Tous pourris ?
Pim, tu t’adresses à moi comme si j’ignorais que Le Pen lui aussi a été condamné en justice, à l'instar de Strauss-Kahn, Emmanuelli, Juppé, tout le reste de la bande… comme si je vivais pas au cœur de ce ramdam médiatique assourdissant. Il y a même des bédés pour expliquer aux enfants que Le Pen est un vilain, Pim…
D'ailleurs n'es-tu pas toi-même plus proche de Le Pen que je ne le suis ? Ton “tous pourris” ne fait-il pas écho au sien ? En réalité, cette dialectique du “tous pourris” n’est pas très intéressante. Le Pen a beau jeu de dire qu’il n’a jamais piqué dans la caisse commune, lui, puisqu'en réalité on lui en refuse la clef. Mais ton “tous pourris” à toi, Pim, est un peu facile aussi. Il ne permet pas plus de comprendre la faillite actuelle du système, pourquoi il paraît impossible de redresser la direction : « C’est pas au Royaume de Danemark qu’il y a quelque chose de pourri… », je ne me lasse pas de cette formule de Blondin.
Encore une fois, laissons les règlements de compte au Canard enchaîné, - enchaîné à ses indics, bien sûr. Le seul titre rentable de la presse française dépend du bon vouloir des flics ! Je sais pas si t'as déjà vu ça, Pim, la salle de rédaction d'un canard, les coups de fil incessants pour dénoncer tel ou tel anonymement.
Je suis quand même satisfait, Pim, que tu me fournisses le prétexte de parler du plus grand baratineur, du plus grand hypocrite, du plus grand démagogue français contemporain, je veux parler de Jean-François Kahn. Ce type, patron de presse depuis des lustres, vient d’écrire un “pamphlet”, il appelle lui-même ça un “pamphlet”, cette espèce de journaliste-orchestre bouffon, on se pince en l'entendant ! Et ce “pamphlétaire” est naturellement invité sur toutes les chaînes de télévision pour faire de la réclame pour son bouquin et son torchon Marianne, pour se livrer à son petit sketche de pamphlétaire approuvé par le CSA. Faut être un sacré crétin de bobo endoctriné par la télé pour gober un sketche pareil.
Les hommes politiques ont toujours piqué dans les caisses pour se payer des châteaux, des tableaux, offrir des bijoux à leurs maîtresses, de Fouquet à Roland Dumas en passant par Talleyrand. Évidemment, je préférais l’époque où les politiciens avaient du goût, la Pompadour avait quand même plus de classe que Christine Dévie-le-Joncgourd, mais le problème n’est pas là. Ce qui est inédit, c’est cette sorte d’aristocratie de journalistes assez incultes et complètement irresponsables, cette corporation dont justement Jean-François Kahn est un représentant infatigable.
Juppé au moins, lui, aussi prétentieux soit-il, a payé ses micmacs d'une année d’exil au Canada. Ça a l’air de rien comme ça, mais personnellement c’est le dernier endroit de la planète où j’aurais envie d’aller passer un an, le Canada (et je dis pas ça à cause de Dantec).
Les journalistes peuvent continuer de débiter leurs discours démagogiques, leurs contrevérités, de toucher des pots-de-vin, de se renvoyer l'ascenseur, de bidonner des reportages, de faire subventionner leurs torchons qui n’intéressent plus personne, d'attiser les émeutes, ils sont IN-TOU-CHABLES. Même les magistrats, eux-mêmes intouchables jusque-là, les redoutent depuis que la télé peut les clouer au pilori.
Jean-François Kahn accuse les hommes politiques d'être coupés de la réalité. En réalité, la responsabilité des journalistes est énorme, on a basculé de la propagande directement dans la mythomanie. Le problème n'est pas tellement que les hommes politiques soient coupés de la réalité et tiennent des discours démagogiques, ça c'est un slogan de journaliste ringard, les gens réagissent plus normalement dans la rue face à un homme politique que face à un journaliste. Le problème c'est que les Français sont complètement désinformés les uns sur les autres, dressés les uns contre les autres par les médias qui attisent la guerre civile, qui divisent pour mieux régner.
Il est logique que les militants marxistes antipubs soient incapables d'évaluer correctement ce problème des médias modernes et de leur influence néfaste. En bons marxistes, ils savent discerner les causes économiques et pointer du doigt la dépendance de la presse vis-à-vis des grands industriels. Leur démonstration que le quotidien Le Monde est un faux quotidien payant, un vrai gratuit, par exemple, est imparable. Mais ces militants marxistes sont empêchés par leurs œillères idéologiques d'aller au-delà de ce préambule, de comprendre les causes politiques et historiques, même la coïncidence des dates ne leur met pas la puce à l'oreille. Ils sont efficaces pour lutter contre la pub, à un contre cent, bien sûr, mais incapables d'imaginer des solutions pour faire sauter le verrou. Et pour cause…
