- Excusez-moi, je…
- Oui ? (Elle sourit)
- Euh, je me demandais si vous n’étiez pas Sarah ? (Elle sourit plus)
- …
- Sarah ?
- Oui, je m’appelle Sarah, mais vous, je ne…
- Si. Vous aussi vous me connaissez !
- Hein !? Parce qu’alors j’ai oublié quand et où ?
- Sur internet.
- Ah, vous devez faire erreur alors, parce que - je peux te tutoyer ? parce que j’ai pas internet, alors…
- Ah ? Et c’est indiscret de vous demander ce que vous avez choisi comme bouquin, dans le rayon ? (J’aime passer du coq à l’âne et les dialogues de sourds)
- Attendez, on parlait d’internet… vous chattez ? Vous avez rendez-vous avec une Sarah ? Ici ? Sans déconner ?
- Oui, enfin non, c’est une longue histoire, une histoire de blogues… Mais vous ne trouvez pas que la littérature érotique c'est plutôt chiant dans l’ensemble ? C’est-à-dire, à part les “Mémoires d’une chanteuse allemande”, je ne vois rien de très…
- Très ?
- Rigolo. (J'aimerais bien qu'elle sourie de nouveau)
- Ben si, peut-être “Justine ou les infortunes de… Attendez ! je sais même pas ce que c’est qu’un blogue, moi, de quoi est-ce que vous parlez ? Et puis d’abord je comprends rien… Vous, tu veux pas prendre un café là, à la cafète, tu m'expliqueras tranquillement…
(À l’idée d’un café américain dans un gobelet en carton, je grimace, mais comme elle a l’air de mal interpréter cette grimace, je souris).
- Bof, les libertins sans-culottes, moi, c'est pas trop mon truc, je trouve ça un peu… disons : éculé. Oui, je prendrais bien un café. Mais à une condition : que ça soit moi qui règle !
- ???
- Oui, vous comprenez, ça me gêne plutôt qu’une femme me paye mon café ou qu’elle refuse que je lui offre un verre sous prétexte qu’on ne se connaît pas assez et qu’il faudrait pas que je m’imagine des trucs, et patati et patata.
- Ah ? Vous êtes un peu bizarre, non ? Moi ça me gêne pas du tout qu’on m’offre un verre… au contraire.
- Ah bon, très bien… Ben, si vous êtes bien comme vous dites alors ça me gêne plus que vous me l’offriez ce café, dans ce cas, vous voyez… Allons-y ! (Je souris)
À partir de là nous avons entamé une conversation sur les blogues qui a dérivé lentement mais sûrement vers l’érotisme dans l’œuvre de Houellebecq. Mais je réutiliserai peut-être cette tranche de vie dans mon roman, alors motus. Eh oui, je sais bien, moi aussi… c'est d'un commun… D'ailleurs je n'en parle pas trop, beaucoup moins que Raphaël Juldé, car j'ai un peu honte.
