Deux heures dans la flotte à tenter de capter l’attention de deux gonzesses. Une brune et une blonde, grandes nageuses souples, bien en rythme. Impossible de les ignorer, difficile de les départager.
La brune a un regard plus suggestif et des formes plus féminines, je lui donne l’avantage au début. Mais la blonde a des hanches “médiévales” et un regard juvénile très attrayants aussi, tout compte fait.
Elles ont bien remarqué mes mimiques mais j’ai du mal à évaluer ce qu’elles pensent au fond. Elles décident de nager avec des palmes, ça accentue leur côté animal. Aujourd’hui que je suis devenu plus exigeant sur la beauté des femmes, que je me suis formé le goût en fréquentant les piscines et les musées, je ne sais pas si je pourrais être séduit par une qui ne sait pas nager.
Je me plais à penser que j’effarouche un peu ces deux dauphines. C’est plus excitant comme ça. Rien de plus déprimant que ces filles qui jouent les affranchies. D'autant qu'en général c'est pour cacher des complexes, elles n'ont rien dans la culotte devant l'obstacle.
Bien sûr, la brune et la blonde m’ont remarqué. Ce genre de filles est doté d’un détecteur de regards. Je m’amuse d’ailleurs parfois à jouer avec leur sonar dans la rue. Mettons que je sois à quarante mètres derrière une jolie fille par exemple, à cinq heures pour elle. J’envoie alors un regard brûlant sur sa nuque, ses reins ou le creux de ses genoux, un point sensible. Presque à coup sûr son sixième sens va l’avertir que je la mate, elle va ralentir, tourner la tête à gauche, à droite, pour tenter de discerner de qui vient le coup d’œil. En général elle va finir par trouver, quitte pour ça à chasser toutes ses préoccupations du moment - sauf si je m’amuse à la faire tourner en bourrique, à me décaler à sept heures pour la désorienter, ce genre de blague un peu puérile, j’en conviens. Ensuite elle va réagir. Si elle juge l’auteur du coup d’œil plutôt laid, la jolie fille le rangera dans la catégorie des “vicelards psychopathes”, et elle pressera le pas. Si elle le trouve au contraire bien proportionné, elle ralentira, cherchera à se mettre plus en valeur encore.
Lorsqu’une fille est en train de traverser un boulevard, ce petit jeu peut s’avérer dangereux, c’est la seule réserve que j’émets (Quoique rive gauche à Paris, parfois je ne me gêne pas pour essayer de faire écraser une de ces pimbêches qui vont lire Beigbeder ou Nothomb au Luxembourg). Depuis qu’ils ont fait une petite expo sur Jacques Perret, je vais plus souvent chez Gibert. Il m’arrive encore de choisir mes bouquins à la Fnac, mais je les achète chez Gibert (Je n’aime pas quand on me dit ça, mais c’est vrai que j’ai un côté “gauchiste”.)
Je décide d’attendre mes deux naïades à la sortie de leur vestiaire. À Paris, dans certains quartiers où la proportion d’Arabes est relativement forte, les vestiaires ne sont pas mixtes. Merde, je me rends compte que ce sont deux gouines ! Elles s’engouffrent dans le métro en se tenant étroitement enlacées par le cou. J’avoue que suis trop timide pour draguer des gouines, deux d’un coup en plus. Dire que j’ai passé deux heures à miser sur deux gouines ! À moins que ça ne soit une nouvelle stratégie des jolies filles qui se baladent seules en métro la nuit pour écarter les gros lourdauds dans mon genre ? Avec les féministes, faut s’attendre à toutes les ruses.