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  • Homère ou Shakespeare ?

    Heureux qui comme Hamlet ne s'est pas trompé de combat... On pourrait aussi bien se demander : Ulysse ou Hamlet ? 

    Shakespeare a repris la figure du héros prométhéen d'Homère dans "Troïlus et Cressida" (1609) : on dira qu'il s'est approprié Ulysse, si l'on ignore que Shakespeare est un critique littéraire hors du commun qui, dès les premières pièces, manie la parodie, le pastiche, les réemplois, les citations, les allusions plus subtiles, en somme tous les instruments d'une critique littéraire savante, mais non pesante.

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  • Quand j'entends le mot culture...

    Dans la queue devant un musée qui expose quelques oeuvres de Giovanni Bellini (1430-1516), un grand-père répond à la question de son petit-fils :

    - A quoi ça sert la culture ?

    ...presque du tac-au-tac :

    - La culture ça sert à élargir l'esprit !

    Pour un adepte de la culture physique depuis de nombreuses années comme moi, elle sert plutôt à empêcher l'esprit de divaguer, suivant sa tendance naturelle. L'esprit humain peut se dilater jusqu'à contenir plusieurs univers, tant qu'il n'est pas concentré dans l'effort : certains appellent ça l'imagination, d'autre la fantaisie.

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  • Choses vues

    ...lors de la journée du 17 octobre 2026, sur la rive droite de Paris ; quelques jours auparavant les porte-parole des Gilets jaunes ont lancé un appel à renverser le monarque Emmanuel Macron, huit ans après la grève historique nationale des Gilets, qui avait poussé l'appareil d'Etat dans ses derniers retranchements.

    En fin de matinée je cherche à gagner la place de la République, point de jonction entre des mouvements poursuivant des buts différents, certains "jusqu'au-boutistes" comme les Gilets, d'autres pas. La surveillance policière est déjà en place pratiquement sur la largeur de Paris, plus dense à mesure que je me rapproche. Il fait un temps magnifique. J'enfile mon gilet jaune réfléchissant. Je comprends vite que je ne pourrai pas atteindre la place de la République, où la bagarre a déjà commencé entre les "robocops", comme j'appelle cette police dédiée à la répression des foules, et des grappes de jeunes types masqués pour n'être pas identifiés grâce aux caméras de surveillance. Les grenades pleuvent, inondant la place de gaz irritant. Les détonations font vibrer l'air et certaines femmes ne peuvent s'empêcher de pousser de petits cris à chaque fois. On se croirait sur le tournage d'un film de guerre.

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  • Pillards d'en-bas, pillards d'en-haut

    La convoitise du petit pillard de banlieue qui se rue à travers la vitrine d'une boutique éventrée, puis en rejaillit ivre de bonheur avec un butin, ça surprend. La fille (sa soeur ?) : - Déconne-pas, c'est un magasin de pauvres ! Il faut toujours qu'elles nous les coupent.

    Pas la convoitise elle-même, bien sûr, car l'être humain EST convoitise, mais son objet : le type emporte avec lui des saloperies chocolatées pour gosse, un plein sac plastique.  Que va-t-il faire de tout ça ? Les partager fraternellement avec sa nombreuse fratrie ? Si j'étais pillard, que pillerais-je ? me dis-je tout en cherchant une ruelle préservée des gaz lacrymogènes. Rien de ce que je désire vraiment n'est vendu en magasin.

    Les manifestations agitées comme la journée du 17 octobre dernier plaisent beaucoup aux gosses, qui évaluent mal le danger d'un brusque mouvement de foule : leurs yeux brillent, c'est comme s'ils venaient d'inventer une religion nouvelle pleine de promesses. Derrière les vitrines des restaurants, les bourgeois planqués ne peuvent s'empêcher de les trouver beaux, étincelants.

    Indignation du petit bourgeois vis-à-vis des petits pillards. "Il faudrait les fusiller, surtout quand ils sont Arabes !" Mépris du grand bourgeois pour le petit pillard, qui n'est qu'un gagne-petit. Seulement voilà, pour piller gros et subtilement, sans fracasser la vitrine, il faut faire des études supérieures et ça n'est pas donné à tout le monde.

  • Les Gilets jaunes pourquoi faire ?

    Quelques-uns des porte-parole les plus connus du mouvement des Gilets jaunes (François Boulo, Jérôme Rodrigues...) ont annoncé leur intention de participer à la manifestation de samedi prochain (17 octobre) ; il se disent scandalisés par les méthodes de répression du mouvement lycéen par la police d'Etat.

    Cela ne garantit pas la mobilisation en masse, même si la marge de manoeuvre du chef de l'Etat s'est considérablement réduite depuis 2018 ; certains Gilets jaunes ont une revanche à prendre, et la perspective d'une abdication du monarque pourrait décupler leur motivation.

    Le rassemblement de l'automne dernier fut un demi-échec, instructif cependant à plusieurs égards. En premier lieu la répression, orchestrée il y a un an par le ministre B. Retailleau et le préfet Nunez, s'est renforcée. De nombreux chefs de file (syndicalistes, écologistes, Gilets jaunes...) sous la surveillance d'"agents de renseignement intérieur", ont été interpellés dès le matin à leur arrivée à Paris. Les effectifs policiers et militaires étaient massifs, verrouillant le centre de Paris très efficacement et formant de gigantesques nasses sur les grandes places parisiennes. D'autre part l'atmosphère festive "bon enfant", impulsée par les syndicats et leurs militants, indiquait clairement que leur intention n'est pas de renverser le système, mais qu'ils poursuivent une stratégie électorale. Les Gilets jaunes ont discrédité les grandes centrales syndicales et la "convergence des luttes" en 2018. Le soutien explicite du dirigeant de la CGT Philippe Martinez à E. Macron l'avait discrédité auprès de sa base.

    L'abdication d'E. Macron à quelques mois des élections présidentielles n'est pas une hypothèse invraisemblable ; d'abord parce que c'est le rôle même du monarque gaulliste d'être un fusible. Ses prédécesseurs ont joué ce rôle. Ensuite parce que la mission de faire voter le budget annuel de l'Etat, très délicate l'année dernière, va s'avérer quasiment impossible cette année.

    Des élections anticipées pourraient faire baisser d'un coup la pression sociale, mais elles auraient l'inconvénient de placer les candidats Le Pen et Mélenchon en position très favorable : c'est la meilleure raison pour Macron de s'accrocher encore, car Le Pen et Mélenchon ne sont pas les candidats favoris de la caste.

    Les Gilets jaunes pourquoi faire ? Selon moi pour faire ce que Mélenchon et Le Pen, qui ont un pied dans le système et un pied en dehors, ne peuvent pas faire : donner le pouvoir à la classe moyenne, en particulier à la jeune génération des 20-45 ans, sur les épaules de qui pèse la nomenklatura au pouvoir. Dès que l'on creuse un tant soit peu dans une direction ou une autre, on découvre que la notion d'intérêt général est désormais noyée dans celle de "fonction publique" ; si l'on creuse encore un peu, on découvre que la "fonction publique" et la "fonction privée" sont parfaitement entremêlées. Quarante ans d'inaction politique imposent une révolution centrée sur l'intérêt général, que ni Le Pen ni Mélenchon ne peuvent représenter.

    Beaucoup trop d'électeurs de Mélenchon et de Le Pen, ainsi que les oligarques qui les soutiennent, ont intérêt à ce que le système technocratique perdure, qu'ils se proposent de réformer - l'un en injectant plus d'argent dans la machine, l'autre au contraire en lui faisant subir une cure d'amaigrissement, ce qui indique plutôt deux clientèles différentes que deux méthodes. Quelle que soit la méthode, ni l'un ni l'autre ne disent comment rapatrier le pouvoir exécutif à Paris. Les dirigeants de PME-PMI ont ri au nez de Mélenchon, tandis qu'ils ont prêté l'oreille aux recettes d'U. von der Leyen pour renouer avec les profits.

    Renverser Macron serait pour les Gilets jaunes une satisfaction, mais non une victoire, car l'Etat profond n'est pas à un Macron près.

    Les Gilets jaunes, donc, pour permettre à la jeune génération de prendre son destin politique en main. Il n'y a pas de plan quinquennal pour ça.

    Les Gilets jaunes comment ? On ne peut le prédire, mais les meilleurs critiques du système totalitaire l'ont tous dit : un régime technocratique est TOUT SAUF PRAGMATIQUE.