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  • Mes confessions

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    J'étais curieux en ouvrant Les Confessions de savoir comment Rousseau allait s'y prendre pour régler ses comptes avec Diderot.
    J'eus la surprise de me découvrir des points communs avec le héros des aventures de Jean-Jacques Rousseau, c'est-à-dire lui-même. Inutile de dire que je me suis senti plutôt vexé au début.
    En effet, d'une manière générale, cette rhétorique des sentiments qu'invente Rousseau est plutôt dégoûtante. Le protestant qui, sous couvert de se confesser, en réalité se justifie, et qui pour finir accuse, il y a là en germe tout un tas de procédés intellectuels malhonnêtes. On comprend qu'une partie de la critique ait accueilli ces Confessions avec sévérité. Et on songe à ce "mot" attribué à Pétain, pressé par un éditeur d'écrire ses mémoires : « Des mémoires, moi, pourquoi ? Je n'ai rien à cacher ! »

    Je ne vais pas entrer dans le détail de ma ressemblance avec Rousseau, je risquerais de m'égarer dans une psychologie dont seul Rousseau maîtrise la grammaire au point de la rendre intéressante. Un seul exemple : cette confusion du jeune Jean-Jacques lorsqu'il est ému, c'est-à-dire tout le temps, et qui passe aux yeux de son public pour de la balourdise, c'est une tare dont je souffrais aussi au même âge.

    Je me console en me disant que cet autoportrait que Rousseau fait de lui-même, premièrement n'est une sorte de trompe-l'œil, dont il n'est pas dupe lui-même, secondement que le héros des Confessions est un type assez banal, et que je suis finalement loin d'être le seul à lui ressembler un peu.

    Je retiendrai cependant des premiers chapitres des Confessions cette description que Rousseau, qui songe sans doute déjà à s'occuper du cas de Diderot, fait du caractère français :

    « Il faut pourtant rendre justice aux Français : ils ne s'épuisent point tant qu'on dit en protestations, et celles qu'ils font sont presque toujours sincères ; mais ils ont une manière de paraître s'intéresser à vous qui trompe plus que des paroles. Les gros compliments des Suisses n'en peuvent imposer qu'à des sots : les manières des Français sont plus séduisantes en cela même qu'elles sont plus simples ; on croirait qu'ils ne vous disent pas tout ce qu'ils veulent faire, pour vous surprendre plus agréablement.
    Je dirai plus : ils ne sont point faux dans leurs démonstrations ; ils sont naturellement officieux, humains, bienveillants, et même, quoi qu'on en dise, plus vrais qu'aucune autre nation ; mais ils sont légers et volages. Ils ont en effet le sentiment qu'ils vous témoignent, mais ce sentiment s'en va comme il est venu. En vous parlant, ils sont pleins de vous ; ne vous voient-ils plus, ils vous oublient. Rien n'est permanent dans leur cœur : tout est chez eux l'œuvre du moment. »

  • La jacquette

    Je n'avais pas retourné la Tragédie du président, le bouquin de Giesbert. Au dos, sur la jacquette, cette petite profession de foi ridicule qui pue l'hypocrisie m'aurait définitivement dissuadé de l'acheter si j'avais été tenté, mais le style est bien trop boursouflé :

    « Alors que son règne arrive à son couchant [celui de Chirac], il m'a semblé qu'il était temps de vider mes carnets. Je ne les avais pas écrits pour qu'ils restent à rancir au fond d'un tiroir mais parce que le métier qui mène mes pas consiste à faire la lumière sur tout. Telle est sa grandeur et sa misère. Si l'on veut garder sa part d'ombre, il ne faut pas fréquenter les journalistes. »

    Giesbert veut faire gober au chaland que son bouquin contient des indiscrétions. Du genre de celles dont il gratifiait les lecteurs de son autobiographie (le papa du petit Franz-Olivier battait sa maman comme plâtre et le petit Franz-Olivier ça lui foutait les glandes, alors il s'est mis à élever et à vendre des poules pour s'en sortir, même qu'il trouvait ça assez jouissif de les estourbir).

    Bien entendu, Giesbert ne fait aucune révélation sur Chirac, j'espère ne pas l'avoir fait croire avec mon billet précédent. Les politiciens ne sont pas si cons, ils se servent des journalistes pour balancer des trucs sur leurs ennemis, ça oui, mais ils s'en méfient comme de la peste.

  • Grandeur et décadence

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    « Ah, les salauds ! Ah, les fumiers ! »

    Un petit bonhomme furibard vitupère le bouquin que les héritiers du général Giraud, entre autres, ont osé publier pour faire pièce à l'hagiographie de son père par Philippe De Gaulle - ce bouquin qui ose se pavaner sur un présentoir, avec ce titre quasi-blasphématoire : Contre De Gaulle. Le bougre est à deux doigts de l'apoplexie.
    Sa bourgeoise, soucieuse d'éviter un scandale qui, moi, me ravirait, je l'avoue, peine à l'entraîner au large en le tirant par la manche de son veston en tweed. Le gaulliste outragé pointe encore un index rageur, et puis le silence retombe.

    L'incident me rappelle qu'il n'est pas si loin le temps où les gaullistes tenaient le pays, partageant seulement le pouvoir avec la gauche, leur alliée de circonstance, qu'ils croyaient pouvoir étouffer. Ils paraissent moins sûrs d'eux aujourd'hui.

    Un des points communs de Chirac avec De Gaulle, c'est sa stratégie personnelle de conquête du pouvoir.
    Le dernier bouquin de F.-O. Giesbert, La Tragédie du président, consacré à Jacques Chirac, lève un peu plus le voile sur la tactique de Chirac.

    Un premier tête-à-tête secret avec Le Pen chez Pierre de Bénouville, un ami commun, tourne à l'échange d'amabilités (1988). Comment sortir du piège que Mitterrand a tendu à la droite en introduisant le scrutin proportionnel et en donnant ainsi un sacré coup de pouce à Le Pen ? Mitterrand considère Le Pen, qu'il a côtoyé à l'Assemblée sous la IIIe République, comme un homme de droite assez talentueux, certes, chef d'un groupe parlementaire à vingt-sept ans, mais somme toute assez banal dans ses ambitions. Il aurait sans doute conforté Pasqua dans l'idée qu'un portefeuille ministériel pouvait suffire à se mettre Le Pen dans la poche.

    Mais Chirac se méfie et va jouer une autre carte.
    La deuxième entrevue laisse Le Pen interdit. Il ne l'a pas sollicitée et Chirac n'est plus l'homme affable du premier rencard. Il ne paraît pas songer à lui faire des propositions ; c'en est vexant pour Le Pen… Qui en conclut que Chirac ne veut pas qu'il appelle à voter pour lui.
    En effet, le calcul de Chirac est que seule une faible partie de l'électorat du Front national, ouvrier et populaire, se reporterait sur lui, 4 à 5 %, tandis que beaucoup d'électeurs centristes seraient effarouchés par la présence de la bête immonde dans son sillage.
    Pour Giesbert, les faits ont donné raison à Chirac. Sa tactique lui a permis, en définitive, de l'emporter.

    C'est une conclusion un peu superficielle. Rien ne dit que la stratégie de Pasqua aurait fait échouer Chirac, surtout contre Jospin, candidat beaucoup plus maladroit que Mitterrand.
    Quoi qu'il en soit, si Chirac a fini par atteindre la case Élysée, il a dû larguer en route ses principes, sa personnalité, la frange populaire de son électorat. Il est à l'Élysée, enfin, mais il est plumé. Même sa légitimité lui échappe en 2002 lorsqu'il se fait élire par "le peuple de gauche", prompt à reprendre ce qu'il a donné dans un moment de dépit.

    Dès le départ, la démocratie pose un problème de légitimité en substituant au droit de propriété, principe bien ancré, le principe de la volonté commune, beaucoup plus flou et contestable.
    Après soixante ans d'exercice de ce régime démocratique, on constate en outre qu'il requiert un type d'homme spécial, De Gaulle et Chirac sont des exemples frappants, qui ne manquent pas de tempérament, certes, mais dont l'aptitude particulière est à se hisser jusqu'au pouvoir par tous les moyens, bien plus qu'à l'exercer. Du moins peut-on avancer que, ayant gaspillé toutes ses forces dans la conquête de l'objet de son désir, il ne lui en reste plus pour gouverner.

  • L'anti-journal de Guy Carlier

    • Marketing :

    En 1991, Patrick Bruel à 7/7. En 2006, Patrick Bruel dans l'"Humanité". Pour son prochain album avec des citations d'Arthur Rimbaud dedans, Patrick Bruel devrait passer dans "Pif Gadget".

    • Des chapeaux ronds :

    Contrairement au président de l'Unef, Bruno Julliard, qui a décidé de la jouer "gentil étudiant en DEA de droit bien propre sur lui qui ne veut pas se faire croquer par le grand méchant Villepin", les militants rennais n'hésitent pas à pondre des communiqués plein d'enthousiasme : « Les exactions sont majoritairement des actions menées par les manifestants, conformément à ce qui a été voté en AG par des milliers d'étudiants. »

    Ça me fait penser à la chanson : « Breton, Breton et con à la fois !! ».

    • Bonne nouvelle :

    Au milieu de la chienlit, une information passée presque inaperçue : les Français ont le plus petit QI d'Europe. On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle car Jean Dutourd s'est vanté un jour d'avoir un QI très très bas.

  • Message reçu 7/7

    Quand Patrick Bruel a paru sur le plateau de 7/7 la gueule enfarinée, puis s’est mis à pérorer pendant plus d’une heure sans désemparer avec sa voix de fausset sur la France et les Français, tandis qu’Anne Sinclair essayait toute sa gamme de sourires et de battements de paupières, j’ai compris que les choses avaient mal tourné, qu’on était dans de beaux draps. Ça se passait le 24 novembre 1991 et l’insouciance de mes jeunes années s’envolait définitivement.

    Car qu’est-ce que c’était au fond que cette nouvelle pythie, ce nouveau maître-à-penser, ce Patrick Bruel ? Un chanteur pour adolescentes plus ou moins pubères. Et à part ça ? Un champion de poker, un supporter du PSG, d’Henri Leconte à Roland-Garros…
    Dans un jeu télévisé idiot mais néanmoins instructif, où l’on fait des blagues à des célébrités, on nous a montré aussi Patrick Bruel devant une machine à transformer le gros rouge en grand cru classé de St-Émilion, battre des mains, s’ébaubir devant cette nouvelle poule aux œufs d’or. Bref, plus jobard tu meurs.

    Anne Sinclair a dû se dire : « C’est un peu gros, mais les Français ont le cul large, ça passera ». Elle connaissait bien son public, car mis à part quelques constipés comme moi, qui se souvient de cet épisode douloureux ?

    Depuis, la voie est complètement dégagée, la démocratie peut s’accomplir. Il suffit juste d’être du bon côté de la télé. Comme elle a changé un chanteur de variété en directeur de conscience, la télé peut changer aujourd’hui un fonctionnaire anarchiste imbibé en Spartacus, Villepin en Louis XVI, un tiers des Français en fachos honteux, Finkielkraut en dissident, etc.

    Ah, oui, j'en ai plein le dos de Finkielkraut, de Philippe Muray - et pourquoi pas Jean-François Kahn tant qu’on y est ? Ras-le-bol de ces dissidents officiels. C’est bien pratique, ils sont incapables d’appeler un chat un chat, ils préfèreront l’appeler un animal souple à quatre pattes qui n’aime pas se mouiller et retombe toujours sur ses pattes, ces enfumeurs. J’aime encore mieux Steevy, au moins il est franc.

    Marre de Dantec aussi, et de son allergie à l’islam. C'est bien le moment de délirer. Ça doit être un reste de sa jeunesse communiste. Il a lu Céline ? Fort bien, qu’il le relise. Et Don Quichotte avec. Céline a vu l’horreur en face, pas des bandes de petits voyous qui crament des bagnoles sur TF1. Qu’ils n’aient pas envie de ressembler à Patrick Bruel, les enfants d’immigrés, qu’ils préfèrent Dieudonné ou Tarik Ramadan, il y a une certaine logique à ça.

    Quel besoin a Dantec de nous fabriquer des boucs émissaires pour le compte de je ne sais qui ? Les vrais terroristes sont là, maintenant, dans la rue.

  • Des nègres

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    Quand j’entends ce nègre tiré à quatre épingles qui attrape dans un rayon une édition bon marché des Confessions de J.-J. Rousseau commenter son action à voix haute : « Eh bien, va pour lire Les Confessions, aujourd’hui. », je me dis à voix basse : « Tiens, moi non plus je n’ai pas encore lu Les Confessions, il faut que je répare cet oubli au plus vite ».

    J’aurais bien aimé être nègre. Mais pas n’importe quel nègre. Toutes les races de noirs ne se valent pas, non, un Éthiopien ou un Sénégalais, de préférence : ils sont superbes, de vrais bronzes romains.
    Il y a cette chanteuse qui fait des pastiches et dont une chanson fait quelque chose comme : « Elle sort qu’avec des Blacks, elle sort qu’avec des Bla-acks, la, la, la. » Je comprends cet hédonisme-là.

    C’est très drôle, J.-J. Rousseau, mais j'ai bien fait de ne pas plus tarder : il y a assez d’antisémitisme là-dedans pour que nos plus hautes instances morales décident bientôt de l’interdire ou de le purger. Et l’homophobie de Rousseau, je n’en parle même pas !
    C’est le calcul que doit faire Michel Onfray. Il doit se dire que comme toute la philosophie sera bientôt “non grata”, autant être le premier à l’aplanir pour les générations futures. Pour ma part, j’aime autant vous dire que si je n’ai rien contre une dispute avec un athée “formé” chez Diderot ou d’Holbach, l’athée formé à l’université “populaire” de Michel Onfray, je préfère le laisser tomber tout de suite. D’avance, je sais où il veut en venir et par quel chemin. C’est absolument sans surprise. Pas de surprise donc pas de plaisir.

    J’ai été surpris d’apprendre que Diderot était favorable à la torture, on ne me l’avait pas dit en cours de philosophie.
    En réalité il ne défend que la question préalable, celle qui permet à la police d’obtenir des aveux lors d’une enquête. Il ne croit pas à la torture comme punition, c’est un matérialiste alors forcément il se veut assez pragmatique. Il est favorable à la peine de mort également, Diderot. On dira qu'il avait des lumières, mais qu'elles étaient encore un peu tamisées. Lisez, les arguments de Diderot sont si bénins qu’ils feraient sourire un esprit fort comme Badinter* :

    « On ne met pas à mort dans notre capitale 150 hommes par an. Dans tous les tribunaux de France, on en supplicie à peine autant. C’est 300 hommes sur 25.000.000 : ou un homme sur 83.000. Où est le vice, la fatigue, le bal, les fêtes, le péril, la courtisane gâtée, le cabriolet, la ruine, le rhume, le mauvais médecin qui ne cause plus de dégât ? Sauver la vie à un homme est toujours une excellente action, quoiqu’il y ait contre cet homme une présomption qui n’est pas contre la victime du mauvais médecin. Je conclus seulement là à la multitude d’inconvénients, qui sont bien autrement graves et auxquels on ne donne aucune attention. On ne saurait rendre l’appareil des supplices trop effrayant. Un cadavre que l’on déchire fait plus d’impression que l’homme vivant à qui on coupe la tête. »

    *Philosophe français des plus ennuyeux, ce qui est un gage de sérieux pour les nouveaux pieux.

  • L'anti-journal de Claire Chazal

    • Sécurité routière :

    Si le militant de SUD-PTT avait l'habitude de rouler beurré, les CRS qui l'ont mis hors d'état de nuire n'ont fait que de la prévention routière.

    • Antiracisme :

    La "10e Journée internationale contre le racisme" et cette déclaration de Youssouf Fofana :

    « Je suis peut-être un preneur d'otage, un tortionnaire, un lâche, un assassin, mais en tout cas je ne suis pas antisémite !»

  • Comme dit Baudelaire…

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    …il n’est de progrès que moral. Je suis prêt à abdiquer mon droit à la télé, à l’automobile, au téléphone, à l’internet, contre des coups de trique sur le râble de ces bobos qui rejouent la comédie de Mai 68 pour les caméras du 20 heures, main dans la main avec papa-maman – générations stériles qui veulent stériliser toute la terre.

    Pas besoin d’être grand clerc pour reconnaître dans ceux qui balancent des parpaings sur des C.R.S. muselés la réincarnation permanente de la chienlit. Étudiants et C.R.S., je me suis frotté à ces deux espèces. Après une charge de C.R.S., comme après un match de rugby, il est parfois possible de tendre la main à son ennemi d’il n’y a guère et de faire la paix. La haine d’un petit chef de l’UNEF, dame, c’est autre chose, vaut mieux pas lui tourner le dos à ce type-là…

    Les gaullistes ne se sont pas contentés de l’inventer, la chienlit, comme on sait ils l’ont aussi laissée prospérer, et elle est bien près de les submerger. Qu’espérer de Villepin ? Son mépris du peuple et de la “représentation nationale” l’aidera-t-il à défier les grévistes le temps nécessaire ? On peut toujours rêver que les manifestations dégénèrent avec l’aide de voyous peu soucieux de remplacer Chirac par Ségolène en 2007, plus intéressés par les joujoux des manifestants, leurs téléphones portables, leurs I-pod, etc. Bref, que les soi-disant anarchistes soient obligés d’appeler les flics au secours. Ça ne serait pas la première fois dans l’histoire récente de l’anarchie…

    Un peu de baume au cœur tout de même, ces quelques types qui sont allés dire à la chienlit en face qu’elle ne les intimidait pas. Encore mieux, d'autres qui ont expulsé les grévistes, demandé au recteur de rouvrir leur fac de Toulouse-I, qui ne se sont pas contentés de pleurnicher sur leur année compromise. Une fac sur soixante-dix.

  • Coup de gueule

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    “Se vider la tête”, “se détendre”. J’ai encore des amis qui me disent : « Lapinos, pourquoi on se ferait pas une toile ce soir, un truc léger, on peut pas se prendre tout le temps la tête, quand même… »
    De quoi ? Crétins ! Si on a la tête pleine, farcie même, c’est de publicité, de slogans, de MP3, de journaux, de philosophie, de cinéma… C’est-à-dire qu’elle se vide notre caboche, à force de la remplir avec rien. C'est bien le moment de desserrer les fesses !
    Votre boulot de courtier en assurances, d’agent immobilier ou de chef de produit vous a essoré, vous ne vous sentez pas le courage de lire des pages réactionnaires, Bloy, Céline, Waugh, Claudel, Baudelaire, Shakespeare… eh bien changez de métier, faites-vous boulanger, femme de ménage ou CRS… Dans l’immédiat, vous pouvez lire Les Chiens écrasés, de Ludovic Roubaudi, un petit roman noir qui vous tiendra une heure ou deux en éveil, et puis un verre de vin, et hop, allez méditer au fond de votre lit.

    « Le devoir d’informer. Le quatrième pouvoir. La barrière contre la dictature. Mais c’est du pipeau tout ça. De la poudre aux yeux. La seule vérité, c’est qu’on vend l’info. Et pour la vendre bien il faut qu’elle soit bonne… C’est-à-dire qu’elle plaise au public. Alors on lui donne ce qu’il veut et tant pis si ce n’est pas l’exacte vérité.
    - La presse ment alors ?
    - Pour qu’elle mente il faudrait qu’elle ait l’occasion de dire la vérité. »


    Roubaudi balance sur la presse, cette belle vitrine qui n’hésite pas à se laver avec ses propres bavures, des pavés. Pas des paroles en l’air. Il donne pas l’impression de cracher dans la soupe mais plutôt de cracher une potion amère dont il connaît la recette par cœur.

    Comme son confrère et ancêtre ADG, Roubaudi peut pas s'empêcher de se boucher le nez lorsqu'il croise un édile. Il distribue même quelques claques au passage à un "élu local", comme disent les journaux, un de ceux qui campent sur leurs petits nuages, mais qui sont complices. Ont-ils pris la précaution, ces fameux “élus”, de contenir le journalisme, ce parasitisme social ? Non. Ils ont cru qu’ils pouvaient démocratiquement se contenter de soudoyer la presse. Résultat, ils en sont réduits à lui lécher le cul.

  • C'est dit

    Me sens ridicule avec mon blogue aujourd'hui. Et puis toutes ces manifs de fils à papa, c'est assez démoralisant. Mais le ridicule ne tue pas.

  • La meute aux trousses

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    Cette pub pour les agences d'intérim Adia a reçu le prix de la "Publicité la moins sexiste de 2005" décerné par l'association "La Meute", qui se définit comme "un réseau international féministe et mixte".
    Je suppose que ces vocables sont censés nous faire flipper, nous les derniers misogynes qui nous terrons sur le ouaibe et n'osons plus sortir de chez nous sans nous travestir (en demi-pédé, dans mon cas).

    - « C'est un revirement par rapport aux précédentes campagnes d'Adia disant : "Cette femme est bonne…", écrit en gros, puis, "dans son travail", en tout petit. »

    - « On a là affaire à une femme les pieds sur terre et non à de belles plantes, potiches, ménagères, voire stupides, comme trop souvent dans la pub. Enfin on nous montre une vraie femme, "ordinaire" et compétente, qui ne ressemble pas à un mannequin. »


    Voilà pour les communiqués officiels de la Meute, hyper sérieux si on les prend au premier degré. Et indubitablement ils sont rédigés au premier degré.

    Alors je dis, c'est ça, "arrêtons le gâchis", c'est un bon slogan…
    Mesdames, Mesdemoiselles, qui pourriez être tentées d'adhérer à ce réseau international féministe et mixte, écoutez plutôt ce qu'un des derniers misogynes veut vous dire :

    N'écoutez pas ces mensonges. La Meute prétend que cette fille blonde, là, sur la pub, qui joue les jardinières au chômage, n'est pas un mannequin, et qu'elle n'est pas bonne. Mais bien sûr que si elle est bonne ! À quoi ? Mais à faire des gosses, bien sûr. Quel homme à peu près normalement constitué n'aurait pas envie de faire des gosses avec le mannequin qui pose pour cette pub Adia, ses mains sûrement compétentes enfoncées dans les poches avant de son falzard, et, surtout, sans tablier ?

    Quelle hypocrisie, Mesdames, Mesdemoiselles, de vous faire avaler que si vous n'avez pas le physique avantageux de cette jeune femme, vous pouvez vous permettre de vous saper comme ça, avec des pataugas et un pull bordeaux informe sans faire une croix sur une vie sexuelle à peu près normale.
    Et cette dégaine ! Cette dégaine est inconvenante lorsqu'on cherche un mari, encore pire si c'est juste un amant. Chez une femme, la gestuelle, le manière dont elle se meut, est très importante. Moi, il m'arrive régulièrement d'être séduit par des femmes qui n'ont pas des chevilles ni des jambes hors du commun, mais qui ont des gestes, une démarche gracieuse. À l'inverse, une fille superbe qui marche comme une vieille cloche désabusée, il peut arriver que je résiste à son attraction et que je me dise intérieurement : « Cette gonzesse, n'est pas à l'aise dans sa beauté, mon vieux Lapinos, méfiance ! ».

    Voilà, comme je crains de ne pas pouvoir vous arracher plus longtemps à vos magazines préférés, Mesdames, Mesdemoiselles - magazines qui d'un côté vous racontent qu'il ne faut rien faire pour plaire aux hommes que vous n'ayez fait d'abord en pensant à vous-mêmes, ou d'autres niaiseries de ce genre, et qui en face publient en pleine page des photos d'adolescentes qui prennent des poses plus aguichantes que la reine des putes de Pigalle -, je conclus donc : si l'une d'entre vous, ne serait-ce qu'une seule, lit cet appel et se pince à la fin en se disant : « Lapinos n'a peut-être pas tort après tout », eh bien j'aurais tout lieu d'être fier de moi.

  • Le panache dans la panade

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    En juin dernier, Jacques Chirac, affichant la mine autosatisfaite qui lui va si bien, adoubait Dominique Galouzeau de Villepin dans ces termes : « Dominique est tout à la fois un poète et un homme de commando. C’est très rare de rencontrer des types comme ça. »

    Comme ce programme fleurait bon les Trois Mousquetaires et Cyrano en même temps, les Français décidèrent de porter le nouveau Premier ministre-poète-commando en triomphe dans les sondages pendant une semaine.
    Les Français sont comme ça depuis longtemps : ils n'ont aucun pressentiment, quelques sentiments, et pas mal de ressentiment, qu'ils expriment franchement lors de sondages ou de référendums.

    Pour connaître Villepin-le poète, il suffit de se rapporter à l’anthologie de poèmes qu’il a publiée. Son choix est beaucoup plus loufoque que baroque, mais on comprend que Chirac ait pu être abusé.

    Reste l’homme de commando. Et, aujourd'hui, l’heure a sonné de nous montrer de quoi il est capable.
    La bataille a déjà commencé. L'espoir à peine entrevu d'une victoire de la gauche en 2007, emmenée par la vaillante Ségolène Royal, a jeté le peuple de gauche à la suite des syndicats dans les rues de Paris pour préparer le terrain en le piétinant un peu.

    Villepin va-t-il être balayé par une poignée de militants de l'UNEF entraînés à la prise d'otage de fac et qui savent comment imposer leur loi à des dizaines de milliers de fayots qui ne songent qu’à réviser leurs exams ?
    Comme ceux de Dien Bien Phu, le capitaine Villepin va-t-il tomber dans le piège de sous-estimer un adversaire rompu à la guérilla, mobile, à couvert sous les médias ?
    Car, en voyant défiler ces morveuses et ces morveux et leurs piteux slogans : « POU-LETS, TREM-BLEZ, LA GRIPPE AVIAIRE VA VOUS NIQUER !! », il faut se garder de se réjouir trop vite de ne pas faire partie de cette bande d’écervelés manipulés pour pas un rond ; voir plutôt que tout morveux qu’ils sont, ils ont déjà fait tomber plusieurs gouvernements avec la même méthode, simple comme bonjour, mais efficace. À force, ça finit par coûter plus cher que toutes ces bagnoles cramées.

    Cent jours, c'était le délai tout rond que s'était donné Villepin pour empêcher la France de foncer vers d’autres Waterloo. Sans peur du ridicule et sans reproche pour son Général-en-chef qui venait de perdre la bataille de l’Europe. Avec panache.
    Neuf mois, c'est le temps qu'il aura fallu au Parti socialiste pour accoucher d'un candidat qui fait trembler Sarkozy.

  • Un rêve de Jolies Jambes

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    J’ai fait ce rêve :
    C'était en pleine cambrousse. Vous étiez assise dans un large fauteuil près d'une grande cheminée, celle de la photo prise à Castres.
    Je vous observais par la fenêtre. Vous étiez absorbée par les mouvements du feu, oisive, attendant quelqu'un ? Pas sûr. Puis vous allumâtes d'un mouvement lent une Dunhill tirée d'un paquet bleu ciel, et je me décidai à entrer. Dehors il pleuvait et j'étais trempé.

    Je me souviens que je m’affairai ensuite à préparer le repas après m’être presque entièrement dévêtu pour permettre à mes nippes de sécher tranquillement. Aucune parole ne fut échangée entre nous pendant ce temps (ni ensuite). Vous n'aviez pas changé de place, juste de position, repliant vos jambes au bord du fauteuil pour ne pas gêner mes mouvements pendant que je préparais deux poissons et des pommes de terre enfouies dans la braise. Le seul bruit, c’est quand je toussais, penché sur le foyer, à cause de la fumée.

    À un moment, j’ai arrêté de m’activer pour venir vous ôter d’entre les lèvres votre cigarette et en aspirer une bouffée, avant de la remettre. Vous avez dû rougir.
    Une fois les maquereaux rôtis, vous sortîtes une bouteille de derrière le tas de bois. Je pestai intérieurement contre les pommes de terre qui n’étaient pas encore cuites !
    Ce repas plutôt frugal fut consommé sans beaucoup de cérémonie, sur les genoux, face à face : on se brûlait, on se piquait, on se léchait les lèvres et les doigts, ça dégoulinait un peu le poisson.

    C’était bizarre que vous ne disiez rien, encore plus que je ferme ma gueule, surtout après avoir bu les trois-quarts de la bouteille. Même pas pour vous demander, histoire d’être à égalité, d’ôter quelques vêtements. C'était bizarre mais c'était mieux, vous ne m'auriez peut-être pas toujours approuvé ?

    Le vin, une deuxième bouteille, la chaleur du feu ranimé, la suite est moins nette. Mais je suis presque sûr de ne pas vous avoir violée, car je n’ai aucun détail qui me revienne de vos parties cachées : un grain de beauté que vous auriez à l’intérieur d’une cuisse ou une cicatrice à l’aine, et qui prouverait que nous l’avons fait.

    Hélas, je ne suis pas doué pour interpréter les rêves et je crains que vous non plus, Jolies Jambes.

  • Libérés ?

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    Les “Casseurs de Pub” font un travail de démolition efficace, fustigeant la déliquescence de la presse française.
    Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’aller chercher des arguments bien loin :

    « Un monde sans pub, est-ce raisonnable ? Non. Est-ce seulement un rêve ? Non plus. La pub fait partie de la vie. Depuis la nuit de temps. (…) Un monde sans pub serait même un mauvais rêve pour nous, à Télérama, puisque nous en vivons. »
    Marc Jézégabel (Télérama, 9 juin 2004)

    Dans Casseurs de Pub (hors-série nov.-déc. 2005), un des organes du mouvement antipub, Alain Accardo brosse un tableau sociologique de la meute (des journalistes) :
    « (…) Tout membre de la corporation, même en situation précaire, a peu ou prou le sentiment gratifiant de détenir une parcelle du pouvoir qui appartient au journalisme tout entier.
    (…) D’où la courtisanerie dont les journalistes sont l’objet de la part de tout aspirant à la notoriété.
    (…) Plus largement, la population journalistique, par ses propriétés essentielles, est plutôt en résonance avec la pacotille idéologique libérale : religion du succès personnel dans la concurrence généralisée, poursuite du bonheur réduite à la quête bougiste du plaisir, exaltation d’un égotisme étriqué, dans un système qui fait de la consommation la fin suprême de l’existence. Bien que tous ses membres n’en aient pas eux-mêmes toujours les moyens, cette population est spontanément séduite par un style de vie qui est censé être aujourd’hui celui d’une aristocratie internationale. »


    Les chiffres de la manne publicitaire épandue dans les médias sont énormes. En 2003, Auchan, Leclerc et Carrefour ont dépensé à eux seuls 535 millions d’euros en communication publicitaire.

    « Au début, on a décidé que seuls les journaux qui avaient paru dans la clandestinité pourraient continuer de paraître.
    (…) Il a fallu établir une liberté d’expression et d’opinion (sic), et naturellement les prédominants économiques en ont profité. Ils ont créé leurs journaux.
    Une partie des journaux de la Résistance a été assez rapidement contrôlée par l’argent. Puis la publicité est devenue une des composantes de l’équilibre financier de la presse. »

    Raymond Aubrac

    Voilà, on a atteint les limites de l’argumentation des “Casseurs de Pub” avec cette citation de Raymond Aubrac, interrogé dans ce dossier.
    Les “Casseurs” se bornent en effet à regretter que Serge July ait trahi Sartre, Colombani et Plenel Beuve-Méry, etc.
    Charlie-Hebdo et Le Canard enchaîné sont les seuls exemples de journaux honnêtes cités, qui vivent de la vente au numéro. Même si on peut discuter du bien-fondé de la ligne éditoriale qui consiste à flatter le vilain penchant des Français pour la délation, puisque c'est la ligne du “Canard”, ces deux exemples sont valables. Mais, et le quotidien Présent ?
    Présent, vierge de toute publicité, n’existe pas pour Casseurs de Pub. Pourtant son directeur, Jean Madiran, a fait du combat contre le monopole de la presse sur les idées, contre la lente dérive des journaux d’opinion vers le prêt-à-penser, un combat permanent qui ne date pas de la dernière pluie.

    C’est toute la dimension politique du problème qui échappe aux “Casseurs”. Ça les arrange de penser que July a “trahi” Sartre. Comme ça les arrange aussi sans doute d’oublier de verser au dossier l’épisode de L’Idiot international, que Mitterrand a muselé parce qu’il s’exprimait trop librement.

    De fait, la dialectique marxiste a beaucoup contribué à ouvrir la voie aux OPA de Lagardère, Rothschild, Publicis, Dassault et consorts, en opérant un véritable démembrement de l'esprit critique français.
    L’“égalité”, le “progrès”, ces faux-semblants érigés en critères ont facilité le passage des bulldozers en éradiquant des valeurs plus solides qui auraient pu faire obstacle.

    En les éradiquant partout. En commençant par l'école, l'Éducation nationale, comme ils disent : le bourrage de crâne marxiste, à peine freiné par la réaction saine de quelques individus consciencieux, a fabriqué des crétins en masse, de véritables éponges perméables aux sirènes de la publicité. Incapables de voir que la plupart des pubs, dans les journaux, sur les murs, à la télé, font l’apologie de la violence, de la cupidité, du mensonge, de la délation, de la bêtise, de la tricherie, du vol.

    July n'a pas trahi Sartre, il a fait fructifier son héritage.

    Alors que faire ? Casseurs de Pub cite à bon endroit cette boutade (?) d’Huxley :
    « On ne peut pas consommer grand-chose si l’on reste tranquillement assis à lire des livres. » Et c’est encore mieux si ce sont de bons livres…
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  • En promo

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    De tous les nouveaux philosophes, Ferry, Comte-Sponville, Debray, Onfray, Jospin, j'en passe et des plus refroidis (même les plats réchauffés finissent par refroidir), Bernard-Henri Lévy n'est peut-être pas celui qui manie la syntaxe le moins bien (Ferry est catastrophique), mais c'est le plus difficile à supporter. Parce qu'il a une "surface" énorme, qu'il est sans cesse en promotion, et que, sous l'effet de je ne sais quel régime enrichi en vitamines, son "inspiration" semble ne jamais devoir se tarir.
    À chacun de ses retours sur le devant de la scène, je me mords la lèvre inférieure en me disant qu'il va falloir encore subir son boniment. Même lorsque Johnny Hallyday sort un nouveau disque, ça m'indispose moins.

    "Nanard au pays des Fachos", "On a rampé dans Sarajevo", "Le Sceptre de Rugova", "Vol 777 pour Kaboul", "Les Bisous de la Dombasle", "L'Affaire Daniel Pearl", "Les 3 formules du Professeur Lévinas", et maintenant : "Nanard en Amérique". Peux pas m'empêcher de faire le parallèle avec Tintin, même s'il est désobligeant pour ce dernier. Au moins, Tintin révélait dans ses albums que les Soviets étaient de dangereux menteurs qui avaient fait de la Russie un État policier pire qu'avant, que les gangsters et les businessmen tenaient le haut du pavé à New York, et qu'on éprouvait pas beaucoup de scrupules à déporter les quelques Peaux-Rouges qui n'avaient pas été éliminés pendant la ruée vers l'or.

    Plus au fait de la mode vestimentaire dans le 6e arrondissement de Paris que Tintin, BHL manque néanmoins pas mal d'étoffe. De retour d'Amérique, il nous dit qu'il faut éviter d'être pro-américain de manière primaire, tout en évitant de tomber dans un anti-américanisme "pavlovien". Je vous fais l'exégèse en vitesse : l'Amérique de Clinton, youpi, celle de Bush, beurk.
    Damned ! Notre héraut est allé lire Le Monde à la bibliothèque de New York et il revient nous en faire un condensé chez Ardisson et Fogiel.

  • Le Procès

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    Ça y est, ils l'ont fait ! Ils ont condamné David Irving, soixante-sept ans, à trois ans de prison FERME ! Ça s'est passé en Autriche, c'est-à-dire dans un pays membre de l'Union européenne.

    Sur le territoire français, jusqu'ici, on s'est contenté de pressions : annulation rétroactive de thèse universitaire, diffamation médiatique, lynchage en direct à la télévision ou passage à tabac en pleine rue pour faire taire l'insolent.

    Rappelons que les peines de prison qui frappèrent Voltaire ou Diderot, sous Louis XV, ne furent pas aussi sévères. Voltaire séjourna onze mois en prison, Diderot sept - et encore Rousseau ironise-t-il sur les conditions d'emprisonnement de son ex-ami Diderot, celui-ci pouvant se promener sans surveillance dans un grand parc qui n'était ceint que d'un muret, accéder à une bibliothèque…

    Une condamnation aussi sévère n'étonnera sans doute que les braves pékins qui se laissent bourrer le mou par les médias français, qui hurlent au viol de la liberté d'expression pour mieux la bafouer par derrière.
    Cette même presse qui vole au secours de minables caricaturistes danois, hurlant que l'on viole la liberté d'expression - cette blague -, s'efforce déjà d'enfoncer Irving, le diffamant, travestissant ses propos, aggravant la sanction pénale qui le frappe.

    De ce point de vue aussi, Diderot et Voltaire étaient beaucoup moins à plaindre : au moins, eux, disposaient à l'extérieur du soutien de nombreux intellectuels, de l'appui de puissances étrangères. L'Impératrice Catherine II de Russie versera pendant de nombreuses années à Diderot une rente substantielle lui permettant de travailler en toute indépendance jusqu'à sa mort.

    Au détour d'une interviou donnée en Russie récemment, Hélène Carrère-d'Encausse a cru pouvoir révéler que la presse française n'était guère plus libre que la presse russe et qu'il était impossible d'y débattre d'un certain nombre de sujets tabous. De retour dans son pays, Madame la Secrétaire perpétuelle a dû se rendre à l'évidence : les journalistes français lisaient la presse russe. Elle fut sommée de s'expliquer sur les quelques propos presque politiquement incorrects qu'elle avait tenus en Russie !

    C'est cette situation qui est inédite : ce sont désormais les universitaires qualifiés, les historiens compétents, les savants qui sont sommés de s'expliquer par des journalistes majoritairement incultes et serviles.

    Bien sûr, il serait intéressant de savoir comment on a pu en arriver là, à un tel niveau d'autocensure (la censure ne s'exerce qu'à l'égard des fortes têtes, espèce en voie de disparition), de telles pressions exercées par la presse en France, en Europe. Mais on tomberait sous le coup des lois pénales.

  • Mon Lolito

    Je pensais pas me faire draguer par un enfant avant d'avoir quarante piges minimum. L'effet de surprise passé, et puis la déception aussi, car c'est un Lolito, pas une Lolita, je l'écoute avec curiosité. Il est plutôt grand pour son âge, quatorze ans, un peu adipeux, mais il a de beaux yeux gris-bleu cernés. Il me fait penser à ma première fiancée.

    Lolito commence par me donner une leçon de drague. Il s'assied à côté de moi après m'avoir demandé pour la forme si la place était libre, puis entame un monologue assez indistinct, en regardant droit devant lui, continuant de maugréer contre un type qui l'a bousculé sur le quai ; je bâille aux corneilles ; puis il ressort du monologue qu'enrhumé comme il est, quel idiot de ne pas avoir emporté un paquet de mouchoirs avec lui ! Bien sûr, je lui en propose un.

    Ensuite il m'aguiche en me racontant l'histoire d'un monsieur qui lui a posé la main sur la cuisse, à lui et à sa copine Vanessa, un matin dans le RER du côté de Melun. Je ris, pour essayer de le désamorcer.

    « - Les voleurs sont plus dangereux…
    - Que les violeurs ?
    - Il t'a violé ?
    - Non, mais il aurait pu. Il était baraqué ! »
    Il rit à son tour.

    Après, il veut tout savoir de moi, où je vais, où je vis, combien de fois je baise par semaine. Je lui réponds que c'est pas par semaine que je compte en ce moment. Il se moque de moi gentiment : « C'est vraiment pas terrible ! »
    Méchamment, je l'interroge à mon tour :

    « - T'es fils unique ?
    - Oui. »
    Il s'assombrit un peu. J'ai touché un point sensible. Une minute de silence, puis il me déclare :

    « - Mon truc à moi, c'est de passer du temps à la Fnac, à écouter plein de disques… et des bouquins… Pas toi ?
    - Euh, si, j'aime bien ça aussi… Justement, j'y allais à la Fnac.
    - Je peux venir avec toi ?
    - Non ! »


    Il encaisse le râteau bravement en changeant de sujet. C'est au nombre de râteaux qu'on reconnaît les grands séducteurs. En descendant à Châtelet, je lui donne une tape amicale sur l'épaule pour le réconforter un peu. Son regard me suit dans le couloir. Je ne lui ai même pas demandé son prénom !

  • Fouriérisme

    J’ai beau me laisser impressionner facilement par de jolies jambes aux contours nets, une paire de joues bien tendres, je ne suis pas insensible non plus au charme des femmes plus mûres.
    Ainsi, lors de ma dernière escapade à la Fnac des Halles, dont le décors pompidolien ne gâche pas trop le pittoresque cosmopolitisme, Claire Fourier m’a tapé dans l’œil.

    Claire est même grand-mère et fière de l'être ! Je mate sa photo sur la quatrième de couv. : constat qu'elle a dû être plutôt gironde il y a cinq ou sept lustres.
    Ferme maturité. De Carnac, elle fait partie de ces Bretons, j'en connais plusieurs exemplaires de cette trempe, taillés dans le granite, de vrais brisants sur lesquels viennent s’écraser les petites modes de pensée parisiennes. Qui éprouvent de la gaîté à disperser toute cette bave journalistique aux quatre coins.

    Ses quelques romans, je les ignore complètement encore, mais son Journal (2004-2005), je le dévore.
    J'en connais qui sont "finkielkrautiens", quelle horreur, moi, aujourd'hui, je cède à la vogue philosophique et je suis "fouriériste".

    De cette pluie de saillies, une par jour presque, c'est une bonne cadence, je retiens :

    « On pisse d'autant plus le vinaigre qu'on baigne dans l'huile. » (mais rien ne dit qu'elle pensait à Cioran en disant ça).

    « Chateaubriand appelait "grévistes" ceux qui prenaient plaisir à se rendre Place de Grève pour assister aux décapitations. »

    « 5 février : Fête de la Sainte Agathe. Pour avoir affirmé sa foi chrétienne, Agathe eut les seins coupés par ses bourreaux. Je suggère qu'elle devienne la sainte patronne des femmes qui ont eu un cancer du sein. » (et de l'humour, avec ça).

    - « Aller vers la simplicité est antinaturel. C'est un choix de l'esprit et de la volonté. S'arracher à la complication est un labeur de longue haleine. Le seul labeur qui vaille. Peut-être. »

    - « Ça fermente dans ma tête. Et ça pourrit si je n'écris pas. »

    J'en passe et des meilleures, je ne veux pas la déflorer complètement. Seul petit défaut, Claire regarde un peu trop la télé. Mes grand-mères avaient le même travers.

  • Déclinologie

    Qu’est-ce qui en dit le plus long sur l’état de notre société ? Que Comment chier dans les bois (“How to shit in the woods”), de Kathleen Meyer, se soit vendu à des millions d’exemplaires dans le monde occidental ?
    (« Un homme peut pisser, puis maintenir l’agencement parfait de son costume trois pièces en déambulant tranquillement sur les Champs-Élysées. Pour siffloter un peu, il lui faut juste un arbre. »)

    Ou bien que ce bouquin soit moins oiseux et plus instructif que notre dernier Prix Goncourt, pour se limiter à un seul exemple ?

    Pour ne pas paraître réduire la portée de Comment chier dans les bois, j’ajoute que le genre femelle, qui a gagné avec son émancipation le droit de dire “chier”, de parcourir les bois en bermuda et en brodequins d’homme, ainsi que des tas d’autres droits que la femme orientale ne soupçonne même pas, les femmes, donc, puisque cet ouvrage s'adresse d'abord à elles, tireront un beau profit des nombreux trucs et astuces de Mme Meyer, comme comment se dépatouiller avec des menstrues indésirables à l’heure du feu de camp.

    Et il faudrait être un sacré macho pour ne pas constater que le genre femelle est en train de rattraper à toute vitesse son retard sur le terrain de l’humour.