Je viens de me prendre un râteau. Un vrai.
Quand on demande à une parfaite inconnue repérée dans la rue, dans une soirée, à la piscine, ou au Luxembourg, tout de go si elle peut pas vous faire une petite place dans son pieu pour la nuit, et qu’elle répond : «Non !», ça ne compte pas comme un râteau. Parce qu’il fallait s’y attendre.
Petite parenthèse : c’est un truc d’ancien timide d’aborder les filles comme ça. Au début, c’était pour me soigner. Comme escalader la Tour Eiffel pour vaincre le vertige (jusqu’au premier étage seulement, après j’ai craqué).
Le VRAI râteau, on ne le voit pas venir, on se promène dans l’herbe grasse à souhait, on fait la course avec les papillons, euphorique, et puis… bing ! on se prend le manche en pleine figure au moment où on s’y attend le moins.
La fille, je l’ai repérée dans les douches à la piscine. Joli maillot bordeaux, et surtout, une paire de fesses et de jambes harmonieuses (un grain de beauté sur la fesse droite). Ressemblant à la Pandora d’Hugo Pratt, dans La balade de la Mer salée. La référence est un peu triviale, mais j’ai pas trouvé mieux. On se frôle dans le bassin, puis on cause un brasse coulée, papillon, crôle, tout ça. C’est ELLE qui m’invite à boire un verre après. Je biche. Facile… Trop ? Non, c’est jamais trop facile.
Devant les mousses, la partie se complique. Car Pandora est ressortie sapée comme une bobo branchée de sa cabine. Et malgré ma tenue de camouflage, j’ai peur qu’elle me démasque : adieu galipettes, cochonneries, couvée, je pourrai aller fourrer mon nez ailleurs, ça ne fait pas un pli. Elle me pose beaucoup de questions. J’ai l’impression d’être le nègre blanc dans ce polar de Boris Vian que ma prof de français m’avait fait étudier en quatrième : J’irai cracher sur vos tombes. Le nègre qui séduit des poules blanches pour les sauter, les humilier, puis les buter. Y faut surtout pas qu’elles se rendent compte qu’il est noir, sinon la vengeance tombe à l’eau. Tout ce mic-mac rocambolesque afin de venger son frère assassiné par de sales blancs.
Sauf que moi, j’ai pas tant de haine raciste, je veux juste baiser avec cette fille, la palper au chaud. Sa peau satinée m’excite. Elle doit sentir bon.
On se quitte en bons termes. J’aurais dû la raccompagner. Aujourd’hui, je reçois ce courriel en réponse à une relance un peu audacieuse : «T'emballe pas Bonhomme, je ne suis pas en mesure d'être draguée, même si mon comportement pourrait faire penser le contraire.»
Il sonne le glas du métissage entre une bobo et un lapinos.