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  • La Passerelle de Beauvoir

    À Lou

    Sous la passerelle de Beauvoir s’amarre un
    Bateau-lavoir ;
    On y sert qu'au gratin
    À boire : cocktails aux frais des Parisiens !

    La nuit blanchit aux néons.
    Nos édiles nous font marron.

    La rumeur d’un carnaval militant
    Anéantit
    La douceur du printemps.
    Sous les roues des chars gays : le spleen d’antan !

    La nuit blanchit aux néons.
    Nos édiles nous font marron.

    Paris s'en va comme cette eau courante,
    Paris s'en va.
    Cette ville est mourante,
    Et comme la propagande est violente !

    La nuit blanchit aux néons.
    Nos édiles nous font marron.

  • Jean-Paul et Simone

    La chronique du cynisme ordinaire, si on s’y attelait sérieusement, on pourrait en faire quinze blogues bien tassés !
    L’habituel tombereau publicitaire déversé sur nos têtes par les marchands de lessive ou de football, comme si c’était pas une menace suffisante pour l’intelligence, s’aggrave maintenant des salamalecs des politiciens en compétition. C’est à qui sera le plus compatissant vis-à-vis des victimes psychologiques de la choa, des traites négrières, des victimes potentielles de la prochaine canicule, de la pédophilie ou de la pyromanie, sans oublier les femmes battues, les sidaïques, les pédés humiliés, les exclus des boîtes de nuit, les cancéreux passifs, les sous-consommateurs.

    Sarko d’un côté, Ségolène de l’autre, sans compter tous les seconds rôles, chacun se spécialise, drague son petit lot de victimes consentantes pour un lot de consolation, petite prime, ristournette, médaillon. Personne est oublié.

    Celui qui me fait le plus gondoler, moi, il emporte la palme, c’est Delanoë. Même les cathos qui réclament pourtant pas grand-chose d’autre, entre deux repentances obligatoires, qu’un peu de silence dans leurs églises, il y a pensé, Delanoë, il leur a donné une “Place Jean-Paul II”. Ça mange pas de pain et on en cause dans les buvettes des kermesses paroissiales.
    Delanoë et son acolyte Girard, ils sont spécialisés dans le bobo, bien sûr, qu’il soit à voile ou à vapeur, ils ont bien cerné la vanité de cette engeance-là, son goût pour le gadget inutile et coûteux, le cinéma français, la peinture abstraite, le mariage gay, les trottinettes, l’i-pod, les vibromasseurs, la plage à Paris, la musique électronique… ils hésitent pas à en rajouter dans l'hyperflu.

    Témoin pour les générations futures de ce style cucul-sucre d'orge si prisé par le bobo moyen en 2006, cet article dans À Paris, fanzine municipal bêlant :

    Le 37e pont au féminin

    La passerelle, réservée aux piétons et à toutes les circulations douces, reliant le parvis de la bibliothèque François Mitterrand (13e) à la terrasse des jardins de Bercy (12e), sera le 37e pont de Paris. Innovation à saluer : le choix de la marraine de ce pont qui n’est autre que Simone de Beauvoir. Il est rarissime qu’un pont soit baptisé d’une personnalité féminine… La passerelle, inaugurée en juillet, sera accessible aux personnes à mobilité réduite.
    L’espace central accueillera des expositions, des bouquinistes et des animations temporaires, de quoi offrir un lieu de promenade pédagogique, que l’on arpentera en compagnie des enfants, avant de s’en aller paresser dans les jardins de Bercy.

  • Déclaration de principe

    J'avoue que j'ai jamais été particulièrement fier d'être hétéro. Ça m'a même attiré pas mal d'ennuis.

  • Conte du maquis

    Le type a déboulé de nulle part avec un gros clébard sur les talons… La divine surprise ! On était en plein palabres. C’était le moment que l’aumônier avait choisi pour recueillir nos confidences à tous un par un sur ces journées de crapahutage intensif à travers les montagnes pelées. On était bien avancés, tout près du but, on pouvait bien s’en tartiner une tranche de conclusions gratuites, désormais…
    Tous assis en rond autour d’un haut brasier de branchages, un gros trou dans la nuit, qui nous rôtissait des arpions jusque la tronche, tandis que le cul grelottait dans l’ombre, contre un gros caillou, devait faire deux ou trois degrés dessus zéro… il était minuit au pif, personne avait de tocante…
    Fallait faire preuve d’imagination, vu qu’on avait tous taillé cinquante kilomètres dans la même direction Nord-Nord-Ouest, piétiné les mêmes caillasses, usé le même relief… C’était bien vu d’insister sur le côté intime, qu’est-ce qui nous avait trotté dans la cervelle pendant qu’on arpentait ? Seize petits Jean-Jacques à demi-transis autour d’un feu de camp !

    Jusqu’ici, on avait entendu que des histoires plates, rien de très bandant. Alors pour moi ce type qui surgissait, c’était l’heureuse diversion. Et puis je venais juste de déclarer que je cracherais pas le morceau, moi, non, je voulais pas tricoter mon petit boniment comme les autres, pas le moindre prolégomène. Fallait pas insister.
    On était tous moulus, ma petite rébellion allait pas franchement dans le sens de l’accalmie qui précède le sommeil réparateur. Quelle enclume ! L’aumônier était un gars au moins aussi soudé que moi, un Alsacien, sûr qu’il allait pas laisser la balle retomber comme ça, le couvre-feu était pas sonné !

    L’allure sauvage du type, son accent guttural, son apparition sur cette lande écartée avait de quoi piquer la curiosité. Au vrai, à la lumière, le clebs inquiétant, c’était plus le chien des Baskerville, plutôt une vieille femelle inoffensive tout compte fait, et l’intrus était buriné comme une momie mais pas plus baraqué que ça. Il s’est mis à nous haranguer comme Jean-Baptiste. Fallait pas rester dehors, nom de Dieu ! on se rendait pas compte du danger, la froidure allait nous crever si on pionçait le nez à l’air comme ça. Réciproquement il devait se demander de quelle planète on était dégringolé dans son carré de broussailles. Comminatoire, il nous sommait de le suivre, de venir nous entasser dans son bercail, pour ce qu’on comprenait de son patois.

    Mais cette hospitalité rugueuse, notre chef il l’a repoussée, la formule qu’il a fabriquée était bien civile comme il faut, mais grosso modo il le priait de se mêler de ses oignes, qu’il voyait bien qu’on était occupés, chacun pour soi et Dieu pour tous et les brebis seront bien gardées. L’énergumène de la lande, évidemment, a pas gobé cette politesse, il s’est mis à faire des moulinets avec son gourdin dans tous les sens : « Scheise ! Sie sind verrückt !! bande d’impéciles, fenez, ya oder merte !! », il gueulait, il en démordait pas !

    Alors d’instinct je me suis levé, j’ai titubé un peu sur mes guibolles engourdies jusqu’au bonhomme, et je lui ai demandé de me montrer le chemin de son patelin. C’est que les occasions de s’amuser avaient été plutôt rares ces derniers temps… Le Boche, l’idée de me prendre comme qui dirait en otage l’a séduit, il a fait demi-tour pour m’entraîner. Mes compagnons d’aventure, mon départ a pas eu l’air de trop les priver. J’ai même senti comme une sorte de “ouf” collectif et muet qui m’englobait avant qu'on disparaisse de leur vue. Le clebs, lui, il remuait la queue. (À SUIVRE)

  • Découplée

    Baston hier chez les voisins du dessous. La gonzesse hurle comme une truie qu’on égorge. Elle lui dit qu’elle l’aime, qu’il peut pas la quitter comme ça, même qu’elle peut pas vivre sans lui, elle le crie plusieurs fois : « Je peux pas vivre sans toi !! » Aigu d'abord, et puis après des mugissements plus graves. Mais une jolie voix bandante quand même ! Je m’approche de la fenêtre pour mieux entendre. Des fois qu’il y aurait de la vaisselle cassée. J’adore ça, les gonzesses qui cassent la vaisselle sur le plancher, quand c’est pas chez moi, mes assiettes peintes ; cette vieille coutume, le boucan que ça fait, la symbolique du truc, tout quoi, ça me botte ! Moi je mets plutôt des coups de poings dans les murs, ça fait plus mal. Lorsque j’étais à Madrid, j’avais remarqué ça, beaucoup de scènes de ménage, publiques, les fenêtres sont toujours grandes ouvertes, et Madrid m’avait plu, à cause du Prado aussi, et nonobstant certains quartiers moches, une architecture laide.

    Si elle gueulait pas aussi fort en faisant des bonds dans l’appartement, on pourrait croire qu’elle est au bigophone, qu’elle déverse son torrent de douleur larmoyante au téléphone, parce que lui il dit rien, on l’entend pas du tout. Merde, elle est quand même pas en train de se rouler par terre avec son téléphone portable !? Non, je crois pas, il doit être là, il doit faire le dos rond dans un coin. Il connaît peut-être la musique, les subterfuges d’une garce qui veut garder son mec. Il sait qu’elle tiendra pas longtemps sur ce rythme-là, qu’à un moment elle va s’essouffler, et que ça sera le moment de la mettre au lit et de se tirer.
    Je suis un peu ému, n’empêche, ça me rappelle lorsque j’étais étudiant, morveux, que je connaissais pas les femmes, leurs manigances, que je les croyais sincères, émotives, je tombais dans le panneau à chaque coup ! Des actrices nées, elles sont ! Depuis j’ai appris qu’au fond y’a qu’un truc qu’elles respectent, c’est la cravache.

    Je sais même pas quelles têtes ils ont les tourtereaux. C’est des voisins, mais ceux-là je les vois jamais, ils sont pas souvent au nid. Ils doivent avoir deux appartements. Chacun le sien, au cas où… Ils ont bien fait.

    Instinctivement je me range de son côté à lui. Encore elle aurait dit : « Ne me quitte pas ! Damien, jamais TU pourras te passer de moi ! », ça m’aurait peut-être fait hésiter. Mais son refrain, là : « J’pourrais jamais vivre sans toi ! », c’est d’un égoïsme !
    Note que d’un autre côté, je la comprends un peu, parce que je sais pas quelle gueule il a, ce Damien, mais au piano c'est un as, un vrai régal. Je reconnais, une gonzesse qui saurait jouer du piano comme ce mec, je m’y attacherais sans doute plus qu’il faut.

    Renseignements pris auprès de ma concierge, il paraît que Damien est « beau gosse ». Pourtant elle se souvient même pas s’il est blond ou brun. Pas moyen de me faire décrire l'ex. de Damien non plus…

  • One Day Closer to Punishment

    L’histoire de la grande truanderie de l’art moderne regorge d’anecdotes de ce genre. Ce coup-ci la bavure vient de la “Tate Modern Gallery” de Londres, c’est là que la leçon de chose a éclaté. À cause d’un gaffeur qu’a livré son bidule en pièces détachées, le faire-valoir avant la sculpture, le support avant le supportable. À la limite du supportable, pourtant, conforme au cahier des charges. Épais cahier, charges légères.

    Les experts du Musée ont préféré le socle à l’œuvre de David Hensel - immédiatement après les avoir confondus. Une preuve de goût ? Le goût pour l’absurde ne se justifie pas ! Et la confusion n’étouffe que les timides !

    Voler l’art aux bourgeois, on peut pas dire que le hold-up a été difficile… On peut pas dire que le bourgeois se soit accroché à ses bibelots. Pour le bourgeois ce qui compte, c’est la décoration, pas ce qu’il y a derrière. Mais tâche de fourguer au bourgeois une bagnole sans moteur, là tu le verras recouvrer sa faculté. Mais l’art ? Il a suffi de le convaincre que c’est inutile, l’art, vaporeux, transparent. La merde au coffiot, les bijoux au grenier, et le tour était joué.

    Et le bon sens ? (Certains avaient conservé le bon sens) Mais il est giratoire le bon sens, espèce de toupie, pense à mettre ton clignotant et tout ira bien, tu me suis ? Ça, pour suivre, il suit, le bourgeois, il cavale, il devance même, parfois, emporté par l’élan, le vieux complexe d’infériorité sur l’aristo, c’est sa pente.

    Les escrocs ne manquent pas d’équilibre, c’est bien connu. Un accroc dans la dialectique est vite colmaté, des fois qu’un sot, un plouc, voire un gosse inconséquent, s’aviserait de tirer sur le fil et de tout détricoter le bavardage.
    On cite le Professeur Carey, bardé de diplômes épatants : «Anything can be a work of art. What makes it a work of art is that someone thinks of it as a work of art.»

    Oh ! ah ! Bon sang mais c’est bien sûr, tout est dans tout et vice versa ! Ce qu’il fallait démontrer ! Clignez vessies, glougloutez lanternes, il est né le divin raisonnement !

    La dialectique rebondit sur le socle de Hensel comme une balle et le chien antimoderne (“anti-modernist dog”) aboie dans sa niche.

  • Portrait de con

    Le pendant des nains de jardin chez les bourges, c’est Van Gogh, Gauguin, Monet, tout ce bastringue kitsch… Jérôme Bosch aussi.
    Monet ça lui va comme un gant au bourgeois. Il veut pas d’histoires, juste un endroit pittoresque pour pique-niquer, alors avec Monet il est servi. Bosch c’est autre chose, là c’est le goût des accessoires qui est flatté, et monstrueux tant qu’à faire ! Les détails il les voit pas, mais les accessoires !

    On n’a pas fini d’entendre dégoiser sur L’Origine du monde non plus, la pochade de Courbet. Un qui joue à l’érudit pointilleux, un Môssieur Savatier, s’est même fendu d’un bouquin truffé de notes où il narre le comment du pourquoi le bourgeois se pignole sur ce con poilu depuis des lustres sans parvenir à jouir, pourquoi on cause encore de cette toile peinte par ce gros malin de Courbet pour épaissir son compte en banque.

    Comme si on le savait pas… L’Origine du monde, c’est le titre qui leur en met plein les mirettes. On ne sait pas si la blague est de Courbet lui-même, mais peu importe, le bourgeois est épaté, il prend ça au sérieux, il a l’impression que Courbet a tranché entre l’œuf et la poule. Toute une philosophie…

    Faire un tableau avec un bobo qui mate l’Origine de Courbet au musée, la bouche ouverte, et l’intituler : Portrait d'un con, il se trouvera toujours un galeriste pour trouver ça subtil.

    Courbet a pas inventé la pornographie non plus. Il a eu au moins un prédécesseur, sensible au con béant lui aussi, Jean-Jacques Lequeu.

  • Le dernier des salauds

    Ils quadrillent Paname en ce moment, les racketteurs de la charité en uniforme, pas moyen de leur échapper, même dans les arrondissements périphériques ils se jettent en travers de mon chemin, ils tentent de m’alpaguer par les sentiments.
    Même moi, j’ai beau avoir l’air rogue, on me prend quand même pour un brave citoyen qui demande qu’à se délester de sa mauvaise conscience de consommateur frénétique en signant un chèque de vingt euros pour une bonne cause. Concurrence féroce : Handicap international, Médecins du monde, Aides, le CCFD, le Secours populaire, Greenpeace, le WWF, ils sont tous là, c’est la grande braderie aux indulgences !

    Quatre fois de suite, et sans faire exprès, la brigade en tee-shirts rouges d’Aides m’accoste à Pigalle :
    « Mais bien sûr que je suis pour le Sida, moi, Môssieur, il nous a pas débarrassés de Thierry Paulin, le Sida, par hasard ? Il en aurait tué combien encore, Paulin, des vieilles, sans le Sida, hein ? »

    Elle a un bac+5 en boniment sentimental, l’agrégation de dialectique, moi je me débrouille comme je peux, avec mes petits moyens, face à la soutireuse de Médecins du Monde qui me sourit comme on m’a pas souri depuis une semaine :
    « - Alors comme ça t’es payée pour réclamer de l’oseille ? Et ça te gêne pas de vivre sur le râble de ceux qui crèvent la dalle ? Tu sais que ton salaire permettrait à un Éthiopien de croûter pendant un mois ou deux ?… Ah c’est plus productif comme système ? Mais j’en ai rien à foutre de la productivité, moi, on est pas du bétail, quand même…

    « - Laisse tomber… Personne t’oblige à donner.

    « - Ah, mais non, je vais pas te laisser tomber ! T’es mignonne et tu me fais pitié. Je suis sûr que tu vaux mieux que ce boulot de racketteuse. Ma boulangère te ressemblerait, je boufferais deux fois plus de miches. Je te plains. À moins que ça soye juste un petit boulot pour te payer des vacances, ton portable ? »


    Le mec qui quête pour les pandas, je fais un large crochet pour l’éviter, je suis pas sûr que je saurais rester poli avec un zoophile de cet acabit. Il me repère, m’interpelle quand même : « C’est pour le WWF, le panda, tu connais ? »

    Pauvre type, il peut pas savoir qu’il a affaire au dernier des salauds.

  • Tableau noir

    Bien obligé de causer football. J’arrive pas à peindre, fait trop chaud, la peinture sèche presque immédiatement dans les godets. La bande de nègres en bas de chez moi a fait du raffut en faveur du Ghana. Je crois pas qu’il y ait beaucoup de Ghanéo-Togolais parmi eux, mais ces nègres-là sont ultraracistes, y’a que la couleur qui compte pour eux, c’est le seul critère fiable, ils n'aiment pas les Ritals. La métaphysique du métissage, ils s’en branlent, ils veulent pas être députés, ils veulent juste gagner beaucoup de blé, comme les joueurs de foot, pour faire la nique aux bobos - qui les méprisent bien dans le fond, ils sont pas dupes des salamalecs.

    Peut-être que si j’apprenais à broyer mes couleurs moi-même à l’huile, j’aurais pas ce problème de séchage ? Je pourrais ensuite apprendre la technique, le dosage à une négrillonne que j’embaucherais pour me tenir le pinceau.

    C’est qu’il y a plein de choses à dire sur le football, en plus. Avec le football, le colonialisme y passe beaucoup mieux, d’abord : on encule plus profond avec de la vaseline. Y’a pas que le football, la politique aussi s’est enrichie de nouvelles règles du jeu.
    Pendant la Coupe du monde, au moins l’Afrique oublie qu’elle en crève, des discours hypocrites, pendant que les démagogues croquent des diamants, elle rêve de jouer la demi-finale, voire la finale, contre l’Allemagne (Feraient bien de se mettre au football aussi, les Yankis.)

    En fait je boude qu’à moitié le foot. Raymond Domenech je l’aime bien. C’est un régal ce qu’il méprise les journalistes, leur ignorance, leur lâcheté, bref leur nullité. Ça se voit sur sa tête qu’il peut pas les sacquer, qu’il en buterait bien un lui aussi… Il fait le coup du sang-froid, pas de dérapage, mais on sent qu’à l’intérieur lui montent des envies de meurtres salutaires.
    Ces chacals l’ont bien flairé aussi, ce mépris, du coup ils rappliquent tous autour, ils veulent le faire sortir de son terrier, pour pouvoir le choper à la gorge. J’espère qu’il a prévu un petit avion à réaction pour se trisser subito presto au pays où le football n’existe pas, au cas où.

  • Au stade football

    Merde, il va falloir encore encaisser le foot ! La quinzaine mystique. La grande communion des connards. On rêve de buts. On se prosterne devant un demi-Dieu chauve et autiste qui fait des réclames. Et bon père de famille avec ça ! Le plus tôt on sera battus, le mieux. On va quand même pas vaincre le Togo !? Salauds de colonialistes ! La commisération des faux-derches elle s’arrête ici : « J’ai rien contre les “blacks”, moi, ah, ça non, rien de rien, je suis un honnête citoyen du monde, moi, Monsieur !… Mais on va quand même pas se faire battre par le Togo… C’est où, au fait, le Togo ? »

    Depuis longtemps ça me démange de trucider un journaliste. Le jour où Tapie a mis une mandale à un caméraman, j’ai même failli voter pour lui. Et bien si j’opte finalement pour une carrière de tueur fou, d’étouffeur de journalistes en série, je commencerai par un journaliste sportif, promis ! Je vous débarrasserai de Gérard Holtz, avant de passer aux choses sérieuses.

    Le tennis c’est pas pareil… Federer et Nadal, c'était le mirmillon et le rétiaire. Le mirmillon a perdu sur le sol rouge français. Terrain défavorable à l’artiste.
    C’est un jeu de prince, d’abord, la paume, et puis de jambes : les jambes de Gabriela S., celles de Patty S., celles de Steffi G., je m’incline devant.

    Un peu surprenant qu’on tolère encore dans notre pays cette apologie de l’effort, de l’élitisme. Tout le monde devrait pouvoir participer au tournoi de Roland-Garros, au moins jusqu’aux quarts de finale, n'est-ce pas ?
    Moi-même j’ai rêvé un jour de gagner ce tournoi. Mon modèle c’était Edberg, le “Suédois volant”, le seul joueur à avoir tué un juge d’une balle, un vrai pur-sang de la raquette.

  • Corrrida

    Pourquoi est-ce que j’ai lu le Carnet de Rrose ? Je ne crois pas beaucoup à la littérature érotique. Autant que je sache, le plaisir n’est pas un truc très littéraire : « J’ai sucé cette petite pêche bien juteuse achetée ce matin au marché de Barbès, pas eu besoin de la presser beaucoup pour qu’elle me gicle abondamment sur le plastron. » Et après ? « Après je me suis tapé sa sœur. » Et après ? Autant écrire des bouquins de cuisine.

    L’objection, je la vois venir de loin avec ses gros sabots, c’est que Le Carnet de Rrose, c’est pas de la littérature érotique, mais de la littérature tout court. En effet j’ai pas beaucoup bandé en lisant cette pochade. Une femme non plus ne banderait pas beaucoup en lisant ça, je pense. Peut-être un garçon manqué ? Il y en a de plus en plus des garçons manqués, il devrait se vendre le bouquin de Mme Reyes, pas de soucis, je peux donc parler franchement. Ils devraient aménager à la Fnac un box “Littérature érotique spécial garçons manqués”, mais ils ont autant d’imagination que des peintres soviétiques, les chefs de rayon de la Fnac…

    Je crois que je peux être sincère avec Mme Reyes, je sens qu’elle va aimer ça, qu’elle prendra pas trop mes arguments de travers. Qu’elle nie pas qu’elle m’a titillé la première, au moins !

    Il faut me comprendre, moi, Mme Reyes, je suis très très vieux, un mec du passé. Votre familiarité avec la bite, je m’en méfie. Les trois quarts de mon plaisir à moi, il tient à la frayeur de la gonzesse lorsque j'exhibe mon bidule. Vous m’ôterez pas ça ! D’ailleurs, de mon temps, une femme qui n’en voulait pas au portefeuille d’un mec était déclarée suspecte. C’est vrai, quoi, on dirait que vous avez découvert la quadrature du slip, c’est énervant et j’ai jamais aimé les maths.
    Puis quand vous dites comme ça : « Le problème avec la fellation, c’est que j’ai du mal à m’arrêter… », je rétorque que des grandes gueules comme vous, ça court les lycées, les facs et les boîtes de nuit.
    Avouez que vous nous jouez un peu le sketche de la pute parfaite, gratis. Ça ne prend plus. Gare à la publicité mensongère, les mecs sont devenus des consommateurs avertis, même moi, le super-naïf.
    Vouloir nous la couper avec une paire de ciseau ou la gober comme une saucisse de Francfort - ça paraît plus sympa mais ça revient un peu au même.
    À force de sacraliser le sexe, vous le désacralisez complètement. C'est pas une grosse sentence, ça ? Branlez-vous avec !

    Donc, puisque les mecs se retrouvent aujourd’hui dans la position d’être séduits, je peux dire : « Alina, vous ne m’avez pas séduit. » Mais, comme Alina est quand même une femme, je ne peux pas m’empêcher de terminer par un compliment, de reconnaître qu’au moins vos coïts de papier ne sont pas complètement bidons, comme ceux de Houellebecq par exemple, on suppute que vous avez sans doute quelques kilomètres au compteur pour de bon, tandis que Houellebecq, on se demande parfois s’il se tripote pas plus qu’autre chose, hein ?

    Sinon j’apprends en lisant votre Journal que vous préparez un bouquin sur Lourdes. Ça, ça m’intéresse ! C'est que j'en connais un rayon sur Lourdes. C’est très érotique comme coin, Lourdes, sauf le quinze août, il fait trop chaud.
    Les infirmières italiennes, je vous dis pas, l’uniforme blanc, des vierges pures, la grande classe ! Les Françaises paraissent des petites souillons à côté, sapées n'importe comment. Le succès de Lourdes, c’est que c’est international, justement, frontalier. La beauté de ces filles côté à côté avec la mort, les culs des cadavres encore pleins de merde qu’il faut torcher, la bave des vieillards malades et jaloux, ça vous tourne la tête, il y en a pour qui c'est une drogue, Lourdes, ils peuvent pas s'en passer.

    Je pourrais vous en parler des heures de Lourdes, moi, ma pote, et même de Bernadette Soubirou. Tiens, ça me fait penser, puisque vous vous payez toutes les effronteries, vous, je peux bien m'en payer une, moi : Vous seriez pas la Bernadette Soubiroute de la littérature française, Alina, des fois (là, il faut avoir lu Le Carnet de Rrose pour piger) ?

  • Certifié non-conforme

    Ah, Grégoire Polet me fait plaisir avec son petit pamphlet, Excusez les fautes du copiste, il y a un peu de moi dans son personnage. J’aurais assez aimé être l’auteur de ce bouquin, aussi, je crois que je peux dire ça comme ça.

    Quoi qu’on fasse pour priver la littérature de combustible et d’air, il y en a qui se débrouillent encore, y’a des angles morts. Il se permet même d’être ironique, Polet !
    C’est ça qu’ils ont évacué en premier, l’ironie, ils ont bien vu qu’ils étaient foutus s’ils dégommaient pas l’ironie, leur petit système branlant ne résisterait pas, il pourrirait en dix ans.
    Ça les empêche pas, en privé, de pratiquer l’humour, même un type comme Robbe-Grillet, je suis sûr qu’il sait faire preuve d’humour. Mais l’autodérision, jamais, pourtant il y aurait matière !
    Un seul mot d’ordre, donc : « SUS AUX CONS ! »

    Qu’est-ce qu’Internet dit sur ce Polet-là ? Qu’il est Belge. Encore un Belge ! J’ai comme l’impression qu’il y a un peu plus d’air dans la francophonie belge, voire québécoise, que dans la mienne. À croire qu’il n’y a pas de Sollers belge ou québécois, que les Belges et les Québécois ne lisent pas Libé, qu’ils ne vont pas à l’école ni en fac ?! Il est un peu plus jeune que moi, Polet, hispanisant, prof à Louvain. Il y a sa photo. Il a un peu la tête de son anti-héros, une bonne tête.

    Hier soir, j’ai détruit une esquisse. J’ai un peu hésité avant de le faire. Il m’avait fallu près de deux heures pour la peindre. Pas dans les meilleures conditions, c’est sûr, mais bon, deux heures quand même. J’ai hésité. Pour un œil peu averti sur ces questions, un œil moderne, mon esquisse était potable, vendable quoi. Elle m’a dit d’ailleurs : « C’est moi ça ? Wouah ! ».

    En réalité, il y avait comme un affaissement de la croupe qui n’était pas dans le modèle, et, même si j’étais assez satisfait de la tête et des pieds, on aurait dit que c’était un dessinateur de bédé qui avait fait ça, et ce n’est pas le résultat que je voulais atteindre, je voulais un trait plus noble. J’ai préféré recommencer. Avec le risque que ça comportait d’échouer une deuxième fois et que je me sente frustré comme pas deux, enragé, dix fois comme un homme qui se trouve incapable de bander devant la femme qu’il veut - je suppose.

    On n’est civilisé que lorsqu’on prend grand soin des détails, que le commanditaire n’est pas trop pressé. Les grands génies de la peinture, très très souvent ils ont eu un père orfèvre, ébéniste, tailleur… forcément méticuleux, quasi-maniaque. Ils ont appris à soigner les détails. La civilisation, c’est d’une lenteur exaspérante !

  • L'avatar Weyergans

    On peut décortiquer Weyergans aussi, après Rousseau, et extraire le noyau.

    François Weyergans restera peut-être comme l’écrivain qui a piqué le prix Goncourt à Houellebecq en 2006, malgré ou à cause des râles de Nourrissier. Pour ça, faut encore que Houellebecq lui-même demeure, et pas seulement comme un “phénomène de société”, ah, ah…

    En attendant, je ne peux pas m’empêcher de comparer la rhétorique cauteleuse de Weyergans à celle de Rousseau. De voir dans le Bruxellois une sorte d’avatar contemporain du Genevois, muni des gadgets modernes.
    Dans Franz et François, Weyergans nous narre aussi avec bonhomie ses débuts, dans le détail intime. Comment un jeune branleur devient cinéaste, puis écrivain.

    Deux siècles après Rousseau, Weyergans a recours à des psys pour mieux comprendre ses états d’âme. Il les consulte pour cause de névrose, claustrophobie. Ça marche, c’est “l’effet placébobo”. On n’est pas superstitieux, impossible vu qu’on a bac+3 au moins, mais on avale la première galéjade pseudo-scientifique qui nous passe sous le blaze, pas les Martiens quand même, mais la psychanalyse ça sonne bien.

    La faute de Weyergans est grave. Il s’est débarrassé de son père. Il a coupé les ponts avec lui un peu avant sa mort. Pas le temps, après avoir joué au fils prodigue, de retourner au bercail demander pardon.

    Le père de Weyergans, Franz, était catholique (un catholique progressiste zélé, une espèce en voie de disparition aujourd’hui, tant mieux, elle a produit la pire littérature.)
    Naturellement, François va s’appliquer à faire endosser au catholicisme de son père la responsabilité de cette rupture. Pour ça, il n’hésite pas à convoquer tout le barnum psychanalytique, le freudo-lacano byzantinisme, l’inconscient agissant, le complexe d’Œdipe, le complexe d’Œdipe inversé, tout le branle-bas, dont il tire des effets comiques aussi, il faut reconnaître.

    En gros, le schéma, c’est que Franz Weyergans a tenté d’empêcher le talent d’écrivain de son fils François d’éclore, il aurait préféré qu’il devienne cinéaste (c’est plus bourgeois), parce qu’il était lui-même écrivain. Il a eu peur que le public confonde le père et le fils.
    Mais, surtout, Franz a empêché son fils François de s’épanouir SEXUELLEMENT (quelle horreur !) parce qu’il était catholique et donc coincé du cul. Même sans l’aide des psys, je crois que Weyergans en serait arrivé à cette conclusion.

    En réalité, la véritable raison de la rupture entre le père et son fils, elle tient dans cette phrase, incidente, imprudemment lâchée à mon avis, où François tombe le masque et avoue qu’il avait honte de son père, de son catholicisme désuet. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Aujourd’hui, une petite touche catho dans la panoplie d’un écrivain n’est pas mal vue, confer Beigbeder, Rouart, Sollers, mais à l’époque où François Weyergans désire incorporer l’intelligentsia, c’est pas en vogue du tout, l’encens. Weyergans raconte que, devisant avec Prévert dans un rade, il voit son père se planter devant la vitrine pour l’attendre : ça lui fiche les glandes, devant Prévert : « Je ne connais pas cet homme-là ! »

    Ce qui corrobore mon opinion sur le style de Weyergans, c’est qu’il extrapole, exactement comme Rousseau lorsque celui-ci prédit le plus sombre avenir à Marion après son renvoi. Attention aux extrapolations ! L'extrapolation c'est l'arme de l'avocat véreux : François a cessé de voir son père, de lui écrire, plus de nouvelles directes. Cependant, dans le dernier chapitre, il se dit persuadé, à certains indices assez vagues, que son père s’est éloigné du catholicisme au crépuscule de sa vie. Ben voyons, c’est tellement commode !

    La différence avec Rousseau, c’est que je ne crois pas qu’il soit dupe de sa propre rhétorique, tandis que Weyergans, il a beau faire le malin, on dirait qu’il se berce lui-même avec ses histoires.

    Franz et François à lire donc, plutôt que le Goncourt, Trois jours chez ma mère, si on aime bien les documentaires comme moi, même si celui-ci fait cinquante pages de trop.

  • Des ratés

    Vu que ma liaison internet avait de sérieux ratés, et qu’une bécane qui veut rien savoir, y’a pas plus mauvais pour le tempérament, j’ai pas insisté, profitons-en pour prendre la tangente, batifoler, se mettre au vert, fuir le monde. Le monde : ce bordel rutilant n’admet plus que les putes tatouées et vaccinées, les millionnaires et les domestiques. Cracher dessus, chier dessus, vomir dessus, et quand on sera complètement étanché, plus une goutte de bile, se tirer du monde en cinquième vitesse au huitième ciel !

    J’ai pris un bouquin, Mort à crédit. J’avais besoin de bouffer de la viande rouge. Un euro cinquante la livre aux Puces. Ça m’a requinqué, cette épopée pleine d’huile, de foutre et de caca. C’était plein de vitamines ce pavé, je riais seul dans mon coin, au nez et à la barbe des bobos tout barbituriques. Qu’ils aillent se faire englander à Istanboul, bouffer de la neige à Morzine ou du sable à Marrakech, moi je me prends pour Krogold Le Terrible ! Aussi pour le paternel du Ferdinand. Deux, trois points communs. Pas les bacchantes, quand même, non, ah, ah !

    « Ah, Ferdinand, petit salaud ! insolent ! communiste ! croque-youtre ! ah ! tu te rebiffes, vermine ! Petit Chose, tête à claques ! »

    Et puis cette précocité à conchier les femmes est épatante ! Il a tout pigé, Ferdinand. Dangereuses, elles sont. Ne jamais leur tourner le dos, toujours se méfier, même de sa mère. Elles se vengent, elles le violent, les salopes ! Mais difficile de résister aux danseuses, aux nageuses, aux Allemandes et aux Américaines.