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  • Mœurs du Marais

    Je reviens brièvement sur ces queues de pétasses bobos dans le Marais. C'est en effet un phénomène nouveau pour moi, dont je ne soupçonnais ni l’ampleur ni la nature exacte. Si un habitant du quartier ne m’avait pas rencardé, j’aurais continué de croire qu’il s’agissait de queues devant le cabinet d'un gynécologue réputé dans tout Paris pour son habileté à ligaturer les trompes, poser des stérilets, ou enseigner l’art de simuler l’orgasme, tant il transpire de ce troupeau uniforme un sentiment d’antipathie à l’égard de tout ce qui est étranger à son mobile tenace… et non des soldes d’été de “Zadig et Voltaire” !?
    Car les transactions ont lieu dans des “show rooms” discrètes, bien gardées par des vigiles tout noir, qui regardent avec un mélange d’envie et de stupéfaction ces petites bourgeoises riches et superficielles poireauter en papotant, puis ressortir ensuite visiblement comblées, avec de grands sacs blancs bien remplis (je pensais qu’il s’agissait des glaires à porter à l'analyse).


    Erreur, donc, de croire que ce genre de gonzesses n’a ni but, ni idéal, ni religion, ni même une philosophie ; elles ont “Zadig et Voltaire” ! Qu'il pleuve des trombes d'eau, ou qu’un soleil brutal frappe leurs nuques grêles ou grasses, elles attendent leur heure avec une patience carrément angélique.
    Le pire, puisque la seule faute impardonnable c’est la faute de goût, c’est que, après avoir mené mon enquête jusqu’à son terme, j’ai constaté que ces fringues de bobo sont tout ce qu’il y a de plus uniformes, grises - ou beiges -, et banales. Il n'y a que le prix qui soit exceptionnel.