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Croix de Satan

Il n'y a pas de société qui tienne sans l'éloge de la souffrance par ses clercs. On constate que pour inventer le socialisme chrétien, contre le texte et l'esprit, il a fallu recentrer la théologie autour de la "passion du Christ", c'est-à-dire des souffrances et l'assassinat que Jésus a subi de la part de la société judéo-romaine. L'acte masochiste par excellence dans l'Evangile, c'est le suicide de Judas Iscariote, auquel nombre de clercs chrétiens, tenant d'un christianisme dévoyé, sont susceptibles de s'identifier.

Il est probable que les insultes dont Jésus-Christ continue d'être la cible, bien que celles-ci ne bravent plus aucun interdit et dénotent même d'un certain conformisme, viennent de personnes entièrement mues par une foi et une raison sociales. L'antichristianisme de Nitche ou de Maurras a le mérite d'être clair : il est fait pour servir la société. Si Shakespeare démasque aussi brutalement les "rois très chrétiens" d'Angleterre, c'est sachant cette vérité constante que ce sont toujours les élites qui sont intéressées au premier chef par le maintien de l'ordre social, ici et maintenant. Le temps présent est le pré carré où jouissent les élites, pendant que le peuple se nourrit de fantasmes et de lendemains qui chantent.

Au stade capitaliste où nous sommes, époque de maîtres irresponsables de leurs esclaves, l'apologie de la jouissance sans entrave remplace avantageusement celle de la souffrance et du sacrifice, puisqu'elle aboutit au même résultat, à une frustration aussi douloureuse que le travail du paysan ou de l'ouvrier.

Commentaires

  • On remarquera que le Christ lui-même demanda au Père s'il était nécessaire d'endurer telle souffrance.

    D'un point de vue "juivo-romain", la souffrance consentie du Christ est perçue, encore aujourd'hui, comme un aveu de faiblesse fondateur, alors qu'elle est un évènement totalement hors-cadre de toute transposition sociologique. La non-violence que Dieu réclame à ses fidèles est un acte de foi nécessaire à l'accomplissement du salut, non un masochisme stérile et bigot.

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