Malgré ses efforts pour émailler son roman d’épigrammes frappées au coin du bon sens, ainsi propres à susciter le scandale -puisque par chez nous le bon sens est devenu la chose du monde la mieux cachée :
«En France, tout le monde se doit d’être de gauche, y compris les gens de droite, c’est un passeport indispensable à la vie sociale»
«Toutes ces dames étaient de leur temps et récitaient le catéchisme sexuel contemporain, disaient “bite”, “chatte”, “couilles”, “enculer”, comme on dit “bonjour”, “bonsoir”. Les traiter de “salopes”, de “chiennes”, constituait le plus beau compliment qu’on puisse leur adresser»
«Jadis les putains de haut vol voulaient passer pour des honnêtes femmes ; aujourd’hui ce sont les bourgeoises qui veulent passer pour des traînées.»
Malgré ses efforts, donc, Pascal Bruckner n’est pas devenu Houellebecq, et “L’amour du prochain” n’a pas déchaîné l’enthousiasme populaire ; pire, en prenant cette pose d’écrivain chiraquien, Bruckner s’est attiré le mépris de ceux qui pensent et décident, et décident ce qu’il faut penser et imprimer.
Combien de piges aussi ineptes qu'ennuyeuses faudra-t-il que Bruckner signe dans “Le Monde” pour effacer ce péché de vieillesse ? Comme je suis pas de la paroisse, je m’en lustre le coquillard avec une peau de loutre. Je voulais juste faire remarquer que n’est pas Houellebecq qui veut, ça suppose un minimum de sincérité.