Quelles épaules, quel vit, quelles fesses, quelles cuisses ! je me dis en regardant ce nègre magnifique grimper sur la table pour s’exposer à nos yeux scrutateurs. Que j’aimerais avoir des cuisses comme ça, moi, longues et puissantes ! Il n’y a guère que ses pieds, massifs et écrasés, que je ne lui envie pas. Son visage un peu trop lisse aussi.
Ah, Quillard, Pater, que je vous envie aussi : j’aimerais tellement être Antoine Watteau, comme vous, mêler la pierre noire à la sanguine à l’exemple du maître. La raideur souple de son trait me convient tellement.
À l’exemple du maître… Mais les instituteurs ont remplacé les maîtres et les bobos ne s’extasient plus que sur le dessin assisté par ordinateur du dernier coupé Mercedes. Parfois ils vont méditer le dimanche sur quelque rotkhonnerie au musée d’art moderne, inquiets de savoir combien ça peut coûter. L’art pompido-giscardo-mitterrando-chiraquien passe son temps à justifier en longues périphrases abstruses son néant peu profond.
Le nègre me sourit, mais il ne faut pas bouger, justement je dessine la bouche. Nul mieux qu’un peintre ne peut jouir de l’inégalité entre les hommes.
