Fâcheuse impression d’être un homme moderne, ce matin.
À Pigalle, un jeune Maghrébin (dont le désir de s’insérer dans le coin fait plaisir à voir) me tend Métro pour mon information. L’info du jour, qui fait la Une, c’est que le zoo de Londres a décidé de mettre quelques gonzes et gonzesses en cage pour observer comment ils se reproduisent en captivité – et pour se faire de la pub, accessoirement. L’instant d'après, je me pose cette question existentielle : « Est-ce parce qu’ils ont plus d’humour que nous que les Anglais sont moins emmerdés par la Ligue des Droits de l’Homme ? », puis, dans la foulée, je poinçonne mon ticket, à l’ancienne.
Aucune allumeuse d’aucune sorte dans ma rame, je continue donc ma lecture : pas de crache d’avion aujourd’hui, tant mieux, je vais pouvoir arborer un air insolent et détendu au bureau (c’est l’air que je préfère). Je retire d’ailleurs ma chemise de mon pantalon pour avoir l’air plus coule.
En passant devant la gare, ça tombe bien car je n’ai pas eu le temps de petit-déjeuner (impossible de remettre la main sur ma carte bleue), une jeune fille bien calibrée et souriante distribue des pommes à croquer en gants de latex. Je suis agréablement surpris par sa longueur en bouche, ça devient foutrement difficile de se procurer des pommes savoureuses, par les temps qui courent.
Sous prétexte qu’il croque lui aussi dans une pomme au même moment et dans la même rue que moi, un pédé d’une trentaine d’années en profite pour m’aborder. Je quitte mon air insolent un instant, pour ne pas l’exciter davantage.
Ce soir je regarderai la télé. Et si j’éprouve le besoin d’une présence féminine réconfortante, vers minuit, j’ouvrirai MSN-Messenger.