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  • Vers un durcissement de la guerre ?

    Quelques mots sur le concept de "IIIe Guerre mondiale" : le découpage des guerres industrielles capitalistes en plusieurs tranches est, dans le meilleur des cas, scolaire, mais il n'est pas historique. Impossible de comprendre le XXe siècle sans comprendre le fonctionnement de l'économie capitaliste et le phénomène d'autodestruction de l'Allemagne, de 1870 à 1945 ; l'Allemagne a survécu à son suicide, dira-t-on ; en effet, mais elle est passée de la première puissance mondiale à une sorte de gros cartel capitaliste qu'un commando de la CIA peut se permettre d'attaquer sans provoquer de réaction.

    Il faut donc prendre le phénomène capitaliste de la désindustrialisation en compte pour comprendre la IIIe Guerre mondiale en cours. L'usage des drones, en complément du déluge d'obus, en est peut-être le symbole ; de même que le rôle de conseillers techniques (SAV) joué par les "conseillers militaires" américains et britanniques auprès de l'armée ukrainienne. Un autre aspect "tertiaire" de la guerre sur le front ukrainien est le soutien financier extraordinaire de "l'Etat profond" étatsunien, pour reprendre l'expression de D. Trump, à la population civile ukrainienne.

    L'ONU et la fiction du droit international empêche les médias de masse de parler de "IIIe Guerre mondiale", car ce serait dévoiler le rôle de l'ONU, avouer que cette organisation n'a jamais servi à rien d'autre qu'à méduser l'opinion publique.

    La relative stabilité de la ligne de front a permis aux médias de masse d'occulter la défaite du consortium militaro-industriel étatsunien face au consortium russe. La volonté de V. Poutine de ne pas humilier Donald Trump est sans doute tactique : il y a d'ailleurs un proverbe qui dit qu'un animal blessé à mort peut s'avérer très dangereux. La défaite des Etats-Unis de Joe Biden a des conséquences que Donald Trump a choisi d'assumer à sa manière. Faire porter le chapeau à V. Zélinsky, l'humilier pour dissimuler le revers humiliant subi par les Etats-Unis est plutôt habile.

    La victoire de V. Poutine est peut-être une victoire "à la Pyrrhus". L'Ukraine est en ruine, et la seule carte dont dispose V. Zélinsky est de vendre l'Ukraine comme la seule armée dont l'Union européenne dispose désormais.

    L'Union européenne n'a rien gagné dans cette guerre, qui lui a été imposée comme à l'Ukraine par des belligérants plus puissants, qu'un marasme économique encore plus grand.

    Le premier ministre britannique Keir Starmer et Emmanuel Macron font semblant de prendre la proposition de V. Zélinsky au sérieux. On peut se demander si la volonté du chef de l'Etat français de faire la guerre à tout ce qui bouge n'est pas d'abord une tactique politicienne intérieure, destinée à masquer son bilan économique et l'étiolement de l'Union européenne. E. Macron semble avoir une fâcheuse tendance à confondre la politique avec le jeu de poker.

    La proposition de V. Zélinsky ne s'adresse sérieusement qu'à l'Allemagne et son nouveau chancelier. Seule l'Allemagne a la capacité de soutenir financièrement et industriellement l'armée ukrainienne. L'Allemagne est, de surcroît, l'Etat qui a perdu le plus au cours des trois années de guerre ; avec la Pologne, elle accueille un grand nombre de réfugiés ukrainiens. Il n'est sans doute pas difficile de réveiller chez les Allemands la peur de l'invasion russe. Le risque d'une guerre de plus haute intensité, voire nucléaire, se situe donc en Allemagne où la liberté de la presse est encore plus réduite qu'en France.

    Le bloc germano-ukraino-polonais est largement capable de faire jeu égal avec la Russie, et l'équivalence des forces équivaut à une menace de guerre nucléaire. Après le fiasco de son "opération spéciale", V. Poutine a très vite changé son fusil d'épaule et s'est engagé dans une guerre économique d'usure contre les Etats-Unis, bien plus efficace. Il est devenu -presque à l'insu de son plein gré- "le leader du monde opprimé par le monde libre", ce que les dirigeants soviétiques furent plus ou moins avant lui.

    Pour cette raison D. Trump est le meilleur allié de V. Poutine ; il peut lui permettre de "capitaliser" sa victoire au plus vite, et d'éteindre ainsi le menace allemande, la plus sérieuse. Cela dit la marge de manoeuvre de D. Trump est étroite, comme en atteste la radicalité de son discours.

    Si Homère propose une théorie antimoderne de la civilisation comme un rempart contre la guerre, c'est parce que celle-ci expose au pire fléau pour l'espèce humaine : le hasard. Il n'est pas seulement "le dieu des imbéciles", suivant le mot d'esprit, mais aussi celui des intellectuels (Pangloss dans "Candide").

    On doit faire observer ici la volonté constante des élites françaises, depuis 1870, qu'elles soient en mesure ou non de mener la guerre, de vouloir conduire les Français au massacre. Bien qu'Emmanuel Macron soit à peu près impuissant, il ne peut pas s'empêcher de piétiner les pourparlers de paix entre la Russie et les Etats-Unis.

    Les meilleures chances d'éviter une guerre plus intensive et plus destructrice ne sont pas entre les mains des élites françaises ou allemandes.

  • Le Coup d'Etat permanent

    La jeune génération, dont la mémoire est systématiquement effacée par les écrans de télévision, ignore que la "révolution MAGA" a déjà eu lieu en France en 1981 : "l'Etat profond", c'est alors l'Etat gaulliste et sa constitution monarchique, conçue pour annihiler la république parlementaire, accusée de la défaite française de 1940.

    Dans un ouvrage paru dans les années 60, au titre éloquent - "Le Coup d'Etat permanent" - François Mitterrand faisait le procès des institutions bonapartistes mises en place par le général de Gaulle et son constitutionnaliste Michel Debré. On note au passage le soutien du parti communiste français et des grandes centrales syndicales au régime monarchique républicain, et l'évolution du communisme vers un corporatisme ouvrier.

    Non seulement ce dispositif gaulliste-bonapartiste est antirépublicain, mais il représente selon F. Mitterrand une menace d'évolution vers un pouvoir technocratique. C'est à croire que F. Mitterrand avait lu "1984" !

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