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  • Sagan m'est apparue

    De la compil. d’entretiens parus dans Lire, qu’on m’a généreusement et anonymement offerte sur le trottoir, je garde l’impression d’avoir devisé en tête-à-tête avec Bocuse, Volkoff, Dutourd, Geneviève Dormann, Chaunu… Eux ne m’ont pas déçu, bien sûr. En revanche, Houellebecq m’a plutôt agacé, son côté informaticien qui pense pouvoir décoder le monde. Et Matzneff aussi, je ne sais trop pourquoi.

    Mais, le meilleur, c'est les perles ramassées chez les cochons. Je n’aurais pas pensé en effet que Godard, Duby ou Sagan, puissent me divertir.
    En théoricien du cinéma, Godard énonce qu’on ne peut pas faire un bon film à partir d’un bon bouquin. Et vice versa, qu’un bon film ne peut sortir que d’un mauvais livre… Adapter le "Voyage" est donc une entreprise vouée à l’échec. La vérité, c’est qu’il vaudrait mieux ne pas adapter du tout de bouquin au cinéma.

    Quant à Duby, lui, c’est plutôt une hypothèse qu’il émet : l’amour courtois n’émanerait pas en fait des amours des preux chevaliers pour leurs damoiselles restées au manoir, mais des amours de preux chevaliers… entre eux ! Voilà qui est intéressant. L’hypothèse mérite qu’on la creuse ; je m’y serais déjà attelé, d’ailleurs, si Duby n’écrivait pas aussi mal.

    Comme Sagan m’est apparue au détour de son interviou comme une fille sympa, j’ai préféré réparer un “oubli”, et lire son bouquin, que j’avais jusque-là évité ; a priori, pour moi, c’était un roman de gare. Disons a posteriori un roman de gare de Première classe. Un peu démodé, dont le soufre s’est éventé. Et ce tas de cartes postales avec la plage, la mer, les pins, et le soleil par-dessus… Elle n’avait que dix-huit ans, je sais, je sais.

    Par curiosité, j’ai aussi ouvert un prétentieux album de photos de Sagan, préfacé par Guillaume Durand, illustrées par quelques aphorismes :

    « Je trouve que les hommes ont beaucoup plus d’ennuis que les femmes. D’abord, ils ont à s’occuper des femmes. »

    C’est vrai, mais assez platement dit. Je préfère :

    « Les femmes sont fidèles… jusqu’à ce qu’elles trouvent mieux. »

    J’ai relevé aussi :

    « Le malheur est indécent. Et, en plus, il ne vous apprend rien. »

    « Les gens ne croient plus à la mort. Ils croient à l’usure. »

    « S’il y a une calamité dont il faut se méfier aujourd’hui, à part la remontée du nazisme, c’est la télévision. »

    On dirait que les bobos ont perdu leur papesse.