Au sortir de ma migraine, je me suis plongé dans le feuilleton Raphaël Juldé. Celui-ci vient en effet de connaître un rebondissement spectaculaire à l’échelle des pannes d’ordinateur et autres excursions à la Médiapole de notre héros. Evidemment, je me sens concerné, je n’oublie pas que c’est à Juldé que je dois mon propre Journal, exutoire commode à ma haine des bobos, qui m’évite de devoir leur régler leur compte un par un.
Juldé a donc été convoqué au commissariat de Laval, quelques petits commerçants cités dans son Journal en ligne n’ayant guère apprécié les portraits réalistes qu’il peint d’eux et déposé réclamation. Aucune diffamation ni atteinte sérieuse à la vie privée là-dedans, non, ce n’est pas le genre de Juldé, simplement les petits commerçants ont dans notre pays un pouvoir de nuisance invraisemblable, presque égal à celui des profs et des journalistes.
Je suis déçu. Car Raphaël Juldé me paraît tout de même avoir manqué dans cette affaire d’un minimum de présence d’esprit. S’il m’avait consulté, je lui aurais conseillé de saisir la perche qu’on lui tendait, bien sûr. De transformer l’audition chez les flics en interpellation. Pour percer la croûte lavalloise et paraître enfin dans le monde des lettres, il pourrait payer un peu de sa personne ! Qu’on songe seulement au temps perdu tous les jours par Adrien Zeller à se coiffer ! On ne débarque pas comme ça un jour sur le plateau d’Ardisson à la seule force de son talent. Même Houellebecq, qui n’en n’est pas complètement dépourvu, sait faire le guignol quand il faut. Il me semble que quelques jours de cabane n’auraient pas été trop cher payer un peu de publicité.
Et puis quelle erreur d’accepter de masquer les noms des plaignants. Ce qui est génial dans le Journal de Nabe, Juldé le sait bien, c’est son index pléthorique.
Le moyen de se faire flanquer au trou quelques semaines, quelques mois ? Facile : d’abord Juldé aurait dû s’abstenir de répondre à la convocation des poulets. Mieux, les traiter tous sans distinction de «Sales SS !». C’est pas très original, j’en conviens, mais sacrément efficace. Combien de carrières artistiques ne seraient pas ce qu’elles sont, encore aujourd’hui, sans l’insulte aux flics ? D’autant que Juldé a toutes les qualités requises pour supporter la captivité. Il est érémiste, écrivain, et il peut se passer des femmes. Sûr que ses fans se seraient volontiers cotisés pour lui offrir un ordinateur portable afin qu'il puisse continuer la rédaction de son Journal en prison (la prison peut être une chance pour un écrivain, c'est Soljénitsyne lui-même qui l'affirme).
J'accuse ! J'accuse donc Joseph Vebret, le conseiller littéraire de Juldé, bien au fait des mœurs "germanopratines", comme il dit, d'avoir fait preuve dans cette Affaire du plus pur amateurisme, voire de l'incompétence la plus totale. Je l'accuse même, et je pèse mes mots… de sabotage !