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Mon Journal de guerre

  • La bibliothèque des Gilets jaunes

    J'entends d'ici les ricanements : - Mais quel naïf, les Gilets jaunes sont majoritairement des employés, des agriculteurs ou des ouvriers qui n'ont pas le temps de lire !

    La question de qui lit quoi, en France, a toujours été compliquée. Le mouvement des Gilets jaunes a engendré une vingtaine de "médias citoyens", indépendants des appareils politiques et de l'oligarchie française, dont l'audience n'est pas ridicule. E. Macron et ses soutiens oligarchiques ont fait naître une opposition contre eux, plus jeune et plus radicalisée que les partis institutionnels. Le mouvement s'est politisé dans le meilleur sens du terme.

    On ne s'attend pas, bien sûr, à ce que les livres aient autant de lecteurs que les vidéos Youtube ont d'auditeurs ; je suis de ceux qui pensent qu'ils ont un impact plus profond.

    Mon bouquin sur Orwell et les Gilets jaunes est d'ailleurs conçu pour réduire le temps de lecture des Gilets sous pression. J'ai en effet essayé de résumer certains essais utiles, de pointer leurs points forts et leurs faiblesses. En ce qui concerne "1984", il s'agissait pour moi de montrer la portée de cet ouvrage. Le cinéaste Raoul Peck qualifie "1984" de "boîte à outils" : c'est toujours mieux que d'assimiler "1984" à la science-fiction, qui est un genre puéril.

    Orwell est devenu en peu de temps une référence citée par les idéologues de tous bords. Ma méthode pour discerner le véritable Orwell : le comparer à Aldous Huxley, dont il reprend une quinzaine d'années plus tard la critique du monde en proie au totalitarisme, tout en s'en démarquant sur certains aspects. Orwell n'est pas victime du préjugé (typiquement libéral), selon lequel la démocratie est un régime "pacificateur" des passions humaines. Non seulement Orwell tient le droit international pour une immense hypocrisie, à l'instar de K. Marx, mais on peut dire que "1984" déconstruit entièrement le mensonge du droit international.

    DANS LA BIBLIOTHEQUE DU GILET JAUNE : 

    1. "1984"

    Le Gilet jaune qui s'est retrouvé confronté à une horde de CRS à visage inhumain ne peut manquer de trouver en lisant "1984" un écho à la stupéfaction qui fut la sienne de se trouver désigné par les institutions comme l'ennemi public n°1. Pourquoi le char de l'Etat, près de la place Tian'anmen, reçoit finalement l'ordre de ne pas broyer le corps du manifestant suicidaire qui lui barre la route ? Le Gilet jaune trouvera dans "1984" la réponse à cette question, qui est la même que : - Pourquoi la police d'Etat française préfère éviter de tirer à balles réelles sur les Gilets jaunes ?

    2. "Brave New World"

    "Brave New World" est précurseur de la critique du totalitarisme par Orwell. Il répond seulement à une question existentielle plus précise (ignorée par pratiquement tous les sociologues-économistes-démographes en blouses blanches du XXe siècle) :

    - Pourquoi l'assignation à l'homme d'un bonheur standardisé par les pouvoirs publics est-elle un nazisme pire que le nazisme ?

    3. "Bullshit Jobs" par D. Graeber

    L'économiste David Graeber, figure du mouvement "Occupy Wall-Street", fournit ici une explication socio-économique de la grève générale des Gilets jaunes, l'année même où cette grève a eu lieu. Il discrédite donc 99% des politologues et économistes français. Le décalage, ou plutôt l'avance de D. Graeber sur ses confrères, s'explique par le fait que l'onde de choc du krach financier de 2008 a été atténuée en Europe. En même temps qu'ils sortent plus vite de la crise, les Etats-Unis y plongent plus brutalement. Les propagandistes de droite, en France, ne retiennent de ce phénomène que ce qui les arrange (la sortie de crise), tandis que les propagandistes de gauche, sociaux-démocrates, ne retiennent que le "filtre", c'est-à-dire ce qui atténue la violence de la crise capitaliste. D. Graeber propose donc un diagnostic économique non-partisan et non-clientéliste. A bien des égards la crise économique en France ressemble à celle qui sévit aux Etats-Unis, ce qui peut expliquer qu'E. Macron et D. Trump se ressemblent beaucoup sur le plan du "marketing politique". La politique thatchérienne (avortée) d'E. Macron s'avançait masquée derrière des slogans du type "Make France Great Again". 

    4. "La lutte des classes en France au XXIe siècle" par E. Todd

    L'intérêt de cet ouvrage, par rapport au précédent, est qu'il est plus franco-français. Il se penche sur des questions économiques similaires, comme celle de la subordination économique de la France à l'Allemagne dans le cadre de leur union monétaire 2000-2020.

    On ne peut rétablir une république (contre le régime oligarchique infâme actuel), suivant le voeu des Gilets jaunes politisés, tout en ignorant la situation économique du pays. Une telle ignorance a conduit à deux "coups d'épée dans l'eau" : le brexit des Anglais, et l'élection en 2015 en Grèce d'un candidat hostile aux directives économiques de Bruxelles.

    Cet ouvrage, conçu par son auteur pour soutenir la révolution des Gilets jaunes, est donc, d'une certaine façon, un remède à l'utopie. Cependant il présente un "angle mort", contrairement à "1984" : il ignore ou sous-estime, en dépit de son titre, le rôle joué par l'Etat-providence dans la lutte des classes depuis 1950.

    5. "Le Capital", par K. Marx (1895)

    Le capitaliste ordinaire estime que l'économie capitaliste est un phénix qui renaît de ses cendres, non sans causer au passage un certain nombre de "dommages collatéraux" ; comme ils ont une gueule de dommage collatéral, les Gilets jaunes ont des raisons de s'intéresser à K. Marx -démolisseur de la théorie du phénix-, que d'autres n'ont pas ; est-ce que la croisière du "Titanic" n'est pas beaucoup plus saumâtre pour les passagers de 3e classe ?

    K. Marx a exprimé le regret, à la fin de sa vie, de n'avoir pas été capable d'exprimer ce qu'il dit dans son "Capital" (inachevé) sous une forme "balzacienne". Ce regret est exacerbé par le constat désolé par Marx de l'enfermement du socialisme français dans une démarche de revendication syndicale, qu'il savait vouée à l'échec et au déshonneur, compte tenu de la mondialisation.

    G. Orwell est sans doute le romancier qui exprime de la façon la plus "balzacienne" l'état de la lutte des classes au stade de la mondialisation, après deux guerres mondiales reflétant l'hubris industrielle du Capital. Le miroir que Balzac tendait à la société du XIXe siècle n'était pas plus flatteur que celui qu'Orwell tend à notre monde "post-moderne".

    Si l'on veut comprendre l'esprit du "Capital" en une seule phrase, pourquoi Marx adhère autant à l'exposé de Balzac, on doit comprendre que Marx oppose à la démarche théorique, quasiment mathématique des économistes libéraux, une démarche empirique. On peut dire que Marx est le dernier empirique, dans une époque en train de glisser dans le mysticisme de la théorie et du concept.

    Je propose dans mon essai une approche simplifiée de l'économie capitaliste et du retour au chaos qu'elle entraîne, à travers l'examen du sport de compétition, axé sur la performance (chapitre intitulé : le Dopage légal). L'illusion que le sport de compétition est du sport, et l'illusion que l'économie capitaliste est une économie, sont exactement la même illusion.

  • Sur un débat Zemmour contre Bayrou

    Mettre fin à un régime stérile de plaideurs doit être la première motivation de la révolution des Gilets jaunes.

    L'élection présidentielle est loin d'être un processus "légal" : à juste titre F. Mitterrand discernait dans la Ve république un régime de coup d'Etat permanent : les médias de masse interfèrent beaucoup trop dans le processus électoral pour qu'il soit "légal". La manipulation des masses, prônée par Goebbels, est bien trop antirépublicaine pour que l'on puisse dire ce processus "républicain".

    La dernière chose que l'on peut reprocher au capitaine du "Titanic" E. Macron est de s'affranchir du "débat démocratique", dont il sait parfaitement qu'il n'est rien d'autre qu'une diversion. Les Gilets jaunes ne peuvent pas se permettre d'être plus naïfs que le capitaine qui les traite en passagers imbéciles : les illusions dont se nourrissent les citoyens d'un régime totalitaire constituent une large part du pouvoir de l'Etat profond.

    Moins un candidat à l'élection présidentielle a de chances d'être élu, plus il est susceptible d'être sincère et de s'écarter du discours démagogique. L'élection d'un homme providentiel, qu'il s'agisse d'E. Macron ou D. Trump, est le signe qu'ils ont su frapper un grand coup démagogique.

    Avec Zemmour et Bayrou, on est en présence de candidats dont les chances d'être élus sont minimes. L'Etat profond a plus ou moins adoubé Marine Le Pen et J. Bardella, ce qui n'est pas le cas d'E. Zemmour (le lobby pro-Israël a même appelé à voter contre lui, probablement en raison de son hostilité à l'Ukraine) ; on ne peut pas dire que les chances de F. Bayrou sont nulles en revanche : le système n'a rien à craindre de lui ni de son discours - sa démission fut un calcul électoral. Bayrou parle la langue de bois couramment. Le marketing politique n'est pas une science exacte, et Bayrou comme Hollande ou Villepin s'efforce de paraître crédible.

    Dans le débat organisé par "Le Figaro" récemment, entre F. Bayrou et E. Zemmour, il va de soi que Zemmour est le faire-valoir de Bayrou.

    Ce type de débat n'a en principe aucun intérêt : il relève de la parade amoureuse face à l'électorat transi. Seuls les Français persuadés que les débats d'idées font avancer les choses s'intéressent à ce type de débat.

    Je me suis intéressé néanmoins au débat Zemmour/Bayrou pour une raison précise : ces deux débateurs ont en commun de se piquer d'Histoire ; ils prétendent articuler leurs discours politiques respectifs avec l'Histoire de France. Les discours d'E. Macron s'articulent avec le football et la mystification laïque du Panthéon, caractéristique de l'Histoire ramenée au niveau de la religion.

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  • Je n'ai pas d'ami comme toi...

    Dans un téléfilm australien, un prêtre catholique fait l'éloge de l'adolescence comme d'un âge où règne l'égalité, propice à la fraternisation. Il s'agit là d'une opinion utopique pédérastique (platonicienne).

    En ce qui me concerne j'ai fréquenté à l'adolescence des bandes de garçons assez hiérarchisées et strictement sexistes ; la fréquentation des filles était perçue comme un signe de faiblesse, et ceux qui ne pouvaient se passer d'avoir une ou plusieurs petites amies les tenaient soigneusement à distance du groupe. Bien sûr la hiérarchie n'était pas très stable ; la force physique et l'astuce sont, à cet âge, deux sources d'inégalité.

    Les bandes de filles n'étaient pas plus tolérantes vis-à-vis des garçons, à l'exception des plus efféminés d'entre eux, qui ont le don de plaire aux filles (sur le plan moral).

    On ne peut pas parler d'amitié entre ados au sens philosophique du terme "amitié", célébré par Montaigne et La Boétie, car un adolescent, qui ne se connaît pas lui-même, n'a aucune chance de comprendre celui qu'il appelle son copain ou son pote. Le terme de "symbiose" me semble plus juste pour parler de l'amitié entre adolescents.

    Depuis la fin de mon adolescence, je n'ai pour ainsi dire pas connu l'amitié. Au stade totalitaire, il faut dire qu'elle est presque impossible car, comme le montre Orwell, Big Brother interfère dans toutes les relations sociales, de sorte que quand un couple copule, l'Etat est présent dans le lit conjugal. Le "mariage gay" est une union bénie, non plus par le curé mais par l'Etat. Les marginaux ? Les personnes qui vivent en marge sont souvent les plus dépendantes de l'Etat. Julia et Winston Smith, dans "1984", représentent la lutte du pot de terre de l'anarchie contre le pot de fer de l'Etat ; leur démarche est suicidaire.

    Jeune adulte, avant de saisir les répercussions du capitalisme sur le contrat social, j'ai fait une expérience qui a changé ma façon de voir l'amitié. Par politesse, j'ai accepté l'aide d'un type qui se proposait de m'aider à diriger un camp de vacances pour ados. J'ignore s'il me trouvait sympathique, ou bien si la perspective d'un camp de vacances à la montagne le motivait ? En ce qui me concerne je ne le trouvais pas sympathique du tout ; il m'avait pris par surprise, mais je me fis le reproche de m'être condamné à sa compagnie et son manque d'esprit. Nous n'avons pas sympathisé, mais j'ai pu compter sur ce type de la première minute à la dernière, ce qui m'a semblé a posteriori beaucoup plus important. Il m'a donné une bonne leçon, et je tiens depuis lors la sympathie en suspicion.

    L'Etat capitaliste remplace entièrement la confiance entre les individus par l'argent. Il n'y a conséquemment, dans le "Brave New World" d'A. Huxley, pas de relations sexuelles "exclusives" : elles sont socialement injustifiées, liées à une conception bourgeoise périmée de la propriété. La liberté totale des moeurs des alphas n'est possible, dans cette fiction, qu'en raison du conditionnement et de l'esclavage des epsilons. John le Sauvage, qui a reçu une éducation tribale archaïque, ne peut pas le comprendre, et il finit par se suicider pour échapper à ce monde où il n'a pas sa place.

    L'amitié entre K. Marx et F. Engels a ceci de particulier qu'elle a pour cadre un combat politique commun. Marx aurait pu se passer de se marier et de procréer, mais il n'aurait pas pu affronter l'Etat bourgeois seul, sans le soutien et l'aide d'Engels.

    Hamlet a été trahi par sa fiancée et deux de ses amis, qu'il accuse d'avoir essayé de l'entuber ; il lui reste cependant un ami fidèle, Horatio. Jésus-Christ n'a pas d'amis, il n'a que des fidèles plus ou moins fidèles.

  • Sur la Gérontocratie

    L'aspect gérontocratique de la Ve République apparaît nettement sous le mandat d'Emmanuel Macron, paradoxalement le plus jeune président représentant ce régime bonapartiste maquillé en démocratie. Je dis "maquillé", car le bonapartisme effectif est la source de très nombreux malentendus depuis que le destin de la France a été uni par ses dirigeants à la fin du XXe siècle à celui de l'Allemagne, dans le cadre d'une union monétaire, et suivant un modèle politico-économique inspiré des Etats-Unis.

    Un exemple de malentendu : - on reproche aux Français musulmans leur tendance au communautarisme ; si celui-ci est peu conforme au régime d'intégration laïc-bonapartiste français (dont le principal outil est l'Education nationale au XXe siècle), en revanche le régime communautaire est conforme au modèle états-unien imité par l'Union européenne. On pourrait multiplier les exemples, et plus on les multiplierait, plus on s'apercevrait que le Conseil constitutionnel dissimule la volonté arbitraire d'une petite élite. L'union européenne n'a d'ailleurs pas le vent en poupe ; la communauté musulmane subit indirectement le rejet du système technocratique bruxellois. Les Gilets jaunes étaient bien inspirés de viser la tête de l'Etat, responsable de la crise économique au sens très large.

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  • Contours et structure de l'Etat profond

    Comme je l'ai déjà indiqué ici, le démantèlement de l'Etat profond devrait être un objectif commun aux Gilets jaunes libéraux et socialistes. La technocratie au pouvoir veut occulter la voie d'eau, écoper et repartir de plus belle. Il semble plus raisonnable d'abandonner le projet européen avant qu'il ne soit trop tard.

    Le clivage droite/gauche, dont le dynamisme est une pure pétition de principe, est avant tout un moyen de diviser la classe moyenne. Le parlement français n'est, depuis 1958, qu'une chambre d'enregistrement des lois conçues par le pouvoir exécutif centralisé - mais il a une fonction sournoise qui consiste à entretenir les divisions au sein de la classe moyenne.

    Certains l'ont déjà oublié, mais E. Macron s'est fait élire en 2017 sur des promesses et slogans analogues à ceux de D. Trump, à peine moins "antisystème". Ses adversaires lui ont reproché d'abolir le clivage droite-gauche, dont ils savent parfaitement qu'il est un instrument de division et de contrôle social. La grève générale des Gilets jaunes a transformé le chef de l'Etat en factotum de l'Etat profond, soutenu à bout de bras par un système qu'il avait promis de réformer.

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  • Sur une erreur d'Orwell

    ...une erreur, ou plus précisément une ambiguïté. Je n'ai pas jugé bon d'en parler dans mon essai sur "Orwell et les Gilets jaunes", pour ne pas compliquer le propos. En revanche j'explique dans un chapitre pourquoi le langage mathématique, la géométrie algébrique est, au stade totalitaire, un équivalent de la Novlangue.

    Orwell étant athée, il ne conçoit pas la Vérité, à la manière des chrétiens, comme le but vers lequel les chrétiens doivent progresser. La vérité HISTORIQUE est celle à laquelle Orwell manifeste le plus son attachement ; on peut le déduire de sa critique drastique du roman ou du récit national, c'est-à-dire d'une présentation biaisée des faits historiques au service de l'Etat moderne (Big Brother). Le point de rupture d'Orwell avec le communisme soviétique se situe là. Il faut dire que, du point de vue marxiste, l'Histoire est le meilleur remède à l'utopie.

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  • La prise du pouvoir par les Gilets jaunes

    L'action politique est souvent réduite à la "prise du pouvoir" légale ou révolutionnaire. Précisons ici que la légalité bourgeoise constitutionnelle est opposable au peuple et non à la bourgeoisie française elle-même ; pour ainsi dire la "révolution" est la propriété intellectuelle de la bourgeoisie, comme le "droit divin" justifiait la monarchie d'Ancien régime.

    La réaction des têtes pensantes de la bourgeoisie en 2018, est édifiante : alors même que le mouvement des Gilets jaunes n'avait pas d'objectif révolutionnaire déclaré (quoi qu'il ait mis "de facto" en péril l'Etat profond), les représentants de la bourgeoisie ont privé les Gilets jaunes du droit de se dire "révolutionnaire" ou de se réclamer de l'une ou l'autre des révolutions françaises ! L'effort des médias a été pour ramener le mouvement des Gilets à une jacquerie d'employés mécontents.

    En réalité, les révolutionnaires ne prennent pas le pouvoir, celui-ci trébuche et tombe du fait de sa corruption et de son incapacité.

    La révolution bolchévique ne s'inscrit pas dans la logique révolutionnaire marxiste, car l'empire Romanov à l'agonie n'est pas un régime bourgeois capitaliste, mais une organisation quasi-médiévale. Lénine n'a rien fait pour faire tomber les Romanov ; il est le premier surpris car il ne pensait pas l'empire russe aussi profondément miné.

    L'action politique de Lénine est le journalisme et, pour résumer son but, l'enseignement de l'Histoire en lieu et place du catéchisme et de la métaphysique bourgeoise. Lénine ne le savait peut-être pas lui-même, mais c'est exactement ce que fait Shakespeare avec ses tétralogies historiques, avec une habileté pour ainsi dire diabolique, à travers le prisme du divertissement ; cela revient pratiquement à utiliser le goût de l'être humain pour le mensonge (la fiction) afin de l'attirer vers la vérité. Dès la fin du XVIe siècle, Shakespeare définit le brouillard idéologique comme un obstacle à l'action politique.

    Puis l'action politique de Lénine est la direction du parti bolchévique, c'est-à-dire la tête du nouvel Etat russe pendant une poignée d'années, dans des conditions très éloignées du préalable posé par Lénine au démantèlement de l'Etat : le refus du prolétariat européen de se laisser entraîner dans une guerre industrielle et coloniale.

    On peut reprocher à Lénine (certains l'ont fait) d'avoir compromis le marxisme dans une révolution opportuniste, quand bien même la plupart des conditions permettant l'émancipation du peuple n'étaient pas réunies. Néanmoins Lénine conçoit bien l'action politique, selon Marx, comme une action prométhéenne, dirigée par conséquent contre les forces du destin ou de la providence, auxquelles sont soumis les êtres "sociaux", incapables de se révolter contre la condition humaine.

    A l'opposé, le philosophe réactionnaire Nietzsche accuse Jésus-Christ et les prophètes juifs d'avoir inculqué à l'humanité le goût de se révolter contre la condition humaine, à l'opposé du bouddhisme, conçu "a contrario" pour la faire accepter "jusqu'à la lie". Ce philosophe ennemi de l'Histoire n'est pas loin de toucher du doigt la contradiction de sa doctrine, puisque l'effort du clergé au Moyen-âge consiste largement à faire passer le christianisme pour un bouddhisme et à idéaliser la condition humaine à travers la figure de Jésus-Christ.

    Au stade totalitaire où nous sommes entrés dès 1914, ce qui a permis à certains essayistes de proposer des descriptions assez précises entre les années 1930 et 1950, on peut dire que l'action politique, au sens grec, shakespearien ou marxiste-léniniste du terme, a été anéantie par le "process technocratique". On peut se demander en quoi Hitler est un homme d'action ? Il n'est pas responsable de la chute de la république de Weimar, qui crée les conditions de son ascension politique. Tout le talent d'Hitler consiste à jouer le rôle d'interface crédible entre les cartels capitalistes et le prolétariat allemand, afin d'éviter une révolution prolétarienne. L'homme providentiel est donc l'homme d'un système, sa figure de proue. Le talent d'Hitler, souligné par A. Huxley, est principalement un talent de mise en scène. C'est sans doute une constante dans l'histoire du totalitarisme : les aspects ridicules, souvent grandiloquents, de tel ou tel démagogue, sont imperceptibles par ceux qui lui vouent un culte.

    L'anéantissement de l'action politique est décrit aussi par Orwell sur le plan de l'éthique, ce qui a le don de rendre cet anéantissement effrayant, tout en élucidant le dispositif des "élites Epstein" mis à jour par les MAGA. De façon simple à comprendre, quand l'homme n'est pas un animal politique, il redevient un animal tout court, et cela est effrayant selon Orwell car la bête humaine tient les rênes du pouvoir. "Le libéralisme est pire que le nazisme", ajoute Huxley, car le nazisme n'a pas eu le temps de s'installer dans le temps. Diverses formules du darwinisme social (spencérisme) se sont substituées à l'éthique, au stade totalitaire technocratique.

    Les théoriciens réactionnaires ont vu dans la démocratie elle-même le principe de l'anéantissement de l'action politique. Ce faisant, ils n'ont fait que conforter le point de vue technocratique et le gouvernement arbitraire d'une petite caste ; c'est à peu près à quoi se résume le gaullisme entre 1958 et 1981.

    Bien plus qu'elle ne représente une révolution industrielle, l'intelligence artificielle représente le triomphe de l'automatisation sur l'action politique. Immédiatement après avoir affiché sa volonté de combattre le capitalisme financier des fonds de pension et de restaurer l'industrie, Donald Trump a annoncé 600 milliards d'investissements dans l'iA, ce qui trahit son inconséquence économique (et plus encore, sans doute, celle de ses électeurs).

    L'aptitude des robots au bonheur est plus grande que celle des êtres humains, dirait Huxley, et c'est ce qui en fait des êtres supérieurs dans le contexte totalitaire, où le bonheur joue le rôle de la métaphysique.

    Il n'y a donc rien de moins évident que la notion d'action politique au stade totalitaire ; elle est le plus souvent assimilée à la conquête du pouvoir, ou à l'exercice du pouvoir suivant un process technocratique, dont l'histoire enseigne qu'il ressemble beaucoup à la croisière du "Titanic" : quand l'étrave vient heurter l'iceberg, tout le monde est responsable de ce qui vient de se passer, mais personne ne sent coupable en particulier.

  • Pourquoi les hommes ont peur des femmes ?

    Avant de répondre à cette question, en ce qui me concerne et de façon plus générale, observons que la culture moderne véhicule la peur des hommes et non celle des femmes, présentées comme des êtres inoffensifs et purs.

    Huxley et Orwell, en montrant que l'éthique totalitaire est puritaine, qu'elle soit communiste ou démocrate-chrétienne, fournissent l'explication de l'inculpation systématique des hommes par la culture étatique totalitaire. L'homme incarne le péché de jouissance, antisocial au stade totalitaire. John Le Sauvage est triplement 1. un homme ; 2. inassimilable au Meilleur des Mondes ; 3. un "loser". Sa mère est au contraire inconsolable d'avoir coupé le cordon avec la matrice totalitaire et le confort qu'elle procure aux citoyens "alphas".

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  • A propos du féminisme de K. Marx

    Le féminisme au XXIe siècle a perdu toute signification univoque, comme le vocabulaire politique dans l'ensemble. On entend parfois (curieusement) certaines féministes se réclamer de Karl Marx.

    La sociologie assez sommaire de Marx et Engels se borne à démontrer que les cultures archaïques sont "sexistes", c'est-à-dire qu'elles reposent sur la division du travail, sa répartition entre les deux sexes. Les femmes peuvent même être propriétaires de leur progéniture dans le cas des barbares Vikings, dont l'économie repose sur le viol et le pillage. Marx et Engels prennent cet exemple pour montrer que le dispositif juridique reflète le dispositif économique.

    Selon Marx la culture grecque antique n'est pas une culture "archaïque", mais "philosophique", ce qui signifie qu'elle s'élève au-dessus de la condition humaine et de la survie. Le mépris de Marx pour la philosophie romaine est connu. Les Romains imitent les Grecs sans les comprendre, un peu comme la Chine imite au XXe siècle l'Occident capitaliste.

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  • Pourquoi les femmes...

    ...tolèrent elles mieux le totalitarisme ?

    Il s'agit là, bien sûr, d'une généralité : la politologue Hannah Arendt est l'exception qui confirme la règle. La vocation de cette essayiste allemande naît du constat que le XXe siècle totalitaire repose sur la mort de l'action politique ; celle-ci n'est plus qu'un "process", Eichmann un rouage de la machine d'Etat. Même constat de la part d'Huxley, Orwell, et d'autres essayistes secondaires.

    Les femmes (les "suffragettes") se situent ordinairement au niveau de l'idéologie plutôt que de l'action politique, à l'instar de George Sand, qui pissait la copie "socialiste" presque comme elle respirait. Le principe égalitaire sur lequel s'appuie la revendication féministe a transformé très vite le féminisme en accessoire de l'idéologie libérale.

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  • Demain la guerre civile ?

    On peut estimer que les Etats-Unis sont au bord de la guerre civile. Non plus entre propriétaires fonciers du Sud et industriels du Nord (1861-1865), mais entre l'Etat profond et la classe dite "moyenne" cette fois. Il faut rappeler qu'à chaque crise économique majeure, les Etats-Unis ont frôlé la guerre civile. Le dollar joue en effet aux Etats-Unis à peu près le rôle stabilisateur rempli par l'Etat-providence en Europe. La crise économique peut, pour cette raison, précipiter rapidement cette nation où les armes circulent librement dans le chaos.

    L'élection de D. Trump intervient huit ans seulement après le krach financier de 2008. Dix-huit ans plus tard l'Etat profond français, et plus largement la superstructure technocratique européenne, résistent toujours, même si les Gilets jaunes représentent une très sérieuse alerte et que le parti allemand anti-européen AfD est aux portes du pouvoir.

    La différence entre les méthodes de répression policière états-unienne et française reflète exactement la différence entre les deux sortes de capitalisme en vigueur des deux côtés de l'Atlantique. Le capitalisme sans filtre et le capitalisme avec filtre. Aucune des deux n'est supérieure à l'autre : le filtre étatique social-démocrate retarde le cancer, mais il le dissimule aussi.

    La politique impérialiste d'intervention en Irak, puis en Afghanistan, puis en Ukraine, puis au Moyen-Orient, n'est pas dans l'intérêt de la classe moyenne, mais seulement des états-uniens qui vivent aux crochets de l'Etat ; ils se situent tout en haut de l'échelle... ou tout en bas, suivant la stratégie clientéliste du parti démocrate vis-à-vis des minorités (ethniques, religieuses, sexuelles...). La révolution MAGA est bien une révolution libérale "tocquevillienne" dans la mesure où elle vise à renverser "l'aristocratie de l'argent".

    Il faut ajouter Israël parmi les actionnaires de l'Etat profond états-unien ; Israël est en effet tributaire de l'aide militaire du Pentagone depuis sa création. Le blitz de D. Trump sur l'Iran peut paraître incohérent, au regard de la volonté isolationniste de son électorat, qui se divise désormais à propos de cette décision. Cependant, tant que les Etats-Unis se contentent de bombardements aériens (assez inefficaces), D. Trump peut encore convaincre son électorat que son intervention se limite à une "opération spéciale" limitée dans le temps.

    Un échec aux élections du mois de novembre prochain, qui mettrait fin au programme de réforme économique de D. Trump, rapprocherait sans doute encore un peu plus les Etats-Unis de l'impasse politique, cause de guerre civile. On peut observer, à l'occasion de cette crise politique, que l'armée et la police aux ordres de D. Trump n'ont pas une fonction plus "régalienne" que la police ou l'armée de l'Etat soviétique (Huxley et Orwell sont justifiés de poser l'équivalence de ces régimes, formatés par leurs politiques impérialistes).

    Sur le continent européen, le Royaume-Uni paraît plus proche de la guerre civile que la France. L'Etat profond britannique résiste encore, mais il a usé trois premiers ministres en six ans, dont les prérogatives sont équivalentes de celles de notre chef de l'Etat (confronté pour sa part à une opposition-fantôme). Le Brexit a échoué, de l'avis même des "brexiters", à réguler l'immigration et le commerce. Le Royaume-Uni combine crise économique et effondrement des services publics, volontairement minés par la politique thatchérienne à la fin du XXe siècle. Ces services publics contribuent au maintien relatif de l'ordre public en France.

    Les Gilets jaunes qui entendent restaurer un régime authentiquement républicain contre un Etat profond surendetté et vassalisé par l'Allemagne ont toutes les raisons de considérer les prochaines élections présidentielles avec défiance, pratiquement comme une manoeuvre de diversion dans laquelle l'oligarchie joue sa survie ; non seulement ces élections sont conçues pour procurer une légitimité à une bande de technocrates en roue libre, mais encore elles ont pour but de fracturer idéologiquement la classe moyenne au maximum : à cette seule fin les oligarques français entretiennent un clergé médiatique pléthorique.

    Encore une raison pour les Gilets jaunes de se méfier des présidentielles : le succès électoral de D. Trump est un succès en trompe-l'oeil. Seul un mouvement révolutionnaire large peut démanteler l'Etat profond (dont le poste de commandement est à Bruxelles et non à Paris), comme le parti MAGA n'est pas parvenu à le faire.

  • Marx contre Freud

    L'essayiste slovène Slavoj Zizek combine la critique marxiste et la psychanalyse freudienne. C'est le signe qu'il méconnaît l'une et l'autre, car la critique marxiste sape le fondement scientifique de la psychanalyse. Combiner deux sciences n'est pas condamnable en soi, encore faut-il qu'elles ne se contredisent pas sur des points cruciaux.

    Il y a bien au coeur de l'économie capitaliste une détermination "inconsciente" selon K. Marx, un processus "aliénant", mais ce processus relègue le schéma "oedipien". A propos de l'Etat bourgeois, K. Marx parle de "superstructure familiale" ; l'Etat bourgeois, sécularisé, s'est emparé de la psychanalyse et de la psychiatrie, plus largement, comme d'un outil de conditionnement.

    Du point de vue marxiste, S. Freud n'est pas un penseur "prométhéen" - et il ne prétend d'ailleurs pas l'être.

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  • La Police de la Pensée en flagrant délit !

    Le projet de loi Yadan (du nom de la députée qui en a assuré la promotion) a le mérite de faire surgir l'Etat profond, non plus sous forme d'une répression policière, comme pendant la grève générale des Gilets jaunes, mais cette fois sous la forme de la police de la pensée.

    Conçu pour restreindre encore un peu plus la critique de la politique d'expansion israélienne, l'assimiler à l'antisémitisme, ce projet de loi n'a rien à voir avec les Juifs, la lutte contre l'antisémitisme, ou même le projet sioniste : il correspond exactement à la description que G. Orwell fait de la police de la pensée dans "1984". La caractéristique menaçante de l'éthique totalitaire selon Orwell est son arbitraire. Autrement dit, elle peut être philosémite un jour et antisémite le lendemain : seu le but de censure compte. Il ne faut pas s'étonner que les personnes inculpées pour antisémitisme continuent d'être accusées d'antisémitisme, quand bien même elles ont été disculpées par un tribunal.

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  • Le combat des médias citoyens

    La première vague des Gilets jaunes a été repoussée en 2019 sans ménagement par la garde prétorienne de 35.000 CRS protégeant l'appareil d'Etat centralisé... à quoi il faut ajouter une police secrète de 2.000 ou 3.000 policiers qui s'efforcent de contrecarrer les manifestations "en amont", en arrêtant les leaders, en exerçant des pressions sur eux, ou en obtenant la dissolution de groupes Facebook (dont un très important de plusieurs centaines de milliers de membres en 2020).

    Il ne faut pas céder à la mythomanie de la prise du pouvoir par la rue. La chute du monarque ne suffirait pas à rétablir ipso-facto une république, pas plus que le Brexit n'a permis aux Britanniques de retrouver l'indépendance et une marge de manoeuvre politique vis-à-vis de Bruxelles.

    L'élection par les MAGA de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis -contre le système- conforte ceux qui pensent pouvoir mettre au pas l'Etat profond par la voie légale. C'est oublier qu'un gouvernement oligarchique échappe justement au cadre légal, bien qu'il se cache autant que possible derrière le paravent de la légalité constitutionnelle. L'oligarchie s'accorde avec la formule technocratique dans la mesure où celle-ci s'écarte de l'exercice du pouvoir républicain. Il n'est pas rare d'entendre les dirigeants capitalistes faire l'éloge de l'efficacité du régime chinois.

    Pour plusieurs raisons les "médias citoyens" représentent le prolongement du mouvement des Gilets jaunes le plus utile. D'abord parce que, comme on l'a vu au cours du confinement sanitaire, les médias de masse représentent la courroie principale de transmission du pouvoir oligarchique. Les oligarques ne sacrifient pas chaque année quelques dizaines de millions d'euros pour le plaisir d'informer l'opinion publique, mais bien pour prendre part à l'Etat ; leurs médias sont des armes de sidération massive, particulièrement délétères dans la mesure où ils contribuent à abuser l'opinion publique, en particulier dans les domaines économique et industriel. Les candidats à la présidentielle n'existent qu'à travers ces médias, à l'exception de J.-L. Mélenchon qui a choisi de jouer la carte jouée par D. Trump en 2016.

    On constate par ailleurs que les journalistes citoyens, plus ou moins improvisés, et qui pour la plupart désignent les médias de masse comme leurs ennemis, sont nettement plus jeunes, entre 30 et 45 ans, que les journalistes-employés de l'oligarchie pour qui le journalisme est une rente de situation.

    Les médias citoyens travaillent donc à faire sauter le verrou médiatique plus utilement que les utopistes qui conçoivent sur le papier une VIe république parfaite.

    Je compte environ une vingtaine de ces médias indépendants, dont les audiences oscillent entre quelques centaines de milliers d'auditeurs et un million, suivant les émissions et les thèmes abordés. Ce calcul est approximatif en raison de la pluralité des canaux de diffusion (Youtube, podcasts, Facebook...). La preuve qu'ils visent juste est la réaction de Big Brother, qui s'efforce de reprendre le contrôle des réseaux sociaux américains sous divers prétextes, en mettant en place des moyens de censure plus efficaces, et si possible discrets.

    Je donne ci-dessous une petite liste non-exhaustive de ces "médias-citoyens", d'opinions politiques diverses mais dont l'objectif commun est d'élargir le champ de vision des citoyens français ; parmi mes critères de choix : une dissidence assumée, l'indépendance vis-à-vis des partis politiques en lice pour les présidentielles... Ici c'est un point important car la démagogie libérale de droite ou de gauche a pour fonction de transformer les problèmes politiques et sociaux, voire les faits divers, en arguments polémiques au service de discours publicitaires électoraux.

    Je me souviens d'avoir rencontré au début de son mandat de jeunes supporteurs naïfs d'E. Macron, conscients de l'effet néfaste du ping-pong idéologique droite-gauche ; ils m'avaient sollicité pour écrire dans leur publication (ce que j'aurais peut-être fait si j'avais été plus jeune et plus naïf). L'illusion de l'alternance gauche-droite est l'illusion de pluralisme.

    DIEUDONNE

    (En raison de la traque politico-judiciaire dont il fait l'objet depuis plus de dix ans, l'humoriste est la preuve vivante que l'Etat policier existe bel et bien. Dieudonné est au pouvoir mitterrandien ce que "Charlie-Hebdo" fut au pouvoir gaulliiste.)

    ELUCID

    (Olivier Berruyer invite des universitaires connaissant leur sujet, et sait leur poser les bonnes questions.)

    LE CANARD REFRACTAIRE

    (Jeune média citoyen indépendant - directement issu des Gilets jaunes).

    QG - LE MEDIA LIBRE

    (Issu d'une rupture avec LE MEDIA, organe mélenchonien - a gagné en indépendance). 

    IDRISS ABERKANE

    (Focalisé sur les conflits armés à travers le monde - un domaine casse-gueule où règne la désinformation, mais que les citoyens doivent s'approprier impérativement).

    LE MEDIA EN 4-4-2

    (Média soralien.)

    J.-M. JANCOVICI

    (Spécialisé dans les trafics bancaires de l'Etat profond depuis 2008).

    PRAXIS

    (Par le porte-parole des Gilets jaunes rouennais François Boulo, jeune avocat désillusionné par le fonctionnement de l'appareil judiciaire).

    FREQUENCE POPULAIRE MEDIA

    (Contenu éditorial proche d'ELUCiD et QG).

    TOCSIN

    (A prendre avec des pincettes car proche du RN).

    BLAST

    (A prendre avec des pincettes car proche de LFi).

    (Liste non exhaustive.)

    On peut estimer que le combat des médias citoyens contre les médias oligarchiques ressemble à la lutte du pot de terre contre le pot de fer, mais quelques millions de Français, plutôt jeunes, dont la conscience politique progresse contre les discours idéologiques propices à l'inertie, ce n'est pas négligeable dans un système qui repose largement sur le conditionnement. Le journaliste américain Nick Bryant, qui enquête sur le réseau Epstein (trentenaire) depuis une dizaine d'années, estime que 10% des citoyens états-uniens décidés à nettoyer les écuries d'Augias seraient suffisants.

  • Marx contre Proudhon

    Si la critique de l'économie capitaliste par Karl Marx s'est imposée comme la plus pertinente à l'échelle internationale, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) a conservé en France une certaine aura à laquelle le chauvinisme n'est sans doute pas étranger.

    Marx et Proudhon ont en commun d'avoir voué leur existence à l'émancipation de la classe ouvrière opprimée en élaborant un "socialisme scientifique", afin de dissiper les fictions et les chimères dont la bourgeoisie abreuve la classe ouvrière pour mieux la subjuguer. On mesure le danger que K. Marx représente au milieu du XIXe siècle à l'importance des moyens policiers déployés pour le surveiller à travers l'Europe et tenter de faire interdire ses articles, censés fonder une organisation politique révolutionnaire. Ce qui distingue le socialisme révolutionnaire de Marx et Lénine nettement de celui de Proudhon, c'est l'effort de Marx pour détruire l'utopie, notamment celle véhiculée par le mouvement anarchiste.

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  • Banalité du Nazisme

    Le propos d'Hannah Arendt sur la "banalité du mal" demeure subversif. Le propos d'Arendt n'est pas conforme au roman national tel qu'il est enseigné depuis la Libération, conçu pour diaboliser le régime nazi, tandis que H. Arendt s'efforce d'élucider le mécanisme ayant conduit à la barbarie des camps de travail.

    On ne peut manquer de remarquer que les deux partis qui dominent la scène politique française à la Libération sont des partis de gouvernement technocratique, à savoir le PCF et le parti gaulliste ; c'est même à peu près leur seul point commun. La conscience antitotalitaire s'est logiquement exprimée en "Mai 68" contre ces deux partis, sans produire de résultat politique. "Mai 68" n'a pas entamé la "société du spectacle" que ce mouvement dénonçait, ni la structure technocratique de l'appareil d'Etat gaulliste.

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  • La lutte des classes en 2026

    La social-démocratie (honnie par Marx et Lénine) oppose à la lutte des classes la dynamique de "l'ascension sociale" ; ce mécanisme politico-économique joue un rôle crucial dans le système social-démocrate. Marx, Lénine, mais encore Orwell, envisagent ce mécanisme comme un mécanisme contre-révolutionnaire. Big Brother est un Etat social-démocrate dans la mesure où il repose sur une forme de consensus social et non sur la contrainte policière, qui ne s'exerce que sur de rares dissidents.

    On peut même dire que le plan de "l'ascension sociale" est le plan mystico-religieux de la social-démocratie ; comme le paradis, l'enfer et le purgatoire, représentaient l'aspiration religieuse commune au Moyen-âge, l'ascension sociale représente l'aspiration commune. On parle ici de religion au sens social ou horizontal du terme (indiqué par le terme latin "religere", qui signifie relier). Quand Lénine parle de "métaphysique bourgeoise", il ne parle pas directement contre la métaphysique, mais contre une fiction religieuse prêchée pour le compte de la bourgeoisie.

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  • La vocation d'Hannah Arendt

    Dans mon bouquin sur "Orwell & les Gilets Jaunes", je m'étends peu sur l'étude du phénomène totalitaire par la politologue états-unienne Hannah Arendt en raison d'une erreur d'appréciation que George Orwell ne commet pas, et qui n'est pas sans conséquences.

    Leur vocation commune de penseurs politiques rapproche beaucoup Arendt et Orwell, cependant, et ils ont probablement beaucoup de lecteurs en commun. On sait que H. Arendt revendiquait le terme lourdingue de "politologue". Ils se rejoignent sur certains points importants. Ainsi, en définissant le totalitarisme comme un "process", Arendt rejoint le propos d'Orwell sur la "novlangue", véritable opération de sabotage du langage pour le réduire, justement, à un "process". Le but est que les citoyens d'Océania agissent et pensent en définitive comme des robots. Science sans conscience n'est qu'intelligence artificielle, pourrait-on dire à la suite d'Arendt et Orwell.

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  • Léon XIV au pied du mur

    Le pouvoir temporel de l'Eglise catholique romaine n'est plus depuis des siècles qu'un "soft power", c'est-à-dire un pouvoir de propagande, ce pouvoir que George Orwell qualifie de "mensonge totalitaire" et dont il montre qu'il cimente l'Etat moderne. Le "soft power" est aussi conçu pour justifier l'impérialisme. La propagande religieuse a pris au cours des XIXe et XXe siècle différentes formes séculières, dont le communisme étatique au XXe siècle, ou encore le cinéma hollywoodien. Dans ce dispositif séculier, l'Etat (Big Brother) occupe la place de Dieu.

    On peut prendre l'expulsion des jésuites par Louis XV en 1764 comme une date-clef en ce qui concerne le recul le pouvoir d'ingérence de Rome en France. Cette expulsion correspond à une opération analogue de la couronne britannique un siècle et demi plus tôt, facilitée par les tentatives de coups d'Etat fomentées par les jésuites. Le "France, fille aînée de l'Eglise", est un slogan catholique qui ne correspond à aucune réalité historique.

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  • Donald Trump machiavélique ?

    C'est la thèse de certains observateurs, en coulisse (c'est-à-dire à l'écart des plateaux télé des médias de masse). Quoi qu'elle soit peut-être partisane, cette thèse a le mérite de souligner la position dominante des Etats-Unis, malgré l'échec du "blitz" israélien sur Téhéran visant à renverser ses dirigeants. Elle n'est pas sans faire penser à la position dominante de V. Poutine, malgré la résistance de l'Ukraine et son échec à annexer tout ou partie de ce qu'il considérait comme une province russe. V. Poutine a fait plier les Etats-Unis, et il a désormais face à lui une Europe affaiblie et divisée comme jamais.

    Le blocage du détroit d'Ormuz pourrait avoir de graves conséquences économiques s'il perdurait ; l'Europe serait la grande perdante, puisqu'elle ne produit pas ou presque pas d'énergies fossiles.

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