lundi, 10 septembre 2007
Revue de presse (XIV)
« (…) Remis le 27 août au président de la République, le rapport annuel du Haut Conseil de l’éducation fait monter à 40 % le nombre des élèves qui quitteraient l’école primaire sans savoir bien lire, écrire et compter. (…) Le ministre [Darcos] a cru bon de se démarquer des “critiques que le HCE s’est cru fondé à faire” en indiquant qu’il fallait “éviter le double écueil de l’autosatisfaction et du catastrophisme”. » “Famille chrétienne” (8-14 sept.) De la part d’un agrégé des lettres, l’allusion à Charybde et Scylla n’est pas d’une folle originalité… X. Darcos a choisi la ruse et de flatter les profs, écorchés vifs par des salaires trop bas. Il feint de les défendre aussi souvent qu’on lui tend un micro, fait de la surenchère démagogique (« 50 % d’une classe d’âge doit avoir une licence ! »), mais on peut gager que toute sa ruse classique ne lui permettra pas, au bout du compte, d’abattre et de dépecer le mammouth, pas plus que son prédécesseur ; en attendant une révolution antidémocratique, ce monstre de modernisme a encore de beaux jours devant lui. À droite comme à gauche, on nage en pleine idéologie, chacun s’accroche à sa méthode-miracle d’apprentissage de la lecture, globale ou syllabique, on veut supprimer la carte scolaire ou la faire appliquer pour de bon ; bref on fait semblant de chercher une martingale, alors que le problème est politique et social. Comme le bon sens est le premier ennemi de la démocratie, et vice-versa, voici quelques remarques de bon sens : - la première, c’est que 60 % d’alphabètes, c’est déjà pas mal, c’est même sans doute beaucoup trop. Des civilisations beaucoup plus impressionnantes que la nôtre se sont arrangées d’un taux beaucoup plus bas. Le problème, c’est plutôt qu’on veuille apprendre à lire, à écrire et à compter à tout le monde, à tout prix, par principe, sans s’interroger sur ce principe démocratique partagé par tous, profs ET parents d’élèves. Les profs sont parfois sous le feu des critiques ; ce qu’il faut dire pour rester équitable, c’est que les parents, particulièrement les mères de famille, ont une mentalité tout aussi nocive, si ce n’est plus. Sans doute la culpabilité d’abandonner dès le plus jeune âge leur enfant à l’école est-elle responsable d’un surcroît de mauvaise foi de leur part ; - l’argument-bateau des “évolutionnistes” - X. Darcos se situe dans ce camp avec son slogan de “50 % d’une classe d’âge dotés d’une licence” - c’est que nous serions désormais entrés dans une économie de plus en plus tournée vers les “services”, et que, dans ce type d’économie (capitaliste), tout le monde doit savoir lire, écrire et compter sur le bout des doigts, c'est le minimum. Bien sûr, pas besoin d’une licence de psychologie, deux sous de jugeotte suffisent pour se rendre compte que cette doctrine est une doctrine d’imbéciles heureux, une doctrine de libéraux. D’ailleurs, peut-être y-a-t’il déjà pas mal de livreurs de pizzas, de "shérifs" chez Buffalo-grill, de vendeurs de fast-food ou de téléphones portables qui sont titulaires d’une licence, pour parler des “secteurs qui embauchent” : ça leur fait une belle jambe, et à nous aussi, leur camelote n’en est pas moins dégoûtante. L’histoire de la dévaluation du statut des professeurs (1970-2007) est l’histoire de la dévaluation des valeurs non monétaires au cours de cette période, de la lutte des classes pour avoir les dernières pompes de sport à la mode fabriquées par des esclaves chinois. Que des instituteurs adhérents de syndicats communistes se soient faits les complices actifs de cette évolution… C’est Marx qui doit se retourner dans sa tombe ! La vérité, c’est qu’aux États-Unis un type qui a dix bouquins dans sa bibliothèque passe pour un intellectuel de haut vol. Ça n’empêche pas l’économie yankie d’être apparemment florissante. Darcos ou Sarko peuvent tenir tous les discours filandreux qu’ils veulent sur la réforme de l’éducation, on sait derrière ce rideau de fumée quel modèle de civilisation les inspire, bon gré-mal gré.
13:50 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : darcos, carolis, elkabbach


