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  • L'armée des cadavres

    Peu après avoir enfin atteint l’âge de raison, vers vingt ans, j’ai cessé de fréquenter l’homme au caniche (Schopenhauer). Mais j’ai gardé le souvenir de quelques tours désopilants. Ses conseils dialectiques, par exemple.

    Michel Onfray aussi s’en est souvenu. Dans son Journal, Le Désir d’être un Volcan, éructant la bile, notre auteur de libelles à succès brûle les étapes, tous les petits "stratagèmes" de Schopenhauer un par un, pressé qu'il est d'arriver à l’“ultime stratagème”, l’attaque ad hominem - l’arme fatale de la dialectique.

    « En plaçant son travail [Requiem pour une avant-garde] sous les auspices de l’Internationale situationniste (…), B. Duteurtre n’empêche pas qu’il se trouve servir la même cause qu’un certain Claude Autan-Lara, membre de l’Institut, ancien député du Front National au Parlement européen, accessoirement cinéaste. »

    Le chapitre est intitulé Le révisionnisme esthétique. Ça, c'est l’arme fatale lourde - je veux parler de la shoah, bien sûr. Moi j'appelle ça du détournement de cadavres.

    Schopenhauer tient à prévenir ses disciples contre les risques d’une attaque ad hominem : elle peut dégénérer en rixe, ou en procès en diffamation. Duteurtre n’a donc pas intérêt à répliquer à Onfray que ses méthodes sont celles de la Gestapo. En outre, l'époque où un homme pouvait philosopher innocemment en compagnie de son caniche est bien révolue, et en mettant de leur côté les flics et les magistrats, les nouveaux dialecticiens ont nettement perfectionné les recettes artisanales de Schopenhauer.