Comment peut-on être Flamand ?
À Bruxelles, à l’auberge de jeunesse Van Gogh, réveillé en pleine nuit par deux petites Bataves en goguette qui ne peuvent apparemment pas pioncer sans s’être récuré à fond les gencives et les aisselles avant, je me mets à réfléchir à ce qui me manquerait le plus si je quittais la France pour venir m’installer ici. En dehors des blagues de Le Pen à la radio ou à la télé, tout ce qui a trait à l’esprit français en général et qu’on ne trouve plus guère que dans les bibliothèques et les musées désormais.
La bouffe française ? Bah, à Bruxelles comme à Paris on vend tout ce qu’il faut sur les marchés africains pour faire la meilleure tambouille. Sauf de la bonne barbaque, peut-être. Faudrait que j’essaie la chèvre, il paraît que c’est pas dégueu. Pourquoi je ferais pas une sorte de tajine à la chèvre et aux topinambours ? Et j’ai répéré un bouquiniste près de la Place du Jeu de Balle qui m’a l’air d’être aux petits oignons.
Ah, il y a le Louvre… Sans doute… mais le musée royal de Bruxelles compte quand même quelques Brueghel, quelques Rubens, un Champaigne. On doit pouvoir tenir le coup assez longtemps avec quelques Brueghel, quelques Rubens et un Champaigne. Sans compter les De Clerck de Notre-Dame de La Chapelle des Sablons.
Je me sens mal dans ma France. Émigrer un peu me ferait du bien. Je crois que le climat d’une monarchie héréditaire, même récente, me conviendrait mieux que le climat délétère qui règne en France où chacun semble prêt à dénoncer son voisin pour islamisme, pédophilie, appartenance à l’église de Scientologie, révisionnisme, machisme, homophobie, lepénisme, tabagisme, que sais-je encore ?
Voilà, donc je lance une sorte d’appel à témoins. Il y a peut-être ici quelqu’un qui connaît Bruxelles à fond, ses avantages et ses inconvénients ? L’atroce intonation flamande en est un, d'inconvénient, mais compensé par le fait que les jeunes Bataves sont toutes parfaitement polyglottes.
