Il paraît qu'il faut donner des exemples du rôle néfaste des journalistes et de leur impunité… La chappe médiatique est si épaisse que certains ne pigent même pas en quoi les médias ne font pas leur "devoir d'information", en quoi ce devoir ne sert qu'à couvrir des pratiques journalistiques calamiteuses. Pourquoi il est urgent d'encadrer cette corporation comme les autres, qui ne constitue pas un contre-pouvoir mais un véritable pouvoir autonome mû par ses propres intérêts économiques.
C'est pas les exemples qui manquent. Il y en a des tout frais, de plus anciens, des révoltants, des politiques, des crapuleux. Évidemment, je laisse de côté les procès bidons pour "atteinte à la vie privée" ou à l'image intentés à Voici par des starlettes. Comment les magistrats peuvent-ils se prêter à une telle comédie ? Il est bien entendu beaucoup plus grave de la part de Jean-Luc Delarue d'exploiter la misère morale de madame tout-le-monde que d'exploiter les photos du cul de Depardieu - défendu par une escouade d'avocat ; quand la télé ne s'en prend pas carrément à des mineurs…
• Commençons par l'affaire Clearstream, parce que les médias s'en servent justement pour orienter la rancœur de l'opinion publique vers les politiciens.
Si on y regarde de plus près, avant d'être une affaire politique, l'affaire Clearstream est une affaire médiatique, en ce sens qu'elle repose sur un dysfonctionnement des médias. Il s'agit en effet au départ d'un règlement de compte entre industriels de l'armement. Comme cette affaire intéresse bien peu les médias, qu'elle n'est pas "vendeuse", un de ces industriels imagine d'impliquer des hommes politiques de premier plan en manipulant un journaliste, ce Tartuffe de Denis Robert. Celui-ci invoque bien sûr maintenant la "liberté d'information" pour justifier des pratiques d'investigation contestables ; auprès des gogos, ce slogan a beaucoup de succès. En réalité, pour un journaliste "d'investigation", je préfère dire "un fouille-merde", c'est plus descriptif, se faire manipuler est une faute professionnelle, comme pour un espion.
Les dégâts politiques de cette affaire, un gouvernement a été déstabilisé, les médias en sont en grande partie responsables. Qui en est informé ?
• L'affaire Grégory, l'affaire d'Outreaux, etc. : on ne compte plus les faits divers dont les instructions sont faussées par les prétendus "scoops" des médias, qui ne font qu'exciter la haine de la foule qui crie « À mort ! » lorsque les prévenus d'Outreaux gravissent les marches du Tribunal. Les médias n'ont pas inventé la bêtise humaine, mais ils ne font que la renforcer. Peu importe que les infos soient bidons, ce qui compte c'est de vendre de l'espace publicitaire, pour Le Monde comme pour "TF1".
D'ailleurs dans ces affaires judiciaires, les journalistes participent directement aux "fuites", une autre manière de fausser le cours des procès et de faire pression sur les protagonistes.
Pourquoi le procureur Montgolfier a-t-il autant de succès auprès des médias ? Parce qu'il justifie le système. Parce qu'il a su jusqu'ici se défendre, organiser des contre-fuites, rendre coup pour coup médiatique à Bernard Tapie, cette façon de rendre la justice ne serait pas malsaine ? Montgolfier en réalité est une exception. Ce qui tend à se généraliser, c'est le procès des petits juges par les médias. Là encore les journalistes échappent habilement à leurs responsabilités, en braquant les caméras à côté.
• Même si elle est un peu ancienne, elle remonte au début des années cinquante, l'"affaire du faux Fechteler" est caractéristique, parce qu'elle éclabousse Le Monde, et que, comme on ne peut pas l'ignorer, les pantins de la télé, les Chazal, les Pujadas, les Drucker, les Ockrent, calquent leurs opinions sur celles du Monde, et pas seulement parce que pour la plupart d'entre eux ils sont incapables de formuler une opinion personnelle.
Cette affaire a été révélée par Jean Madiran, un journaliste indépendant que Le Monde a tenté de faire taire par des procès parce qu'on savait qu'il était impossible de négocier avec, comme la direction du Monde est parvenu à le faire avec Pierre Péan après la publication de son enquête dérangeante sur "le quotidien de référence".
Les faits sont simples : Le Monde, manipulé par le KGB, a publié en 1952 un faux rapport de l'amiral yanki Fechteler, rapport indiquant qu'en cas d'attaque de l'Europe de l'Ouest par les Soviétiques, les Yankis resteraient "les bras croisés". De quoi faire frémir l'opinion publique à l'Ouest. Jusqu'ici on peut croire qu'il s'agit d'une erreur. Ça n'en est plus une à partir du moment où, la manipulation reconnue par la direction du Monde, celle-ci n'a pas rectifiée dans ses colonnes son "erreur" ! Ce faisant, Le Monde a dévoilé sa malhonnêteté, et probablement la raison pour laquelle on s'était empressé de publier une info de cette importance sans la vérifier.
Dans la même veine, plus récemment, l'affaire du naufrage du sous-marin nucléaire russe Koursk révèle le peu d'empressement des médias à informer l'opinion publique, à courir après la vérité comme ils prétendent afin de passer pour des héros des temps modernes. Les journalistes spécialisés dans les affaires internationales ont su assez vite que le naufrage du Koursk avait été maquillé en accident par les autorités russes et étasuniennes ; la télé n'a raconté la collision avec un navire de guerre yanki qu'une fois l'affaire oubliée par l'opinion publique internationale. Ce que ça prouve ? Tout simplement qu'une crise politique et militaire peut avoir lieu entre les deux premières puissances mondiales sans que l'opinion en soit informée, qu'on prend les téléspectateurs pour des cons.
Lorsque les bobos de gauche s'offusquent de la gaffe de Patrick Le Lay décrivant en privé le but poursuivi par sa chaîne de télé, ils prennent aussi les gens pour des cons. Tout les médias fonctionnent de cette façon, de Télérama à TF1 en passant par Le Monde.
(À SUIVRE…)