Je suis bien conscient que si je ne raconte pas au moins un de mes tête-à-queue® égoïstes avec Isabelle ou un de mes tête-à-tête romantiques avec Véronika, mon imitation de Beigbeder ne sera pas très crédible et je vais me faire siffler par mes lecteurs.
Mais si je me fais pincer par Isabelle ou Véronika - ou les deux -, je vais passer un sale quart d’heure fois deux qui font une demi-heure, et la satisfaction d’avoir été Beigbeder pendant quelques jours ne compensera pas tout à fait. Car ce ne sont pas des filles faciles.
Aussi avant-hier ai-je décidé d’entamer une relation avec une commerçante du VIIe arrondissement. Par une lettre, glissée discrètement dans sa boîte, comme je le faisais lorsque j’avais quinze ans et que j’étais timide :
Mademoiselle,
Hier vous portiez une jupe beige fendue devant et j’ai marché derrière vous quelque cent cinquante mètres dans l’espoir d’apercevoir votre string à contre-jour. “Vanité des vanités, tout est vanité”, certes, cependant j’ai du mal à me remettre de cette poursuite émouvante (bien que vous ne soyez pas la seule femme élégante dans le quartier !).
La glace de vos yeux m’a carrément figé les sens. Puis ils se sont mis à tourner à toute vitesse, de droite à gauche puis de gauche à droite. Vous voyez le genre.
Que dois-je faire ? Me contenter de quelques pompes, trois fois le tour du Bois de Boulogne en courant pour vous oublier, ou franchir le seuil de votre boutique sous n’importe quel prétexte, jouer mon va-tout et me mettre à poil devant vous ?
Je vous prie au moins d’agréer, Mademoiselle, l’expression de mon admiration sincère pour votre silhouette,
Et j’ai signé : Frédéric Beigbeder (lapinos@hotmail.com/06.77.22.XX.XX).
À ce jour je n’ai pas reçu de réponse, et je me demande si je n’aurais pas mieux fait de la jouer classique, de lui faire un clin d’œil dans la rue, comme d’habitude. L'originalité ne paie que très rarement avec une femme.