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Mon Journal de guerre

  • Rendez à César...

    Contre la tentative pharisienne de certains théologiens catholiques romains (mais pas exclusivement) de légitimer l'ordre politique et social à l'aide du Nouveau Testament, qui selon les apôtres donne tout son sens à l'ancienne Loi de Moïse (devenue lettre morte à cause du clergé juif) :

    - Un homme pauvre comprendra aisément l'exhortation de Jésus-Christ à ne pas se faire le serviteur de deux maîtres et à se préoccuper d'abord de son salut ; en effet les pauvres n'ont pas part, sauf accidentellement, au gouvernement des hommes. Quant aux "simples en esprit", appelés aussi "bienheureux", ils restent insensibles aux flatteries démocratiques et perçoivent plus nettement leur caractère démagogique ou catastrophique (révolutions sanglantes au profit d'une caste nouvelle d'arrivistes).

    - La "démocratie-chrétienne" est la formule contemporaine de ce péché contre l'Esprit qui consiste à convoquer la parole de Dieu au service d'intérêts temporels ; la démocratie-chrétienne est une fiction juridique illustrée par les Etats-Unis - l'envers du décors est un régime ploutocratique qui scandalise une partie de l'humanité ; on ne pourrait concevoir de pire repoussoir, si toutefois les évêques de Rome et leur cour n'avaient déjà fourni l'exemple autrefois d'un éloignement radical de la parole divine qu'ils étaient censés promouvoir.

    - Fallacieux et saugrenu à la fois le raisonnement qui consiste à reprocher aux gouvernants de ce monde (unifié par l'argent) de manquer de respect à Dieu et aux Evangiles ; fallacieux parce qu'il contredit l'exigence formulée par Jésus-Christ à l'attention des pharisiens de ne pas confondre les choses spirituelles avec les choses humaines ou terre-à-terre qui relèvent de César (mariage, impôts, etc.) ; mais plus encore saugrenu ce raisonnement, car il légitime à la fois le césarisme et la rébellion contre le pouvoir civil.

    Jésus-Christ n'a pas interdit à ses disciples de se mêler de questions sociales ou politiques, pas plus qu'il ne leur a interdit de boire ou manger comme tout le monde, mais il leur a formellement interdit de s'en mêler en son nom ou celui de son père.

    Aucun auteur moderne n'a sans doute mieux traduit que Shakespeare dans ses tragédies la portée historique de cette transgression.

  • Darwin et le christianisme

    Commentaire d'un ouvrage de François Euvé, jésuite diplômé en physique et théologie, intitulé "Darwin et le christianisme" et sous-titré : "Vrais et faux débats" (2009, Buchet-Chastel).

    Comme je l'ai déjà exposé auparavant sur ce blog, l'idée que la science athée darwinienne renverse des convictions religieuses chrétiennes est un point de vue superficiel qui relève de la propagande ; l'instrumentalisation de la science, tout autant que l'instrumentalisation de la religion sont deux phénomènes (politiques) qui gênent l'examen de la foi chrétienne autant qu'elles perturbent le progrès de la science.

    Contemporain de Darwin, Alfred Russel Wallace formula ainsi la même hypothèse transformiste que son confrère naturaliste ; il s'en est fallu de peu, disent certains historiens de la science, pour que l'on parle de "wallacisme" afin de désigner la science naturelle transformiste. Or, pour Wallace, le schéma transformiste n'exclut pas l'intervention de Dieu. Par ailleurs les rapports de Darwin avec son éducation chrétienne, et plus encore sa formation scientifique imprégnée de "théologie naturelle", sont pour le moins compliqués.

    L'auteur de l'essai dont nous allons dire quelques mots prouve par sa personne qu'il est abusif d'opposer systématiquement le darwinisme au christianisme (comme on fait souvent en France) ; François Euvé est en effet jésuite (catholique) et convaincu par l'hypothèse transformiste darwinienne. Je dirais qu'il a "foi en elle", afin de souligner l'ambiguïté des rapports entre les questions scientifique et religieuse, ambiguïté sur lequel le principal mérite de son essai est d'attirer l'attention.

    Sur le plan scientifique à proprement parler, l'auteur est moins convaincant, en particulier quand il s'efforce de démontrer que le statut hypothétique de la théorie darwiniste ou post-darwiniste n'altère en rien son crédit scientifique.

    Il faut dire (plus nettement que F. Euvé) que la foi est très présente dans le domaine de la science moderne, ne serait-ce que parce que beaucoup font confiance aux manuels de science et enseignants qui dispensent des cours, se contentant en quelque sorte de dogmes et d'axiomes, sans pousser plus loin les vérifications ni l'étude. Au cours de l'ère industrielle, dont on peut croire la science darwinienne typique, la science est largement un substitut de la religion. Ne voit-on pas la science invoquée en toutes circonstances, y compris les moins sérieusement scientifiques, d'une façon qui évoque la superstition religieuse ? La théorie darwinienne n'est-elle pas le lieu du glissement de dieu à la science ? La structure hypothétique de la science transformiste peut le faire soupçonner. 

    - De façon utile, l'auteur souligne le rapport étroit entre l'hypothèse darwinienne et l'idée de "progrès social" ; il est en effet beaucoup plus juste de dire qu'une telle utopie politique, sous diverses bannières ou étiquettes, se trouve appuyée par l'hypothèse transformiste darwinienne, plutôt que l'athéisme proprement dit.

    L'idée de progrès social ne séduit pas particulièrement Darwin lui-même, mais incontestablement le succès public de son hypothèse, fulgurant, vient donc de ce qu'il fournit un arrière-plan scientifique à l'utopie du progrès (hypothèse morale et/ou politique).

    J'ajoute ici en disant qu'un philosophe tel que F. Nietzsche (célèbre en raison de son antichristianisme), doctrinaire le plus résistant à l'idée qu'un quelconque "progrès social", stigmatisée par lui comme une illusion chrétienne, ce philosophe est également sceptique devant l'hypothèse darwinienne ; il se demande si elle ne consiste pas à plaquer sur la nature une idée (fausse) de progrès social.

    - F. Euvé indique que les anti-darwinistes, chrétiens ou non, se sont beaucoup appuyés sur le principe "hypothétique" du transformisme darwinien pour le combattre, insistant sur l'inachèvement de la science darwinienne. L'auteur combat cet argument, mais sans grande efficacité ; il nous faudrait en effet admettre, selon lui, que l'hypothèse est la meilleure formulation de la science, désormais, de sorte qu'il serait rationnel de penser que la science "évolue" comme son objet. Un tel raisonnement est plus proche de la science-fiction que de la science ; que faire des certitudes scientifiques acquises (sphéricité de la terre) dans ce nouveau cadre épistémologique évolutif, qu'il nous est demandé d'entériner sans émettre la critique qu'il est plutôt le signe d'une crise de la méthode scientifique ?

    - De même, François Euvé est conscient que la place accordée au hasard par la science évolutionniste heurte la méthode voire l'esprit scientifique. Le hasard a été rapproché par les plus éminents savants naturalistes, de l'Antiquité comme des temps modernes, de l'ignorance. Etudier la physique (nature), aux yeux d'Aristote, c'est combattre le hasard, explication marquée par la superstition.

    Le hasard représente donc une sorte de "trou noir" au milieu de l'hypothèse transformiste. F. Euvé s'emploie à le combattre en décomposant ce hasard à son tour dans plusieurs "définitions" qu'il donne de ce mot complexe, selon lui : "chance", "aléa", "contingence", de sorte à faire émerger, à côté du "mauvais hasard" un "bon hasard" compatible avec la méthode scientifique. Ce "bon hasard" est avant tout compatible avec les lois de la mécanique moderne (géométrie algébrique).

    Au milieu de cet exposé lexical, se trouve une assertion fort discutable, à  savoir que "l'une des composantes importantes de la connaissance scientifique est la capacité de prédiction." La capacité de prédiction est une capacité attribuée à l'astrologie, ou à sa petite soeur moderne la science statistique, voire à l'histoire ; mais chacun ou presque s'accorde à dire que ce sont là des sciences inexactes.

    Une remarque importante doit être faite ici à propos du malthusianisme ; les travaux de Malthus sur la démographie humaine, qui ont un caractère prédictif, ont influencé Darwin dans la formulation de son hypothèse transformiste. Or plusieurs historiens ont réfuté avec des arguments sérieux l'exposé théorique de Malthus ("Essai sur le principe de population"), qui n'a qu'une valeur probabiliste et politique relative.

    De surcroît la place du hasard dans la science darwinienne n'a fait que croître au fil du temps, de sorte qu'il n'est pas certain que Darwin lui-même, compte tenu de sa formation scientifique, serait encore darwinien aujourd'hui (c'est sans doute là une hypothèse excessivement audacieuse) ; en effet, au-delà de la ou des définitions du "hasard", celui-ci sert dans la science évolutionniste à accorder des indices non-concordants voire discordants entre eux. Une science dont tous les éléments de preuve expérimentaux se complètement logiquement n'a pas besoin de faire appel au hasard. On parle (depuis Ernst Mayr) de "synthèse évolutionniste" pour qualifier le dernier état de la science post-darwiniste ; c'est une expression inappropriée pour parler d'une théorie qui s'appuie sur de nombreux indices et détails observés, dans des disciplines aussi diverses que la génétique, la botanique, la géologie, la biochimie... qu'il faut de très épais volumes pour compiler ensemble et établir une convergence.

    - Encore à propos de vocabulaire, François Euvé fait observer que l'évêque de Rome, la plus haute autorité de l'Eglise romaine a fini par reconnaître que l'hypothèse transformiste est "plus qu'une hypothèse" (sic) ; on veut montrer ainsi que l'Eglise romaine ne campe pas sur des positions conservatrices. Cependant on se doit d'ajouter immédiatement que cette formulation est dépourvue de sens sur le plan scientifique. Le pape susciterait l'hilarité générale s'il disait estimer que Dieu existe à 99% ou que la terre est très probablement sphérique.

    Le propos de François Euvé touchant à la méthode scientifique fait craindre que la science darwinienne ne reflète une méthode qui accorde une place excessive à la mécanique (statistiques et probabilités), au détriment de la preuve expérimentale. La confusion entre la théorie transformiste de Darwin et les différentes formes de darwinisme social serait ainsi entretenue par le "flou scientifique" de la théorie.

    L'essayiste s'efforce d'ailleurs de laver Darwin du soupçon de compromission avec le "darwinisme social", ou encore l'eugénisme, propos dérivés de l'hypothèse transformiste de Darwin ; étant donné la proche parenté du "darwinisme social" avec le nazisme ou le capitalisme, cette accointance trouble certains savants darwinistes.

    Mais, s'il est exact que Darwin ne pensait pas que l'on puisse améliorer la race humaine par le moyen matérialiste de la biologie, il n'est pas moins vrai que l'hypothèse transformiste ouvre droit à différentes hypothèses "technico-sociales" ou "juridico-sociales" - et c'est bien là tout le problème, d'un point de vue strictement scientifique. Autrement dit, l'éthique et la science répondent-elles aux mêmes buts et motivations ?

    L'aspect prédictif du transformisme darwinien incite à se demander s'il s'agit bien là vraiment d'une science fondamentale, et non de la transposition d'une représentation anthropologique (progressiste) dans l'ordre naturel ? Le nazisme et le libéralisme (capitalisme) sont des idéologies progressistes, quoi que l'on pense de leurs méthodes et résultats.

    Le principe de la transposition d'une loi naturelle dans l'ordre humain est un principe qui relève de la technique (imitation de la nature) et non de la science au sens strict.

    Un élément jette cependant le discrédit sur l'ensemble de l'essai de François Euvé ; il est cette fois d'ordre théologique. L'auteur explique que la théorie transformiste de Darwin, dont nous venons de voir qu'elle a des ramifications d'ordre philosophique chez Darwin lui-même, se heurte notamment à la notion de "péché originel", telle que celle-ci est esquissée de façon imagée dans le récit de la Genèse, puis précisée par Jésus-Christ et les apôtres.

    Dans un chapitre intitulé : "La mort est-elle naturelle ?", F. Euvé écrit : "Les textes de l'Ecriture sont sans équivoque, en particulier saint Paul : "C'est par un homme que le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort."

    F. Euvé fait bien de fournir cette précision : la mort est un phénomène biologique dont l'amour, selon les évangiles chrétiens, peut affranchir l'homme. Il y a bien une idée de "progrès spirituel" dans les évangiles, mais cette idée est absolument étrangère à l'idéologie du progrès social à laquelle le transformisme darwinien conduit (voire d'où il vient).

    Aussitôt après avoir dit cela, l'auteur propose de s'écarter de la théologie de Paul élucidant la mort comme l'effet du péché, en suggérant que l'apôtre, par "mort", ne parle pas de "mort biologique" [?] ; il n'hésite pas à conclure, comme un slogan ou une profession de foi personnelle : "Renoncer à retenir sa vie est le gage de l'accès à la vie authentique."

    On a ici le choix de croire vraie l'opinion d'un jésuite ou celle de Paul et de Jésus-Christ (dont le propos sur la mort et le péché précède celui de l'apôtre).

    Voilà donc un jésuite qui prétend rapporter avec soin l'hypothèse scientifique de Darwin, refuse certaines simplifications abusives, mais se met à broder dès lors qu'il aborde le sujet de la théologie !?

    Ce que le jésuite F. Euvé ne dit pas, c'est que la doctrine catholique, en de nombreux points s'affranchit de la notion évangélique de péché originel. En effet il n'y a pas de "doctrine sociale chrétienne" possible, car les chrétiens sont les mieux prévenus (par les évangiles) contre l'idéologie du progrès social. Or le catholicisme n'a pas le monopole de ce détournement des écritures saintes à des fins politico-sociales : c'est aussi le fait de la "théologie naturelle", cette discipline académique qui servit au jeune Darwin de cadre philosophique à ses études. 

    Cette question théologique paraîtra peut-être au profane éloignée de la question de la théorie darwinienne du transformisme ; qu'il se souvienne, dans ce cas, que Darwin est un disciple de la "théologie naturelle" chrétienne, c'est-à-dire d'une discipline académique qui, d'un point de vue théologique chrétien, comme du point de vue de la science naturelle, est une discipline étrange qui justifie que l'on approfondisse le rapport de Darwin avec ses convictions religieuses.

    (inachevé)

  • Signe religieux

    Au titre de l'interdiction des signes religieux distinctifs dans les écoles publiques françaises, on pourrait interdire les têtes de mort imprimées sur les vêtements et divers objets, emblème apprécié par de nombreux collégiens.

    La mort est en effet au centre des religions les plus fanatiques ; le symbolisme de la tête de mort est, de surcroît, proche de la croix, instrument de torture romain.

    Ainsi, parmi les terroristes ou les soldats des armées régulières, bien qu'ils se réclament tantôt de l'anarchie, tantôt du prophète Mahomet, tantôt de Jésus-Christ, tantôt de la swastika ou du communisme, la Mort, divinisée, est la véritable perspective.

    Il faut remarquer encore que l'amour chrétien, véritable défi à la mort selon Jésus-Christ et les apôtres, fait du christianisme une religion sans rituels. A l'inverse, les cultes fanatiques centrés sur la mort sont plein de rituels, confinant à la maniaquerie.

  • Simone Veil - un bilan

    L'ancienne ministre de la Santé du gouvernement de J. Chirac sous la présidence Giscard, Simone Veil (1927-2017), est morte la semaine dernière quasiment "en odeur de sainteté".

    Il est en effet question que sa dépouille soit transférée au Panthéon ; une telle cérémonie représente une des plus hautes dignités républicaines, par les temps qui courent.

    La loi autorisant l'IVG que Simone Veil contribua à faire voter en novembre 1974 est en effet considérée comme "une avancée sur le plan de l'émancipation des femmes" ; on doit ici indiquer le mysticisme de ce discours, étant donné que le rationalisme et la science sont souvent tenus et déclarés comme le fondement de l'éthique moderne (émancipation de quoi ? dans quel but ?).

    A dire vrai, le but premier de cette ministre, à travers la dépénalisation de l'avortement, était de le limiter. De même, certains proposent de dépénaliser l'usage de certaines drogues douces afin de mieux lutter contre leurs effets plus ou moins néfastes. De ce point de vue, la loi Veil sur l'IVG est un échec puisqu'elle a contribué à élargir la brèche, c'est-à-dire à la multiplication des avortements, dont l'estimation basse est d'environ 200.000 en France/an. Comme les chiffres concernant le suicide, les données chiffrées concernant l'avortement sont assez taboues.

    Rien n'indique que la stratégie de la dépénalisation n'ait pas été sincère de la part de cette ministre. Néanmoins, peut-être flattée par les lauriers que la presse lui a décerné au long de sa carrière, elle n'a jamais dressé le bilan négatif de sa loi.

    Je dois ici dire dans quelles circonstances j'ai milité contre la loi Veil, à la fin de mon adolescence, et pourquoi j'ai renoncé à cette action militante (illégale et largement soumise à la censure).

    Ce sont d'abord des films de propagande américains diffusés par des militants venus des Etats-Unis qui m'ont ému et indigné. Ils ont joué un rôle décisif dans ma mobilisation au début. Ces films montraient en effet de véritables avortements, quand cette pratique était encore largement chirurgicale et mécanique. On pouvait y voir des crânes de foetus exploser sous la pression de pinces chirurgicales, et même les embryons tenter d'y échapper. On devine facilement l'horreur de telles images, à laquelle l'usage de produits chimiques a mis fin.

    Cela explique que la comparaison entre l'avortement massif et la shoah ait pu être faite par certains militants, et la barbarie de ces actes médicaux légaux comparée à la barbarie nazie. Si la comparaison n'est pas exacte, on doit remarquer que, dans les deux cas, de puissants appareils d'Etat sont impliqués, une planification mathématique laissant peu de place à l'initiative individuelle.

    Sur le tard, Simone Veil a écrit un livre dans lequel elle revient sur les circonstances de sa loi de dépénalisation. Simone Veil n'est pas Karl Marx ; elle ne compare pas la société de consommation à Moloch-Baal, cette divinité à laquelle les Carthaginois sacrifiaient leurs enfants ; néanmoins, son témoignage comporte quelques détails intéressants. La ministre mentionne l'absence de réaction des autorités de l'Eglise catholique, avouant qu'une telle "mollesse" l'avait surprise, contrastant avec l'opposition vigoureuse de quelques (rares) députés de son propre camp.

    Mon témoignage corrobore le sien ; je n'ai en plusieurs années de militantisme aperçu qu'un seul prêtre catholique, affrontant ainsi les foudres de sa hiérarchie. L'opposition à la loi Veil d'un parti réactionnaire consistant -dont l'Eglise romaine-, est une légende. D'une manière générale, l'Eglise catholique ne représente pas un point de vue alternatif ou dissident.

    J'ai renoncé à mon action militante dès lors qu'elle m'est apparue utopique, ou pour le dire mieux "absurde". Quelle société ne se ménage la possibilité de tuer ou d'éliminer certains de ses membres, en respectant le plus souvent certains codes et procédures ? Aucune. Vouloir qu'il n'en soit pas ainsi constitue une sorte de fanatisme religieux, guère éloigné du discours religieux sur l'émancipation de la femme.

    Le meurtre légal, sur le plan politique où se situait Simone Veil, est une question d'opportunité et de mesure. Le nazisme ou le communisme ne sont jugés barbares qu'en raison de l'irrationalité que l'on prête à leurs mobiles et massacres, non seulement parce qu'ils sont meurtriers à l'instar de tous les régimes.

    Le bons sens exige-t-il l'avortement de masse ? C'est une question qu'il est très difficile de trancher dans le cadre de la mondialisation, où le capitalisme et l'argent ont complètement redéfini la souveraineté des différents nations et empires. Les noyades de migrants par centaines nous montrent que la vie humaine n'a pas plus de valeur en 2017 qu'elle n'en avait à des époques lointaines.

    La barbarie contemporaine réside donc surtout dans le déguisement humaniste ou humanitaire des politiques modernes.

    Lutter contre la propagation de l'avortement au sein de la société de consommation est probablement vain ; en revanche il demeure essentiel de contester que le gain en termes de bien-être ou de considération sociale que l'avortement procure (éventuellement) a quelque chose à voir avec une quelconque "émancipation" ou "libération". L'étendard de la liberté n'est brandi dans les sociétés autoproclamées "libérales" que pour mieux étouffer cette liberté.

  • Exit la Shoah

    Jamais aucune société comme la nôtre n'aura autant FEINT d'être généreuse et humaniste.

    La masse grandissante des damnés de la terre discerne trop bien cette hypocrisie pour que la moraline judéo-chrétienne fabriquée autour de la shoah dure bien longtemps.

  • Dans la Matrice

    "Le plaisir est le bonheur des fous."

    Mot d'esprit plein de sagacité et d'actualité (de Barbey d'Aurevilly).

    En effet, l'aliénation est désormais le principe d'asservissement des masses à l'appareil d'Etat, de sorte que l'aliénation de chaque citoyen est encouragée de toutes parts, sous la forme de slogans ou d'exercices pratiques plus crétins les uns que les autres.

    C'est pourquoi le plaisir est une chose sacrée dans les régimes totalitaires.

    Nous devons considérer la société de consommation comme une société plus totalitaire que les régimes soviétiques ou nazis (où la notion de plaisir est déjà importante bien qu'elle soit moins apparente).

    Nous cherchons ici à définir un critère permettant à un citoyen lambda de prendre conscience de son aliénation. La consécration du plaisir est un de ces critères ; on voit, par exemple, à propos d'un sujet aussi sérieux que l'éducation et l'instruction publiques, que les représentants de l'institution chargée d'inculquer les principes de base dans ces domaines estiment impératif d'y introduire la notion de plaisir. L'enseignement et l'éducation doivent être "ludiques" ; ce leitmotiv stupide est quasiment de nature religieuse.

    Ainsi que l'indique notre critique littéraire, la quête du plaisir est une quête du bonheur désordonnée. Sous-entendu : pour un homme heureux, le plaisir est une chose méprisable, comme le hasard.

    En comparaison du bonheur, le plaisir a la particularité d'être sans limites. Bien plus encore que le bonheur, le plaisir est représentatif d'un absolu. Il arrive que des personnes disent mépriser le bonheur au nom d'un idéal dont un plaisir abstrait est la seule concrétisation potentielle.

    La frontière entre le plaisir et la mort est quasiment inexistante. Cela permet de caractériser la culture occidentale totalitaire comme une culture ultra-religieuse, fanatique et barbare.

    Les moralistes réactionnaires, soucieux de la vertu du peuple, et plus encore des élites dirigeantes, voient dans le christianisme la cause principale de la folie moderne. En effet, du point de vue évangélique, bonheur et salut sont deux choses parfaitement distinctes. Or les évangiles parlent exclusivement du salut et non de questions sociales, pour lesquelles Jésus-Christ et les apôtres (Paul) manifestent un profond mépris, à l'inverse des prêtres des religions païennes.

    Néanmoins, les évangiles n'accordent aucune valeur à la souffrance et à la douleur en tant que telles non plus, contrairement à ce que certains philosophes réactionnaires insinuent. Si on lit attentivement les évangiles, on verra que Jésus-Christ ne va pas au-devant de la douleur, il ne la recherche pas. Ce sont les assassins et les bourreaux de Jésus-Christ qui complotent pour le faire arrêter, y parviennent, puis le torturent à mort.

    Du point de vue chrétien, le plaisir est le point le plus éloigné de la métaphysique, comme la mort elle-même. Cette distanciation est étrange, car elle défie la raison humaine elle-même. On peut le constater : la culture occidentale totalitaire échappe au contrôle de ses élites elles-mêmes, qui ne dirigent plus grand-chose, bercés qu'ils sont par les flux et reflux monétaires.

    A moins d'estimer l'homme plus bête que l'animal, cette fuite éperdue loin de la métaphysique apparaît au chrétien comme une ruse de Satan.

    Les écritures saintes, prophétiques et qui ont toujours "un coup d'avance" sur les complots humains politiciens, enseignent que le piège tendu par Satan aux hommes finira par se retourner contre lui. 

  • Retour des Juifs en Palestine

    D'une manière illégitime assimilable à la fornication (péché contre l'Esprit ou la parole divine), de soi-disant chrétiens n'hésitent pas à se servir des évangiles afin d'appuyer leurs intérêts matériels. On voit l'apôtre Simon-Pierre sévèrement tancé par le Messie à cause de cette erreur, la plus grave de toutes.

    En France nous connaissons bien l'ignoble ruse des "racines chrétiennes de la France", qui trompe les incroyants quant à la nature spirituelle du message chrétien, universel et non français. Cette immonde poésie est imputable à des bourgeois, trop veules pour défendre leurs propriétés et avoirs par leurs propres forces, et qui convoquent ainsi dieu à la rescousse d'intérêts dont il n'a cure : "Mon royaume n'est pas de ce monde." a dit le Messie, fermant ainsi la porte à toutes les récupérations.

    Dans le contexte de la mondialisation, de soi-disant chrétiens américains justifient de manière tout aussi illégitime l'alliance stratégique et militaire des Etats-Unis avec Israël ; ils prétendent que le retour des Juifs en Palestine a une signification apocalyptique. Or on sait que le nationalisme juif (sionisme) est la volonté de Juifs athées, ayant renié Moïse. Il s'agit donc désormais, à travers cette hystérie religieuse manifestement insincère de conforter l'alliance avec la nation américaine, officiellement chrétienne.

    Comme la fuite du peuple hébreu hors d'Egypte a une signification symbolique, d'ordre spirituel, le retour des Juifs en Palestine est, de même, l'expression symbolique de leur adhésion à la loi pure du Messie Jésus-Christ.

    Il convient ici d'observer que, lorsque le Messie utilise symboliquement des mots tels que "guerre", "royaume", "mariage", etc., qui ont dans le vocabulaire courant un sens commun, leur signification spirituelle est radicalement contraire à ce sens commun - c'est pourquoi il est de bonne théologie de dire qu'il n'y a pas d'"anthropologie chrétienne" ou de philosophie chrétienne.

    Ainsi la guerre de Jésus est la paix, qui ne peut résulter que d'un combat surpassant la nécessité politique ; le royaume de Dieu est au Ciel/ses fondations ne sont pas terrestres, comme les royaumes humains ; le mariage de Jésus avec son Eglise ne repose pas sur la chair, ainsi que les mariages humains.

    La ruse des clercs fornicateurs consiste donc à ramener au sens littéral de "royaume", "guerre", "mariage", et nier ainsi le sens symbolique et spirituel de l'évangile ou des messages prophétiques.

    Où la ruse est décelable, c'est lorsque ces mêmes clercs, changeant soudain leur fusil d'épaule, expliquent que la Genèse n'a pas un sens littéral afin d'appuyer leurs convictions transformistes (darwinistes).

    (Si le transformisme darwinien n'est pas une science, ce n'est pas à cause de la Genèse mais parce qu'il n'a pas été prouvé scientifiquement de façon rigoureuse.)

  • Culture de mort - définition

    J'ai fait le rapprochement précédemment entre le mystérieux nombre 666 et la "culture de mort". J'expliquais notamment comment les écritures juives mettaient déjà en garde, de façon prophétique, contre l'avènement de la culture de mort.

    L'expression "culture de mort" reste relativement indéfinie ; on comprend bien pourquoi certains groupes militaires, notamment ceux dit "d'élite", peuvent se réclamer ouvertement de la mort, par-delà les idéologies et religions variées dont ils se revendiquent par ailleurs. De même certains groupes de musiciens affichent leur culte de la mort, de façon quasiment publicitaire.

    Mais quelle nation affiche ouvertement son culte de la mort ? Le communisme ne le fait pas, malgré les centaines de millions de victimes de la politique soviétique ; l'Etat islamique embryonnaire, qui procède de la guérilla et de la menace, ne le fait pas non plus ; le régime nazi ne met pas principalement en avant cet aspect-là ; la République laïque française, en dépit de son développement sanglant et brutal, ne se revendique pas non plus de la mort ; quant à certains avocats du capitalisme, on les entend parfois proclamer : "Le capitalisme, c'est la vie !", ce qui n'est pas une preuve, mais indique que la mort n'est pas forcément un emblème qui rassemble les foules.

    Je dois ici mentionner que "culture de mort" n'est pas synonyme de "culture païenne" ou de "culture satanique". Les prophéties apocalyptiques ne sont pas banales ; elles ne mettent pas en garde contre un danger évident, une idolâtrie païenne parfaitement reconnaissable, mais contre une menace sournoise. La plupart des groupes de rock soi-disant "sataniques" sont d'ailleurs incompétents à ce sujet. L'intérêt de Nietzsche est limité aussi pour cette raison qu'il n'est pas représentatif de la menace sournoise annoncée par les prophètes et par l'apôtre Paul, honni par ce suppôt de Satan.

    COMMENT RECONNAÎTRE UNE CULTURE DE MORT ?

    La culture de mort n'est pas reconnaissable à ses emblèmes ou aux déclarations de ses représentants. Comme la culture de vie, la culture de mort est psychologique, c'est-à-dire qu'elle vise à raffermir la volonté. On ne peut pas réduire la "culture de mort" au suicide.

    Je propose cette élucidation, en espérant qu'elle sera bien comprise :

    - en quoi et pourquoi la mort peut-elle paraître un absolu désirable ? La mort peut paraître grande et belle aux personnes qui souffrent et qui n'espèrent plus dans le terme de leur souffrance. A ces malheureux, la mort peut apparaître comme une délivrance, "calme, luxe et volupté" ; certaines personnes qui goûtent "la quiétude des cimetières" ont peut-être ainsi déjà une partie de leur volonté dans la tombe.

    - par conséquent, on reconnaît une culture de mort à l'apologie de la souffrance, c'est-à-dire à l'incitation au sacrifice d'une partie de la population (souvent la plus pauvre et la plus démunie). C'est le soubassement odieux nécessaire pour conférer à la mort une dimension mystique, de passage vers autre chose.

    - outre la maladie, le travail au sens biblique du terme, est la première cause de souffrance. A tel point que la quête de confort moderne peut passer pour une façon inepte et égoïste de surmonter la condition humaine et ce qu'elle a de plus pénible. La sacralisation du travail est donc le corollaire de l'apologie de la souffrance humaine. Le fameux slogan nazi, "Arbeit macht frei", est typique de cette sacralisation. Les chrétiens ne nient pas que le travail est utile, voire indispensable, mais ils refusent absolument d'accorder une valeur spirituelle au travail ou à la souffrance.

    Le caractère de culture de mort du nazisme est donc reconnaissable à travers ce slogan ; mais aussi du communisme, dans lequel la force de travail de l'ouvrier revêt une dimension quasi-sacrée ; ou encore de la démocratie-chrétienne à travers sa "doctrine sociale".

    Il convient bien sûr de s'attarder plus particulièrement sur cette dernière, dans la mesure où elle est la plus subversive, énonçant au nom du Christ la doctrine la plus antichrétienne.

     

     

  • Lettre à Flora

    J'ai recopié ci-dessous (éd. Gallimard-Pléiade) une leçon de théologie d'un certain Ptolémée, adressée à sa "soeur" Flora (au sens chrétien du terme) et rédigée dans la première moitié du IIe siècle.

    Ptolémée fournit à Flora des explications sur la Loi de Moïse, compte tenu du bouleversement dans la compréhension des écritures saintes dû à l'avènement de Jésus-Christ.

    - Deux petites remarques sur cette édition (2016) ; d'abord son titre générique "Premiers écrits chrétiens" n'est pas exact, car le volume englobe quelques écrits païens et juifs antichrétiens.

    - Secundo, le qualificatif de "gnostique" appliqué par l'auteur de la note à ce Ptolémée est récusable, puisque l'adjectif "gnostique" n'a plus ou n'a pas de signification précise. Son usage polémique par l'Eglise romaine a fait que la signification de "fausse science" du terme "gnose" est devenu son sens courant. Mais on pourrait considérer comme "gnostiques" des ouvrages réputés catholiques, de moines ou de poètes, mélangeant les références chrétiennes et la philosophie païenne de Platon (Dante Alighieri est un exemple célèbre de ce syncrétisme "gnostique").

    L'intérêt du propos de Ptolémée tient dans la manière rigoureuse, analogue à celle de l'apôtre Paul, dont il s'appuie sur les écritures saintes pour étayer sa démonstration. Avec Paul ce Ptolémée a aussi en commun d'expliquer pourquoi le nouveau testament est plus lumineux que l'ancienne loi de Moïse.

    (J'introduirai ultérieurement des commentaires en gras dans cette longue missive qui provoque la réflexion)

    Ptolémée à Flora

    La loi instituée par Moïse, belle Flora, ma soeur, n'a pas été comprise jusqu'ici par beaucoup de gens, car ils ne connaissent avec précision ni son auteur ni ses prescriptions : tu le verras bien, je pense, quand tu sauras quels avis divergents sont émis à son propos.

    I-LA LOI EST L'OEUVRE D'UN DIEU JUSTE

    Selon les uns, la Loi a été instituée par Dieu le Père ; les autres, au contraire, affirment qu'elle l'a été par l'Adversaire, le diable corrupteur, à qui, de même, ils attribuent la création du monde et qu'ils appellent "le père et le créateur de cet univers".

    Ils se trompent : les uns comme les autres, se contredisant réciproquement, sont passés à côté de la vérité sur ce sujet.

    Car, à ce qu'il semble, la Loi n'a pas été instituée par Dieu le Père, qui est parfait (elle est, de fait, postérieure), puisqu'elle est imparfaite et a besoin d'être achevée par un autre et qu'elle comporte des prescriptions inadaptées à la nature et au dessein d'un tel Dieu. A l'inverse, on ne peut non plus lier la Loi à l'injustice de l'Adversaire, puisqu'elle interdit l'injustice. Et au vu de ce qui suit, cette idée et celles de gens qui n'ont pas bien entendu les paroles de Sauveur : "Une maison ou une ville divisée contre elle-même ne peut rester debout", a déclaré en effet notre Sauveur.

    En outre, en disant que la création du monde est son oeuvre - puisque par lui tout a été fait et que sans lui rien n'a été fait -, l'Apôtre réduit d'avance à néant la sagesse creuse de ces menteurs : la création n'est pas celle d'un dieu corrupteur, mais celle d'un dieu qui est juste et qui hait le mal. C'est là l'idée d'hommes imprudents, qui ne tiennent pas compte de la providence du démiurge et dont l'oeil, non seulement de l'âme, mais aussi du corps, est aveuglé.

    Qu'ils sont passés du côté de la vérité, ce que je dis là te le montre. Chacun des deux partis le fait à sa manière : les uns par ignorance du Dieu de justice, les autres par ignorance du Père de toutes choses, que seul a révélé lors de sa venue celui qui seul le connaît.

    Il nous reste, à nous qui avons été jugés dignes de la connaissance de l'un et de l'autre, à t'exposer avec précision la Loi elle-même, sa provenance et celui par qui elle a été instituée - son législateur. Ce que nous allons dire, nous en fournirons la preuve par les paroles de notre Sauveur, les seules qui permettent de conduire sans faux pas à la compréhension de ce qui est.

    PREMIERE TRIPARTITION DE LA LOI : DIEU, MOïSE, LES ANCIENS

     Il faut donc savoir, en premier lieu, que l'ensemble de cette Loi, contenue dans le Pentateuque de Moïse, n'a pas été institué par un seul, je veux dire par Dieu seul, mais que certaines de ses prescriptions l'ont été par des hommes. Et cette Loi, les paroles du Sauveur nous apprennent qu'elle se divise en trois.

    En effet elle se divise selon qu'elle se rapporte à Dieu lui-même et à son institution de la Loi, puis à Moïse (non en ce que Dieu a institué par son intermédiaire, mais en ce que Moïse a institué sous l'impulsion de sa propre pensée), et enfin aux anciens du peuple, puisqu'il se trouve que ce sont eux d'abord qui ont introduit des préceptes venant d'eux-mêmes.

    Comment donc les paroles du Sauveur montrent-elles qu'il en est ainsi ? Tu vas l'apprendre dès à présent. Alors que le Sauveur discutait avec ceux qui l'interrogeaient au sujet du divorce qui était permis par la Loi, il leur dit : "C'est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a autorisés à répudier vos femmes ; car au commencement, il n'en était pas ainsi." Car c'est Dieu, dit-il, qui a joint cette union conjugale, et "ce que le Seigneur a joint, que l'homme, dit-il, ne le sépare pas."

    Il montre ici qu'une loi, celle de Dieu, défend à la femme d'être séparée de son mari, et qu'une autre, celle de Moïse, a autorisé à séparer, à cause de la dureté du coeur, ce qui était uni par le lien conjugal.

    A cet égard, la Loi instituée par Moïse est contraire à celle de Dieu ; en effet, maintenir le lien conjugal est le contraire de ne pas maintenir le lien conjugal. Mais si nous examinons le dessein de Moïse qui lui a fait légiférer ainsi, on trouvera qu'il ne l'a pas fait selon sa volonté propre, mais selon la nécessité, à cause de la faiblesse des personnes soumises à la Loi.

    En effet, ceux-là ne pouvaient garder le dessein de Dieu leur interdisant de chasser leurs femmes, avec lesquelles il était désagréable à certains de vivre, et, pour cette raison, ils risquaient de passer davantage du côté de l'injustice et, par là, d'aller à leur perte. Moïse voulut donc leur épargner ce désagrément, à cause duquel ils risquaient d'aller à leur perte, et préférant, en la circonstance, un moindre mal, leur donna de lui-même une seconde loi, celle du divorce : de la sorte, s'ils ne pouvaient garder la première, ils garderaient du moins la seconde et ne passeraient pas du côté de l'injustice et du mal, ce qui aurait entraîné leur perte complète.

    Voilà dans quel dessein Moïse s'est trouvé instituer une loi contraire à Dieu. Au reste, que la Loi de Moïse lui-même est autre que celle qui vient de Dieu, nous l'avons démontré ici de façon incontestable, bien que nous ne l'ayons fait pour l'instant que par un seul argument.

    Il y a aussi des traditions des anciens qui ont été mêlées à la Loi. Cela aussi, le Sauveur le rend évident quand il déclare : "Car Dieu a dit : "Honore ton père et ta mère, afin d'être heureux." Mais vous, dit-il en s'adressant aux anciens, vous avez dit : "Il est à Dieu, le don que tu aurais reçu de moi", et vous avez invalidé la Loi de Dieu par la traditions de vos anciens. Isaïe l'avait clamé haut et fort : "Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi. En vain ils me révèrent, car leurs préceptes sont enseignements d'hommes."

    Il a donc été clairement démontré que l'ensemble de la Loi se divise en trois : nous y trouvons, en effet, une législation de Moïse lui-même, une des anciens et une de Dieu lui-même. Ainsi établie par nous, la division de l'ensemble de cette Loi a donc dévoilé ce qu'il y a de vrai en elle.

    [Comme l'apôtre des Gentils en ses épîtres, ledit Ptolémée (IIe siècle) explique pourquoi et comment le Messie Jésus est venu remplacer les lois instituées par Moïse afin de mener le peuple hors d'Egypte.

    - Comment : en abolissant ce qui n'était pas pur dans la loi de Moïse.

    - Pourquoi : afin de préparer l'entrée dans la Jérusalem céleste/Terre promise (figuration symbolique de la réunion de l'homme avec Dieu, le père du Sauveur Jésus).

    Ptolémée souligne, citant le prophète Isaïe, que l'impureté des lois juives résulte de ce qu'elles sont, pour partie, des solutions humaines.

    Le lecteur moderne sera surpris par la théologie de Ptolémée tant l'époque moderne est marquée par des catégories philosophiques (monothéisme/polythéisme) impropres à rendre compte de l'esprit des écritures saintes juives et chrétiennes ; la philosophie est elle aussi un "enseignement d'homme", à l'instar de ceux fustigés par le prophète Isaïe.]

     DEUXIEME TRIPARTITION : LOI PURE/MÊLEE AU MAL/SYMBOLIQUE

    A son tour, la première partie -la Loi de Dieu même- se divise en trois : la législation pure, sans mélange avec le mal - celle que l'on appelle Loi au sens propre et que le Sauveur n'est pas venu abolir mais accomplir (car il n'était pas étranger à celle qu'il a accomplie ; et celle-ci avait besoin d'être accomplie) ; puis celle qui est mêlée au mal et à l'injustice et que le Sauveur a supprimée parce qu'elle était inappropriée à sa propre nature. La dernière division concerne ce qui est figuré et symbolique, institué à l'image des réalités spirituelles et transcendantes : c'est ce que le Sauveur a fait passer du sensible et de l'apparent au spirituel et à l'invisible.

    La Loi de Dieu, pure et sans mélange avec le mal, c'est le décalogue, ces dix paroles divisées en deux tables, qui visent à proscrire ce qu'il faut éviter et à ordonner ce qu'il faut faire ; bien que leur législation fût pure, comme il leur manquait la perfection, elles avaient besoin de leur accomplissement par le Sauveur.

    La Loi mêlée à l'injustice, c'est celle du talion et de la compensation des injustices déjà commises, qui ordonne d'arracher "oeil pour oeil et dent pour dent", et de rendre meurtre pour meurtre. Car il ne commet pas moins l'injustice, celui qui la commet en second : l'ordre seul change, l'acte et le même.

    Cette prescription était et est juste par ailleurs ; c'est en raison de la faiblesse des personnes soumises à la Loi qu'elle a été instituée en transgression de la Loi pure, mais elle est inappropriée à la nature et à la bonté du Père de toutes choses. Elle était peut-être adaptée mais, plus encore, elle était le jouet de la nécessité ; car celui qui ne veut pas qu'il y ait un seul meurtre lorsqu'il dit : "Tu ne tueras pas", dès lors qu'il commande de punir le meurtrier par le meurtre, en instituant une seconde loi et en présidant à deux meurtres alors qu'il y en ait un seul, sans s'en apercevoir a été joué par la nécessité.

    Voilà pourquoi le Fils, venu de sa part, a supprimé contre partie de la Loi, tout en reconnaissant qu'elle aussi était de Dieu. Il est en accord avec l'ancienne observance, notamment quand il dit : "Dieu dit : "Celui qui maudit son père ou sa mère est passible de mort."

    Enfin, il y a la partie figurative, qui est à l'image des réalités spirituelles et transcendantes, j'entends par là la législation sur les offrandes, la circoncision, le sabbat, le jeûne, la Pâque, les pains sans levain, etc. Toutes ces prescriptions en tant qu'images et symboles, ont été modifiées depuis que la Vérité a été révélée : ce qu'elles ont de spirituel a été élevé ; les noms sont restés les mêmes, mais les réalités ont changé. Par exemple, le Sauveur nous a commandé de présenter des offrandes, non pas en sacrifiant des animaux ou des victimes, mais par des louanges, des glorifications, des actions de grâces spirituelles et par le partage avec nos prochains et la bienfaisance à leur égard. Quant à la circoncision, il veut que nous ayons non celle du prépuce de notre corps, mais celle, spirituelle, du coeur. De même l'observance du sabbat : il veut en effet que nous cessions de faire des oeuvres mauvaises.

    Le jeûne aussi : il veut que le trône soit non pas corporel, mais spirituel, dans l'abstinence de tout ce qui est mal. Cependant, le jeûne visible est observé chez nous également, puisque, pratiqué avec raison, il peut profiter à l'âme quand il n'est fait ni pour imiter certains, ni par habitude, ni parce que c'est le jour fixé pour le faire.

    Aussi bien on le pratique pour rappeler le jeûne véritable, afin que le jeûne visible rappelle ce jeûne-là à ceux qui ne veulent pas encore le pratiquer.

    De même pour la Pâque et les pains sans levain, l'apôtre Paul montre que c'étaient des images : "Notre Pâque, dit-il, a été immolée : le Christ" et "pour que vous soyez, ajoute-t-il, des pains sans levain, ne vous mêlez pas au levain (par "levain" en réalité il veut dire le mal), mais soyez une nouvelle pâte."

    CE QUI A ETE ACCOMPLI, SUPPRIME OU MODIFIE

    Ainsi donc la Loi reconnue comme divine se divise elle-même en trois. D'abord, ce qui a été accompli par le Sauveur : "Tu ne tueras pas, tu  ne commettras pas d'adultère, tu ne feras pas de parjure" se comprennent, en effet, comme l'abstention de la colère, de la convoitise ou du jurement. Ensuite, ce qui a été complètement supprimé : "oeil pour oeil et dent pour dent", dans la mesure où cela se mêlait à l'injustice et constituait en soi un acte d'injustice, a été supprimé par le Sauveur qui a commandé le contraire ; or deux éléments contraires s'annulent : "Car moi je vous dis de ne pas vous opposer du tout à qui vous fait du mal, mais si quelqu'un te frappe, tends-lui l'autre joue." Enfin, une partie allégorique a trait à ce qui a été modifié et changé du corporel au spirituel : c'est la Loi symbolique, instituée à l'image des réalités transcendantes. Car les images et les symboles, qui représentent d'autres réalités, étaient valables avant que ne paraisse la Vérité ; mais depuis que la Vérité est apparue, il faut agir selon la Vérité, non selon l'image.

    Ces trois parties, ses disciples les ont évoquées, de même que l'apôtre Paul : celle des images, ainsi que nous l'avons déjà dit, à travers la Pâque immolée pour nous et les pains sans levain ; la Loi mêlée à l'injustice, quand Paul dit : "La Loi des commandements a été invalidée dans les enseignements" ; celle sans mélange avec le mal, quand il dit : "La Loi est sainte, le commandement est saint, juste et bon."

    TROISIEME TRIPARTITION : LE PERE, LE DEMIURGE ET SATAN

    Pour résumer -s'il est possible-, je pense t'avoir suffisamment montré qu'une partie de la loi vient des hommes et que la loi même de Dieu se divise en trois.

    Il nous reste à dire quel est ce Dieu qui a institué la Loi ; mais je crois te l'avoir montré par ce que j'ai déjà dit, si tu as bien écouté. Car si cette Loi, comme nous l'avons enseigné, n'a été instituée ni par le Dieu parfait, ni par le diable, ce qu'il n'est même pas permis de dire, c'est donc un autre qui a institué la Loi, et celui-là est le démiurge et le créateur de cet univers et de ce qui est en lui ; comme il est différent des autres par la substance et qu'il se situe entre les deux, on pourrait à juste titre lui donner le nom d'Intermédiaire. Si le Dieu parfait est bon par sa propre nature - et il l'est (car il n'y a qu'un Dieu bon : notre Sauveur a affirmé que c'est son Père, qu'il a lui-même révélé) -, et si l'Adversaire est par nature mauvais et méchant et se caractérise par l'injustice, celui qui se situe entre les deux, sans être bon, ni vraiment mauvais, ni injuste, pourrait plus spécifiquement être appelé juste, puisqu'il préside à la justice, qui se fait selon lui.

    Ce Dieu sera au-dessous du Dieu parfait et inférieur à sa justice, parce qu'il est engendré et non pas inengendré (car seul le Père est inengendré, lui de qui vient toute chose et de qui dépend toute chose spécifiquement), mais il sera plus grand et plus fort que l'Adversaire, son essence et sa nature étant différentes de l'essence de deux autres. En effet, l'essence de l'Adversaire est corruption et ténèbres (car il est matériel et divisé en maintes parties), et l'essence de l'Inengendré, Père de toutes choses, est incorruptibilité et lumière en soi, simple et de forme unique, tandis que l'essence du Démiurge a produit une double puissance - mais il est lui-même une image du Dieu supérieur.

    Ne va pas, à présent, te soucier de savoir comment l'unique principe de toutes choses -celui que notre foi reconnaît pour tel, celui qui est inengendré, incorruptible et bon-, se sont constituées ces natures, celle de la corruption et celle de l'intermédiaire, qui ne sont pas consubstantielles, alors que par nature ce qui est bon engendre et produit des êtres qui lui sont semblables et consubstantiels. Car tu apprendras par la suite, si Dieu le veut, leur principe et leur origine, lorsque tu seras jugée digne de la tradition apostolique que nous avons reçue nous aussi par succession, et cela, une fois que nous aurons étayé tous ces propos par l'enseignement de notre Sauveur.

    Voilà, ma soeur Flora, ce que je n'ai pas eu de peine à te dire en quelques mots. J'ai écrit là de façon résumée et, en même temps, j'ai suffisamment développé le sujet.

    Par la suite, cela te sera très utile, si, comme une belle et bonne terre qui a reçu de fécondes semences, tu fais pousser le fruit qui vient d'elles.

  • Besoin d'amour

    - Je n'ai pas besoin de Dieu pour vivre.

    J'ai déjà entendu cette formule athée plusieurs fois. Elle me semble correspondre à la religion de Ponce-Pilate qui, comme chacun sait, "s'en lave les mains".

    Cette formule est assez juste, car on se passe très bien d'amour pour vivre. Parfois, on se dit même, en observant certaines personnes fragiles - femmes enceintes, vieillards, enfants souffreteux, que l'amour les tuerait.

  • Rendre à César

    Il y a entre la démocratie et l'appareil d'Etat qui s'en réclame le même rapport qu'entre la religion et l'Eglise catholiques.

    Plus on s'élève dans la hiérarchie, moins la foi est grande ; plus la foi est grande au contraire dans l'une ou l'autre de ces religions, plus la méconnaissance de l'appareil est grande.

  • Violence

    La violence est partout. Le mot "bêtise" dit assez bien son origine. Jésus-Christ se montre indulgent avec les hommes parce qu'ils sont tous bêtes.

    Mes concitoyens sont choqués par la violence d'autrui, rarement par la leur ; pourtant, combien d'abandons, d'insultes, de tortures infligées aux autres et à soi, de meurtres prémédités, de suicides, d'avortements, de courses de bagnoles, de corridas, de coïts, de cinéma américain...

    Si j'étais président de la République, j'interdirais l'amour, car il est source de violence et de heurts incessants.

    L'essayiste George Orwell, qui s'est penché sur la violence des temps modernes, dont nous savons qu'elle a provoqué et provoque des morts violentes par paquets de mille, au point de faire paraître l'assassinat à coups de couteau au coin d'une ruelle sombre une vieille coutume folklorique pittoresque, G. Orwell écrit ceci : "Nous ne dormons en sécurité dans nos lits que parce que des brutes montent la garde dans la nuit, prêtes à massacrer ceux qui voudraient nous faire du mal."

  • Humaine Eglise

    L'abbé Mugnier (1879-1939) dans son Journal passe son temps à dénigrer l'Eglise catholique, son clergé imprégné d'un "esprit de sacristie". Néanmoins, cet abbé resta dans le giron de l'Eglise et continua d'accomplir ses rituels.

    Avec quelle personne se comporte-t-on ainsi ? Avec sa vieille mère, dont on cerne les limites, qui nous irrite avec ses manies, mais que l'on ne peut se résoudre à laisser.

  • Péché de jeunesse

    Il y a un péché que j'ai commis dans ma jeunesse -lié à ma jeunesse et à mon éducation catholique- et ce péché est une erreur d'appréciation.

    Je suis donc bien placé pour rectifier cette erreur chez les catholiques persuadés que la rectitude du jugement est catholique.

    Mon erreur fut de croire le catholicisme en lutte contre la pensée "mondaine".

    Un autre élément peut contribuer à le faire croire à un jeune Français ; les catholiques sont en effet la cible de brimades (légères) de la part des élites républicaines laïques, qui prétendent ainsi perpétuer l'esprit des Lumières (en réalité les cours d'éducation civique républicains sont éloignés de la critique argumentée produite par certains philosophes des Lumières).

    Contrairement à d'autres nations occidentales, la France ne clame pas haut et fort ses "racines chrétiennes". Tant mieux ; mais c'est une erreur d'en déduire que le catholicisme s'oppose à la pensée mondaine.

    Ma conviction croisa en chemin Bernanos et Léon Bloy (surtout ce dernier), ce qui eût pour effet de la renforcer et de l'affaiblir en même temps, ce que l'on comprendra en lisant le paragraphe suivant. 

    Bernanos et Bloy sont loin d'être des catholiques typiques, c'est-à-dire d'indiquer le sens du catholicisme. Pour ainsi dire, ils ne sont pas loin de faire au clergé les mêmes reproches que les jansénistes firent aux jésuites auparavant, d'avoir compliqué l'enseignement du Messie et de s'être compromis en fréquentant la haute société.

    Bernanos et Bloy ne sont pas typiques, mais ils ne sont pas exemplaires non plus, car leur critique les entraîne à un paradoxe, une sorte d'impasse ; ils prônent la fidélité à l'Eglise romaine, tout en accumulant les preuves de l'imperfection de son clergé ; ils ne sont pas loin de former ici le rêve d'une Eglise parfaite, abandonnant au clergé catholique le soin de gérer une réalité beaucoup plus triviale.

    N'entend-on pas plutôt Jésus-Christ dire que, lorsqu'un arbre ne donne pas de fruits, il ne faut pas hésiter à le couper, stigmatisant de cette façon l'échec du clergé juif ?

    Ces catholiques atypiques m'ont conduit à creuser la question de la doctrine catholique, jusqu'à découvrir en quoi elle joue un rôle déterminant dans la formation de la "pensée mondaine", c'est-à-dire de la culture occidentale dominante qui cherche à s'imposer au monde entier, à travers l'idée démocratique, les "droits de l'homme", mais aussi le capitalisme (formule économique mystique) ou le progrès technocratique.

    Prenons un exemple ; lorsque Bernanos énonce que "le hasard est le dieu des imbéciles", il souligne un aspect saillant de la culture contemporaine et de la détermination de l'homme moderne.

    Comme Bernanos a décelé aussi un effet affligeant de la technocratie, qui consiste à réduire l'homme à une bête ou à un robot, on pourrait ajouter ceci que, pour l'homme moderne, la liberté n'est que le fruit du hasard. Pire que la dictature, qui nie la liberté positivement mais ne peut empêcher certains d'y croire, les régimes totalitaires propagent une idée de la liberté, sur le modèle du hasard, qui tend à anéantir l'aspiration à la liberté véritable, c'est-à-dire à l'affranchissement de la condition humaine.

    Cette observation est juste de l'entraînement de l'homme moderne à une liberté qui ne signifie RIEN ; mais ce que Bernanos ne voit pas, c'est à quel point l'Eglise romaine a joué un rôle décisif dans l'élaboration de cette sorte de néant spiritualisé ou d'existentialisme hasardeux.

    La contribution de l'Eglise romaine à l'imbécillité moderne sera visible si l'on fait le rapprochement de la culture médiévale et de la culture ultra-moderne, par exemple, où l'on verra que cette dernière n'est que le développement de l'autre - en philosophie, en art, en science, et dans bien des domaines. Le moyen-âge et les temps modernes ultimes se ressemblent dans la mesure où ce sont deux époques dont les cultures ploient sous le poids de l'idéologie. L'obsession médiévale antichrétienne de la "cité idéale" se retrouve aujourd'hui dans l'obsession de la "vraie démocratie".

    L'arbitraire de la culture occidentale moderne découle de l'arbitraire de la doctrine catholique romaine. Qui cultive la rectitude du jugement à l'intérieur de l'Eglise romaine est amené à sortir de cette cathédrale entièrement rhétorique pour revenir à la simplicité du message évangélique et des apôtres. - Heureux les amoureux de la simplicité, ils seront tenus à l'écart des raisonnements philosophiques.

  • Du Mysticisme

    Le mysticisme est le déguisement préféré de la bêtise et de l'ignorance.

    Je ne veux pas restreindre le propos au mysticisme religieux, car nous vivons dans une époque mystique au sens très large, sans doute l'époque la plus mystique de tous les temps.

    Cela fait bien rire d'entendre parler de "cartésianisme" en un temps où la croyance dans la démocratie, ou bien dans le voyage dans le temps, les univers multiples, l'amour, la paix dans le monde, les super-héros (j'en passe et des meilleures), sont répandues dans le peuple et même les élites.

    Le goût généralisé de la musique est le signe d'une culture mystique ; comme la musique est un remède, cela signifie que le mysticisme est une maladie.

    - Le christianisme est-il une religion mystique ? On peut le croire si on se fie à la coïncidence suivante : les nations occidentales, baignant dans cette culture mystique, revendiquent en même temps le plus souvent le christianisme, à l'exemple des Etats-Unis ou de la Russie, revenue aussi vite qu'elle l'avait abandonnée à l'orthodoxie. On peut le croire si on se fie à un ouvrage tel que le "Génie du christianisme" (Chateaubriand), mystique à bien des égards, pour ne pas dire mystificateur.

    Mais si l'on examine les écritures saintes chrétiennes, on verra qu'elles ne sont pas mystiques. D'abord parce que les apôtres éclairent des pans de la religion juive demeurés obscurs jusqu'à l'avènement du Sauveur, de sorte que l'on peut dire que le christianisme est moins mystique que le judaïsme, qui déjà se distinguait des religions païennes par une vision du cosmos plus claire, moins propice à l'hystérie mystico-religieuse.

    On note qu'il y a bien quelques aspects des évangiles qui demeurent mystérieux, comme le nombre de la bête (666) ; saint Paul qualifie aussi de "grand mystère" le mariage du Sauveur et de son Eglise ; l'apocalypse de Jean peut paraître un texte mystérieux : de nombreux passages sont seulement mystérieux du fait de l'ignorance de l'homme moderne du langage des symboles.

    Néanmoins, dans tous les cas, l'encouragement explicite du Sauveur et des apôtres est à élucider les quelques passages mystérieux des Evangiles, non à entretenir le mystère. De même les évangiles ne font pas de la science un péché ; les Français le savent bien puisque les philosophes des Lumières se sont appuyés sur les évangiles pour contester le monopole du clergé catholique sur la vérité scientifique, vérité bien sûr relative compte tenu de l'ignorance persistance de nombreux aspects du cosmos.

  • De l'Athéisme

    Par un étrange retournement des choses, le chrétien peut être considéré aujourd'hui comme un athée, puisqu'il n'a foi dans aucune des utopies politiques à la mode : ni l'utopie communiste égalitaire, ni l'utopie réactionnaire (retour à l'ordre ancien), ni l'utopie libérale-technocratique, ni SURTOUT PAS l'utopie démocrate-chrétienne, qui fournit la clef pour comprendre notre époque prétendument "complexe".

    L'utopie démocrate-chrétienne peut être définie de façon sommaire comme la version séculière de la doctrine catholique romaine. Elle est centrale ou matricielle, dans la mesure où les utopies politiques citées auparavant sont déterminées par elle ; l'utopie libérale-technocratique, trop froide ou intellectuelle, est la plupart du temps associée à la démocratie-chrétienne, censée l'humaniser (dans le projet de constitution européenne, par exemple) ; l'utopie réactionnaire se définit CONTRE l'éthique et la politique judéo-chrétiennes, dont elle propose parfois de purger le monde, à différents niveaux (Nietzsche, Hitler) ; l'utopie communiste égalitaire est une sorte de christianisme social qui ne veut pas dire son nom, en raison de la compromission ancienne du clergé avec les puissants de ce monde.

    A quoi il faut ajouter l'utopie politique écologiste, sorte de tentative pour redorer le blason de l'utopie politique auprès de la jeune génération. Le paganisme recèle un écologisme véritable ; l'utopie politique écologiste, sur de nombreux points (sa prétention à l'humanisme) trahit qu'elle est d'abord une perspective utopique, encore une fois par contraste avec la culture de vie païenne, qui est une écologie véritable.

    L'utopie réactionnaire pure (Nietzsche) a le mérite de mettre à jour un élément important, à savoir l'absence de but politique véritable dans les utopies auxquelles la doctrine réactionnaire s'oppose, assez énigmatiques du point de vue réactionnaire par conséquent. Au regard de Nietzsche, le christianisme est plus ou moins une erreur funeste.

    Au chrétien, ces utopies politiques en apparence diverses doivent apparaître pour ce qu'elles sont, à savoir une diversion. Elles sont faites pour prendre la place du mythe apocalyptique. J'écris "mythe" à dessein, car l'homme moderne prétend avoir surmonté le mythe grâce à sa science et la raison qui en découle (à l'exception du mythe d'Oedipe) ; or il se trouve que l'homme moderne a foi dans des utopies politiques qui semblent défier non seulement la science, mais parfois le bon sens. Qu'y a-t-il de vraiment rationnel dans le capitalisme, qui détermine l'existence d'une bonne part de l'humanité ?

    On peut résumer la culture moderne à une tentative de faire obstacle au progrès de l'apocalypse dans les consciences. Pourquoi, comment expliquer un tel complot ? N'est-ce pas un peu gros ?

    Ma réponse :

    - Examinez d'abord à quel point les arguments des politiciens modernes sont grossiers, qui se résument presque tous à la promesse d'enrichissement, en-deçà de la jouissance. L'envie, viscéralement ancrée dans l'homme, d'égorger son voisin, disparaîtrait du fait du partage des richesses à égalité ? Qui peut croit à ça ? Il est vrai que la redistribution de l'argent peut avoir un effet de contrepoison, mais il ne résout en aucun cas le problème de la condition humaine, dont tout laisse penser qu'il martyrise l'homme autant que les privations physiques.

    - Voyez comme la doctrine réactionnaire est simpliste, elle aussi, qui réduit le monde moderne à 2000 ans de bêtise chrétienne. Il suffirait de regarder le christianisme pour ce qu'il est aux yeux de l'antéchrist Nietzsche - une illusion -, et la nature pourrait ainsi reprendre ses droits sur l'homme et le ramener à la raison de son créateur, Satan/Prométhée/le feu créateur ?

    - Le complot de la pyramide des intérêts humains contre l'apocalypse chrétienne se comprend très bien du fait de la peur que l'amour de Dieu inspire à l'homme. Quiconque fait un effort pour comprendre la parole de Dieu comprendra qu'elle est un véritable défi lancé à l'homme, complètement inédit et très différent du confort intellectuel procuré le plus souvent par la religion. 

    Celle-ci consiste ordinairement à s'en remettre à un dieu abstrait, ses ordres abstraits, ses visées abstraites (l'algèbre et le calcul abstraits sont des refuges pour les esprits faibles), dont l'Etat moderne est un équivalent.

    Le paganisme est un arrangement avec dieu ; il n'y a pas de transaction, pas de doute possible avec le dieu des juifs et des chrétiens - Jésus-Christ a ainsi énoncé que "Celui qui n'est pas avec lui est contre lui.", et ce faisant il ramène chacun au sens de l'histoire.

    Ce complot, Shakespeare l'a consciencieusement illustré et décrit dans "Hamlet", n'omettant aucune des ruses de Satan. La tenture que Hamlet transperce est le voile du mensonge, cette culture moderne que je mentionne plus haut - Polonius le personnage-clef du complot (celui qui incarne le plus la culture moderne).

    Ce qu'aucune religion n'avait fait avant, le Christ le propose, à savoir aller à la rencontre de son père, dieu lui-même. La parole de dieu bouleverse ainsi les rapports humains, d'une façon que l'on peut croire définitive, et qui bouleverse radicalement l'organisation humaine.

    La culture moderne est un labyrinthe, destiné à emprisonner la conscience humaine dans les lois et les arcanes de la physique, à faire écran à la porte étroite de la métaphysique. Cependant la culture moderne ne peut obstruer complètement cette porte.

    Il faut avoir lu les évangiles pour concevoir la menace qu'ils représentent pour la pyramide humaine ; c'est pourquoi Satan recrute le plus souvent ses disciples parmi les élites cultivées et christianisées. A la doctrine radicalement antisémite et antichrétienne de Nietzsche sont préférées des méthodes de subversion plus subtiles comme la "doctrine sociale" (sic) des papes catholiques, la propagande démocrate-chrétienne, qui épargnent le nom de Jésus-Christ mais vident son enseignement de sa substance.

    Nombre de catholiques qui se croient "chrétiens" aujourd'hui, relèvent d'une double référence à la philosophie païenne de Platon et aux évangiles, références incompatibles. Nous devons les inciter patiemment à purifier leur foi lorsqu'elle est sincère des éléments qui proviennent de la philosophie de Platon.

  • Place de la Métaphysique

    Jamais le mot "liberté" n'a été autant prononcé que dans les régimes totalitaires. Ils constituent à la fois l'obstacle à la liberté et la preuve que celle-ci existe bien.

    La mort est le produit de la volonté humaine. On peut même dire de l'homme moderne qu'il s'acharne à mourir, bien qu'il donne l'apparence de se consumer lentement.

    L'immortalité, quant à elle, est le fruit de la liberté.

  • Rendez à César...

    Le régime officiellement laïc et républicain de la France peut faire croire que les catholiques sont "dissidents". Etant gosse et catholique, je l'ai moi-même cru, tout en observant le conformisme du clergé catholique vis-à-vis des lois de la République.

    En réalité, l'idée d'un catholicisme dissident est aussi fausse qu'une vanité de gamin qui fait rouler ses muscles pour épater la galerie : l'Etat républicain laïc est largement le produit de la philosophie du droit catholique romain. La lecture de Karl Marx, notamment, m'a permis de comprendre à quel point la République française est fille de l'Eglise romaine ; d'abord parce que Marx, historien allemand largement inspiré par l'école réaliste anglaise m'a fait prendre du recul par rapport au "roman national" français ; ensuite parce que Karl Marx réduit à néant la philosophie de Hegel, qui constitue le soubassement de la religion des élites européennes, QUE CES ELITES SOIENT ATHEES OU SE DISENT CHRETIENNES.

    La "laïcité" est en effet une construction intellectuelle qui découle de l'interprétation subversive du clergé catholique de la parole d'Evangile fameuse : "Rendez à César ce qui est à César..." ; cette interprétation est subversive puisqu'elle vise à restaurer le césarisme sur la base des paroles messianiques qui le proscrivent. Cette subversion de l'Evangile nous projette dans l'apocalypse, qui décrit avant tout le combat de la vérité contre le mensonge, un mensonge qui prend des proportions à la fois titanesques et subtiles (contrairement au mensonge païen ordinaire, à savoir la loi de l'éternel retour, qui pose le principe d'une humanité soumise aux lois de la biologie et à elles seules).

    D'abord la culture païenne ignore la laïcité ; il n'y a jamais eu de régime politique païen athée. L'évangile propage une forme de laïcité au sens de l'irréligion, dans la mesure où l'évangile met en garde contre la religion païenne, celle-là même qui est accordée au gouvernement des hommes.

    Ce que le clergé catholique s'efforce d'aménager, ce sont les droits du clergé catholique à faire de la politique, alors que ce n'est nullement le but poursuivi par le Messie quand il prononce ces paroles. Le but du Messie est simple : il dissuade ses disciples de prendre la politique véritablement au sérieux. Comme toutes les choses temporelles, la politique n'est pas une chose véritablement sérieuse du point de vue chrétien.

    Le catholique qui affirme, comme étant la doctrine catholique : "Les moeurs sont avec la foi le plus haut domaine de compétence de l’Eglise", se trompe donc et trompe son prochain. Les évangiles s'attachent à nous montrer le Messie comme un être exemplaire, non pas sur le plan des moeurs, mais sur le plan de la défense de la Vérité, où il est infaillible. Dans quelle doctrine vérité et morale sont confondues ? La philosophie païenne de Platon.

    Cette doctrine catholique prétendument "classique" est en réalité médiévale - un reflet du Temps, et non inspirée des évangiles chrétiens. Quel besoin y a-t-il de compléter les paroles du Messie, parfaitement claires et concordantes ? La doctrine catholique n'a ici aucune légitimité.

    Le rapprochement du clergé catholique et de l'autorité républicaine n'est d'ailleurs pas sans rappeler le rapprochement des juifs pharisiens avec l'autorité romaine il y a de cela deux millénaires.

  • Elections et boniment crétin

    A quel péché capital le chrétien songe-t-il en observant le cirque des élections présidentielles ? Je dirais la luxure, au vu de cette débauche de tracts, d'interviews, de temps passé à arpenter le pavé pour tenter de convaincre son prochain de voter pour tel ou tel candidat...

    Mais aussi, comme la démocratie est un régime de plaideurs, où la rhétorique occupe une place extraordinaire, le chrétien songe à l'évangile de Matthieu, largement consacré à la défense de la vraie religion contre celle des pharisiens et des scribes :

    - Ecoutez et comprenez ! Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l'homme. (Matth. XV, 11)

    Il n'y a rien de plus détestable que le "boniment chrétien", et les flatteries en direction du peuple à l'occasion de la campagne électorale y ressemblent beaucoup, du fait de cette philanthropie frelatée que l'on trouve dans toutes les bouches, dont l'organisation sociale dément systématiquement la sincérité.

  • Satan dans l'Eglise

    S'il y a bien une manifestation courante de l'athéisme au sein de la communauté des soi-disant chrétiens, c'est la passion pour le débat politique. Elle trahit la foi ou l'espérance dans un avenir, un "au-delà", en même temps qu'une inquiétude dont les évangiles sont les plus dissuasifs.

    Cette passion pour la politique contredit l'incitation du Messie à se tourner vers les choses de l'Esprit et non les questions temporelles ou sociales.

    L'interdiction de bâtir le royaume du Christ sur la terre est violée lorsque tel ou tel "chrétien" prétend instaurer une "politique chrétienne" ou la prône. On se situe sans doute au niveau de la fornication et du satanisme quand un prêtre, s'exprimant au nom ou dans la suite des évangiles proclame que "C'est un devoir chrétien de voter".

    J'écris "débat politique" et je parle de "passion" pour indiquer à quel point la politique déborde désormais le domaine des choses pratiques. Pour ainsi dire le domaine des choses pratiques est l'affaire de quelques-uns, que l'on nomme "administrateurs", tandis que le débat est l'affaire de tous, bien que l'on puisse douter de son utilité. La politique occupe donc les esprits de ceux qui en ont peu, et la place démesurée accordée au débat ("Ce qui sort de la bouche de l'homme, c'est cela qui souille l'homme.", prononce Jésus-Christ) nuit à l'administration pratique.

    L'absence de pragmatisme de la politique moderne peut se traduire par une forme de mysticisme, assez creux -disons le mysticisme de l'Avenir-, mais qui fascine un grand nombre de personnes. Ce mysticisme frelaté a un but de subversion du christianisme, reconnaissable à deux traits caractéristiques : - d'abord le mysticisme fait perdre à la politique son caractère pragmatique en lui assignant des missions qui ne relèvent pas de la politique ; deuxièmement ce mysticisme est une sorte de philanthropie, à laquelle de nombreux clercs disent adhérer, mais qui n'a aucun fondement évangélique.

    La nécessité que les sociétés humaines ont de s'organiser est un besoin banal auquel le message évangélique ne s'oppose pas. Jésus-Christ ne propose pas d'abolir la peine de mort ou la guerre en appliquant une morale extraite de son enseignement. De même, auparavant, Moïse ne régna pas sur l'Egypte en souverain, mais incita symboliquement le peuple juif à fuir l'Egypte.

    La politique n'est pas l'affaire des chrétiens fidèles en tant qu'ils sont chrétiens ; en revanche la corruption et la subversion du message évangélique à travers un discours politique prétendument chrétien doit mobiliser contre elles tous les chrétiens qui ne sont pas athées, portant le déguisement des racines chrétiennes de la France, ou de telle ou telle autre insanité de propriétaire bourgeois.