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  • Verte tige de l'amour

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    S'autopréfaçant une dernière fois, sûrement, sans doute, peut-être, qui sait ? Marc-Édouard Nabe s'interroge longuement sur ce qui a fait la différence entre Marc-Édouard Nabe et un lourd prosateur comme Houellebecq, son ancien voisin dans le XVe, qu'était sympa mais ne payait vraiment pas de mine. Comment la gloire a-t-elle pu se tromper à ce point de cible ?

    Pour expliquer le succès de Houellebecq, Nabe se lance sur quelques pistes intéressantes, rien à voir avec le talent de l'auteur, bien entendu, Nabe ne prend pas ses lecteurs pour des cons. Mais son propre échec lui paraît plein de mystères impénétrables…

    Pourtant, il suffit d'ouvrir Au régal des vermines un peu au hasard, et on pige toute de suite :

    « Si j'avais pu pénétrer toutes les femmes que j'ai désirées, je n'aurais plus qu'une minuscule virgule en guise de zob, en rupture de béchamel.

    « Les circonstances vous animent tant d'éphémères envies d'enfoncer ! Une fille qui rattrape un bus, une petite serveuse dont on voit la culotte, une demi-vieille trempée, une groupie-pétasse… Si j'ose encore sortir, me déplacer hors des paranoïas infectes de mon agonie quotidienne, me déschizophréniser un peu, surgir dans les ruelles audacieusement, c'est parce que toutes les femmes sont là, dans la rue : il suffit de désirer les enculer…

    « (…) Plus je sors, plus j'ai envie de rentrer dans une femme, mais la femme est bardée de tant de laideurs, de souffrances, de merdes et d'obstacles, que plus personne ne remarque à quel point la rue est une musée de trous de femmes, à tel point tout ce qui n'est pas nous-mêmes - pour autant que nous soyons sensibles à ce que nous sommes - est une femme dans laquelle il nous faut jouir. »


    C'est évident : incohérent comme la vie, chocnosof comme pas deux, Nabe est un poète ! Et la poésie n'a jamais fait recette. Les poètes, les vrais, finissent mal, en général.

  • Si j'étais une femme

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    C'est dingue comme on sent la différence quand on allume la radio et qu'on tombe sur un historien dans le poste.

    Les journalistes normaux sont bourrés de tics de langages, généralement complètement incultes et leur indépendance d'esprit se limite à penser exactement la même chose que les journaux de la veille au soir ou du matin. Eux-mêmes bien peu suspects d'être libres de causer comme ils l'entendent de ce qu'ils veulent.

    Il n'y a même plus un de ces propagandistes de talent qui sévissaient à la radio jadis - Ivan Levaï, par exemple. Au moins, on ne s'endormait pas en écoutant Ivan Levaï. Certains animateurs d'aujourd'hui, comme Michel Field, Alain Finkielkraut ou J.-P. Elkabbach, me donnent carrément envie de sauter par la fenêtre. Bien sûr, il m'en coûte moins d'éteindre le poste.

    Ça m'a fait un drôle d'effet quand, la dernière fois que j'ai allumé Europe 1, je suis tombé sur l'émission de Franck Ferrand. « Ah, tiens, un mec qui sait de quoi il parle… À la radio ?? » Je me suis même assis sur ma chaise pour l'écouter un peu.

    Je crois que si j'étais une femme, je ne voudrais pas me donner à un homme qui ne soit pas historien. Vu le niveau des études en France, je dirais un agrégé, au minimum. Comme ça, au lieu de me raconter des salades, il me raconterait l'histoire des fils de Louis-Philippe Ier, le duc de Nemours, le duc d'Aumale, Joinville, etc., et pourquoi ils échouèrent comme les Bourbons à se maintenir sur le trône.

    Ou alors il faudrait que ce soit un type vraiment très très beau, sachant très bien baiser et n'ouvrant pas trop sa gueule. Je serais une vraie chieuse si j'étais une femme, vous allez me dire. Non, je ne crois pas, je saurais ce que je veux et une fois que je l'aurais trouvé, je désirerais être la plus soumise possible. Il existe encore quelques jeunes femmes soumises (très peu en vérité), mais lorsqu'une femme a l'intelligence de se soumettre volontairement à son homme, c'est encore meilleur !

  • Petit sermon

    J'attrape un magazine en entrant sur le présentoir pour patienter pendant le sermon. Un vieux numéro de Famille chrétienne. Un numéro qui fait sa couverture sur les cathos et la société de consommation. Le bandeau : “La différence catho”, suggère que les cathos seraient différents ; moins matérialistes ?

    Je m’attends à un rappel de l’épisode du jeune homme riche qui voulut suivre Jésus mais ne le put pas à cause de sa richesse, qui le retint. Que tout ça soit remis en perspective, utilement, pour tenir compte de l’élévation du niveau de vie, 2000 ans après. Car qui n’est pas riche aujourd’hui en France ? Même le smicard a son poste de télévision, sa console de jeu, il rembourse les traites de sa Renault Logan, il prévoit de passer ses vacances à Palavas-Les-Flots et digère à l’heure qu’il est son rôti de porc à 4,5 euros le kilo acheté chez "Leader Price".

    Famille chrétienne a eu l’idée d’interviouver Robert Rochefort, le patron du Credoc.

    (Je prête une oreille lorsque le vicaire fait cette observation d'ordre général que les apôtres, lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, en l’absence de Jésus, sont “complètement nuls”.)

    C’est peu de dire que ce type-là, Robert Rochefort, “catho engagé” comme ils disent dans Famille chrétienne, est affligeant. Six pages de banalités fondées sur des statistiques bidons pour l’édification des lecteurs de cet hebdo chrétien : les cathos ont un pouvoir d’achat un peu supérieur à la moyenne, ils préfèrent acheter de la Danette chez "Champion" plutôt que la marque "Champion", ils ne sont pas très bien vus par les publicitaires qui préfèrent les “homosexuels”, etc. etc. Ce crétin autosatisfait va même jusqu’à se féliciter que les fondateurs d’"Auchan", "Carrefour" et "Leclerc", soient des cathos pratiquants, qui ont créé leurs chaînes de distribution “avec un idéal de démocratisation des produits de consommation, à une époque où le commerce traditionnel était plutôt élitiste”. Il faut quand même être une sacrée tête de nœud pour prendre justement LE symbole de la société de consommation et en faire un titre de gloire pour les cathos !

    Cette tanche conclut par quelques petits conseils au pape et à ses évêques pour mieux se faire entendre de leurs ouailles et de la foule des païens. Il faut que les messages soient plus clairs, plus cool. Par exemple, il ne faut pas rejeter l’homoparentalité, il vaut mieux dire, pour "faire avancer le schmiblick” :
    « Il y a quand même des questions qui se posent : comment se situe le mystère de l’altérité des deux sexes, nécessaire pour que l’enfant soit vraiment radicalement différent des personnes qui l’ont créé ?… »

    Ah, mais je crois me rappeler que c’est cet hebdo qui a été racheté par Le Monde il y a six mois-un an…

  • En attendant une brune

    Même vus de derrière, du tabouret où je me tenais, accoudé au bar, ils étaient splendides. Elle, grande, des cheveux blonds dansant sur le dos comme de larges flammes, les jambes prises dans une sorte de culotte de cheval assez élégante pour ne rien dissimuler de son anatomie exemplaire.
    Lui, plus grand encore, solidement charpenté, une toison châtain jaillie de son casque. Il passa une main dans cette toison pour lui redonner forme. Tous les deux des gestes vifs… Si bien que lorsqu’ils entrèrent dans “L’Avenir”, les tasses s’immobilisèrent au bord des lèvres, les clopes redescendirent lentement vers les cendriers, tout le monde se tut et les dévisagea.

    J’attendais la brune Andréa, moi, le cœur dilaté et un peu trop chaud : excellente diversion. Mais je ne sais pas ce qui me prit, leurs fringues de bourgeois amolissaient à peine leur style, de lâcher à voix haute : « Merde, ils sont beaux comme des dieux ! ».

    (Elle lui avait pourtant dit :
    « - Roger, c’est pas prudent de sortir à visage découvert comme ça. On va finir par avoir de gros soucis…
    - De gros ennuis. » avait-t-il corrigé, avec ce sourire ironique qu’elle préférait quand il n’était pas tourné vers elle.)

    Toute cette beauté, comme ça, deux d’un coup, ils n’ont pas supporté. L’injustice était trop flagrante !
    Un petit chauve trapu qui tenait une chope de bière presque vide au-dessus de son ventre s’est approché en biais. La fille a pris cette chope contondante en pleine face. Son sang a giclé beaucoup plus loin que j’aurais cru possible, un vrai geyser ! Son amant a voulu l’emporter, l’a enlevée facilement dans ses bras. J’ai pu voir son expression : il n’avait pas l’air surpris ni furieux, simplement déterminé.
    J'ai voulu me lever, mais le combat était fascinant.
    Pour la fille, je crois qu’il était trop tard. Ses cheveux n'étaient plus qu'une serpillère sanglante. Son amant a été ceinturé par derrière par un grand type massif et un peu lent portant un tee-shirt orange avec de grands bras poilus ; un coup de coude dans le ventre pour se dégager et l’échalas a reculé d’un pas, toujours aussi lentement, il a basculé en arrière et sa tête a fait juste “dong !” contre la vitrine, et c’est tout, il ne s’est pas relevé.

    Mais le reste de la clientèle en a profité pour encercler notre héros. Et c’est un, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq consommateurs qui lui sont tombés sur le râble, chacun cherchant à faire le plus de mal possible - à sa place, j’aurais lâché le corps de la fille : comme ça, il n’avait aucune chance !
    Néanmoins, ils ont eu du mal à le faire fléchir. Le patron, qui s’était tenu en retrait jusque-là, s’est avancé (un clone de Roger Hanin en plus ridé, vous voyez ?). Il lui a planté un pic à glace dans le cou, tac, à la base, dans son chèche. Après ils les ont piétinés. Une femme s’est même servie d’un verre à pied brisé pour lacérer le visage de l’homme méthodiquement.

    J’ai jugé qu’il était temps de me barrer avant que les ennuis ne me tombent dessus. J’ai pris mon élan, je me suis retourné pour les regarder une dernière fois, et j’ai dû déraper dans la flaque de sang, tomber, m’assommer contre une table, je ne sais plus…

    « - Oui, c’est tout ce que j’ai à dire. Vous comptez me libérer quand ? »

  • Le bobo et la mort

    Dix détenus de la prison de Clairvaux appellent "au rétablissement effectif de la peine de mort" pour eux-mêmes dans une lettre datée du 16 janvier. Ils précisent le temps qu'ils ont passé en prison, de 6 à 28 années : Abdelhamid Hakkar, André Gennera, Bernard Lasselin, Patrick Perrochon, Milivoj Miloslavjevic, Daniel Aerts, Farid Tahir, Christian Rivière, Jean-Marie Dubois et Tadeusz Tutkaj.

    « Dès lors qu'on nous voue en réalité à une perpétuité réelle, sans aucune perspective effective de libération (…), nous préférons encore en finir une bonne fois pour toute.

    (…) Après de telles durées de prison, tout rescapé ne peut que sortir au mieux sénile et totalement brisé. En pareil cas, qui peut vraiment se réinsérer socialement ? En fait, pour toute alternative, comme avant 1981, ne nous reste-il  pas mieux à trouver plus rapidement dans la mort notre liberté ? »


    L'abolition de la peine de mort, derrière laquelle la gauche cache un bilan politique désastreux, l'hostilité de Mitterrand à la réunification allemande, l'augmentation de la délinquance, du chômage, la récupération à des fins électorales du mépris tantôt imaginaire, tantôt réel à l'égard des immigrés d'origine africaine, etc., l'abolition de la peine de mort fut décidée avant tout pour calmer la conscience des bobos. Giscard aurait très bien pu faire voter cette loi : il n'était pas si con pour ne pas voir l'emprise croissante des bobos dans la vie publique.

    En effet, au lieu de se mettre à la place du condamné à perpétuité, le bobo se met à la place du bourreau : « Comment pourrais-je faire ça, moi, appuyer sur le bouton qui libère le couperet, envoie la décharge, libère le gaz mortel ? C'est trop dégueu !! Je ne pourrais plus jamais dormir tranquille sur mes deux oreilles, après avoir fait ça ! »

    Ce jugement à la Ponce Pilate, qui consiste ici à envoyer le coupable croupir le restant de ses jours au fond d'un trou à rats est beaucoup plus confortable. Ponce Pilate est en quelque sorte l'ancêtre des bobos.

    D'ailleurs, si vous défendez le point de vue du condamné lucide sur son sort qui préfère en finir tout de suite, après avoir débité les habituels sophismes imbéciles qui ne suffisent pas à le convaincre lui-même, le bobo en viendra inévitablement à vous poser cette question à dix centimes d'euro : « Mais tu le ferais, toi ? Tu appuierais sur le bouton ? »

    Il est encore trop tôt pour savoir si cette lettre est authentique, mais ça ne serait pas étonnant vu les pincettes que prennent les radios et l'agence de presse d'État pour en parler.

  • Inquiétude

    Depuis quelques temps, peut-être certains l'ont-ils remarqué comme moi, mais, sautant de blogue en blogue pour y prendre des nouvelles des uns et des autres, j'ai parfois la surprise de voir jaillir sur mon écran une publicité pour la CAMIF, la centrale d'achat des fonctionnaires de l'Éducation nationale !

    Tonnerre, dans ces cas-là mon sang ne fait qu'un tour dans mes veines et je débranche la bécane d'un geste rageur. Du coup, je n'ai pas pu repérer exactement quels blogues étaient concernés. Mais il me semble que ce sont surtout des blogues "Hautetfort". Je ne vous cache pas que suis vachement inquiet, parce que je me dis que ça pourrait très bien m'arriver à moi, du jour au lendemain, de faire le blogue-sandwich pour la CAMIF ! Mais c'est encore pire que la FNAC !

    Pour le moment, je n'ai pas eu à me plaindre de "Hautetfort", au contraire, mais l'avenir me fait peur. Je ne sais pas très bien comment je réagirais dans ce cas-là. Peut-être que je demanderais l'asile politique à l'un d'entre vous ? (ou à l'une d'entre vous)

  • Promenade de santé

    Cécile et Myriam déchirent grave ! D’abord la petite atmosphère pépère de ce dimanche après-midi de janvier, avec leurs voix d’hystériques décuplées par la sono maousse.
    Il fait trop froid pour se promener le long des quais, alors on se passe un bon dévédé, on seurfe sur internet chez soi : pas un chat sur les boulevards.

    J’ai rejoint la manifestation place de la République. Ils disent “Manif’ pour la vie”, mais c’est quand même pas un Woodstock sans capotes, bien qu’il y ait plein de jolies filles, point de grand chapiteau dressé pour s’y ébattre et faire des enfants ; plutôt une “Manif’ contre la mort”, je dirais - la mort programmée, discrète, silencieuse même, et très généralement admise.

    Myriam crie un peu tout et n’importe quoi dans son micro, mais c’est bon quand même, ça réchauffe ! J’ai bien fait de venir. Il y a de beaux visages, animés, parmi tous ces jeunes blanc-becs et tous ces vieux briscards.

    On pourrait croire que c’est une manif’ pour rien, car la télé, la radio, les journaux n’en parleront pas, l’omerta. Mais ça fait tellement longtemps qu’ils ne causent plus des choses importantes, les journalistes, qui sait, ça finira peut-être par se savoir, à force…

    Il est cinq heures, Myriam crie encore à gorge déployée - qu’elle veut des bébés ! Plein de bébés !!
    Je suis pas sûr d’avoir bien entendu… J’ai les oreilles qui bourdonnent un peu. J’ai pas chopé la crève ? Non, mais je crois que ça y est, j’en pince pour cette fille-là… Manquait plus que ça.

  • La solution !

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    La notice bibliographique d'André Pécoud (1880-1951) est impressionnante, puisqu'il a illustré plus d'une centaine d'ouvrages, dont notamment - outre certain(s) bouquin(s) de Reboux, La Comtesse de Ségur et Paul Morand donc -, aussi les sœurs Brontë, Andersen, Henry Bordeaux, René Bazin, Paul Bourget, Lewis Carroll, Fenimore Cooper, A. Daudet, Dickens, Dumas, Flaubert, Grimm, Conan Doyle, Maurice Leblanc, Jack London, Abel Hermant, Victor Hugo, Willy, Zola, Paul Toudouze, Vigny, Jules Verne, Tolstoï, Perrault, George Sand, Mérimée, Loti… ouf !

    Autant dire que même si aujourd'hui il a apparemment sombré dans l'oubli, nos grands-parents, nos parents, ne pouvaient ignorer le nom de Pécoud et ses dessins - à moins de préférer le Meccano à la lecture, bien entendu.
    Son style caractéristique, épuré, anguleux mais un peu plat, n'est pas très éloigné de celui de Paul Iribe qui reste connu pour avoir été un "designer" influent.

    Petite notice bio. glanée sur internet :

    « Fils d’un officier supérieur, Pécoud commença à travailler pour la presse parisienne en 1900 (Gil Blas, 4 mai 1900). Installé 7, rue des Ternes à Paris dans les années vingt et trente, André Pécoud fut un des illustrateurs français les plus prolifiques de son époque. »

  • Poor lonesome cow-boys

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    Je réclame la mansuétude des ligues de vertu pour deux pauvres cow-boys solitaires !

    Je me souviens que dans "Lucky-Luke", les ligues de vertu sont incarnées par des mégères qui obligent les tenanciers des saloons à servir des boissons non-alcoolisées aux cow-boys et remplacent les parties de poker par des parties de dominos. Lucky-Luke lui-même, un modèle de probité pourtant, trouve que toutes ces bonnes femmes poussent le bouchon un peu loin, même s'il finira par se rendre, par remplacer son clope par un brin de paille et boire de la limo.

    Qu'y a-t-il d'autre à faire, lorsqu'on est perdu dans les plaines immenses et monotones du Far-West, ponctuées de quelques collines, sans la moindre silhouette féminine à l'horizon, que des vaches - même pas des chèvres ? L'homme est un animal social, on peut comprendre que deux garçons vachers dans la force de l'âge éprouvent le besoin d'un peu de chaleur humaine, de s'enculer mutuellement, ça n'exclut pas les sentiments.
    Eh, ce n'est un secret pour personne que les taulards les plus virils, les plus membrus, même eux au bout de quelques semaines de zonzon ils virent pédés.

    Il y a des circonstances atténuantes en faveur de ces deux cow-boys.

    Sinon, à ce compte-là, tous les westerns sont une incitation à la violence par les armes à feu et au génocide de population indigène.

    Allez, prenez tous vos banjos, vos harmonicas, je propose qu'on chante un petit air avant de se remettre en selle :

    « Please baby - please, please, baby!

    Won't you come back to your daddy one more time?

    Please baby - please, please, baby!

    When I get my money, I will give you my last dime!

    When you left me babe, you left me feeling so blue, oh oouhau !

    You know that I didn't love no-one but you…

    Please baby - please, please, baby! »

  • Un petit jeune

    Polac ne comprend pas qu'on parle encore de Nimier ; il le trouve surfait. C'est un petit jeune, Polac ; qu'on puisse faire la part plus belle à un type qu'à son "œuvre", ça lui échappe. En mûrissant, il comprendra peut-être.

    D'ailleurs on peut dire ce qu'on veut de Polac, il sait de quoi il parle. On m'a d'abord appris à respecter les professionnels qui ne se foutent pas du peuple, de Mabire à Polac en passant par Yves Chiron. Du coup, comment s'empêcher d'avoir un haut-le-cœur quand il faut subir le faciès télégyénique de Guillaume Durand - sans compter les autres marionnettes ?

    Polac qui ne se gêne pas pour sonner le glas, dans une interviou donnée à Conférences et débats, interviou toujours en ligne dont j'ai copié ce petit bout :

    C. et D. : « Quelquefois, ce qui vous agace c’est ce que vous appelez la gratuité de la littérature française… »

    Polac : « C’est vrai qu’on a souvent affaire à un petit milieu qui tourne en rond, attiré par l’envie d’écrire. Des gens qui veulent imiter les livres qu’ils lisent et disent :
    « Ah, c’est ça qu’il faut faire ! ».
    Et puis il y a un autre phénomène. Je viens de lire un petit livre d’un Italien qui écrit en français. Et son idée est assez belle. Il s’agit de
    Morts et remords de Christophe Mileschi, à la Fosse aux Ours, excellent éditeur.

    Le livre est à mon avis raté, mais l’idée est superbe. C’est l’histoire d’un facho italien qui dès son plus jeune âge ne croit qu’aux valeurs guerrières, devient mussolinien, un auteur apprécié des fascistes, et puis qui après la guerre s’arrange pour faire oublier son engagement et entreprend d’écrire des livres abscons. On finit par en faire une gloire nationale : un Joyce ou un Beckett italien. Lui est conscient d’être un menteur, de tricher parce qu’il ne veut pas reconnaître publiquement ce qu’a été son passé. Et avant de mourir, il écrit ce petit livre où il avoue sa honte, sa trahison et l’ordure qu’il a été. C’est un livre intelligent plutôt qu’un bon livre. Mais quand je vois certains de ces écrivains qui se pavanent à l’Académie française ou au Goncourt et qui sont des tricheurs profonds. Je me dis qu’il n’y a aucune chance qu’ils avouent leur forfaiture même post-mortem. Je ne crois plus aux contes de fées.
    C’est sans doute une des raisons pour lesquelles cette littérature est si mauvaise, elle repose sur trop de mauvaise foi. (…) »

  • L'amateur de pornos

    À sept heures, Boris se décida à enfiler un jean propre et à se peigner un peu avec du gel. Merde, on commençait à voir que la calvitie le gagnait sous certains angles.

    À Barbara qui lui demandait où il allait, Boris répondit tranquillement :

    « - Boire un coup chez Serge. »

    Il n'y avait pas là de quoi s'inquiéter. C'était prévu depuis jeudi dernier. Et Mathis et Bérénice étaient en classe de neige à Val-d'Isère tous les deux.

    « - Ah bon, tu vas chez Serge ? Ah, oui, j'avais oublié. Pense à récupérer le dévédé de David Lynch, Chéri, je ne l'ai pas encore regardé ! »

    Elle ne l'avait jamais appelé "Chéri" une seule fois pendant les treize premières années de leur relation, et puis elle avait commencé à s'y mettre, il y a un an, comme ça, subitement. Bizarre.

    Ça le faisait un peu chier de mater un porno avec Serge - il aimait de moins en moins sa façon de se branler. Il faisait beaucoup trop de bruit, il gémissait, il beuglait, et il bavardait, même. Une branlette, c'est une branlette, pas besoin de faire tout ce cinoche ! Jouis et ferme ta gueule, bon sang ! La dernière fois, il n'avait même pas voulu tamiser la lumière, cette andouille !
    Mais bon, est-ce qu'il avait le choix ? La dernière fois qu'il avait loué un porno pour le regarder chez lui, Barbara lui avait fait une scène pas possible ; soi-disant elle était partie voir sa mère, et, dix minutes plus tard, elle revenait par le jardin - elle avait oublié quelque chose, ses lunettes de soleil, peu importe ; elle l'avait trouvé dans le salon en train de s'astiquer avec enthousiasme… Putain, trois semaines plus tard il se faisait encore engueuler :

    « - Et tu fais ça en plein jour, en plein milieu du salon… T'as vraiment pas honte ! Et si les enfants étaient rentrés ?
    - « Ils étaient à l'école. »
    - « Et les voisins ? T'as pensé aux voisins, t'avais laissé les fenêtres grandes ouvertes ! J'aurais l'air maligne si je croise la voisine, la vieille peau, et qu'elle me dit : "Ah, ben il a de l'énergie à revendre, votre mari !" »


    Serge, au moins, lui, il s'en foutait. Ça faisait deux ans qu'il avait divorcé et il vivait seul. Même avant il s'en foutait, à vrai dire. Il y avait sans doute un lien de cause à effet.
    Aller louer les dévédés à la boutique en bas de chez lui, ça ne lui posait aucun problème non plus, d'ailleurs. Le vendeur était plus gêné que lui :

    « - Salut les branleurs !… et les branleuses ! lançait-il en entrant aux quelques clients qui s'affairaient dans les rayons, en quête d'un truc vraiment excitant. Ça les faisait sursauter, et lui ça le faisait marrer. On peut pas dire qu'il était pas épanoui, ce sacré Serge !

    Ce coup-ci, il avait mis les petits plats dans les grands. On materait le film dans son nouveau canapé en cuir noir design, et il avait acheté une bouteille de Saint-Estèphe rouge et des olives vertes cassées à l'ail.

    « - Je sais que tu préfères le vin blanc, mecton, mais moi je bande moins bien avec du blanc, alors j'ai pris du rouge… 1998, y paraît que c'est une bonne année : Make yourself comfortable, Boris ! ».

    C'était un film de John Pea Root, le dernier porno-director à la mode : La particule à l'air. Le titre était bidon - Boris préférait les bons vieux titres débiles, genre Blanche fesse et les sept mains, mais faut reconnaître que les actrices de Pea Root étaient fraîches, rien à voir avec la viande américaine siliconée bas de gamme.

    Ça démarrait lentement. C'était tourné dans un couvent - un vrai couvent. On pouvait deviner que l'aumônier allait bientôt se faire sucer dans le cloître par toutes les bonnes sœurs en chaleur. Serge ne pouvait pas fermer son clapet cinq minutes :

    « - Marrant, hein, de se dire qu'avec la thune, si ça se trouve, ils pourront peut-être restaurer le toit du monastère ?

    - Hon ? Tu crois pas qu'il y a encore des bonnes sœurs dans ce monastère, quand même ? »


    Boris se disait qu'il allait devoir se taper tout le film avant de pouvoir "balancer la purée", parce que ce vicelard de Serge n'avait pas l'air, lui, d'être décidé à éjaculer avant le générique de fin. La dernière fois, il avait commencé à se branler seulement une fois le film terminé !
    Ça n'allait pas être facile de tenir jusque-là, car Boris avait repéré une blonde platine aux pommettes hautes et au nez un peu retroussé, avec une petite bouche, qui risquait de lui faire sauter le bouchon très très vite si elle continuait à le regarder comme ça, cette petite salope !

    C'était comme si Serge avait senti que Boris bandait un peu trop :

    « - J'aime bien ce Pea Root, on sent que malgré tout il a une certaine éthique. Et puis il a du goût ! Regarde cette nana blonde, là, sœur Chasteté ou Charité, je sais plus, elle a le pubis un peu trop épilé, bon, ça laisse voir sa petite lèvre gauche qui pendouille, j'aime pas trop, mais à part ça elle est nickel-chrome, hein ?

    - Mmmh.

    - Sur France-Inter, l'autre jour, j'entendais une pouffiasse expliquer que le problème avec le porno, c'est qu'il faudrait pas que les gosses pensent que le sexe c'est comme ça dans la "vraie vie". Qu'est-ce que ça veut dire exactement ? C'est quoi la "vraie vie", putain ? Qu'elle nous dise ce qui est différent quand elle se fait baiser par son mec et quand Ovidie ou Panthéra se font baiser !? Et ma bite, c'est du super 8, peut-être, connasse !?

    - La caméra ? Il n'y a pas de caméra.

    - Mmmh, nan, tu comprends pas, mecton : pourquoi est-ce qu'on n'apprendrait pas à dix ans à baiser sa gonzesse comme un acteur porno ? Ça demande juste un peu d'entraînement…

    - Beaucoup d'entraînement. Et regarde-moi cette brune, celle-ci, ouais… bon ben Nadia n'était pas mal, oké, mais…

    - Je ne vois qu'une seule différence. Ces mecs ont des bites surdimensionnées… et…

    - Et ?

    - Sincèrement, Boris, dis-moi ce que tu penses de ma bite. Tu la trouves grande, moyenne, petite ?

    - Rhâa, tu fais chier, Serge, tu vas finir par me faire débander avec tes questions !


    Finalement, Boris s'abstint de réclamer le dévédé de Barbara à Serge. Celui-ci aurait été foutu de le renvoyer par la poste à Barbara en remplaçant le cédé par un film de Pea Root, ou une connerie de ce genre. Quatorze ans qu'il était avec Barbara : il ne tenait pas à tout gâcher pour une partie de bites à l'air. Il ferait un crochet demain par la Fnac pour racheter un dévédé neuf et puis basta !

  • N. le Maudit

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    Il est là. Je l'ai repéré, chez Gibert-Joseph, au milieu d'autres bouquins empilés comme des plaquettes de beurre : il y a le dernier Pajak, le dernier Benchetrit, le dernier Assoupline, etc., et, dans ce fatras parfaitement cohérent, le dernier Nabe : Au régal des vermines. En fait c'est le premier, il ne s'agit là que d'une réédition - mais n'entrons pas dans la cuisine des maisons d'édition pour ne pas attraper la nausée.
    Personne ne soupçonne sa présence. Car Nabe n'a pas de critiques, pas de publicité, il ne passe même plus chez Thierry Ardisson vers minuit. Tout juste lui reste-t-il quelques fans, mais ils sont maudits, comme lui, trois ou quatre fois maudits !

    Comment l'ai-je su ? Je l'ai su, c'est tout. Quelque chose de changé, d'imperceptible, dans l'atmosphère habituellement étouffante chez Gibert-Joseph, indécent va-et-vient de bobos programmés.
    Je l'ai flairé dès que j'ai franchi le seuil. Il faut dire que je connais bien Gibert-Joseph. Je m'y rends très souvent, non pas pour acheter des livres, mais pour les feuilleter pendant quelques minutes et les reposer ensuite avec dédain, dans l'espoir qu'une jeune fille m'aperçoive, une jeune fille en mesure de m'aider à perpétuer la beauté - folle ambition.

    C'est proprement incompréhensible ! Sa couverture n'est pourtant pas plus ni moins putassière que celle des autres bouquins. Plus fort : en lisant la préface du Nabe, on s'apercevra que Nabe est comme tout le monde : il n'est pas antisémite, il aime les Arabes, il croit en Dieu mais il ne va pas à la messe tous les dimanches, sa femme travaille et vient de se faire installer une cuisine Ikéa ; il n'aime pas Le Pen non plus, bien sûr, il écoute Monk, il est un peu concierge, il éprouve de la sympathie pour Houellebecq au point de se laisser aller à lire ses romans, il aime Ramuz - qui n'aime pas Ramuz aujourd'hui ? - il a lu les chapitres mystiques de Bloy, il en a marre de Sollers… On n'en finirait pas si on devait faire la liste de tout ce qu'il a en commun avec tout le monde.
    Alors pourquoi ? Nabe devrait avoir sa chance, enfin, lui aussi ! Il ne demande pas le Pérou, pas même Byzance, et puisque son ex-voisin Michel H. est devenu Quidam Ier, Nabab des lettres, il se contenterait du rôle de sous-nabab.

    Hélas ! J'observe du coin de l'œil les mains fureter au hasard, hésitantes, le chaland se détermine souvent au petit bonheur la chance : quand l'une d'elle vient à s'approcher tout près du premier-dernier bouquin de Nabe, à se poser presque dessus, comme une vache trop téméraire qui touche la clôture électrique, elle fait volte-face soudainement, se jette sur une bouse sans intérêt et s'enfuit avec.

    C'en est trop, écœuré, j'attrape le pauvre bouquin, je me le carre sous le bras gauche, près du cœur, et je redescends deux à deux l'escalier qui mène aux caisses. Nabe ne pourra pas dire dans son prochain bouquin qu'il n'a vendu aucun du dernier ! Je manque me rétamer dans les escaliers en jettant un coup d'œil sur une qui monte et pourrait bien être l'élue - ne jamais perdre de vue sa mission -, et je passe en caisse. Regard méfiant de l'hôtesse… Il me faut moins de cinq minutes pour vider toutes mes poches et me rendre à l'évidence : j'ai oublié ma carte bleue !

    «- Nabe est maudit ! Vraiment maudit ! » je lance au type, un prof apparemment, que je croise en sortant.

  • Trop pressé ?

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    « À 17h30, la T.S.F. signalait l'avion ; à 17h40, on l'entendit. La campagne obscure, balisée de lampes rouges, s'éclaira pour le recevoir ; au ras du sol, les projecteurs sur roues balayèrent l'herbe et l'aire de ciment. Au-dessus, le phare à éclipses tournait, lançait sa brasse lumineuse, dont la brume anéantissait aussitôt l'effet. Les têtes des douaniers, des porteurs à casquette américaine, des mécanos, des gamins du Bourget, massés devant l'aérogare, se renversèrent. L'avion passa au-dessus du dôme nocturne. Chaque explosion était discernable. Allait-il couper les gaz ? Non. Sa musique se soutint, se prolongea, diminua, disparut. »

    Vrrrraoum… oum… oum… ouh… h. Je suis un peu étourdi. Je ne sais plus très bien où je suis. Dans Paul Morand ou dans son pastiche par Reboux ? Car je crois distinguer, dans ce décor flambant neuf, un effet comique, ici : « Les têtes des douaniers, des porteurs à casquette américaine, [etc.] se renversèrent. » ; et je vois Chardonne qui se lève de son fauteuil pliant de metteur en scène et qui crie calmement : « Coupez !… trop d'accessoires !… Ah oui, et vous me referez ces explosions, car il faudrait qu'on les "discerne" un peu mieux. Qui a bien pu m'écrire un script pareil ? ».

    Sans doute Flèche d'Orient n'est-il pas le meilleur roman de Morand ? Est-ce là la manière d'écrire d'un homme pressé ?

    Comme on le réédite, qu'on le cite à nouveau un peu, en s'excusant poliment, j'ai tenté une entrée en matière. Force est de constater que Morand a du plomb dans l'aile.

  • Étrennes (2)

    II : Le Vagabond

    Quelques jours plus tard, Sophie ramassait des glands dans un bois de chênes. Elle les mettait dans une petite corbeille pour en faire plus tard, avec son couteau, des bateaux, des sabots, des paniers. Sa bonne cousait, assise un peu à l’écart.

    LE VAGABOND

    « La charité, s’il-vous-plaît !

    SOPHIE

    Voici, monsieur le vagabond, le sou que mon excellent mère me donne chaque semaine pour les pauvres. »


    Tout à coup, par l’effet de la brise, la petite robe de mérinos que portait Sophie fut soulevée légèrement. Ses mignonnes bottines de lasting et son petit pantalon festonné de broderie anglaise apparurent. À cet aspect, les cheveux du vagabond se dressèrent sur sa tête et ses yeux se mirent à lancer des éclairs.
    Il prit Sophie par la main et l’attira contre lui.
    Sophie n’osa pas se défendre, car sa maman lui avait enseigné que la plus belle parure d’une petite fille, c’est l’obéissance.

    LE VAGABOND

    « Asseyez-vous sur mes genoux, ma gentille demoiselle. Vous êtes bien ainsi ? Ah, que vous sentez bon la fraise !

    SOPHIE

    J’en ai mangé à mon déjeuner

    LE VAGABOND

    Si vous saviez comme j’ai envie de vous embrasser !

    SOPHIE

    Vous êtes bien une grande personne ?

    LE VAGABOND

    Certes oui, ma petite demoiselle.

    SOPHIE

    Alors je n’ai pas le droit de vous dire
    “non”.

    LA BONNE, apparaissant.

    Ciel ! Que vois-je !

    SOPHIE, sur les genoux du vagabond.

    Restez donc tranquille, ma bonne ! Vous voyez bien que je suis en train de faire plaisir à un pauvre.

    LA BONNE

    Au secours ! Au secours ! »

    À ces cris, le vagabond disparut, laissant Sophie toute décontenancée. Sa bonne la ramena au château en la grondant très fort, si bien qu’elle était en larmes et toute rouge quand elle se trouva devant Mme de Réan.

    MADAME DE RÉAN

    « Qu’est-ce que j’apprends, Mademoiselle ?

    SOPHIE

    Hélas, maman… Je croyais qu’il fallait être gentille avec les pauvres comme avec les animaux.

    MADAME DE RÉAN

    Vous êtes une petite sotte, Mademoiselle !

    SOPHIE

    … et que, comme c’est le bon Dieu aui a fait la Nature, alors…

    MADAME DE RÉAN

    Taisez-vous, impertinente, vous méritez d’être fouettée. Et pour vous punir d’avoir été raisonneuse, vous serez privée d’aller à la fête du village, dimanche prochain, avec votre cousin et vos petites amies. »


    Sophie, toute confuse, regagna sa chambre, en trouvant qu’il était bien difficile d’obéir point par point aux préceptes de sa maman.

  • Une manière d'étrennes

    En savourant quelques pastiches bien sentis de Paul Reboux (1875-1963), l’autre soir où j’étais seul dans mon plumard, je me disais que décidément ce cher Reboux avait bien fait de ne pas naître à la date de sa mort.
    Je ne veux pas souligner par là que je couche rarement seul, mais que mes gloussements eussent incommodé n’importe qui aurait tenté de trouver le sommeil contre mon flanc. L’amateur de lecture exige un lit en propre, on dirait…

    Morand, Radiguet, Gide : Reboux emprunte leurs instruments et en tire des notes cocasses. Mais lequel de nos grands auteurs contemporains aurait-il mérité que Reboux l’interprète ?
    Le dernier Prix Goncourt ? Ma foi il se pastiche lui-même très bien tout seul. Modiano ? Houellebecq ? Ils n’y auraient pas résisté, comme on ne peut plus entendre une chanson de Francis Cabrel sans penser à sa caricature par Laurent Gerra.

    Je me disais aussi que pour avoir essuyé quelques plaisanteries de ma part - inoffensives mais qu’elles n’entendaient pas toujours de cette oreille -, quelques-unes des lectrices de mon blogue méritaient que je leur offre pour leurs étrennes un de ces petits pastiches qu’on ne trouve pas forcément dans toutes les librairies ni dans toutes les bibliothèques.
    J’ai choisi pour elles celui de la Comtesse de Ségur.

    Deux nouveaux malheurs de Sophie

    I : Mirza


    La petite Sophie se laissait souvent emporter par la colère. C’est un vilain défaut que sa maman s’efforçait de corriger.
    Un jour Mme de Réan l’appela et lui désigna une chienne levrette, dont les yeux brillaient du plus beau noir, et dont les pattes étaient minces comme du verre filé.

    MADAME DE RÉAN

    « Sophie ! Le postillon de la diligence vient d’apporter une caisse à ton adresse. Voilà ce qu’elle contenait. C’est un présent que ton parrain t’envoie de Paris. Vois, la jolie levrette !

    SOPHIE, sautant de joie.

    C’est pour moi ? Quel bonheur !

    MADAME DE RÉAN

    Tu la soigneras bien ?

    SOPHIE, serrant la levrette dans ses bras.

    Elle sera la plus heureuse des petites chiennes !
    Viens, mon bijou, mon trésor, que je t’embrasse !

    MADAME DE RÉAN

    Voyons mon enfant, ne la baise pas ainsi qu’une personne, mais de la façon qui convient pour une levrette.

    SOPHIE

    Comment faire, Maman ?

    MADAME DE RÉAN

    Il suffit de flatter cette petite bête de la main en l’appelant par son nom.

    SOPHIE

    Et quel est-il ?

    MADAME DE RÉAN

    Elle répond au nom de Mirza. »


    Sophie, toute joyeuse, emmena Mirza. Elle lui prépara un lit formé d’un panier garni de coussins. Elle demanda même à sa bonne de coudre pour la levrette un paletot de drap bleu ciel, bordé de grenat, du plus charmant effet.
    Quand Paul, venu pour goûter avec sa cousine Sophie, vit Mirza, il se réjouit d’autant plus que sa maman, Mme d’Aubert, avait reçu en cadeau un petit chien de même race, nommé Patapon.

    MADAME DE RÉAN

    « À merveille ! Au printemps prochain, Mirza et Patapon pourront avoir ensemble des petits que vous élèverez, mes enfants.

    SOPHIE

    Bravo ! Quelle bonne idée !

    PAUL, taquin.

    Tu seras grand-mère, Sophie.

    SOPHIE, vexée.

    Et pourquoi donc ?

    PAUL, avec esprit.

    Puisque ta fille aura des enfants !

    SOPHIE, lui tirant les cheveux.

    Tu es un méchant ! Va-t’en ! Je ne t’aime plus du tout !

    MADAME DE RÉAN, sévèrement

    Sophie ! Je vous défends de parler ainsi à votre cousin. Si vous êtes aussi susceptible, je confisquerai Mirza et ne vous la rendrai que dans sept ans !

    SOPHIE

    Pardonnez-moi, maman, je ne le ferai plus.

    MADAME DE RÉAN

    C’est bon. J’enregistre ta promesse. Et maintenant allez jouer, et soyez sages. »


    Sophie et Paul, conduisant Mirza en laisse, se mirent à courir autour de la pelouse.
    Bientôt le bruit d’une calèche qui arrivait attira leur attention. C’était Camille et Madeleine que Mme de Fleurville amenait en visite.
    Tandis que cette dernière allait rejondre Mme de Réan qui brodait des pantoufles sur la terrasse du château, les enfants demeurèrent ensemble. Ils s’aperçurent alors que Mirza avait disparu.

    SOPHIE, pleurant.

    « Ah, mon Dieu ! Elle est perdue !

    PAUL

    Ne te désole pas, ma bonne Sophie ! Je la retrouverai, dussé-je sauter pour cela dans les épines. »


    Camille et Madeleine partirent vers les serres, Paul s’en alla du côté des écuries, et Sophie du côté de la ferme, en appelant tous quatre à tue-tête : « Mirza ! Mirza ! »

    SOPHIE

    « Camille ! Madeleine ! La voilà ! Venez la voir ! Elle est avec Rustaud, le chien de la ferme.

    CAMILLE, accourant.

    Oh ! Comme elle est jolie !

    MADELEINE

    Dis-moi, Sophie, tu n’as pas peur que Rustaud lui fasse du mal ? Regarde…

    SOPHIE

    Pourquoi donc ? Ils jouent au cheval. Ce doit être leur façon de s’amuser entre chiens.

    CAMILLE

    Elle n’a pas l’air heureuse. Vois comme ses oreilles sont en arrière !

    MADELEINE

    Ce gros Rustaud s’appuie sur cette petite bête de tout son poids. Je t’assure, Sophie, qu’il va la fatiguer.

    SOPHIE

    Mais non. Je te dis qu’ils jouent. (À Paul, qui apparaît au loin.) Paul ! Paul ! Viens donc vite ! C’est très joli ! Viens voir !

    PAUL, accourant.

    Hou ! Hou ! Vilain chien ! Va-t’en !

    SOPHIE

    Pourquoi parles-tu ainsi à ce bon Rustaud ?

    PAUL

    Tu ne comprends donc pas ? Il va la rendre mère de bâtards ! »


    Sophie était moins savante qu son cousin en histoire naturelle. Mais ce vilain mot de « bâtards » la mit hors d’elle. Elle ramassa une badine et se mit à frapper très fort sur le dos du pauvre Rustaud. Les deux animaux tentèrent de se séparer. Mais une involontaire fidélité les maintenait associés sous les coups.
    Les mamans accoururent et, de loin, virent Sophie s’escrimant à poursuivre Rustaud, enfin libéré. Indignée par la cruauté de Sophie, Mme de Réan lui tira fortement l’oreille et l’obligea à lâcher la baguette. Puis elle demanda, d’un air sévère :
    « Pourquoi martyrisiez-vous ainsi le chien de la fermière, Mademoiselle ?

    SOPHIE, rougissant.

    Mais non, maman, je ne le martyrisais pas !

    MADAME DE RÉAN

    Je vous ai déjà défendu de répondre :
    « Non » aux grandes personnes.

    SOPHIE, les larmes aux yeux.

    Je ne faisais rien…

    MADAME DE RÉAN

    Vous êtes une petite menteuse ! Je vais vous mettre au pain sec et à l’eau !

    PAUL

    Ne la punissez pas, Madame. Vous n’avez pas vu sans doute que Rustaud et Mirza…

    SOPHIE, pleurant

    Hi ! Hi ! Mirza va avoir des bâtards ! Paul l’a dit !

    MADAME DE RÉAN

    Ah ! Je comprends !… Mais n’importe… Sachez, Mademoiselle, qu’il ne faut jamais être méchante ni avec les pauvres ni avec les animaux privés de discernement. C’est le Bon Dieu qui a fait la Nature. Respectons l’œuvre du créateur. »


    La petite troupe reprit alors le chemin du château, tandis que Sophie se promettait d’être désormais douce et indulgente.
    Nous allons voir comment elle tint parole…

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  • Serviteur de deux maîtres

    « Je regrette la grandeur de la France du temps de Mitterrand. »

    Affligeant spectacle pour une âme sensible que celui de Jacques Attali s’efforçant de redonner un peu de lustre aux “années Mitterrand”.
    Pour la postérité, dans le meilleur des cas, le patronyme de Jacques Attali restera attaché à celui de François Mitterrand, aussi redorer le blason de son patron est-il pour celui-là une façon de s’occuper de faire briller le sien propre… Le plus fort, c’est que ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui qui l’avoue sans la moindre gêne !
    Je crains qu’on ne sache plus très bien l’usage ni le sens du mot “impudence”, quel dommage quand on en a un si bel exemple sous les yeux !

    Au moins, voilà un traître qui ne sera pas allé se pendre bêtement, sans attendre son salut, diront les plus flegmatiques…

    Le plus urgent, justement, c’était d'ôter ces habits de traître qui commençaient d’adhérer à la peau de notre éminence grise. Et pour cause ! Les Français ont beau avoir la mémoire courte, ils se souviennent encore assez bien qu’Attali ne commit pas l’erreur de rester aux côtés de Mitterrand, à qui il devait tout pourtant, lorsque le signe que la curée pouvait commencer fut donné aux journalistes - c’est-à-dire quand Mitterrand cessa d’être utile à son clan ; il feignit alors de découvrir que son maître avait des amitiés inavouables.

    Je vous donne la méthode de Jacques Attali pour se blanchir. Elle a le mérite d’être simple : il parle comme si c’était Mitterrand qui l’avait trahi et non l’inverse, et lui, Jacques Attali, qui se montre soudain magnanime. Ce n’est pas un cadavre qui viendra le contredire, ni les journalistes à qui il s’est confié - car Attali est un peu un des leurs.

    Moi qui me vante d’avoir la mémoire moins courte que les Français, je me rappelle un temps à peine plus ancien où Jacques Attali se faisait le promoteur du plus stupide concept politique que la France ait jamais connu : “l’alternance”. Ce machin, forgé dans l’opposition - où il était utile, car il traduisait : “Ôte-toi de là que je m’y mette” en langage électoral -, une fois le pouvoir atteint, aurait dû être mis au rebut. N’importe, Attali n’en avait cure, s’aventurant jusqu’en province pour y agiter cette vieille lune, et, accessoirement, y dédicacer quelque ouvrage nuisible à l’Histoire ou au bon sens.
    À Nantes où il passait, il fut accueilli par des jets de tomates et autres légumes pourris, comme il se devait. Mais quel remord de n’avoir pu parvenir à m’approcher plus près - le coup était mal préparé -, j’aurais pu alors botter de toutes mes forces le large cul de Jacques Attali, à la fois Sganarelle, Scapin, Trissotin, Tartuffe et Monsieur Jourdain.

  • Passe-moi le samovar !

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    Nicolas Bokov, c'est l'écrivain ; Victor Koulbak, le peintre. La scène est à Paris, dans un appartement au-dessus des décombres, autour d'un samovar ; je présume qu'on a dû éloigner la vodka pour pouvoir causer plus longtemps. La vodka, il faut bien ça pour les faire taire, les Russkofs ! Interminables papotages entre le zek Soljénitsyne et le zek Panine dans Le Premier Cercle, aussi assommants que des parties d'échecs.
    Je me rappelle, je devais avoir seize ans et mes condisciples lisaient Zola ou rien, ce qui est encore plus ennuyeux. Dire que j'étais fier de savoir orthographier Soljénitsyne… quel bobo !

    Ça me revient aussi, mais le premier portrait ressemblant que je réussis, c'est celui d'Alexandre Soljénitsyne. Un visage assez commun, en dehors d'une ride verticale profonde qui lui entaille le front entre les deux yeux. La barbe de pope orthodoxe le rendra plus pittoresque, bien sûr, mais je l'avais peint jeune, sans sa barbe. Je ne voulais pas sans doute que mon prof d'Histoire reconnaisse Soljénitsyne sur mon cahier et me pose des questions indiscrètes - ou essaie de me laver le cerveau, manie de prof bien connue des élèves-dissidents.

    Bon, je me méfie donc des longues disputes entre savants russes, mais je suis bien trop curieux de savoir qui de Koulbak-le peintre ou Bokov-l'écrivain va l'emporter. Koulbak était écrivain lui aussi, mais une nuit, dans son sommeil, il a étranglé l'écrivain pour faire toute la place au peintre. Les Russes aiment faire les fous.

    Un petit résumé s'avère nécessaire de temps en temps, tandis que Koulbak va remplir le samovar d'eau chaude :

    « L'homme moderne ne voit que lui-même dans le passé et dans n'importe quel lieu de la terre. La modernité transforme tout en miroir. Le châtiment est connu : on ne peut plus accéder à rien de nouveau. C'est le siècle du narcissisme et on connaît la fin : il s'agit de flatter le consommateur, pour qu'il se voie, se reconnaisse et achète. Le consommateur paie pour ces pseudos-portraits de lui-même qui sont des caricatures, et plus elles sont ridicules, plus elles lui plaisent. On va à des concerts pour s'écouter applaudir. »

    Hmmm. J'ai déjà entendu ça ailleurs, chez Tillinac, Beigbeder. Il y a du vrai et du faux là-dedans, ça ne m'intéresse pas beaucoup, non, ce qui m'intéresse plutôt c'est d'écouter Koulbak causer peinture. Il la connaît intimement et n'a pas ces préjugés qu'ont souvent les écrivains sur un art qu'il est si tentant d'emprisonner dans de belles phrases.
    Ainsi, Bokov comprend mal l'enthousiasme d'un peintre pour les questions de technique picturale, c'est un comble. Il voudrait que Koulbak lui parle de la sinuosité des lignes d'un beau modèle affalé sur une table, ou du réseau bistre des branchages nus qui se détachent sur un ciel d'hiver blafard - il veut des images d'Épinal.

    Mais Koulbak insiste :

    « Que se passe-t-il aujourd'hui ? Mettons qu'on achète un tube de peinture dans un magasin. Le fabricant ignore à quel moment ce tube sera acheté, aujourd'hui ou dans dix ans. Comme toutes les peintures perdent de leur souplesse en séchant, on y ajoute des produits qui les empêchent de sécher. Du coup, elles ne sèchent pas sur la toile non plus ! Or, une des techniques les plus intéressantes dans la peinture ancienne, c'est celle des glacis ; par-dessus une couche de peinture, on en met une deuxième qui reste transparente. »

  • Mélancolie de merde

    Une autre de mes résolutions pour 2006 était d'utiliser le langage de ceux qui n'entendent pas s'en laisser conter, mais pour autant ne se mettent pas à gueuler comme des pourceaux qu'on pousse vers l'abattoir, préférant faire profil bas d'abord, comme Philippe Muray, puis piquer ensuite comme le scorpion au moment où on ne s'y attend plus, ce qui suppose une tournure un peu à ras-de-terre et des circonvolutions de l'esprit retranscrites en phrases tordues, des tronçons juxtaposés un peu bancals, on croit pouvoir prendre appui sur celui-ci, se risquer à suivre l'auteur dans une affirmation, et hop, patatras, c'était une chausse-trappe, on se rend compte qu'il aurait mieux valu s'appuyer sur autre chose…

    Si vous n'avez pas tout compris et que vous songez à relire le paragraphe précédent, c'est que mon imitation de Philippe Muray n'était pas si mal réussie. À force de traquer l'esprit français, on a fini par produire de tels monstres qui se déplacent en biais.

    Mais je me rends compte que ça ne correspond pas beaucoup à mon tempérament d'imiter Muray. Tenez, ça fait un moment que ce mystificateur de Jean Clair m'irrite la gorge. Je l'évitais donc avec soin, mais en ce moment comment faire ? Une interviou m'est passée sous le nez, qui a tout déclenché. Mon poil (dru) s'est hérissé, puis j'ai froncé les naseaux, dix minutes plus tard, je lepénisais sans vergogne à tous vents, libérant mes instincts meurtriers.

    Avez-vous remarqué ? 2005 fut l'année de ceux qui ont eu raison après tout le monde :
    - En premier, Ratzinger et le retour aux symboles liturgiques, aux mystères évangéliques ; bon, passe encore, parce qu'il n'a pas l'outrecuidance d'essayer de nous faire croire qu'il a inventé St-Pierre-de-Rome, et qu'on ne peut pas non plus sérieusement lui faire grief de ne pas parler français, et puis surtout qu'il est écrit que les derniers seront les premiers (il l'a démontré en se faisant élire haut la main) ;

    - Ensuite, Sarkozy et le retour à l'ordre - Sarkozy sur lequel je ne veux pas trop m'acharner non plus parce qu'il a déjà ce charognard de Villepin déguisé en albatros qui lui plane au-dessus du râble et que je ne miserais pas un sloty sur son élection en 2007, il va se rétamer (je n'avais rien misé sur Ratzinger non plus, quand j'y repense) ;

    - Et enfin, Jean Clair, le directeur du Musée Picasso, qui après avoir promu l'art de nos contemporains, faisant l'apologie de plaisantins de la trempe de Boltanski, sort tout-à-coup de sa réserve pour nous expliquer qu'entre le musée Pompidou et un hangar à désosser des épaves industrielles, en définitive il n'y a pas de différence. Soit. Il est bien temps que vous vous aperceviez qu'on patauge dans la merde en plastique inodore et sans goût, Monsieur Clair ! Le dernier des bobos a déjà commencé à sentir que le vent de cette mode pour le "pas fait ni à faire" était en train de tourner.

    Un peu de pudeur, donc, Monsieur Clair ; prenez d'abord soin de nettoyer complètement votre lunette qui reste bien obscurantie. Ça vous va bien de crier haro sur l'énarque, de hurler qu'on assassine la muséographie et les musées, si c'est pour faire des expositions sur le thème de la "mélancolie". Mais un conseiller à la Cour des comptes ne ferait pas pire ! Et il serait moins stupide de se proposer de lire à la suite tous les livres où jouerait un lézard ou une femme à barbe.

    La mélancolie !? Vous ne pouvez pas la laisser aux cabinets des psychiatres, la mélancolie ? Bornez-vous à clouer aux murs, sans qu'il y ait trop de reflets dedans, tel ou tel chef-d'œuvre de Géricault ou de Watteau, et ne gâchez pas la fête avec vos pompeux discours sur la mélancolie. Soyez pictural, crétonnerre ! Croyez-vous que la mélancolie incite à la peinture ? Vous pouvez peut-être rédiger vos plaquettes dans cet état, mais c'est lorsqu'on aime la vie qu'on embrasse la nature à coups de pinceaux. Et la mélancolie est un sujet de pédants, pas de peintres.
    Aujourd'hui, tout-un-chacun est mélancolique, c'est la vertu en France la mieux partagée en lieu et place du bon sens que vous avez rendu caduc pour le plus grand bonheur des fabriquants de pilules : croyez-vous que ça fasse de tout-un-chacun un artiste ? On sait que pour vous sortir du mauvais pas d'avoir à justifier l'accrochage de tableaux d'où nous regardent du coin de l'œil des cleptomanes, des fous furieux, des saintes en extases, etc., vous n'avez pas hésité à diviser la mélancolie en autant de catégories qui vont de l'extrême fureur mélancolique jusqu'au fou-rire mélancolique - dites plutôt simplement : « Le Prado a consenti à me prêter tel tableau de Goya », les gens honnêtes ne vous en voudront pas, Monsieur Clair.

    Malgré mes bonnes résolutions, il ne s'est pas passé une semaine en 2006 avant que je ne m'énerve.

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  • Résolutions 2006

    Ce que j’étais venu faire au Virgin Mégastore ? Eh bien, puisque je passais devant, j’ai voulu vérifier un truc. Un truc qui me turlupine depuis pas mal de temps. Pourquoi Paul Auster a autant de succès auprès des jeunes femmes ? Les quelques extraits que j’avais pu lire dans Marie-Claire ou dans Madame Figaro ne m’avaient pas éclairé jusqu’ici. Non que Paul Auster ne fasse de temps à autre une réflexion pleine de bon sens sur l’“American way of Life”, à quel point il est mal vu de péter sans discrétion dans la bonne société new-yorkaise, par exemple, mais il me semble à chaque fois que cette réflexion a déjà été faite par un autre auteur américain et de façon moins “cuite” que Paul Auster.

    J'aimerais connaître la recette du succès d'Auster dans le créneau des jeunes femmes. En effet, j’essaie moi-même d’écrire un roman (j’ai déjà la première phrase : « En principe, il ne pouvait pas le rater… », le titre : « En Berne », et la chute, empruntée à un auteur qui m’est cher : « Et elle partit en claquant la porte. ») - lorsque j’aurai réussi à écrire une vingtaine de pages, je pense que le plus dur aura été fait.
    Or, les femmes jeunes sont pratiquement les seules à lire en France, après naturellement le noyau dur des femmes en pleine ménopause, mais celles-ci dévorent des ouvrages de manière compulsive sans guère faire attention à ce qu'elles lisent, pour des raisons hormonales, en fait, et il est donc impossible de discerner leurs goûts.

    J'étais toujours aussi perplexe avec Brooklyn Follies dans les mains quand je suis tombé sur la table des matières :
    - DE LA STUPIDITÉ DES HOMMES,
    - UN COCA, CHÉRIE ?
    - OÙ IL EST QUESTION DE VOYOUS,
    - RÉVÉLATIONS TROUBLANTES,
    - UNE RENCONTRE INATTENDUE,
    - JOUR DE RÊVE À L'HÔTEL "EXISTENCE".


    Je note dans mon calepin : « Me souvenir d'apporter autant de soin qu'Auster au choix des titres des chapitres. »

    Pour le moment, en 2006, j’applique assez bien ma résolution d’être plus que jamais attentif aux mœurs de mes contemporains, pour essayer de les comprendre et ensuite trouver des solutions aux nombreux problèmes qui se posent.

  • De la capuche

    En sortant du Virgin Mégastore cet après-midi, je me faisais la réflexion que la technique qui consiste pour les jeunes Noirs ou Maghrébins à éviter le délit de sale gueule en enfilant un survêtement de sport à capuche et à s’enfoncer la tête dedans profondément manque terriblement d’efficacité. Le vigile a poursuivi ce mec, l’a chopé par le bras et lui a réclamé son ticket de caisse avec fermeté… Mais parce qu’un type qui fait ses courses le visage planqué dans une capuche, les gens trouvent ça louche ! On se dit qu’il cache forcément quelque chose.

    Bien sûr, l’effet de ce genre d’interpellation est déplorable sur l’opinion publique. Les curieux dont je faisais partie ont pu voir, lorsqu’il a été obligé de lever les yeux vers le vigile, que le suspect était maghrébin. On a moins bien vu s’il était innocent ou pas, même si je pencherais en conscience pour la première solution.

    Mais ça ne sert à rien d’accabler ce vigile : il était noir et le délit de sale gueule me paraît donc difficile à caractériser dans son cas ; il aurait fallu qu’il interpelle un blanc (arrêtez-moi si je me trompe). Tous les autres vigiles étaient noirs aussi, d’ailleurs. J’en conclus que le directeur du Virgin Mégastore des Champs-Élysées est un petit malin qui ne veut pas avoir d’ennuis avec la Justice française.