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assouline

  • Très Riches Heures de la Télé

    Parfois je regarde la chaîne "KTO" en croyant que je suis sur "Public-Sénat", et parfois je regarde "Public-Sénat" en croyant capter "KTO".

    Pour ne pas trop embrouiller le lecteur, je reviendrai ultérieurement sur le grand défi que je me suis lancé de regarder "KTO", jusqu'à ce que j'y entende un propos chrétien, en dehors de la simple référence au Nouveau Testament. La dernière émission regardée était consacrée à Pierre Assouline et à Marcel Proust, dont l'infantilisme fut la seule religion (= culte de l'art), bien pratique dans les dictatures pour diriger à l'aide de la musique (Wagner dans les casernes, une petite sonate dans les supermarchés et les ascenseurs).

    Bref, je mate sur "Public Sénat", la chaîne qui jette l'argent du contribuable par les fenêtres en période de crise (que le sénateur qui voudrait me jeter la pierre pour ce propos démagogue se suicide d'abord), je mate une émission consacrée aux intellectuels, ces "ennemis du peuple". Ennemis à double titre : 

    - pour la raison évidente que les intellectuels ont pour fonction, depuis l'Egypte antique ou Babylone, de justifier le pouvoir, à plus forte raison quand il chancelle. Les périodes de décadence sont fertiles en intellectuels. Le roi de Prusse embauche ainsi Voltaire, l'impératrice de Russie se rabat sur Diderot, ancêtre de nos ministres de la Culture. Napoléon est sans doute trop brutal pour enrôler autre chose que des ingénieurs, la fiotte Chateaubriand ayant fini par se débiner. Bien qu'ils fassent souvent l'apologie du sang, de la race ou du code civil, les intellectuels sont souvent trop sensibles pour aller se faire éclabousser eux-mêmes d'abats et enterrer vifs sur les champs de bataille. L'intellectuel prêche la croisade, mais il ne la fait pas, à l'exception de crétins comme Ben Laden ou C. Péguy, Che Guevara. L'intellectuel est donc comme le drapeau, "au-dessus de la mêlée".

    - la deuxième raison, c'est le mysticisme. Toute la bêtise de Nitche est de dire clairement que le mysticisme est nécessaire pour méduser le peuple. Tandis qu'il y a toujours dans la culture populaire un effort pour s'émanciper contre le mysticisme et l'inconscient, celui qui fait avouer au poilu qui a échappé à l'enfer son ignorance des raisons qui l'y entraînèrent ; mystère d'autant plus épais qu'il avait peu de part à la propriété, une part inversement proportionnelle à son droit au royaume des cieux, dira le suiveur de saint Paul, plutôt que de KTO.

    Contre cette alternative un peu trop évidente, la terre ou le ciel, l'effort du clergé et des intellectuels sera de ramener constamment l'art populaire au mysticisme. Celui du cinéma ou du poker, par exemple, où le "fruit du travail des hommes" apparaît le plus nettement comme la fainéantise. Ainsi les récits de Céline sont réduits à leur style, afin d'être intégrés à la culture, et lui servir d'engrais. De même la fameuse transsubstantation (mystique) du Christ en hostie, due aux efforts de l'alchimie monastique. L'eucharistie est en effet le "style chrétien" essentiel, dévalué par les arts ultérieurs, bien qu'on oublie de remarquer sa puissance d'abstraction presque inégalée, sauf peut-être par l'argent, "équivalent de chair" lui aussi.

    - Tout en matant "Public Sénat", je me suis pas mal écarté de son effort d'apologie des intellectuels. Ceux-ci feraient bien de s'inspirer d'Alain Minc, le plus conscient qu'un intellectuel, sans la ruse, n'est rien. Il n'obtiendra pas son fromage. Minc qui déclare n'être qu'un "intellectuel de pacotille", tentant de ramener son confrère Jacques Attali à la raison de l'éminence grise. Minc qui glisse aussi son petit couplet subliminal sur les dangers qu'internet fait courir au pouvoir des intellectuels. Sur ce terrain, Minc devrait se montrer plus machiavélique, car l'aveu public d'un pouvoir des intellectuels constitue le déni officieux de la démocratie officielle.

    - Pour finir, Minc enrobe sa propagande libérale dans un paysage de l'intellectualisme en France depuis le XVIIIe siècle, englobant avec magnagnimité dans son potager le vert Mauriac à l'âme de poireau (chaque intellectuel peut être relié à un légume, tant il vrai que les intellectuels ont, à l'instar des légumes, "la tête à l'envers" et les parties génitales tournées vers le ciel).

    Les intellectuels depuis le XVIIIe siècle, prétend Minc, n'ont cessé d'errer de plus en plus ; ça tombe bien puisque Minc lui-même prône l'exemple de l'Angleterre, mère du libéralisme et de l'impérialisme moderne, Angleterre habile à rejeter la responsabilité des massacres sur les autres nations. Sans admirer l'Angleterre directement pour son impérialisme, dont ils n'ont pas connu toute l'ampleur, les philosophes des Lumières se sont donc lourdement trompé sur le bénéfice des peuples à être gouvernés plus libéralement par la bourgeoisie, d'une manière démocratique permettant au peuple de détacher les yeux de ses travaux et dévotions rituelles.