Pauvre Anastasie !
Evelyn Waugh, tout en raillant les fonctionnaires chargés de son application, n’hésite pas à préconiser une censure intelligente. Que ce soit à propos de la peine de mort, du colonialisme, des journalistes, etc., Waugh n’est pas du genre à hésiter en général… On dirait qu’il est effrayé à l’idée qu’on puisse le confondre avec un de ces gras moutons de Panurge. Même si je ne suis pas Anglais, je peux comprendre ça.
Et puis Waugh est un auteur comique, il sait que l’humour c’est un peu comme une fiente de pigeon qui s’écrase sur un chapeau melon ou comme un pet qui éclate au beau milieu d’un café-philo bobo : imprévu, discordant, absurde, troublant…
La Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse, aujourd’hui, ne peut pas faire son travail sereinement. On se moque d’elle, dans un numéro spécial d’ Art Press consacré à la bédé que j’entrouvre en espérant y glaner quelques infos sur un artisan que j’admire, Christian Hincker dit "Blutch" (mais que dalle).
En effet, cette commission a rendu un avis de première interdiction de l’album de Riad Sattouf intitulé : Ma circoncision. Sattouf est Syrien, il raconte de manière drôle et réaliste son enfance syrienne, l’éducation qu’il reçut de son père et de ses maîtres.
Outre l’emploi de quelques mots crus tels que "bite", "couille", "ou fait chier", qui affligent la Commission mais qui n’aurait pu bien sûr à lui seul faire interdire cette œuvre, la Commission relève que « les Syriens sont présentés comme foncièrement antisémites, (…) que le but des enfants est de tuer des Israéliens, (…) et qu’on y montre des hommes pendus pour être suspectés d’être des espions au service d’Israël. »
Et Art Press de se moquer de cette brave commission qui n’a même pas saisi que l’auteur de ces propos racistes (antisyriens) était lui-même Syrien…
C’est pas très gentil. Moi je trouve qu’on ne peut pas en vouloir à cette commission de censure de s’être pris les pieds dans l’antiracisme. C’est un terrain vachement glissant.
Naguère utilisé par ce finaud de Mitterrand pour stigmatiser Le Pen et enfoncer un coin dans le parti adverse, avec le succès qu’on sait, l’antiracisme est devenue une arme à double tranchant que quiconque sur la terre peut utiliser du moment qu’il est un peu basané. C'est là que ça se complique, comme un sketch d’Elie et Dieudonné. Juifs et Palestiniens se mettent sur la gueule à tout propos. Certains Juifs tentent de promouvoir un super-racisme, et donc un super-antiracisme, mais cette tentative fait plutôt flop, etc., etc.
Un peu agacé par l'étalage de ces querelles de voisinage, par ces échanges de noms d’oiseaux dépourvus de la moindre poésie, mais néanmoins attentif aux détails, vous aurez compris que si les éditions Bréal-Jeunesse, dirigées par Johan Sfar, ont finalement passé outre cet avis de la Commission, c’est sans doute une coïncidence.
Sur Durandur encule tout le monde, je serais curieux de connaître l’avis de la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse…
