Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs de la Résistance islamique,
C’est humblement que nous vous demandons de ne pas frapper à l’aveuglette. Humblement, car vous n’avez pas le privilège de la barbarie. En effet, nous avons fait pleuvoir la mort sur vos frères au petit malheur la chance, du haut de nos bombardiers inaccessibles, pilotés par de jeunes aviateurs bac+5 en blousons de cuir fourrés, bien au chaud. À peine un petit vent glacé a-t-il soufflé sur leurs consciences, et encore, ce n’est même pas sûr. Vous n’avez pas le monopole du fanatisme non plus.
Nous ne nous livrerons pas à un calcul mesquin pour savoir de quel côté les cadavres sont les plus nombreux, qui a tué le plus d’enfants innocents. Il nous en reste si peu à nous, des enfants, que ça nous choque beaucoup d’en voir périr, ne serait-ce qu’un seul, dans un attentat.
Les autres, nous les avons supprimés par millions depuis trente ans dans le ventre de leurs mères, au nom du bien-être et de la libération de la femme… Comment respecteriez-vous notre abject matérialisme démocratique ?
Donc, si vous venez à Paris après Londres, écœurés, inspirés par votre dieu vengeur, tâchez de faire preuve de discernement. Ne frappez pas les vestiges de notre civilisation, mais les symboles de notre barbarie. Visez l’usine à gaz de Beaubourg, par exemple, ou la petite pyramide vitrifiée du Louvre (dans ce cas, faites gaffe quand même de pas bousiller en même temps la Madeleine de la salle des sculptures médiévales que j'aime tant), ou la Tour Eiffel, dénoncée par Léon Bloy, ou l’étron géant de Montparnasse, ou les Champs-Élysées, enfers de la consommation…