“Homos, comme ils lisent”, c’est le petit ghetto à pédés de la Fnac, un rayon pour eux tout seuls. C’est le petit côté nazi de la Fédération nationale d’achat des cadres. C’est aussi l’ambiguïté du ghetto : on les pousse là où ils veulent aller, en fin de compte. Décidément, encore une fois j’ai l’impression qu’il n’y a plus de pédés, qu’il ne reste plus que des caricatures plaçant mal leur fierté dans le cul. Bon, mais on va encore me dire que je suis nostalgique, alors je me calme.
Un peu plus loin, grande, avec de longues jambes et de jolis reins cambrés comme il faut dans un jean semi-moulant, une chevelure châtain veinée de blondeurs un peu vulgaires, un minois de fillette perverse. Et puis cet appétit, cet enthousiasme qui se mélange à son teint lui donnent un joli vernis.
Je l’observe de dos tandis qu’elle fait son choix dans les étagères réservées à la “Littérature érotique”. Ce sont plutôt des hommes qui traînent là d’habitude, ou des lycéennes en bande qui gloussent nerveusement en tripotant les jaquettes ; ou encore des femmes d’une quarantaine d’années, frustrées, incapables de se payer un gigolpince à cause de ce satané crédit contracté à trente piges et qui court sur vingt – c’est plus rare de voir une femme épanouie y faire ses courses.
Je repose le volume prétentieux de Dantzig que je soupesais des deux mains, m’empare d’une biographie de Diderot et l’accoste, après qu’elle s’est penchée une troisième fois vers l’étagère d’en bas…