La convoitise du petit pillard de banlieue qui se rue à travers la vitrine d'une boutique éventrée, puis en rejaillit ivre de bonheur avec un butin, ça surprend. La fille (sa soeur ?) : - Déconne-pas, c'est un magasin de pauvres ! Il faut toujours qu'elles nous les coupent.
Pas la convoitise elle-même, bien sûr, car l'être humain EST convoitise, mais son objet : le type emporte avec lui des saloperies chocolatées pour gosse, un plein sac plastique. Que va-t-il faire de tout ça ? Les partager fraternellement avec sa nombreuse fratrie ? Si j'étais pillard, que pillerais-je ? me dis-je tout en cherchant une ruelle préservée des gaz lacrymogènes. Rien de ce que je désire vraiment n'est vendu en magasin.
Les manifestations agitées comme la journée du 17 octobre dernier plaisent beaucoup aux gosses, qui évaluent mal le danger d'un brusque mouvement de foule : leurs yeux brillent, c'est comme s'ils venaient d'inventer une religion nouvelle pleine de promesses. Derrière les vitrines des restaurants, les bourgeois planqués ne peuvent s'empêcher de les trouver beaux, étincelants.
Indignation du petit bourgeois vis-à-vis des petits pillards. "Il faudrait les fusiller, surtout quand ils sont Arabes !" Mépris du grand bourgeois pour le petit pillard, qui n'est qu'un gagne-petit. Seulement voilà, pour piller gros et subtilement, sans fracasser la vitrine, il faut faire des études supérieures et ça n'est pas donné à tout le monde.