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  • Les Grecs et nous

    L'universitaire anglais Paul Cartledge, spécialiste des Spartiates, évoque l'ambiguïté de notre rapport avec les Grecs : ils sont à la fois très proches de nous, et très éloignés. J'ajoute cette précision : ils sont éloignés de nous en raison de notre mode de vie capitaliste, pour ainsi dire "apolitique", dominé par la personnalité morale de l'Etat centralisé, qui réduit la politique à un "process" (et même l'intelligence à travers l'iA).

    Tiintin, héros démocrate-chrétien emblématique, est une sorte d'adolescent en fugue perpétuelle, qui cherche dans à rompre la monotonie de son existence. Il y a du Rimbaud dans Tintin, du Rimbaud qui finit par larguer la Muse pour aller fourguer des d'armes en Abyssinie. Mon rapprochement entre Tintin et Rimbaud s'appuie sur le fait qu'il y a du Verlaine dans le capitaine Haddock, qui pourrait bien avoir été largué par sa femme lui aussi dans une vie antérieure. Certes le lien entre Tintin et Haddock est platonique, et beaucoup moins tumultueux.

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  • L'imposture Jancovici

    L'imposture Jancovici mérite d'être disséquée car elle dévoile les ressorts de la technocratie. Tous les penseurs humanistes du XXe siècle ont mis en évidence que l'Etat totalitaire est fondamentalement technocratique. A. Huxley et G. Orwell vont un peu plus loin en montrant que la technocratie nazie, libérale ou soviétique, renonce à la science pour se contenter d'exploiter les données des découvertes empiriques à des fins technologiques ; la multiplication des inventions techniques donne l'illusion du progrès scientifique. Par ailleurs c'est dans ce contexte technocratique que la mécanique est devenue une science "dure", autrement dit fondamentale, quand bien même la mécanique n'est que la langue commune aux ingénieurs.

    On peut décrire J.-M. Jancovici comme un écologiste, un adepte de la décroissance compatible avec les centrales nucléaires. Celui-ci a transformé les centrales nucléaires en argument écologique. Cette apologie du nucléaire est-elle vraiment une coïncidence, au moment où les dirigeants européens, privés de gaz russe bon marché par la CiA, entendent relancer l'industrie de l'armement avec de l'électricité produite par des centrales françaises ? Soudain il n'y a pas un plateau télé qui n'offre une tribune à J.-M. Jancovici pour lui permettre de plaider les bienfaits de la relance du nucléaire.

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  • Les populations contre l'Union européenne

    Je n'écris pas "les peuples" mais "les populations", pour souligner que l'hostilité à l'Union européenne technocratique n'est pas le fait d'une volonté coordonnée. Il y a bien de la part des Gilets jaunes une forme de coordination, qui s'est constituée à l'occasion de la répression du mouvement par l'appareil d'Etat (au sens large, incluant les médias de masse oligarchiques et les grandes centrales syndicales) ; mais, si les Gilets jaunes savent ce qu'ils ne veulent pas : un régime technocratique dirigé depuis Bruxelles, ils n'ont pas de contre-projet, en dehors de la sortie de l'Union, qui n'est pas une véritable alternative, pas plus que sauter d'un TGV en marche n'est un vrai choix si on refuse d'aller dans la direction prise par ce train.

    Si les technocrates au pouvoir, à commencer par Mme Ursula von der Leyen, coordinatrice en chef, ne tiennent aucun compte de l'hostilité des populations grecque, britannique, française, allemande et italienne, à leur projet, c'est pour la raison que les masses sont nécessairement assignées à un rôle passif dans le contexte totalitaire. A. Huxley a très bien souligné cet aspect de conditionnement des masses dès 1932, ainsi que les "améliorations" apportées par les élites libérales à ce dispositif, que le régime nazi n'a pas eu le temps de "roder" ; on peut dire que l'antinazisme est si primaire - au niveau des "comics" états-unien - qu'il contribue lui-même à l'abrutissement des masses.

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  • Précisions sur le catholicisme zombie

    Auparavant rappelons en quoi consiste la notion de "catholiques zombies", notion forgée par le sociologue webérien Emmanuel Todd : - depuis les années 1980, les catholiques français ne se distinguent plus des autres Français par leurs moeurs ou leurs opinions, le "vote catholique" n'existe plus, qui était observable avant les années 1980, notamment dans l'Ouest de la France.

    - J'ajoute cette précision que la communauté française musulmane représente désormais, en termes de singularité, ce que les catholiques représentaient encore à la fin du XXe siècle. Un fait en particulier amène cette observation, c'est la persécution dont les Français musulmans sont victimes dans le cadre scolaire, qui évoque bien sûr l'acharnement des "hussards noirs" de la République à faire disparaître les dernières traces de catholicisme au début du XXe siècle. L'ex. ministre de l'Education nationale François Bayrou s'est récemment vanté d'avoir eu l'initiative de ces persécutions.

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  • La bibliothèque des Gilets jaunes

    J'entends d'ici les ricanements : - Mais quel naïf, les Gilets jaunes sont majoritairement des employés, des agriculteurs ou des ouvriers qui n'ont pas le temps de lire !

    La question de qui lit quoi, en France, a toujours été compliquée. Le mouvement des Gilets jaunes a engendré une vingtaine de "médias citoyens", indépendants des appareils politiques et de l'oligarchie française, dont l'audience n'est pas ridicule. E. Macron et ses soutiens oligarchiques ont suscité une opposition contre eux, plus jeune et plus radicalisée que les partis institutionnels. Le mouvement s'est politisé dans le meilleur sens du terme.

    On ne s'attend pas, bien sûr, à ce que les livres aient autant de lecteurs que les vidéos Youtube ont d'auditeurs ; je suis de ceux qui pensent qu'ils ont un impact plus profond.

    Mon bouquin sur Orwell et les Gilets jaunes est d'ailleurs conçu pour réduire le temps de lecture des Gilets sous pression. J'ai en effet essayé de résumer certains essais utiles, de pointer leurs points forts et leurs faiblesses. En ce qui concerne "1984", il s'agissait pour moi de montrer la portée de cet ouvrage. Le cinéaste Raoul Peck qualifie "1984" de "boîte à outils" : c'est toujours mieux que d'assimiler "1984" à la science-fiction, qui est un genre puéril.

    Orwell est devenu ces dernières années une référence citée par les idéologues de tous bords. Ma méthode pour discerner le véritable Orwell : le comparer à Aldous Huxley, dont il reprend une quinzaine d'années plus tard la critique du monde en proie au totalitarisme, tout en s'en démarquant sur certains aspects. Orwell n'est pas victime du préjugé (typiquement libéral), selon lequel la démocratie est un régime "pacificateur" des passions humaines. Non seulement Orwell tient le droit international pour une immense hypocrisie, à la suite de K. Marx, mais on peut dire que "1984" déconstruit entièrement le mensonge de l'ONU, avec un demi-siècle d'avance sur Julian Assange et Wikileaks.

    DANS LA BIBLIOTHEQUE DU GILET JAUNE :

    1. "1984"

    Pour le Gilet jaune qui s'est retrouvé confronté à une horde de CRS à visage inhumain, "1984" ne peut manquer de faire écho à la stupéfaction de se trouver désigné par les institutions comme "l'ennemi public n°1". Pourquoi le char de l'Etat, près de la place Tian'anmen, reçoit finalement l'ordre de ne pas broyer le corps du manifestant suicidaire qui lui barre la route ? Le Gilet jaune trouvera dans "1984" la réponse à cette question, qui est la même que : - Pourquoi la police d'Etat française préfère éviter de tirer à balles réelles sur les Gilets jaunes ?

    2. "Brave New World", par A. Huxley

    "Brave New World" est précurseur de la critique du totalitarisme par Orwell. Il répond seulement à une question existentielle plus précise (ignorée par pratiquement tous les sociologues-économistes-démographes en blouses blanches du XXe siècle) :

    - Pourquoi l'assignation à l'homme d'un bonheur standardisé par les pouvoirs publics est-elle au coeur de la démarche des élites totalitaires ? En quoi le libéralisme est-il "pire que le nazisme", pour citer Huxley, aux yeux de qui la bombe A constituait déjà une "rupture anthropologique" ?

    3. "Bullshit Jobs" par D. Graeber

    L'économiste David Graeber, figure du mouvement "Occupy Wall-Street" de protestation contre la financiarisation de la politique des Etats-Unis, fournit une explication socio-économique de la grève générale des Gilets jaunes, l'année même où cette grève a eu lieu. Il discrédite donc 99% des politologues et économistes français. Le décalage, ou plutôt l'avance de D. Graeber sur ses confrères, s'explique par le fait que l'onde de choc du krach financier de 2008 a été atténuée en Europe. En même temps qu'ils sortent plus vite de la crise, les Etats-Unis y plongent plus brutalement. Les propagandistes de droite, en France, ne retiennent de ce phénomène que ce qui les arrange (la sortie de crise), tandis que les propagandistes de gauche, sociaux-démocrates, ne retiennent que le "filtre", c'est-à-dire ce qui atténue la violence de la crise capitaliste, sans y remédier. D. Graeber propose donc un diagnostic économique non-partisan et non-clientéliste. A bien des égards la crise économique en France ressemble à celle qui sévit aux Etats-Unis, ce qui peut expliquer qu'E. Macron et D. Trump se ressemblent beaucoup sur le plan du "marketing politique". La politique thatchérienne (avortée) d'E. Macron s'avançait masquée derrière des slogans du type "Make France Great Again".

    4. "La lutte des classes en France au XXIe siècle" par E. Todd

    L'intérêt de cet ouvrage, par rapport au précédent, est qu'il est plus franco-français. Il se penche sur des questions économiques similaires, comme celle de la subordination économique de la France à l'Allemagne et ses conséquences dans le cadre de leur union monétaire 2000-2020.

    On ne peut rétablir une république (contre le régime oligarchique infâme actuel), suivant le voeu des Gilets jaunes, tout en ignorant la situation économique du pays. Une telle ignorance a conduit à deux "coups d'épée dans l'eau" : le brexit des Anglais, et l'élection en 2015 en Grèce d'un candidat hostile aux directives économiques de Bruxelles.

    L'essai d'E. Todd, conçu par son auteur pour soutenir la révolution des Gilets jaunes, est donc, d'une certaine façon, dissuasif d'opposer des solutions utopiques au régime actuel. Cependant il présente un "angle mort", contrairement à "1984" : il ignore ou sous-estime, en dépit de son titre, le rôle joué par l'Etat-providence dans la lutte des classes depuis 1950. Pour le dire autrement, le préjugé technocratique de son auteur n'a rien de marxiste ou d'orwellien.

    5. "Le Capital", par K. Marx (1895)

    Le capitaliste lambda estime que l'économie capitaliste est un phénix qui renaît de ses cendres, non sans causer au passage un certain nombre de "dommages collatéraux" ; comme ils ont une gueule de dommage collatéral, les Gilets jaunes ont des raisons de s'intéresser à K. Marx -démolisseur de la théorie du phénix-, que d'autres n'ont pas ; est-ce que la croisière du "Titanic" n'est pas beaucoup plus saumâtre pour les passagers de 3e classe ?

    K. Marx a exprimé le regret, à la fin de sa vie, de n'avoir pas été capable d'exprimer ce qu'il dit dans son "Capital" sous une forme "balzacienne". Ce regret est exacerbé par le constat désolé par Marx de l'enfermement du socialisme français dans une démarche de revendication syndicale, qu'il savait vouée à l'échec et au déshonneur, compte tenu de la mondialisation.

    G. Orwell est sans doute le romancier qui exprime de la façon la plus "balzacienne" l'état de la lutte des classes au stade de la mondialisation, après deux guerres mondiales reflétant l'hubris industrielle du Capital : les camps de prisonniers juifs ne sont pas acouplés pour rien à des complexes industriels. Le miroir que Balzac tendait à la société du XIXe siècle n'était pas plus flatteur que celui qu'Orwell tend à notre monde "post-moderne".

    Si l'on veut comprendre l'esprit du "Capital" en une seule phrase, pourquoi Marx adhère autant à l'exposé romanesque de Balzac, on doit comprendre que le "Capital" oppose à la démarche théorique, à la modélisation mathématique des économistes libéraux, une démarche empirique. On peut dire que Marx est le dernier empirique, dans une époque en train de glisser dans le mysticisme de la théorie et du concept.

    Je propose dans mon essai une approche simplifiée de l'économie capitaliste et du retour au chaos qu'elle entraîne, à travers l'étude du sport de compétition, axé sur la performance (chapitre intitulé : le Dopage légal). L'illusion que le sport de compétition est une activité sportive, et l'illusion que l'économie capitaliste est une économie, sont exactement la même illusion.

  • Sur un débat Zemmour contre Bayrou

    Mettre fin à un régime stérile de plaideurs doit être la première motivation de la révolution des Gilets jaunes.

    L'élection présidentielle est loin d'être un processus "légal" : à juste titre F. Mitterrand discernait dans la Ve république un régime de coup d'Etat permanent : les médias de masse interfèrent beaucoup trop dans le processus électoral pour qu'il soit "légal". La manipulation des masses, prônée par Goebbels, est bien trop antirépublicaine pour que l'on puisse dire ce processus "républicain".

    La dernière chose que l'on peut reprocher au capitaine du "Titanic" E. Macron est de s'affranchir du "débat démocratique", dont il sait parfaitement qu'il n'est rien d'autre qu'une diversion. Les Gilets jaunes ne peuvent pas se permettre d'être plus naïfs que le capitaine qui les traite en passagers imbéciles : les illusions dont se nourrissent les citoyens d'un régime totalitaire constituent une large part du pouvoir de l'Etat profond.

    Moins un candidat à l'élection présidentielle a de chances d'être élu, plus il est susceptible d'être sincère et de s'écarter du discours démagogique. L'élection d'un homme providentiel, qu'il s'agisse d'E. Macron ou D. Trump, est le signe qu'ils ont su frapper un grand coup démagogique.

    Avec Zemmour et Bayrou, on est en présence de candidats dont les chances d'être élus sont minimes. L'Etat profond a plus ou moins adoubé Marine Le Pen et J. Bardella, ce qui n'est pas le cas d'E. Zemmour (le lobby pro-Israël a même appelé à voter contre lui, probablement en raison de son hostilité à l'Ukraine) ; on ne peut pas dire que les chances de F. Bayrou sont nulles en revanche : le système n'a rien à craindre de lui ni de son discours - sa démission fut un calcul électoral. Bayrou parle la langue de bois couramment. Le marketing politique n'est pas une science exacte, et Bayrou comme Hollande ou Villepin s'efforce de paraître crédible.

    Dans le débat organisé par "Le Figaro" récemment, entre F. Bayrou et E. Zemmour, il va de soi que Zemmour est le faire-valoir de Bayrou.

    Ce type de débat n'a en principe aucun intérêt : il relève de la parade amoureuse face à l'électorat transi. Seuls les Français persuadés que les débats d'idées font avancer les choses s'intéressent à ce type de débat.

    Je me suis intéressé néanmoins au débat Zemmour/Bayrou pour une raison précise : ces deux débateurs ont en commun de se piquer d'Histoire ; ils prétendent articuler leurs discours politiques respectifs avec l'Histoire de France. Les discours d'E. Macron s'articulent avec le football et la mystification laïque du Panthéon, caractéristique de l'Histoire ramenée au niveau de la religion.

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