Je contemple cette hérésie d’arêtes qui me transperce l’âme. En silence, pour ne pas troubler la quiétude de ces lieux sanctifiés par la prière. Moi qui ne me tiens coi qu’entre minuit et sept heures du matin et qui déblatère tout le restant, comment diable vais-je faire ?
À travers cette nef de fous, le grégorien me parvient désintégré, dispersé par le béton. Je me demande bien comment ces braves bénédictins font pour psalmodier là-dedans. On se sentirait plus à l’aise dans le ventre d’une baleine… Quelle croix. Toutes les erreurs qu’un architecte ne doit pas commettre, angles par trop obtus, perspective bouchée, on dirait qu’on s’est obstiné à les commettre ici. On peut vraiment faire n’importe quoi avec le béton.
Le monastère n’a pas quarante ans, pourtant déjà il se lézarde. Pas besoin d’être prophète pour prédire que, bientôt, la gorge profonde qu’il surplombe l’avalera.
Je me dirige ensuite, courbant l’échine au soleil, légèrement pensif, vers un hameau à quelques encâblures de là. Randol, son nom claque comme une bannière dans le vent. Je débusque un gros lézard vert fluo qui se met à l’abri en moins de deux ; plutôt inattendue, une telle célérité, dans ce paysage !
Le hameau est tourné lui aussi vers le précipice, le vert val de la Monne. Abandonné depuis longtemps, mais ses pierres polies semblent attendre patiemment le retour de quelques enfants prodigues, sait-on jamais.