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  • Je me rends heureux

    La côte n’est plus si sauvage. Et pour être vraiment seul, il ne faut pas hésiter à plonger dans l’eau glaciale. D’un seul coup, c’est mieux. Palpitations délicieuses au moment de la pénétration, sans trop faire d’écume. À quelques mouvements affolés succède une cadence sereine. Je voudrais encore plus d’harmonie mais la mer ondule et je suis balotté.
    Je suis de mieux en mieux dans cette intimité froide. Gaffe tout de même à pas trop m’attendrir car la température de l’eau n’excède pas 12°C. Il m’est déjà arrivé de ressortir bleu et de m’affaler sur le sable : plus de jambes !

    Certains, à commencer par moi, se hâtent de me traiter d’obsédé sexuel ; ils se trompent. Une fois calme et sec, entre deux mamelons sablonneux, j’ai tiré le “Journal” de l’Abbé Mugnier de mon sac et je me suis sagement plongé dedans pendant deux heures. M’interrompant juste pour suivre la trace d’un avion ou le sillage d’un bateau. Je compte trois fois plus d’avions que de bateaux.

    Trop longtemps j’avais remis cette lecture au lendemain. L’enthousiasme de Ghislain de Diesbach pour le “fol abbé” ne s’était pas communiqué à mon bocage intellectuel. Sa charge contre Bloy m’avait parue inique et même grossière. Question de tempérament ?