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  • Contre Barthes

    Archibald Haddock et Roland Barthes, hors leurs patronymes fumeux, ont ceci en commun : ils n’ont de cesse que de voler la vedette au personnage principal, sans complexe. Mais, d’aventure en aventure, la vraie nature du capitaine Haddock, qui passe d’abord pour un parasite aux yeux du public, reprend le dessus, et c’est celle d’un hobereau portant la culotte de cheval et le monocle avec élégance. En fouillant dans sa généalogie, on s’apercevra qu’Haddock est un authentique descendant de croisé wallon.
    Certains spécialistes estiment même que si Tintin est un jeune autodidacte qui suscite la sympathie de tous, c’est entendu, Haddock a quand même plus d’étoffe, de vocabulaire ; ils n’hésitent donc pas à conclure que c’est lui le véritable héros. Je me sens assez proche de cette école de pensée.

    Quoi qu’il en soit, Haddock me casse moins les couilles que Barthes, ce corneux coin-coin avec son bric-à-brac de concepts et ses plans ontologiques à la mords-moi-le-nœud. Au moins, les trouvailles d’Haddock sont réutilisables. Je dirais même plus, en cette période troublée où l’on est cerné de plus en plus près par les abrutis, où les clanculs par le monde triomphent, il ne faut pas hésiter à apprendre (par cœur !) quelques bordées d’injures bien salées à toutes fins utiles. J’ai une préférence pour l’assaisonnement suivant à partir de divers auteurs : « Analphabète diplômé ! Bachi-bouzouk ! Catachrèse ! Crétin des Pyrénées ! Enculoman sans horizon ! Demi-lopes ! Touristes ! Citoyens ! ».

    N. Sadoul et B. Peeters, enthousiastes tintinophiles patentés (ceci n’est pas une insulte), attribuent plus de deux cents jurons à Haddock. On ne prête qu’aux riches, mais “Cornichon”, “Saltimbanque”, voire “Brontosaure”, ont dû servir lorsqu’Archibald était encore dans ses langes et tétait son biberon de lait additionné d'une larme de whisky.

    J’ai refait le calcul. En fait, Haddock ne peut pas revendiquer la paternité de plus d’une centaine de jurons. C'est déjà pas mal, et le peintre Ensor, d’Ostende, ne lui arrive pas à la cheville, même si j’ai quand même relevé : “Démolisseur à suçoirs”, “Manifestant stérilisé”, “Édile en mal de bronze”, “Casse-rétine” et “Architecte”.

    Qu’importe au fond la diversité des espèces, chère aux écolos, cette bande d’anthropophages à la graisse de panda, ce qui compte, c’est la variété des jurons.
    Je vous garantis que le jour où plus aucun juron intelligent ne sera prononcé, le chaos sera proche.
    Il me semble que tout réac qui se respecte, qui tient à se démarquer des petits Barthes de carnaval, doit sans arrêt réinventer des jurons pour entretenir le stock de munitions. Aussi en ai-je moi-même fabriqué deux bonnes demi-douzaines avec le pressentiment de devoir les utiliser bientôt (“Narcisse tatoué”, “Hexagone des Bermudes”, “Photographe”, “Incendiaire en pyjama”, “Uhlan rose”, “Inspecteur des hergés”, “Particule élémentaire”, “Sinistre clone”, “Rappeur blanc”, “Bobo des Abbesses”, “Énarchiste”, “Four Micro-onde”, “Antiraciste diplômé”, “Bonobo à la graisse d’humain”, “Nycthémère”). N'hésitez-pas à me faire partager les vôtres.

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