Je dois avouer que je suis assez admiratif, quand même. Elle m’a entortillé rien qu’avec des mots, et pas que des mots doux. C’était comme si elle me faisait boire. Il fallait que je m’appuie à quelque chose ; son blogue bobo me dégrisait un peu. Dire que je ne m’empêtre que dans des regards, d’habitude, et que là, je ne sais même pas vraiment à quoi elle ressemble ; je la croiserais dans Paris, je ne la reconnaîtrais pas !
C’est petit, Paris. Avant de monter à Paris, les gens me disaient : « Lapinos, à Paris, tu seras tranquille, tu ne croiseras jamais personne dans la rue ! » Erreur, je n’arrête pas d’en croiser des gens, sur la rive droite comme sur la gauche, qui perdaient leur temps avec moi sur les bancs du lycée ou de la fac, à cinq cents kilomètres d’ici pourtant, ou qui ont trempé dans le même bain, mangé au même râtelier. L’autre jour, une blonde qui pouvait pas me sacquer parce que je lisais Céline pendant les cours m’a fait de l’œil au rayon biscuit, au Monoprix. Elle m’avait pas reconnu. J’aurais dû l’embrasser sur la bouche et lui dire : « Coucou, c’est moi qui lisais Céline dans l’amphi, devant toi, il y a dix ans, qu’est-ce que t’as changé ! » En mieux. Il y a des femmes comme ça, pas beaucoup, qui s’améliorent jusqu’à trente ans. Je ne regrette pas d’avoir attendu si longtemps.
La virtuelle, elle va dire : « Je n’ai pas eu à faire beaucoup d’efforts… » ; Dieu sait pourtant que je me défie de ce genre de péronnelles imbues de leur féminité. Je me suis méfié de celle-là comme d’une peste. Mais elle m’a bien eu. Quitte à faire des aveux, autant qu’ils soient complets : j’ai même été un peu jaloux quand elle m’a annoncé qu’elle était partie faire joujou avec un autre. Jaloux : quel sentiment hideux. Je devrais plutôt lui dire bravo. Et merci… (pour ce jeu de rôle)