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  • Sur la lutte des classes en 2026

    Nier la réalité de la lutte des classes revient à nier le rôle crucial de "l'ascension sociale" dans le système oppressif social-démocrate. Marx, Lénine, mais encore Orwell, considèrent en effet la social-démocratie comme un régime d'oppression. C'est même à ce niveau -celui de l'ascension sociale-, que se situent la religion et la mystique des sociaux-démocrates, au sens horizontal du terme (indiqué par le terme latin "religere", qui signifie relier).

    Autrement dit, la promesse triviale d'enrichissement "de droite" ou "états-unienne", est formulée par la gauche sociale-démocrate de façon plus mystique, sous forme "d'ascension sociale". Le mantra du "ruissellement" est "de droite", celui du "partage des richesses" est "de gauche". Il n'y a, somme toute, du point de vue marxiste, qu'une différence de vocabulaire entre la sociale-démocratie de gauche et la sociale-démocratie de droite.

    Dès lors que l'ascenseur social tombe en panne, il ne reste plus à l'oligarchie que la solution du fascisme, c'est-à-dire d'un régime autoritaire. Orwell s'est attaché à défaire la théorie du fascisme par les publicistes sociaux-démocrates, conçue pour occulter cette réalité que le fascisme n'est qu'un régime social-démocrate acculé à l'autoritarisme. Il va de soi que le régime gaulliste est un régime fasciste du point de vue orwellien, c'est-à-dire un régime social-démocrate durci par la crise ; celle-ci fait momentanément obstacle à "l'ascension sociale", c'est-à-dire à la dynamique sociale libérale, indexée sur l'économie capitaliste.

    Le gouvernement de Lionel Jospin est particulièrement révélateur de ce dispositif, puisqu'il coïncide avec le début d'un marasme économique mettant en péril l'ascenseur social. L. Jospin a mis en place deux mesures pour tenter de remédier au blocage : tout d'abord la dévaluation des diplômes, qui n'attestent pas seulement d'un niveau de compétence, mais sont porteurs du rêve d'ascension sociale des couches sociales inférieures. Ce faisant L. Jospin a porté un coup fatal à la valeur strictement académique des diplômes et au système d'intégration des Français d'origine maghrébine. Il ne s'agit pas ici de charger la mule Jospin : il ne fut que le maître d'oeuvre d'une politique sociale-démocrate de gauche. La seconde mesure caractéristique, de type soviétique, est l'effort pour mieux répartir le travail sur un plus grand nombre de travailleurs. Il est plus difficile de juger de l'opportunité d'une telle politique, car elle coïncide avec le début du délitement de l'industrie française. Elle a été critiquée par ceux-là même qui n'ont pas vu arriver le tsunami financier de 2008 (le duo Sarkozy-Fillon).

    Impossible de parler de la lutte des classes en 2026, au sens marxiste-léniniste du terme, sans tenir compte de George Orwell et son roman anti-utopique "1984". Mais d'abord, pour être plus clair, il faut confronter le propos marxiste-léniniste à celui d'Aldous Huxley, dont le "Brave New World" postule la fin de l'Histoire, autrement dit le triomphe définitif des classes supérieures, qu'A. Huxley croyait possible, sur la base du progrès technologique. Si l'échec de la révolution prolétarienne, dès 1914, est indéniable, en revanche Huxley s'est lourdement trompé sur la capacité des élites occidentales à imposer une mondialisation heureuse, un monde purgé de la violence physique. Du point de vue marxiste la cause de son erreur est évidente puisque A. Huxley ne tient absolument pas compte du fonctionnement réel de l'économie capitaliste, un peu comme les publicistes contemporains qui croient que l'on pourrait remplacer les travailleurs par des robots.

    Selon Orwell a contrario, l'Etat totalitaire (Big Brother) est investi d'une fonction de lutte des classes. De là vient principalement que Big Brother n'est pas un Etat "régalien" suivant la théorie libérale de l'Etat : il ne peut pas se passer de duper l'opinion publique. "1984" éclaire la façon dont la lutte des classes a été abolie au sein de l'Etat soviétique, mais beaucoup plus largement dans les régimes sociaux démocrates au cours de la seconde moitié du XXe siècle. L'étude du fascisme ne présente pas d'intérêt pour Orwell, car il est beaucoup trop circonstanciel, limité aux deux minutes de la haine nécessaires pour mobiliser l'opinion publique contre la menace "extérieure". Le fascisme est la part "adolescente" du totalitarisme.

    La production d'une culture de masse et l'abolition de l'esprit critique par les élites soviétiques ou libérales sont donc, du point de vue orwellien, une manifestation de la lutte des classes.

    L'historien et économiste (wébérien) Emmanuel Todd, auteur d'un essai sur la lutte des classes en France au XXIe siècle, dont le mouvement des Gilets jaunes est le dédicataire, ignore la dimension technocratique de la lutte des classes, soulignée par Orwell (probablement parce que Todd lui-même est un technocrate) ; E. Todd est tout de même conscient que l'endettement de l'Etat est un moyen de pression du capitalisme financier sur les strates sociales inférieures. Il met en revanche en lumière l'aspect "thatchérien" de la lutte des classes, le fait que la caste financière britannique a obtenu une victoire sans partage sur la classe des ouvriers et des employés.

    Il semble que le Brexit, mouvement équivalent des Gilets jaunes, passant par la voie légale, n'a eu aucune des conséquences souhaitées par ses partisans, en particulier la diminution du flux migratoire, qui n'est pas souhaitable du point de vue des grands consortiums capitalistes. De la même façon le vote grec, quatre ans avant les Gilets jaunes, a fait ressortir le pouvoir totalitaire de la Commission.

    N'ayant pas obtenu l'adhésion des Français à sa politique thatchérienne, c'est le moins qu'on puisse dire, E. Macron s'est mis en tête de la faire adopter par le truchement de la Commission européenne, avec le soutien d'une large partie de l'opposition (PS et LR). LFi et le RN, qui représentent la plus grande partie du corps électoral populaire, font semblant de bouder l'Union européenne, mais ils n'ont pas de plan B, et pour ainsi dire aucun programme économique ; le RN ne cherche pas à cacher qu'il est très peu indépendant de l'oligarchie.

    Suivant la description de "1984", la lutte des classes a pris la tournure, dès la fin de la Seconde guerre mondiale, d'un affrontement entre blocs continentaux impérialistes (Océania, Eurasia et Estasia), dont les dirigeants ont tous intérêt à une guerre perpétuelle, indirecte et "à fleurets mouchetés". La velléité de constitution d'un Etat islamique par des groupes terroristes "retournés" contre leurs commanditaires peut s'interpréter par la prise de conscience de certains de ces mouvements qu'ils sont entièrement manipulés, dans le cadre d'une guerre non-conventionnelle.

    L'affrontement entre les BRICS et l'Occident est logiquement interprété par les élites sionistes comme "un choc de civilisation". On peut soupçonner d'ailleurs la propagande russe de V. Poutine d'être totalement improvisée pour s'adapter à sa défaite sur le terrain ukrainien. La construction du gazoduc NordStream trahit en effet la volonté de constitution d'une Europe russo-allemande, volonté stimulée par les provocations de la CiA en Pologne.

    Les dirigeants des BRICS mettent, eux, en avant l'argument anti-impérialiste, qui est d'ailleurs depuis plus d'un siècle la justification de la lutte armée terroriste sur tous les continents.

    Israël vient peut-être de dynamiter avec l'aide du parti MAGA l'équilibre mondial totalitaire, tel qu'il est décrit par Orwell, dont il faut rappeler qu'il est un nihilisme sur le plan éthique, qui n'a rien à envier au nazisme (A. Huxley explique même en 1958 pourquoi le libéralisme est pire que le nazisme).

    Israël partage en effet avec les organisations terroristes islamistes telle que l'Etat islamique la "non viabilité" - tout comme le Liban, au demeurant, "non viable" dans le contexte totalitaire ; à la frontière entre deux empires, le "no man's land" ukrainien n'était viable que dans la mesure où ses habitants acceptaient de vivre dans un "no man's land". Paradoxalement, la militarisation extrême d'Israël était à la fois la condition de sa survie et la cause d'une stratégie d'expansion territoriale peut-être suicidaire. Les théoriciens hypocrites de la paix mondiale (Bill Clinton et les diplomates européens) sont au moins aussi responsables des massacres du 7-Octobre et de la population gazaouie. La posture d'Israël, qui n'est pas un Etat indépendant et ne l'a jamais été, était intenable sur le long terme. 

     

  • La vocation d'Hannah Arendt

    Dans mon bouquin sur "Orwell & les Gilets Jaunes", je m'étends peu sur l'étude du phénomène totalitaire par la politologue états-unienne Hannah Arendt en raison d'une erreur d'appréciation que George Orwell ne commet pas, et qui n'est pas sans conséquences.

    Leur vocation commune de penseurs politiques rapproche beaucoup Arendt et Orwell, cependant, et ils ont probablement beaucoup de lecteurs en commun. On sait que H. Arendt revendiquait le terme lourdingue de "politologue". Ils se rejoignent sur certains points importants. Ainsi, en définissant le totalitarisme comme un "process", Arendt rejoint le propos d'Orwell sur la "novlangue", véritable opération de sabotage du langage pour le réduire, justement, à un "process". Le but est que les citoyens d'Océania agissent et pensent en définitive comme des robots. Science sans conscience n'est qu'intelligence artificielle, pourrait-on dire à la suite d'Arendt et Orwell.

    Orwell ajoute que la novlangue est la langue maternelle des "intellectuels", en quelque sorte ; ici on ne peut s'empêcher de penser à Platon. Si le philosophe grec n'est bien sûr pour rien directement dans le totalitarisme, l'Etat totalitaire est un cadre favorable à l'épanouissement d'une forme de néo-platonisme, voire d'animisme religieux. Je me contenterai de donner ici l'exemple familier de l'éthique "des camps du bien et du mal", qui s'inscrit en filigrane de la culture de masse totalitaire, qu'elle soit soviétique ou démocrate-chrétienne.

    Pour sa part H. Arendt propose une critique de la philosophie politique de Platon malheureusement inaboutie. En résumé, on peut dire que H. Arendt soupçonne Platon d'avoir produit une pensée politique qui relève de la théorie pure, une pensée dont la dimension pratique est nulle.

    Suivant l'expression malheureuse de Simon Leys, Orwell n'était nullement "dégoûté de la politique", il était seulement dégoûté par l'anéantissement de l'action politique du fait de la technocratie.

    L'erreur d'appréciation d'H. Arendt, en quoi elle s'oppose à G. Orwell, est de ne pas avoir compris -et même de l'avoir contesté- que la mystique de l'Etat moderne est une mystique judéo-chrétienne, en dépit de son apparence séculière. Big Brother représente une "théocratie laïque", une théocratie qui ne peut avouer qu'elle en est une, mais qui se comporte exactement comme une théocratie ; le "droit virtuel" occupe la place prise par la métaphysique (le droit divin) dans un régime théocratique de type platonicien.

    Orwell permet d'identifier l'anarcho-capitalisme comme la négation ou le refus de l'Etat totalitaire (Winston Smith) la plus propice à la perpétuation de cet Etat. C'est ici tout le problème de la révolution puritaine et utopique MAGA contre l'Etat profond.

    Hannah Arendt comme George Orwell était obnubilée par la dissolution de l'action politique dans la culture moderne, ce qu'elle exprime par exemple dans cet aphorisme : "Le totalitarisme est le règne de l'inutile." Orwell illustre, lui, un "règne du mensonge", ce qui permet de définir "l'inutile" poésie totalitaire comme un pieux mensonge, destiné en priorité à endormir les masses pour mieux annihiler leur potentiel révolutionnaire, mais qui finit par contaminer toutes les strates de la société.

    H. Arendt redoutait cette sorte de cancer culturel, mais elle n'avait pas compris -elle n'a pas décrit- sa fonction d'asservissement précisément décrite par "1984".

  • Léon XIV au pied du mur

    Le pouvoir temporel de l'Eglise catholique romaine n'est plus depuis des siècles qu'un "soft power", c'est-à-dire un pouvoir de propagande, ce pouvoir que George Orwell qualifie de "mensonge totalitaire" et dont il montre qu'il cimente l'Etat moderne. Le "soft power" est aussi conçu pour justifier l'impérialisme. La propagande religieuse a pris au cours des XIXe et XXe siècle différentes formes séculières, dont le communisme étatique au XXe siècle, ou encore le cinéma hollywoodien. Dans ce dispositif séculier, l'Etat (Big Brother) occupe la place de Dieu.

    On peut prendre l'expulsion des jésuites par Louis XV en 1764 comme une date-clef en ce qui concerne le recul le pouvoir d'ingérence de Rome en France. Cette expulsion correspond à une opération analogue de la couronne britannique un siècle et demi plus tôt, facilitée par les tentatives de coups d'Etat fomentées par les jésuites. Le "France, fille aînée de l'Eglise", est un slogan catholique qui ne correspond à aucune réalité historique.

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  • Donald Trump machiavélique ?

    C'est la thèse de certains observateurs, en coulisse (c'est-à-dire à l'écart des plateaux télé des médias de masse). Quoi qu'elle soit peut-être partisane, cette thèse a le mérite de souligner la position dominante des Etats-Unis, malgré l'échec du "blitz" israélien sur Téhéran visant à renverser ses dirigeants. Elle n'est pas sans faire penser à la position dominante de V. Poutine, malgré la résistance de l'Ukraine et son échec à annexer tout ou partie de ce qu'il considérait comme une province russe. V. Poutine a fait plier les Etats-Unis, et il a désormais face à lui une Europe affaiblie et divisée comme jamais.

    Le blocage du détroit d'Ormuz pourrait avoir de graves conséquences économiques s'il perdurait ; l'Europe serait la grande perdante, puisqu'elle ne produit pas ou presque pas d'énergies fossiles.

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  • La menace Mélenchon

    La candidature de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles, renforcée par la conquête de quelques villes importantes aux municipales, représente pour l'oligarchie la même menace que la candidature de Donald Trump en 2015. Les Français dont les yeux ne sont pas recouverts d'écailles idéologiques peuvent voir que ces deux candidatures reflètent deux mouvements proches de révolte de la classe moyenne contre l'Etat profond, en dépit de ce qui les oppose superficiellement, sur le plan des slogans.

    Le parti de Jean-Luc Mélenchon n'a aucune politique économique clairement définie. Il y a une bonne raison à cela : compte tenu du coup d'Etat de la Commission de Bruxelles en 2020, aucun projet économique franco-français ne dépasse le niveau du slogan, sans proposer au préalable, comme les partisans britanniques du Brexit, une sortie de l'Union européenne... qui aurait pour effet de condamner le projet d'Union. Tous les candidats à la présidentielle sont à égalité avec J.-L. Mélenchon : aucun ne peut avouer qu'il n'a pas d'autre programme économique que celui d'E. Macron au cours des neuf années écoulées.

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  • Un cas de racisme intéressant

    De mon expérience personnelle je tire la conclusion que les peuples grégaires sont les plus racistes. Les femmes sont plus racistes que les hommes car elles sont généralement plus grégaires, supportent moins la solitude.

    Un anthropologue décrit plus précisément ce phénomène ainsi : - Dans la société multiculturelle et antiraciste états-unienne, les mariages "mixtes" restent exceptionnels ; ils sont au contraire plus courants en France où les hommes hésitent moins à se reproduire avec des femmes d'origine africaine ou asiatique.

    Cela s'explique par le fait que la société états-unienne capitaliste est entièrement dévirilisée, à un point quasiment métabolique. Les efforts de Donald Trump et ses partisans pour paraître plus virils font penser aux efforts des femmes pour paraître plus féminines. En réalité D. Trump est surtout un acteur, et son goût pour les "sunlights" fait penser à celui de Marilyn.

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