Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Sur un débat Zemmour contre Bayrou

    Mettre fin à un régime stérile de plaideurs doit être la première motivation de la révolution des Gilets jaunes.

    L'élection présidentielle est loin d'être un processus "légal" : à juste titre F. Mitterrand discernait dans la Ve république un régime de coup d'Etat permanent : les médias de masse interfèrent beaucoup trop dans le processus électoral pour qu'il soit "légal". La manipulation des masses, prônée par Goebbels, est bien trop antirépublicaine pour que l'on puisse dire ce processus "républicain".

    La dernière chose que l'on peut reprocher au capitaine du "Titanic" E. Macron est de s'affranchir du "débat démocratique", dont il sait parfaitement qu'il n'est rien d'autre qu'une diversion. Les Gilets jaunes ne peuvent pas se permettre d'être plus naïfs que le capitaine qui les traite en passagers imbéciles : les illusions dont se nourrissent les citoyens d'un régime totalitaire constituent une large part du pouvoir de l'Etat profond.

    Moins un candidat à l'élection présidentielle a de chances d'être élu, plus il est susceptible d'être sincère et de s'écarter du discours démagogique. L'élection d'un homme providentiel, qu'il s'agisse d'E. Macron ou D. Trump, est le signe qu'ils ont su frapper un grand coup démagogique.

    Avec Zemmour et Bayrou, on est en présence de candidats dont les chances d'être élus sont minimes. L'Etat profond a plus ou moins adoubé Marine Le Pen et J. Bardella, ce qui n'est pas le cas d'E. Zemmour (le lobby pro-Israël a même appelé à voter contre lui, probablement en raison de son hostilité à l'Ukraine) ; on ne peut pas dire que les chances de F. Bayrou sont nulles en revanche : le système n'a rien à craindre de lui ni de son discours - sa démission fut un calcul électoral. Bayrou parle la langue de bois couramment. Le marketing politique n'est pas une science exacte, et Bayrou comme Hollande ou Villepin s'efforce de paraître crédible.

    Dans le débat organisé par "Le Figaro" récemment, entre F. Bayrou et E. Zemmour, il va de soi que Zemmour est le faire-valoir de Bayrou.

    Ce type de débat n'a en principe aucun intérêt : il relève de la parade amoureuse face à l'électorat transi. Seuls les Français persuadés que les débats d'idées font avancer les choses s'intéressent à ce type de débat.

    Je me suis intéressé néanmoins au débat Zemmour/Bayrou pour une raison précise : ces deux débateurs ont en commun de se piquer d'Histoire ; ils prétendent articuler leurs discours politiques respectifs avec l'Histoire de France. Les discours d'E. Macron s'articulent avec le football et la mystification laïque du Panthéon, caractéristique de l'Histoire ramenée au niveau de la religion.

    Il va de soi que deux capitalistes ne peuvent parler d'immigration sans éviter de se pencher sur ce que l'histoire de l'immigration enseigne, et qui doit impérativement rester tabou dans le cadre d'un Etat capitaliste. Jean-Marie Le Pen avait mis le doigt sur le tabou de la Shoah (tabou dont le ressort impérialiste n'est désormais plus difficile à deviner), mais il s'était gardé de mettre le doigt sur le tabou de l'histoire de l'immigration. L'histoire des Etats-Unis permet de saisir de manière synthétique ce que le capitalisme doit à une forme d'esclavage qui ne dit pas son nom. Sans cet esclavage sournois le capitalisme est-il possible ? Le régime de Xi-Jinping, ou celui de N. Modi repose sur cette incertitude. Le siècle et demi qui vient de s'écouler illustre l'instabilité systémique du Capital.

    Le fait qu'il soit lui-même un descendant d'immigrés explique probablement les propos délirants d'E. Zemmour sur l'immigration. Les plus intolérants vis-à-vis de la petite délinquance où les immigrés se distinguent sont presque toujours des descendants d'immigrés, exactement comme les rejetons de parents alcooliques sont souvent intolérants avec l'alcoolisme. "Petite délinquance" car la grande délinquance est, elle, imputable à l'Etat capitaliste.

    Moins débile que Zemmour sur ce point, F. Bayrou sait parfaitement que les flux migratoires sont, dans l'état économique actuel, aussi incontrôlables que les flux monétaires, pétroliers, voire même touristiques.

    Je note au passage une remarque amusante d'E. Zemmour : l'individualisme débridé, répandu dans toutes les sphères de la société, ne fait pas partie de son logiciel politique, dit-il. L'exacerbation du narcissisme est la conséquence même de la société de consommation, d'où dérive le clientélisme politique et l'offre idéologique assimilée à la démocratie. Zemmour fait donc le pari étrange d'être élu sur la base d'un discours anti-individualiste, dans le cadre d'un scrutin fondamentalement clientéliste et gérontocratique (les promesses sécuritaires visent la frange la plus âgée du corps électoral)...

    Le point commun entre E. Zemmour et F. Bayrou est leur ignorance de la mondialisation, réelle de la part de Zemmour, feinte de la part de Bayrou. Zemmour est peut-être le candidat le plus franco-français de ce point de vue là : - pourquoi Pétain est-il le bouc émissaire de la société civile depuis 1945 ? Parce que Moscou et Washington écrivent le roman national français depuis cette date-là. On a ici une application parfaite du principe totalitaire de réécriture de l'Histoire en temps réel.

    La connaissance de l'Histoire de France n'est pas inutile, à condition de comprendre qu'elle prend fin en 1940, si ce n'est en 1914, puisque la victoire à la Pyrrhus de la France en 1918 est largement tributaire de l'appui de puissances étrangères. Avec "1984", Orwell a doté les Britanniques d'un antidote au roman national britannique.

    Dans le nouveau schéma impérialiste qui se met en place à partir de 1945 et qui constitue la toile de fond de "1984", la France joue un rôle politique subalterne : le gaullisme représente, de ce point de vue, une illusion politique dangereuse. On ne peut pas reprocher aux eurocrates comme F. Bayrou d'avoir tenté, par le biais de l'union avec l'Allemagne, de lutter contre la relégation politique de la France : mais on doit tirer la conséquence de leur échec politique dramatique.

    E. Zemmour aime bien raisonner en termes de "civilisation", et il ne voit pas que la mondialisation équivaut à la mort de la France en termes de civilisation, ce que Orwell et Huxley ont montré dès la première moitié du XXe siècle. L'islam n'est qu'une résistance identitaire parmi d'autres.

    Huxley n'est pas moins "civilisationnel" que Zemmour, puisqu'il décrit une culture mondialisée qui proscrit l'art et la science, sous une autre forme que le divertissement (la science n'est plus, au stade totalitaire, qu'un instrument d'abus de pouvoir).

    F. Bayrou place le surendettement au sommet des préoccupations, qu'il compare à une voie d'eau dans la coque du "Titanic", ce qui est logique pour un capitaliste, car la politique au stade capitaliste est subordonnée à la croissance. Mais il est pratiquement impossible d'aborder en public les questions économiques, particulièrement à la télévision dans des médias financés par des oligarques capitalistes.

    Peu de Français ont conscience que "faire de l'argent" n'est pas une activité économique en soi, et que la spéculation porte préjudice au bon fonctionnement de l'économie, non seulement de façon spectaculaire comme en 2008, mais de façon endémique.

    Les médias citoyens font un travail d'information utile sur ce point. La chaîne Elucid (O. Berruyer) démystifie dans un petit module de formation le mécanisme de l'endettement de l'Etat capitaliste.

    Toute l'hypocrisie de F. Bayrou consiste à prôner le désendettement pour le bien de la jeune génération, tout en faisant reposer la politique de désendettement sur la multiplication des dépenses militaires, et assignant par conséquent à la jeune génération la charge d'une guerre.

    L'électorat MAGA a un peu d'avance sur les Français : 1. Il est conscient des dégâts économiques dus à la financiarisation de l'économie ; 2. Il est conscient que l'Etat profond technocratique est le meilleur allié de cette financiarisation. Mais il n'est pas conscient que la financiarisation vérifie l'adage marxiste : "Le pire ennemi du Capital est le Capital lui-même."