédit immobilier trentenaire, techniques financières caractéristiques du capitalisme, sont des formes d’usure et, à ce titre, l’Église devrait catégoriquement persister à les condamner. Si elle ne le fait plus, c'est parce qu'elle n'a plus voix au chapitre.
Le système d’épargne boursière également devrait être scandaleux pour le clergé contemporain, et, sûrement, il l’aurait été pour un clerc du Moyen-âge pour qui le commerce devait être subordonné à des fins extérieures et qui aurait forcément trouvé le système spéculatif insane.
Un autre historien, un vrai cette fois, François Furet, a magistralement mis en lumière le fait que le capitalisme surgit dans toute son originalité dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, qu’il n’est pas lié au progrès scientifique mais à un contexte politique et social bien différent de celui du Moyen-âge ou même de la France catholique de la même époque.

Famille chrétienne se moque bien de la science et des vrais historiens et préfère gober le discours évolutionniste de M. Stark, qui vaut son pesant de beurre de cacahuète :
« Malheureusement, il faut admettre qu’il y a dans l’Église des anticapitalistes, sans doute victime d’une désinformation [sic]. Pourtant, il ne faut pas confondre capitalisme et matérialisme ! Je ferai plus simplement remarquer au passage que les plus importantes manifestations de générosité individuelles proviennent de la nation la plus capitaliste au monde : les États-Unis d’Amérique. »
(“Famille chrétienne”, 22-28 septembre)

*

Plus loin, dans le même hebdo, on peut lire ceci, cette question d'un journaliste, à propos du rugby, qui dénote bien du niveau spirituel atteint par les héritiers de Frédéric Ozanam (1813-1853) :
« Alexandre Arnoux compare le ballon de rugby à une "hostie volante partagée entre deux tabernacles". N'y a-t-il pas une sorte de parabole "eucharistique" dans un match où des hommes se sacrifient en frères pour un Corps qui est l'équipe ? »
Probablement le genre de "catholiques" qui crièrent au scandale lors de la parution il y a 150 ans des Fleurs du Mal de Baudelaire. La "raison" que les démocrates-chrétiens vénèrent sans même s'en apercevoir, c'est la raison du plus fort, celle qui permet par exemple aux capitalistes yankis de dire et de faire n'importe quoi sans être contrecarrés.

mardi, 18 septembre 2007

Revue de presse (XVI)

Ce n’est certes pas un hasard si le talent de Michel-Ange s’épanouit dans la Florence des Médicis et dans la Rome d’Alexandre Borgia et de Jules II.
Un dessinateur de Charlie Hebdo, je ne sais plus lequel, mais un peu moins benêt que son rédacteur en chef P. Val, à qui on demande quel personnage, selon lui, incarne le mieux le XXe siècle, cite Courtial des Pereire, l'ingénieur charlatanesque de Mort à Crédit, à l'affût du moindre gadget.
Le Pr Etienne Baulieu, c'est pour moi une sorte de Courtial des Pereire, en plus dangereux. On imagine mal un tel "talent" s'épanouir en dehors du régime démocratique et capitaliste. Interviou dans L’Express (6/9/2007).


« (…) J’ai crée une fondation Vivre longtemps (…). Parvenir et, dans un premier temps, retarder ne serait-ce que d’un an - un minimum - la survenue de la dépendance pour 10% des personnes victimes de la maladie d’Alzheimer représenterait pour la collectivité une économie de 1 milliard d’euros. »
Au contraire l’allongement de la durée de la vie, auquel le Pr Baulieu prétend contribuer, fait peser sur la collectivité une charge économique de plus en plus lourde. Le capitalisme, avec ses fonds de pension, est décidément un système politique de vieillards cyniques qui ne reculent devant aucune contrevérité. Ce système devrait mourir avec eux dans un état de sénilité avancée.

« (…) les sommes nécessaires aux recherches auxquelles la fondation veut s’atteler immédiatement - de l’ordre de 4 millions d’euros - sont une goutte d’eau, à la portée, j’espère, de quelques mécènes (…) »
Les pauvres, quand ils font la manche, réclament deux euros, voire dix maximum ; les bourgeois capitalistes, eux, carrément 4 millions d’un coup !

« (…) Et, à propos de la DHEA, même si elle n’est pas encore reconnue pour toutes ses fonctions, nous savons qu’elle peut sauver de graves maladies. »
La DHEA, c’est l’élixir de jouvence du Dr Baulieu. De la charlatanerie pure. Mais L’Express se sent néanmoins obligé de s’incliner devant ça, de soutenir le Pr Baulieu dans sa recherche… de fonds privés ou publics.
Pour simplifier, partant de l’observation que les taux d’hormones diminuent chez l’homme et la femme lorsqu’ils vieillissent, le Pr Baulieu a imaginé d’en injecter artificiellement pour empêcher le vieillissement. Grâce à la propagande des magazines féminins, notamment, les femmes après la ménopause ont été convaincues du bénéfice de ces traitements hormonaux. Pour le moment, ces traitements comme la contraception hormonale sont surtout fortement suspectés de provoquer des cancers. Ce qui explique la méfiance d’une partie de la communauté scientifique.
Le Pr Baulieu est une des vedettes de la recherche médicale capitaliste dont la caractéristique est de n’avoir rien inventé depuis cinquante ans en dehors de produits dopants qui font la fortune des laboratoires yankis et de leurs petits frères européens, pilules que les vieillards yankis consomment comme des friandises.
Le Pr Baulieu est aussi le “père” de la pilule abortive RU486 et il se vante de cette horrible “paternité”. L’enfant représente pour la société à la fois la vie et la mort. C’est comme si ce faux savant encensé par L’Express voulait abolir simultanément la vie et la mort. Ça donne froid dans le dos.


« (…) c’est en France que j’ai entendu les choses les plus étonnantes, dans la bouche du Pr Lejeune : il m’a dit un jour, à la télévision, que j’avais fait plus de morts que Hitler et Staline réunis ! »
Le point d’exclamation s’impose, en effet.
Une autre chose étonnante, et significative, vu que les libéraux ne cessent d’invoquer la liberté, la loi de l’offre et de la demande, pour justifier leur système odieux : le Pr Baulieu était à la fois employé par des laboratoires pharmaceutiques et lié de très près au Planning familial, c’est-à-dire dans la position de faire prescrire par un service public ses propres pilules chimiques… au nom de la liberté de la femme, ça va de soi.
Pour démontrer les bénéfices des pilules comme pour démontrer leur innocuité, qu’elles ne sont pas la cause d’une augmentation des cancers du sein, par exemple, il y a une science que la médecine contemporaine au service des laboratoires maîtrise très bien, c’est celle des statistiques, auxquelles il est possible de faire dire à peu près tout et n’importe quoi.


« (…) Même Darwin, qui a écrit à peu près sur tout, ne s’est jamais attaqué au vieillissement. »
Ça, c’est pour la psychologie du personnage. La référence à Darwin comme le “savant des savants”, forcément, puisque l’évolutionnisme fait partie de l’attirail idéologique capitaliste.
Le Pr Baulieu ne craint pas de se positionner au-dessus de Darwin. Lorsqu’on a mené une aussi brillante carrière sur le bluff, pourquoi ne pas continuer jusqu'au bout ?

La suite se passe de commentaires ou presque.

« Quel est votre héros ? Louis Pasteur, pionnier de la microbiologie ?
- Plutôt Alexandre le Grand ou Napoléon. Ou Shakespeare, que j’idolâtre… Ou Valéry, le poète qui pense [sic]. J’aime les artistes.
- Vous auriez voulu en être un ?
- Pour être un artiste célèbre, il faut du talent, mais aussi être malin, savoir faire son marketing [sans le marketing, Shakespeare ne serait rien, c’est évident]
- Beaucoup de grands artistes sont de vos amis : Jasper Johns, Frank Stella… Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle vous avaient d’ailleurs rendu hommage en mettant la molécule du RU486 dans le Cyclop, la sculpture monumentale érigée dans la forêt de Fontainebleau.
- Cela m’a touché… Je leur racontais des histoires scientifiques, cela les amusait. Andy Warhol m’avait demandé des clichés de cellules pour son travail. Un des souvenirs de Jean Tinguely que je préfère, c’est une petite feuille de papier que j’ai fait encadrer et que je garde dans mon bureau. Dessus, il avait écrit : « Etienne, t’es un artiste. »
Un gâteux contre le gâtisme.

mardi, 11 septembre 2007

Revue de presse (XV)

« Qu’est-ce qu’évoque encore le nom de Montaigne aujourd’hui ?
Pour la plupart, c’est son amitié avec La Boétie qui subsiste, mais grâce à la chanson de Brassens (…).
« À Bordeaux, on se souvient parfois qu’il fut quatre ans maire de la ville… mais qu’il préféra rester dans son château du Périgord pendant la peste de 1585. Autre reproche qu’on lui adresse de temps à autre : l’indifférence affichée envers ses “deux ou trois enfants” morts au berceau (Céline a écrit une fort belle page là-dessus dans Voyage, séquence 25 : « Peut-être qu’il avait du chagrin ? Du chagrin de l’époque ? »
« Aux lecteurs les plus jeunes, on conseillera d’abord une anthologie : là encore, il faudra éviter les “petits classiques” actuels et chercher les anciens dans les boîtes (…).
Nos chères têtes blondes (ou brunes) y feront des découvertes. Par exemple que l’essai sur l’éducation (I, 26) ne s’en prend pas seulement aux programmes trop lourds ni aux maîtres trop rudes. « Otez-moi la violence et la force » dit certes Montaigne. Mais aussitôt après : « Endurcissez-le [votre enfant] à la sueur et au froid, au vent, au soleil… Accoutumez-le à tout. » Car Montaigne veut un garçon “vert et vigoureux” qui préfère la musique militaire à celle des fêtes foraines, et “revenir poudreux et victorieux d’un combat” plutôt que d’une partie de tennis ou d’une surprise-partie (“de la paume ou du bal”). Eh oui, Montaigne était “fana-mili”, c’est une chose qu’on dit peut. »
(“Présent littéraire”, samedi 25 août)

À rapprocher de l’ambition pédagogique des instituteurs de gauche : supprimer les taloches, les fessées et les coups de pieds au cul pour les remplacer par de petits discours moralisateurs.

lundi, 10 septembre 2007

Revue de presse (XIV)

« (…) Remis le 27 août au président de la République, le rapport annuel du Haut Conseil de l’éducation fait monter à 40 % le nombre des élèves qui quitteraient l’école primaire sans savoir bien lire, écrire et compter.
(…)
Le ministre [Darcos] a cru bon de se démarquer des “critiques que le HCE s’est cru fondé à faire” en indiquant qu’il fallait “éviter le double écueil de l’autosatisfaction et du catastrophisme”. »
“Famille chrétienne” (8-14 sept.)

De la part d’un agrégé des lettres, l’allusion à Charybde et Scylla n’est pas d’une folle originalité…
X. Darcos a choisi la ruse et de flatter les profs, écorchés vifs par des salaires trop bas. Il feint de les défendre aussi souvent qu’on lui tend un micro, fait de la surenchère démagogique (« 50 % d’une classe d’âge doit avoir une licence ! »), mais on peut gager que toute sa ruse classique ne lui permettra pas, au bout du compte, d’abattre et de dépecer le mammouth, pas plus que son prédécesseur ; en attendant une révolution antidémocratique, ce monstre de modernisme a encore de beaux jours devant lui.

À droite comme à gauche, on nage en pleine idéologie, chacun s’accroche à sa méthode-miracle d’apprentissage de la lecture, globale ou syllabique, on veut supprimer la carte scolaire ou la faire appliquer pour de bon ; bref on fait semblant de chercher une martingale, alors que le problème est politique et social.
Comme le bon sens est le premier ennemi de la démocratie, et vice-versa, voici quelques remarques de bon sens :

- la première, c’est que 60 % d’alphabètes, c’est déjà pas mal, c’est même sans doute beaucoup trop. Des civilisations beaucoup plus impressionnantes que la nôtre se sont arrangées d’un taux beaucoup plus bas. Le problème, c’est plutôt qu’on veuille apprendre à lire, à écrire et à compter à tout le monde, à tout prix, par principe, sans s’interroger sur ce principe démocratique partagé par tous, profs ET parents d’élèves. Les profs sont parfois sous le feu des critiques ; ce qu’il faut dire pour rester équitable, c’est que les parents, particulièrement les mères de famille, ont une mentalité tout aussi nocive, si ce n’est plus. Sans doute la culpabilité d’abandonner dès le plus jeune âge leur enfant à l’école est-elle responsable d’un surcroît de mauvaise foi de leur part ;

- l’argument-bateau des “évolutionnistes” - X. Darcos se situe dans ce camp avec son slogan de “50 % d’une classe d’âge dotés d’une licence” - c’est que nous serions désormais entrés dans une économie de plus en plus tournée vers les “services”, et que, dans ce type d’économie (capitaliste), tout le monde doit savoir lire, écrire et compter sur le bout des doigts, c'est le minimum.
Bien sûr, pas besoin d’une licence de psychologie, deux sous de jugeotte suffisent pour se rendre compte que cette doctrine est une doctrine d’imbéciles heureux, une doctrine de libéraux.
D’ailleurs, peut-être y-a-t’il déjà pas mal de livreurs de pizzas, de "shérifs" chez Buffalo-grill, de vendeurs de fast-food ou de téléphones portables qui sont titulaires d’une licence, pour parler des “secteurs qui embauchent” : ça leur fait une belle jambe, et à nous aussi, leur camelote n’en est pas moins dégoûtante.

L’histoire de la dévaluation du statut des professeurs (1970-2007) est l’histoire de la dévaluation des valeurs non monétaires au cours de cette période, de la lutte des classes pour avoir les dernières pompes de sport à la mode fabriquées par des esclaves chinois.
Que des instituteurs adhérents de syndicats communistes se soient faits les complices actifs de cette évolution… C’est Marx qui doit se retourner dans sa tombe !
La vérité, c’est qu’aux États-Unis un type qui a dix bouquins dans sa bibliothèque passe pour un intellectuel de haut vol. Ça n’empêche pas l’économie yankie d’être apparemment florissante. Darcos ou Sarko peuvent tenir tous les discours filandreux qu’ils veulent sur la réforme de l’éducation, on sait derrière ce rideau de fumée quel modèle de civilisation les inspire, bon gré-mal gré.

*

Sur "Europe 1", un énième Duhamel, sous-fifre de P. de Carolis (confident de Bernadette Chirac et directeur de “France 2”), réclame au gouvernement l’augmentation de la redevance télé ou bien l’autorisation de truffer encore plus les programmes de publicités. Pourquoi ? À cause de l’augmentation des “droits sportifs” et des salaires des animateurs.
Rappelons que P. de Carolis et ce Duhamel se disent attachés à la promotion d’un "service public de qualité", c’est-à-dire à une télé où on peut admirer plus de sportifs dopés et Jean-Luc Delarue exploiter la misère morale du quidam. Foutez-vous de la gueule des téléspectateurs. Bien qu’ils sachent lire, écrire et compter, pour la plupart d’entre eux, ils ne demandent pas mieux.

*

Dans la série "Donnez une définition de la décadence démocratique", après "François Pinault causant d'art", je propose "Jean-Pierre Elkabbach causant de Mozart". Suggestions bienvenues.

mercredi, 05 septembre 2007

Revue de presse (XIII)

Comment expliquer, dans Objections, la revue d’un abbé, qui plus est d’un abbé en soutane (Tanoüarn) !, la critique élogieuse, naguère, des Bienveillantes de J. Littell ?? Bouquin plein d’une pornographie de gare, soutenu par le conformisme démocratique, farci de mensonges, et, le pire peut-être pour un chrétien, rédigé dans une langue barbare…

Une certitude, cet abbé de Tanoüarn n’a pas lu lui-même ce nouveau “livre sacré”. Il a sûrement délégué cette corvée à un de ses enfants de chœur. Mais les erratums ne sont pas faits pour les chiens, ni même réservés aux musulmans !

Une certitude et un doute. Je soupçonne cet abbé distrait, proche de l’Action française, d’avoir consenti qu’on encense un tel paquet sous prétexte qu’il était déversé dans le dos de l’Allemagne et des Allemands. Ne serait-ce pas la conséquence de la haine stupide et persistante des maurrassiens pour les “boches” ? D'autant plus stupide depuis que le chef de l’Action française, le vieux poète malentendant Charles Maurras, a été condamné par un tribunal d'authentiques FRANÇAIS, après une parodie de justice que les Allemands eux-mêmes n’auraient probablement pas osée.

*

Dans le numéro de juillet d’Objections, l'abbé de Tanoüarn évoque néanmoins lui-même le dernier livre du plus fameux des Allemands, c’est-à-dire le Jésus de Nazareth de Benoît XVI.
Alors, opus magnus ou opus minus, cette nouvelle somme théologique ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que M. de Tanoüarn fait peu d’objections.
« [Benoît XVI] insiste sur le fait que le christianisme ne véhicule aucune morale particulière, mais simplement la morale commune, morale naturelle, qui correspond aux dix Paroles de Dieu à Moïse (…) »
Quoi, encore cette “morale naturelle” ?? C’est marre à la fin de cette “loi naturelle” que “thomistes” ou “maurrassiens” ne savent pas justifier autrement qu’en disant qu’elle n’a rien de naturel.
« Tu ne tueras point. » : on peut mesurer au nombre d’avortements prescrits tous les ans en France, ce que le décalogue a de “commun” ou de “naturel”.
Et la Bible scandalisait le bourgeois Flaubert.
Faut-il donc comprendre cette “morale naturelle” comme une morale que la plupart des Français adopteraient naturellement s’ils étaient plus chrétiens ?
Au diable les vieux sophismes, et vive Baudelaire, qui exalte non seulement une morale mais une POLITIQUE chrétienne exceptionnelle.


« On pouvait attendre sur un tel texte [les béatitudes] une allégeance du commentateur [Benoît XVI] à la religion humanitaire, dominante aujourd’hui. (…) il ne faut pas oublier que naguère, le cardinal Ratzinger fut le dénonciateur vigilant des dérives politico-sentimentales de ce qu’on a appelé "l’option préférentielle pour les pauvres". (…) il note donc : « La pauvreté dont il est question ici n’est jamais d’ordre strictement matériel. La pauvreté strictement matérielle ne sauve pas. »

Après Baudelaire, je ne peux m’empêcher de penser à Bloy, auquel les maurassiens accordent quelquefois un peu de crédit uniquement parce qu’il a poussé quelques rugissements contre les Prussiens…
Je me souviens aussi de ce sermon surréaliste, un soir, dans une paroisse perdue dans les sables de Bruxelles, de la bouche d’un curé conciliaire, tandis que deux petites fillettes de chœur grassouillettes se tortillaient sur la moquette à ses pieds.
Benoîtement, ce prêtre expliquait à ses ouailles que le “jeune homme riche” n’était pas vraiment riche - d’ailleurs comment aurait-il pu l’être, étant jeune, cet argent devait sûrement être celui de son père, et non le sien, il fallait donc entendre “riche” au sens spirituel, ne pas prendre l'injonction du Christ à abandonner toutes ses richesses au pied de la lettre, etc.

“L’option préférentielle pour les pauvres”, si elle est un abus de langage administratif, n’est pas un abus d’interprétation des Évangiles. Ce qui est abusif, comme cela s’est passé, c’est de la proclamer, cette charité à l’égard des pauvres, sans la pratiquer plus que d'autres. Tel fut l’hypocrisie des démocrates-chrétiens et de leurs bazars de la charité.
Non seulement l’abbé de Tanoüarn n’a pas lu Littell, mais il ne lit pas les journaux. Ce que reprochait à Mère Térésa Bernard Kouchner, incarnation de l’humanitarisme télévisuel nouveau, c’était de ne pas se soucier assez des besoins “matériels” des pauvres indiens - pas assez de leur santé et trop de leur âme.
La dérive humanitaire, c’est aussi d’avoir détourné des fonds collectés pour nourrir les pauvres afin d'armer des guérillas dont les pauvres ont été les premières victimes.

Dans une société démocratique où on est contraint de détruire les excédents pour ne pas crever “étouffés sous les richesses”, l’exégèse de Bloy paraît plus utile que celle de Benoît XVI.
L’esprit de pauvreté excessif ne semble pas guetter l’Occident, dont l'évangile capitaliste est : "L'argent ne fait pas le bonheur… mais il y contribue."
D’ailleurs on se doute que l’agioteur rendu millionnaire par l’astuce, qui, tout d’un coup, à la faveur d’un krach perd ses millions, ne sera pas, de ce seul fait, automatiquement sauvé, juste parce qu’il est pauvre, désormais ; ça tombe sous le sens commun.

mardi, 04 septembre 2007

Revue de presse (XII)

Interviou de Philippe Djian dans Le Monde 2 :
« Dans la chanson “Les Bobos”, Renaud chante : « Ils lisent Houellebecq ou Philippe Djian, les “Inrocks” et “Télérama”/Leur livre de chevet, c’est Cioran/Près du catalogue Ikéa ». Comment le prenez-vous ?
- Il m’a expliqué que c’était pour la rime : Djian avec Cioran, je ne peux pas me plaindre ! Je ne lui en veux pas. Après la sortie de l’album, il est venu sonner en bas de chez moi : « C’est Renaud. Tu peux pas descendre ? » Et, dans la cour, il s’est excusé. Mais je ne suis pas en sucre, il peut me traiter comme il veut.
Le terme bobo n’est pas très beau [?]. Mais bourgeois-bohême, moi qui habite dans le 5e arrondissement de Paris et qui aime me balader à travers le monde, en ayant vécu à Boston ou à Florence, ça me va. Cela dit, je n’ai pas été tout le temps ainsi, j’ai aussi habité dans une bergerie, sans eau, sans électricité et sans chauffage, je n’avais pas d’argent.
Que de grands éditeurs parisiens me paient plutôt bien est une chose relativement récente ! Je n’ai pas pour autant de 4x4 (…) »
Djian ou “La vie des grands bobos parisiens”.
Quelle sensibilité à fleur de peau ! Quelle dextérité dans l'usage de l'interphone ! On sent qu’un rien peut égratigner leur image de marque, à ces animaux-là…


« Ma journée commence par la lecture de “Libération”, puis j’écoute “France-Inter” ou “France-Culture”. Je suis donc en phase avec mes contemporains. Ensuite, je vais faire ma gym avec des tas de petites bonnes femmes et des mecs en sueurs [torride !]. Je côtoie l’humanité tous les jours… »
Un peu plus loin, Djian raille son confrère Marc Lambron, éditorialiste à Madame Figaro, il lui reproche d’être un peu trop casanier.
Djian est de ces écrivains qui cultivent la “rebelle attitude”, comme Maurice Dantec ou Christine Angot (qui l’ont démodé).
Pourtant, Madame Figaro ou 37,2 le matin, c'est un peu la même clientèle, non ?
P. Djian se réclame de Céline ou de Bukowski - un Céline qui écouterait France-Culture et un Bukowski qui ferait du vélo d’appartement chez “Sport 2000”, dans ce cas. Il fait plutôt penser à Malraux ou à Sartre, Djian, avec son : "Je côtoie l’humanité tous les jours".


“Le Monde 2” (18 août 2007)

mardi, 21 août 2007

Revue de presse (XI)

Le dernier numéro de “Beaux-Arts magazine” est consacré à l’érotisme. Un numéro comique. De grands penseurs ont été sollicités par ce magazine destiné à tresser des guirlandes au “marché de l’art” à grands coups de badigeons de litotes et de syllogismes bobos.
Pour faire passer la dynastie Pinault pour une dynastie d’humanistes, il ne faut pas lésiner sur le maquillage, le stuc et les chromes… même si on peut considérer la collection d’actrices sud-américaines entamées par l’héritier Pinault comme un progrès par rapport à la collection de merdes contemporaines de son papa. « Chassez la nature, elle revient au galop », on ne peut pas s’empêcher de penser à cette vieille prophétie en observant les courbes de Salma Hayek, l’élue du millionnaire rouquin.
Nul doute que même Baudelaire, bien qu’il prétende préférer l’art à la nature brute, entre une après-midi à la fondation (sic) François Pinault et une soirée avec Salma Hayek, eût fait le bon choix.

Parmi les grands penseurs sollicités par ce torchon décadent sur papier glacé, cette face de Philistin de Guillaume Durand. Pour qui Guillaume Durand est-il érotique en dehors des pétasses mi-frigides mi-intellos de la Rive Gauche qui lisent “Elle” avec ferveur ? Dans le fond elles rêvent toutes, ces salopes ruminantes, de se faire saillir par un taureau, mais elles ne savent pas faire la différence avec un bœuf.

*

Au détour d’un paragraphe, une citation de Malraux : « Il faut faire de l’érotisme une valeur ! »
Avec le recul, c’est le côté grotesque de Malraux qui s’impose, cette tête de batracien du monolithique qui éructe des sentences de Sorbonnard incongrues. Complètement déphasé, le Malraux : est-ce la proximité avec l’art de messieurs les professeurs Picasso, Chirico, Derain & Cie qui l’aveugle, au point de ne pas voir, qu’entre le Ve siècle avant J.-C. au moins, jusqu’à Manet ou Renoir, malgré quelques éclipses, l’art occidental fut naturellement érotique ? Malraux était-il capable de VOIR un tableau de Raphaël ou d’Ingres, de Rubens ou de Delacroix, en dehors de la perspective d’en tirer une incantation gaullienne abstraite ?
Il faudra un jour s’attarder sur le caractère typiquement grotesque du gaullisme, qui ne touche pas seulement Malraux, car DeGaulle a aussi un grand corps caverneux, une tournure monstrueuse, non pas de batracien mais pachydermique. Le grotesque gaulliste est complètement involontaire, contrairement à celui de Brueghel ou de Teniers.
S’imagine-t-on à la Renaissance de tels laiderons tenir les rênes du pouvoir ? En coulisses, peut-être, mais certainement pas au grand jour, en face du peuple, qui aurait jeté des pierres à ces gargouilles contemporaines.

mardi, 24 juillet 2007

Revue de presse (X)

Interviou de Mgr Fellay dans le quotidien Présent (21 juillet) :
- Vous n’allez pas réagir à la publication du Motu proprio de Benoît XVI [autorisant la messe en latin] ?
- Si ! En remerciant, et en reconnaissant la beauté du geste. Voilà ! Que voulez-vous de plus ?
Je tenais Mgr Fellay, après avoir lu certains de ses libelles contre Vatican II pour un théologien, un philosophe, bref un idéologue patenté. Je dois dire qu’en l’occurrence, il fait preuve de bon sens politique. Le motu proprio est en effet un non-événement, surtout pour le chef d’une petite armée de prêtres qui disent DÉJÀ la messe en latin.
Mgr Fellay vient donc juste de remporter une petite victoire, symbolique, sur les détracteurs de Mgr Lefebvre. Pourquoi irait-il après cette victoire se soumettre à des adversaires, qui, en France, l’attendent non pas comme le fils prodigue, ce qui dans leur mentalité serait logique, mais qui l’attendent, lui et ses soldats, comme des parias, des fachistes en soutane ?
Ça serait bien bête de réagir sentimentalement au motu proprio de la part d’un chef qui a la responsabilité d’un groupe.

*

À la fin de l’interviou, Mgr Fellay ne peut s’empêcher, l’homme est ainsi fait, sans doute, de retomber dans un propos idéologique :

« Nous savons que la ligne actuelle est issue de la philosophie allemande, elle voudrait déboucher sur une synthèse au sens hégélien du terme. C’est la question à laquelle aboutit le pape actuel, une conclusion qui est franchement explosive pour l’intelligence (…). »
Il est vrai que la philosophie allemande, très en vogue actuellement, est une des philosophies les plus vaines que l’Occident ait produite, qui ramène à ce que le Moyen-âge a produit de moins lumineux. Mais Hegel est certainement un des représentants les moins bêtes de la philosophie allemande. Comme parangon de crétinisme, il eût fallu plutôt citer Kant ou Nitche.
D’ailleurs l’accusation va mal à Benoît XVI, car celui-ci fait au contraire des efforts pour s’extraire de la philosophie allemande (Toujours enseignée dans les séminaires français, néanmoins, à ma connaissance.) et se tourner vers la pensée dynamique grecque.
Pour ce qui est de la dialectique elle-même : le problème n’est pas de synthétiser ce que les deux courants liturgiques ont de meilleur, comme le cardinal Ratzinger avait tenté de le faire dans un ouvrage sur la liturgie, le problème n’est pas cette synthèse en elle-même, mais le fait qu’elle est actuellement impraticable.

*

Cette affaire illustre à quel point un regard marxiste plus lucide est indispensable lorsqu’on veut avoir un regard critique. Dans le cas de Mgr Fellay, comme dans le cas de la majorité des évêques de France qui lui sont hostiles, ce sont des raisons théologiques qui sont mises en avant pour refuser la réunification, que Benoît XVI, semble-t-il, assez naïvement, voudrait leur imposer (En politique il ne faut jamais imposer ce qu’on n’a pas les moyens, loin de là, d’imposer.) Or, derrière ces raisons théologiques, on voit nettement se profiler des raisons matérielles, des questions de pouvoir.
Marx a raison de redonner dans sa dialectique la primauté à la réalité par rapport à l’idée qu’on s’en fait.
Cette dialectique est à rapprocher des paroles de Jésus-Christ selon lesquelles il est venu sur terre pour les pécheurs ; aussi de ses paroles selon lesquelles l’esprit est fort mais la chair est faible. En s’adressant à ses fidèles comme s’ils étaient de purs esprits, ce qu’a fait l’Église protestante, elle les a livrés au monde, presque tous. Qu’ont fait les prêtres conciliaires ? À peu près la même chose. Or, qu’est-ce que le “monde” pour un catholique révolutionnaire et baudelairien ? Le domaine de prédilection du diable.

Toutes les notes