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  • Le cinéma gaulliste

    Je signale dans mon bouquin sur "Orwell et les Gilets Jaunes" que l'esprit de "Mai 68" est "orwellien" - la plupart des slogans de "Mai 68" semblent en effet tirés de "1984". Il est indispensable de mesurer l'antériorité de l'Etat profond, resté tapi dans l'ombre tout au long des "Trente glorieuses". Le slogan de la jouissance était dirigé contre la société de consommation, qui repose sur la frustration. La jouissance raisonnable est le pire ennemi des publicitaires.

    La crise et le marasme capitalistes, en fragilisant l'appareil d'Etat totalitaire, l'ont contraint à sortir du bois.

    Les Gilets jaunes qui voient dans l'organisation technocratique la confiscation de la citoyenneté, ne peuvent pas voir en de Gaulle un modèle politique. Si la 5e république est antirépublicaine, c'est avant tout parce qu'elle est, en réalité, un régime technocratique. On ne peut pas reprocher à E. Macron de trahir l'esprit des institutions en s'affranchissant de la volonté populaire, car c'est précisément l'esprit bonapartiste de la constitution de 1958 que de neutraliser la volonté populaire à travers le plébiscite plus ou moins truqué.

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  • L'Ordalie Epstein

    Le sujet de l'affaire Epstein-Maxwell n'est pas celui des moeurs pédophiles des élites mondialistes, dévoilées dès 1932 par A. Huxley dans son "Brave New World", moeurs qui s'avancent très souvent masquées derrière la "protection de l'enfance".

    L'illusion d'Huxley était de croire que cette bestialité pouvait s'accorder avec la non-violence, et que le libéralisme perfectionnerait le nazisme grâce à des méthodes de conditionnement plus sophistiquées, telles que celles que le réseau Epstein a mises en oeuvre à une échelle réduite, dans un but de trafic d'influence politique.

    Orwell, lui, n'évacue pas comme Huxley le ressort historique fondamental de la lutte des classes : "1984" illustre la domination sadienne par les élites dirigeantes des citoyens entraînés au masochisme (la culture totalitaire de la "résilience" et de la "valeur travail"). Orwell ne conçoit pas que le totalitarisme puisse être non-violent.

    Huxley fut bien obligé d'admettre en 1958 que l'eugénisme libéral transhumaniste n'avait pas tenu ses promesses d'un être humain fabriqué en éprouvette à grande échelle. Ce cauchemar n'a pas eu lieu, mais les eugénistes libéraux continuent d'en rêver au XXIe siècle. Le régime totalitaire chinois a poussé le curseur de l'eugénisme d'Etat au maximum, tandis que les sectes évangélistes aux Etats-Unis représentent la seule opposition en Occident à cette politique eugéniste étatique.

    J. Epstein, c'est le marquis de Sade expert-comptable, qui gère la traite des blanches avec le scrupule d'un rond-de-cuir. Il y a quelque chose de puéril dans la sexualité des violeurs d'enfants ou de fillettes, que l'on retrouve aussi dans le clergé catholique immature, autre cas de pédophilie criminelle systémique à grande échelle.

    Sommé de se justifier en raison de ses liens avec le couple Epstein-Maxwell, Jack Lang s'est défaussé sur l'idéologie de "Mai 68", comme Joseph Ratzinger il y a quelques années, confronté aux crimes du clergé catholique. Mais on pourrait démontrer sans peine que le mouvement de "Mai 68" est le plus hostile qui soit à la culture de masse infantilisante pédomaniaque. "Mai 68" oppose la jouissance aux moeurs sado-masochistes totalitaires et à la "valeur travail", tout comme Orwell. Si la pédophilie criminelle est caractéristique de l'élite, c'est en raison du dispositif totalitaire qui affranchit la caste dirigeante de la morale commune.

    L'homosexualité est avant tout emblématique d'une sexualité sado-masochiste, et elle n'a jamais été idéalisée en Occident en dehors du contexte totalitaire et de la société de consommation. Le médecin puritain S. Freud la considère comme une "déviance", ce qui est médicalement contestable mais permet de dater assez précisément le dispositif totalitaire. Il faut ajouter que les moeurs homosexuelles sont très répandues dans l'armée, ce qui s'explique aussi par la culture sado-masochiste sur laquelle est fondée la hiérarchie militaire.

    Epstein s'installe donc à Paris en 2002 après avoir purgé une courte peine de prison aux Etats-Unis, et y développe son entreprise de trafic d'influence politique sans se heurter au moindre obstacle, ce qui implique la complicité des autorités judiciaires françaises ou leur gabegie. Il fait de même de l'autre côté de la Manche au Royaume-Uni, capitale secondaire de l'empire néo-barbare anglo-saxon (Océania).

    L'ex-conseiller de N. Sarkozy, Alain Bauer, est la seule personnalité publique de premier plan à oser s'exprimer sur l'affaire Epstein-Maxwell. Il tient peut-être à préserver son honneur intact, dans la mesure où l'inertie du système judiciaire fait peser le soupçon sur l'ensemble de la classe politique ? Ou bien l'exécution politique de N. Sarkozy par le système judiciaire lui reste-t-elle en travers de la gorge ? N. Sarkozy aurait donc agi pour le compte de Washington "à l'insu de son plein gré", comme son complice Alain Juppé ?

    L'affaire Epstein opère comme une véritable ordalie, en particulier aux Etats-Unis où Elon Musk a introduit une (relative) liberté d'expression : le limogeage de la procureure générale Pam Bondi (garde des sceaux) indique qu'un Etat profond ne peut pas enquêter sur un Etat profond. Cette démission forcée a eu pour effet de semer le doute dans l'électorat MAGA de D. Trump. Ce doute profite au parti démocrate à la veille des élections de mi-mandat : du banc des accusés, il est passé à celui d'accusateur.

    L'affaire Epstein souligne le mobile impérialiste de l'Etat profond, pourquoi l'utopie libérale démocratique a fait long feu dès la fin du XIXe siècle.

    Dans le contexte français moins démocratique, où les médias sont contrôlés à 100% par des oligarques, il s'est avéré plus facile de déminer l'affaire Epstein pour la presse française (tandis que le premier ministre anglais a été contraint de démissionner). Le peu d'empressement des leaders de l'opposition "d'extrême-droite" et "d'extrême-gauche" à réclamer une enquête parlementaire peut être interprété comme un signe de leur dépendance vis-à-vis d'un Etat profond coordonné depuis Bruxelles depuis le confinement sanitaire et le coup d'Etat du surendettement de 800 milliards d'E. Macron et U. von der Leyen.

    Cependant la campagne des présidentielles françaises coïncide avec les élections aux Etats-Unis, où l'affaire Epstein joue un rôle crucial. Si les dirigeants de l'UE ne parviennent pas à contrôler les réseaux sociaux américains, l'ordalie Epstein pourrait parasiter les élections françaises, destinées à élire le ou la remplaçante idéale d'Emmanuel Macron aux yeux d'U. von der Leyen et de la Commission.

  • Apologie(s) du suicide

    Parler du suicide est une façon "classique" pour les moralistes et les philosophes d'aborder le problème de la condition humaine. Ainsi, lorsque le moraliste Leopardi énonce que "le suicide prouve Dieu", il veut dire que la biologie ne permet pas de comprendre le mobile humain : il n'explique pas pourquoi l'homme est un animal suicidaire.

    Le déshonneur et la honte, qui sont les causes les plus fréquentes de suicide, sont des sentiments difficilement explicables par les sciences naturelles ou même la psychanalyse freudienne (déterministe).

    La société totalitaire conçoit le suicide comme un blasphème. L'assignation des citoyens à un bonheur standardisé à base de spectacles divertissants et de sexualité ludique exclut que l'on préfère en finir. Le suicide est un blasphème contre l'organisation sociale occidentale. Comment un jeune homme ou une jeune femme peut-il mettre fin à sa vie quand la société est conçue pour son bonheur ? Le matraquage publicitaire est sans doute l'élément le plus palpable du conditionnement totalitaire occidental.

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  • La France au pied du mur (de Berlin)

    Dans un français impeccable, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen vient d'annoncer la mobilisation de l'épargne des Français au service de la relance du consortium militaro-industriel franco-italo-allemand. On comprend mieux pourquoi elle est surnommée par Donald Trump "le mâle alpha".

    Le paradoxe est que le plan de relance industrielle d'U. von der Leyen par le soutien à l'Ukraine est plus impopulaire encore en Allemagne qu'il n'est en France. La découverte par les Allemands de la complicité passive d'U. von der Leyen dans le sabotage par la CiA du gazoduc géant NordStream n'y est peut-être pas pour rien...

    Le temps presse car l'industrie allemande est en pleine déconfiture. Principale adversaire d'U. von der Leyen (et ses sous-fifres E. Macron et G. Meloni) en Europe, Alice Weidel a promis à ses électeurs de s'accorder avec Poutine. C'était déjà le plan allemand AVANT la tentative d'annexion de l'Ukraine par V. Poutine, qui a lamentablement échoué sur le plan militaire (la défaite diplomatique des Russes est moins certaine).

    Les élections présidentielles 2027 se présentent, dans ce contexte, comme une opération de diversion. Cette élection oppose des clones d'E. Macron -acquis d'avance au plan d'U. von der Leyen-, à deux opposants à cette stratégie, qui ne lui opposent que des mots, sachant qu'elle est très impopulaire.

    J.-L. Mélenchon et Mme Le Pen brillent par l'absence de programme économique sérieux. Depuis des mois, on entend les acolytes de Mélenchon rabâcher que les Français ne sont pas responsables de la crise économique, ce qui est en partie inexact (le train de vie somptuaire de l'Etat bénéficie à une partie des Français) et, même si cela était vrai, ne changerait rien à la donne de l'anémie de l'économie française. Quant à Marine Le Pen, elle dissimule à ses électeurs que l'immigration de masse est la botte secrète de l'économie capitaliste : la politique démentielle de Margaret Thatcher a fait du Royaume-Uni le principal pôle d'attraction en Europe de l'immigration clandestine.

    La conviction est heureusement assez répandue chez les Gilets jaunes (et dans la jeune génération abstentionniste) que les élections présidentielles ne sont que de la poudre aux yeux. Il est regrettable que de petits candidats "souverainistes", "gaullistes" ou "constituants" contribuent à l'illusion du suffrage universel et des présidentielles comme moyen d'action politique. Ils affaiblissent la volonté de résistance passive, qui depuis 2018 s'est avérée la plus efficace. En même temps qu'ils ont subi la répression, les Gilets jaunes ont éprouvé la force de leur mouvement.

    Les électeurs MAGA de Donald Trump viennent d'éprouver la limite du suffrage universel en accordant mandat à leur candidat pour démanteler l'Etat profond, c'est-à-dire l'organe de coordination de la politique impérialiste des Etats-Unis. Est-ce la faute de D. Trump s'il est empêtré, ou bien son électorat républicain n'a-t-il pas été naïf de croire qu'un homme providentiel pouvait changer la donne politique aux Etats-Unis et rétablir seul un régime républicain, c'est-à-dire d'intérêt général ?

    Au pied du mur de Berlin (ou plutôt de Bruxelles) se trouvent désormais les Français. Ils sont de trois sortes : les adhérents à la stratégie d'U. von der Leyen de galvanisation de l'UE dans l'effort de guerre industrielle (l'Ukraine fournit la chair à canons, l'UE les canons). Cette stratégie s'inscrit dans la continuité de la constitution d'une Union européenne depuis un quart de siècle : c'est ce qui explique l'adhésion massive de la classe politique au projet von der Leyen : il est pratiquement programmatique. L'opposition de Mme Le Pen et J.-L. Mélenchon a toute les apparences d'un simulacre. Alice Weidel est la seule opposante un tant soit peu crédible.

    Les Français dissidents du projet d'investissement massif dans l'armement sont généralement plus jeunes : les institutions gaullistes ont engendré une véritable gérontocratie : les partis de J.-L. Mélenchon et Mme Le Pen recueillent la plupart des suffrages exprimés par la jeune génération, en même temps qu'ils sont taxés "d'extrémistes". Les Français dissidents sont sans doute plus nombreux, mais les médias de masse sont principalement conçus pour les faire taire. Ils doivent en outre relever le défi, non pas d'une nouvelle constitution magique, mais d'un changement de paradigme.

    La part des Français passifs, "matrixés" par les chaînes d'info privées ou publiques, comptent pour du beurre. Le contrôle des masses par les écrans prend ici tout son sens, la "société du spectacle", le droit de l'Etat nazi à fabriquer une opinion publique servile, etc.

  • Sur l'éclipse scientifique

    Le culte de la personnalité trahit au yeux des citoyens les moins endormis un mode d'organisation politique primitif déguisé en "république" ou en "démocratie". Le culte de la personnalité de de Gaulle a posteriori est conçu par les pouvoirs publics pour étouffer la critique du régime de restauration bonapartiste qu'il incarne.

    Les critiques contemporains de la Ve république vacillante s'accordent à dire que le chef de l'Etat n'a presque plus aucun pouvoir désormais. L'exécutif français a passé le flambeau à l'exécutif bruxellois. Le chef de l'Etat conserve tout de même le pouvoir de détourner l'attention d'une fraction de l'opinion publique - un pouvoir de diversion par conséquent. L'hostilité que suscite E. Macron n'est pas moins utile que l'idolâtrie primaire, car les personnes haineuses sont aussi privées de jugement que les dévots. L'échec de la révolution bourgeoise de 1789 est largement imputable à la haine du peuple de Paris, sur laquelle la Convention s'est appuyée. La restauration républicaine doit être "de sang-froid" : jusqu'à présent, on peut dire que les Gilets jaunes ont brillé par cette qualité, privant à peu près les médias de masse d'images d'exactions violentes susceptibles d'effrayer les citoyens passifs devant leurs écrans de télé.

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  • Ulysse revient

    Admirateur d'Homère, je n'ai pas vu "L'Odyssée" de Christopher Nolan au cinoche, dont les médias se sont fait largement l'écho. Je me suis contenté de lire une interview de ce metteur en scène, qui déclare s'être appliqué à faire ressortir le caractère épique du poème. Mais l'épopée est un genre grandiloquent assez creux. Si le diptyque d'Homère a fait couler autant d'encre au cours des millénaires, ce n'est pas en raison de son caractère épique mais ALLEGORIQUE, qui est une provocation à l'interprétation.

    Si je devais démontrer dans une conférence que l'art états-unien (démocrate-chrétien) n'existe pas sous une autre forme que la propagande (genre qui prolonge l'épopée), je m'efforcerais d'apporter la preuve qu'il n'est pas allégorique - par exemple qu'il n'y a pas de romancier états-unien qui, comme Balzac, soit fondé sur l'allégorie (la "peau de chagrin" est la plus fameuse des métaphores balzaciennes).

    Je n'ignore pas qu'il existe un cinéma hollywoodien "symboliste", mais ce symbolisme est onirique, comme la peinture de S. Dali, qui peint une montre molle pour signifier la plasticité du temps. Or, il n'y a pas moins onirique que l'Iliade et l'Odyssée - il suffit de voir sur quelle déception s'achève le rêve de gloire infinie d'Achille. Quelle invitation au rêve la mer ne représente-t-elle pas ! Or, précisément, la mer s'interpose entre Ulysse et Ithaque.

    - Le moraliste & philologue italien Léopardi impute curieusement au hasard la longévité d'Homère, pratiquement inoxydable. Mais l'Odyssée n'est pas seulement, comme une de ces momies égyptiennes miraculeusement conservées ou le Parthénon, un morceau d'Antiquité : la résistance des aventures d'Ulysse à l'usure du temps est probablement due à sa cohérence, qui en fait la force. Au demeurant il importe peu que la logique des poèmes d'Homère soit le fait d'un auteur unique, comme cela est discuté, ou qu'elle soit due à la critique littéraire.

    Esprit pragmatique, le savant anglais Francis Bacon (1561-1626) réduit dans "La Sagesse des Anciens", la question de la paternité du diptyque à une question oiseuse. N'importe qui ou presque peut écrire un poème épique, beaucoup plus rares sont les oeuvres qui reposent sur la logique. En échafaudant la "Comédie humaine", Balzac s'est efforcé de donner à son oeuvre une cohérence que les ouvrages de style n'ont pas forcément.

    J'ai fait mon premier pas en avant dans la compréhension des métaphores d'Homère le jour où j'ai compris que l'hostilité de Platon était très profonde. L'accusation d'impiété visant Homère n'est pas une simple accusation visant une oeuvre populaire pour la discréditer. La vision "impie" du monde selon Homère s'oppose diamétralement à celle de Platon.

    L'orientalisme de Nietzsche, érigé en symbole par le IIIe Reich (la croix gammée), est par conséquent complètement à côté de la plaque. Il n'y a rien de plus oriental et de moins occidental que le pouvoir technocratique moderne. Le cyclope Polyphème peut presque passer pour une allégorie de l'Etat totalitaire : son oeil unique évoque la science luciférienne des élites technocratiques, largement fondée sur l'optique. Qui sait s'il n'y a pas, dans la méthode d'Ulysse pour échapper à ce monstre, une leçon pour les Gilets jaunes ?

  • La canicule a bon dos

    Pour les Français capables de prendre du recul sur le cirque médiatique lors de la crise sanitaire de 2020, ce qui revient à peu près à porter des lunettes teintées lors d'une éclipse solaire, un phénomène totalitaire correspondant à la description de "1984" fut observable : la nécessité pour l'Etat de terroriser et de rassurer ses administrés. Julia fait observer à Winston Smith que certains bombardements de Londres sont opérés par Big Brother lui-même, et non par Eurasia ou Estasia, comme les citoyens d'Océania le croient.

    La psychose répandue par les médias d'Etat à propos de la pandémie de coronavirus, "traitée" comme s'il s'agissait d'une épidémie d'Ebola, a été suivie de peu par les propos extrêmement rassurants sur les nouveaux vaccins permettant à nouveau de circuler librement. Terroriser et rassurer : il est étonnant que les services publics hospitaliers psychiatriques ne discernent pas ce dispositif de gestion des masses. On peut le repérer dans la culture de masse totalitaire.

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  • Le bénéfice de l'immigration massive

    Les dernières villes états-uniennes industrielles prospères ont été les premières à protester contre la politique de remigration de Donald Trump, que certains politiciens européens présentent comme une solution à "la crise migratoire".

    La France est (avec le Royaume-Uni) l'une des nations les plus hostiles culturellement à la "mondialisation", en même temps qu'elle est la plus obstinée à ignorer son mécanisme capitaliste de base ; cette obstination résulte bien sûr d'une propagande intensive, non seulement des médias oligarchiques, mais aussi de l'Education nationale (étatique) : les soi-disant professeurs d'Histoire-Géo qui enseignent aux gosses la "décolonisation" sont en réalité des propagandistes de la mondialisation : au cours de cette période de "décolonisation", l'esclavage industriel s'est au contraire renforcé à l'échelle mondiale.

    Le sentimentalisme de gauche et la bêtise de droite sont donc ligués pour déconnecter les Français d'une réalité politique et économique qui les touche indirectement. La paralysie politique de la France tient largement à ce qu'une proportion non négligeable de Français consent à la gouvernance technocratique centralisée : la résistance des Gilets jaunes est minoritaire ; néanmoins, ce sont toujours les minorités agissantes qui infléchissent le cours de l'Histoire.

    L'histoire des Etats-Unis illustre le bénéfice extraordinaire de l'immigration de masse du point de vue capitaliste - extraordinaire dans la mesure où l'afflux de main-d'oeuvre bon marché a permis aux Etats-Unis de combler rapidement leur retard sur les puissances industrielles du continent européen, puis de les dépasser. Si les Etats-Unis ne sont pas un "Etat-nation" sur le modèle européen, c'est très largement parce qu'ils sont issus de l'immigration massive. L'erreur de Tocqueville est d'avoir ignoré, comme les Lumières avant lui, les conséquences politiques décisives du développement industriel capitaliste.

    La mise en concurrence des ouvriers immigrés allogènes et des ouvriers indigènes est le b.a.-ba de l'effort de la bourgeoisie industrielle pour conserver une position dominante. L'immigration massive entrave le développement du syndicalisme, mais elle dilue aussi l'expression politique de la classe moyenne sur quoi repose l'utopie libérale de Tocqueville : le bipartisme, aux Etats-Unis, est l'instrument de base du pouvoir oligarchique. Le mécanisme social-démocrate de "l'ascenseur social" a pour principale fonction de dissimuler la réalité de la lutte des classes à l'échelle mondiale au XXe siècle.

    L'immigration massive a toujours posé des problèmes politiques au stade du krach capitaliste, lorsque le chômage augmente nettement et que les caisses de l'Etat sont vides : le surendettement de l'Etat permet d'y remédier ; ici la comparaison avec un élastique qui se tend permet de voir le risque auquel la politique de surendettement de l'Etat expose l'Etat. A ce stade le Capital finance des partis anti-immigrés pour détourner l'attention et fustiger le symptôme comme la maladie elle-même : il n'a jamais été sérieusement question d'interdire le FN, et sa dédiabolisation ne coïncide pas par hasard avec la crise économique majeure qui frappe l'Union européenne depuis 2008.

    Tout citoyen marxiste ou anticapitaliste devrait considérer l'économie "tertiaire" comme une économie parasitaire. Les MAGA ont élu Donald Trump pour remédier aux conséquences délétères d'une telle économie, tout en restant aveugle sur sa cause profonde.

    L'économiste D. Graeber ("Bullshit Jobs") démontre utilement que ce parasitisme excède largement le problème d'une fonction publique pléthorique, et qu'il ne touche pas moins le secteur privé. La chasse aux fonctionnaires inutiles dont a été chargé Elon Musk aurait dû logiquement s'accompagner d'une chasse aux agents de change et aux avocats d'affaires parasites. Elon Musk a lui-même bâti sa fortune sur les commandes militaires et paramilitaires : c'est un libertarien-impérialiste (et les libertariens qui ne le sont pas ne sont rien d'autre que des crétins).

    Il n'est pas inutile de rappeler que la révolution marxiste-léniniste s'est heurtée principalement à la mondialisation, une mondialisation dont Marx avait anticipé avec précision les conséquences dévastatrices pour l'humanité (la réification de l'être humain).

    Le destin capitaliste de l'humanité n'est jamais, suivant l'éclairage de "1984", que le sort infligé par une petite élite technocratique barbare au restant de l'humanité.

    Un mot sur le cas du Japon, dans lequel les politiciens capitalistes xénophobes, partisans de la remigration, voient la preuve qu'un capitalisme racialement pur est possible : le Japon est une ancienne puissance coloniale, entièrement soumise à l'empire états-unien depuis sa défaite, de sorte qu'il est impossible de parler de l'économie japonaise sans tenir compte du fait que le Japon est une nation-satellite. Le Japon n'est rien d'autre qu'une armée d'ouvriers spécialisés et de contremaîtres au service des Etats-Unis ; par ailleurs la situation économique du Japon n'est pas aussi brillante qu'il y paraît, et la récession démographique comme la stagflation poussent les gouvernements japonais depuis des décennies à ouvrir le Japon à l'immigration.

  • La métaphore (parfaite) du Titanic

    Quand un navet a autant de succès que "Titanic", c'est qu'il remue quelque chose dans l'inconscient collectif.

    La comparaison de l'ancien Premier ministre François Bayrou de la France avec le "Titanic" est l'aveu de sa conception technocratique du pouvoir politique. Quiconque connaît un peu la navigation en mer et les marins sait qu'un commandant de bord exerce un pouvoir tyrannique, au sens d'absolu. On vote peut-être pour la plus belle robe de la soirée quand la croisière s'amuse, mais la démocratie à bord s'arrête là.

    Homme libre, toujours tu haïras la mer car c'est un monstre froid comme les Etats modernes !

    Dans la conception technocratique du pouvoir, c'est l'être humain le problème, et plus il se situe en bas de l'échelle, plus il est problématique. Les technocrates se comportent en "alphas", non pas qu'ils soient plus méchants à la naissance, mais parce qu'ils ont été formatés ainsi. Ce n'est pas une question d'origine sociale, mais de conditionnement.

    Pas question pour F. Bayrou de remettre en question la croisière du "Titanic", sa destination et son mobile mystérieux. Il s'agit de boucher le trou dans la coque et de repartir (la dette qui empêche le navire d'avancer).

    De l'iceberg, le krach financier de 2008, on a parlé un minimum (Untel a dit : "Je n'aime pas le monde de la finance.") car il indiquait un commandement ivre, incapable de tenir la barre. Le krach, c'est la faute à pas de chance - raisonnement d'alcoolique.

    Les Gilets jaunes sont les passagers de troisième classe : ils sont directement sur la voie d'eau. Il y a sur le "Titanic" français un nombre incalculable de personnels navigants, domestiques, joueurs de pipeau - le "Titanic" c'est de la croisière de luxe : tout ce personnel n'a pas intérêt à ce que l'on balance le commandant par-dessus bord, car leur existence n'aurait plus aucun sens - ils se contenteraient d'un nouveau commandant pour apaiser les esprits échauffés.

    La culture contemporaine, c'est la musique du "Titanic" ; son but principal : rassurer les passagers de première classe. Quelque chose comme Vivaldi ou Strauss qui facilite la digestion. Le navire est entre de bonnes mains ! Il ne manquerait plus que les premières classes se mettent à paniquer et commencent à douter elles aussi.

  • Du parasitisme social

    Lors d'un jogging matinal récent, j'ai longé l'enceinte de l'impressionnante forteresse qui abrite les services d'espionnage français dans le Nord-Est de Paris. La novlangue, particulièrement observable dans le domaine administratif ou économique, a substitué "renseignement" à "espionnage". J'ai assisté à l'entrée des fonctionnaires dans le bâtiment ; cela m'a donné l'idée de cette note sur le parasitisme social. Les quelques 3.000 ou 4.000 agents de renseignement intérieur ont-ils une utilité sociale réelle ? On sait que dans le domaine de la sécurité intérieure comme extérieure, la paranoïa joue un grand rôle - celle du public comme celle des technocrates aux manettes - Big Brother est un Etat paranoïaque.

    Chaque Français a tendance à voir midi à sa porte en matière de parasitisme. Certains accusent les immigrés clandestins de parasitisme social : ils ignorent que l'immigration massive est la première cause d'enrichissement du Capital. Elle a joué un rôle primordial dans le développement accéléré du capitalisme états-unien. Inverser la tendance au stade de la désindustrialisation n'est pas une mince affaire, aux Etats-Unis comme en France ; dans le contexte démagogique libéral, c'est une chose impossible ; d'où la méthode G. Meloni, qui consiste à expulser un immigré de façon spectaculaire, tout en en faisant entrer dix de façon discrète. Si les dirigeants capitalistes ne dépeignaient pas la mondialisation capitaliste sous un jour favorable, ils seraient idiots car elle a pratiquement noyé l'idée de lutte des classes en Occident (avec la collaboration notable de l'Eglise catholique, et plus largement de la social-démocratie).

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  • Les Grecs et nous

    L'universitaire anglais Paul Cartledge, spécialiste des Spartiates, évoque l'ambiguïté de notre rapport avec les Grecs : ils sont à la fois très proches de nous, et très éloignés. J'ajoute cette précision : ils sont éloignés de nous en raison de notre mode de vie capitaliste, pour ainsi dire "apolitique", dominé par la personnalité morale de l'Etat centralisé, qui réduit la politique à un "process" (et même l'intelligence à travers l'iA).

    Tiintin, héros démocrate-chrétien emblématique, est une sorte d'adolescent en fugue perpétuelle, qui cherche dans à rompre la monotonie de son existence. Il y a du Rimbaud dans Tintin, du Rimbaud qui finit par larguer la Muse pour aller fourguer des d'armes en Abyssinie. Mon rapprochement entre Tintin et Rimbaud s'appuie sur le fait qu'il y a du Verlaine dans le capitaine Haddock, qui pourrait bien avoir été largué par sa femme lui aussi dans une vie antérieure. Certes le lien entre Tintin et Haddock est platonique, et beaucoup moins tumultueux.

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  • L'imposture Jancovici

    L'imposture Jancovici mérite d'être disséquée car elle dévoile les ressorts de la technocratie. Tous les penseurs humanistes du XXe siècle ont mis en évidence que l'Etat totalitaire est fondamentalement technocratique. A. Huxley et G. Orwell vont un peu plus loin en montrant que la technocratie nazie, libérale ou soviétique, renonce à la science pour se contenter d'exploiter les données des découvertes empiriques à des fins technologiques ; la multiplication des inventions techniques donne l'illusion du progrès scientifique. Par ailleurs c'est dans ce contexte technocratique que la mécanique est devenue une science "dure", autrement dit fondamentale, quand bien même la mécanique n'est que la langue commune aux ingénieurs.

    On peut décrire J.-M. Jancovici comme un écologiste, un adepte de la décroissance compatible avec les centrales nucléaires. Celui-ci a transformé les centrales nucléaires en argument écologique. Cette apologie du nucléaire est-elle vraiment une coïncidence, au moment où les dirigeants européens, privés de gaz russe bon marché par la CiA, entendent relancer l'industrie de l'armement avec de l'électricité produite par des centrales françaises ? Soudain il n'y a pas un plateau télé qui n'offre une tribune à J.-M. Jancovici pour lui permettre de plaider les bienfaits de la relance du nucléaire.

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  • Les populations contre l'Union européenne

    Je n'écris pas "les peuples" mais "les populations", pour souligner que l'hostilité à l'Union européenne technocratique n'est pas le fait d'une volonté coordonnée. Il y a bien de la part des Gilets jaunes une forme de coordination, qui s'est constituée à l'occasion de la répression du mouvement par l'appareil d'Etat (au sens large, incluant les médias de masse oligarchiques et les grandes centrales syndicales) ; mais, si les Gilets jaunes savent ce qu'ils ne veulent pas : un régime technocratique dirigé depuis Bruxelles, ils n'ont pas de contre-projet, en dehors de la sortie de l'Union, qui n'est pas une véritable alternative, pas plus que sauter d'un TGV en marche n'est un vrai choix si on refuse d'aller dans la direction prise par ce train.

    Si les technocrates au pouvoir, à commencer par Mme Ursula von der Leyen, coordinatrice en chef, ne tiennent aucun compte de l'hostilité des populations grecque, britannique, française, allemande et italienne, à leur projet, c'est pour la raison que les masses sont nécessairement assignées à un rôle passif dans le contexte totalitaire. A. Huxley a très bien souligné cet aspect de conditionnement des masses dès 1932, ainsi que les "améliorations" apportées par les élites libérales à ce dispositif, que le régime nazi n'a pas eu le temps de "roder" ; on peut dire que l'antinazisme est si primaire - au niveau des "comics" états-unien - qu'il contribue lui-même à l'abrutissement des masses.

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  • Précisions sur le catholicisme zombie

    Auparavant rappelons en quoi consiste la notion de "catholiques zombies", notion forgée par le sociologue webérien Emmanuel Todd : - depuis les années 1980, les catholiques français ne se distinguent plus des autres Français par leurs moeurs ou leurs opinions, le "vote catholique" n'existe plus, qui était observable avant les années 1980, notamment dans l'Ouest de la France.

    - J'ajoute cette précision que la communauté française musulmane représente désormais, en termes de singularité, ce que les catholiques représentaient encore à la fin du XXe siècle. Un fait en particulier amène cette observation, c'est la persécution dont les Français musulmans sont victimes dans le cadre scolaire, qui évoque bien sûr l'acharnement des "hussards noirs" de la République à faire disparaître les dernières traces de catholicisme au début du XXe siècle. L'ex. ministre de l'Education nationale François Bayrou s'est récemment vanté d'avoir eu l'initiative de ces persécutions.

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  • La bibliothèque des Gilets jaunes

    J'entends d'ici les ricanements : - Mais quel naïf, les Gilets jaunes sont majoritairement des employés, des agriculteurs ou des ouvriers qui n'ont pas le temps de lire !

    La question de qui lit quoi, en France, a toujours été compliquée. Le mouvement des Gilets jaunes a engendré une vingtaine de "médias citoyens", indépendants des appareils politiques et de l'oligarchie française, dont l'audience n'est pas ridicule. E. Macron et ses soutiens oligarchiques ont suscité une opposition contre eux, plus jeune et plus radicalisée que les partis institutionnels. Le mouvement s'est politisé dans le meilleur sens du terme.

    On ne s'attend pas, bien sûr, à ce que les livres aient autant de lecteurs que les vidéos Youtube ont d'auditeurs ; je suis de ceux qui pensent qu'ils ont un impact plus profond.

    Mon bouquin sur Orwell et les Gilets jaunes est d'ailleurs conçu pour réduire le temps de lecture des Gilets sous pression. J'ai en effet essayé de résumer certains essais utiles, de pointer leurs points forts et leurs faiblesses. En ce qui concerne "1984", il s'agissait pour moi de montrer la portée de cet ouvrage. Le cinéaste Raoul Peck qualifie "1984" de "boîte à outils" : c'est toujours mieux que d'assimiler "1984" à la science-fiction, qui est un genre puéril.

    Orwell est devenu ces dernières années une référence citée par les idéologues de tous bords. Ma méthode pour discerner le véritable Orwell : le comparer à Aldous Huxley, dont il reprend une quinzaine d'années plus tard la critique du monde en proie au totalitarisme, tout en s'en démarquant sur certains aspects. Orwell n'est pas victime du préjugé (typiquement libéral), selon lequel la démocratie est un régime "pacificateur" des passions humaines. Non seulement Orwell tient le droit international pour une immense hypocrisie, à la suite de K. Marx, mais on peut dire que "1984" déconstruit entièrement le mensonge de l'ONU, avec un demi-siècle d'avance sur Julian Assange et Wikileaks.

    DANS LA BIBLIOTHEQUE DU GILET JAUNE :

    1. "1984"

    Pour le Gilet jaune qui s'est retrouvé confronté à une horde de CRS à visage inhumain, "1984" ne peut manquer de faire écho à la stupéfaction de se trouver désigné par les institutions comme "l'ennemi public n°1". Pourquoi le char de l'Etat, près de la place Tian'anmen, reçoit finalement l'ordre de ne pas broyer le corps du manifestant suicidaire qui lui barre la route ? Le Gilet jaune trouvera dans "1984" la réponse à cette question, qui est la même que : - Pourquoi la police d'Etat française préfère éviter de tirer à balles réelles sur les Gilets jaunes ?

    2. "Brave New World", par A. Huxley

    "Brave New World" est précurseur de la critique du totalitarisme par Orwell. Il répond seulement à une question existentielle plus précise (ignorée par pratiquement tous les sociologues-économistes-démographes en blouses blanches du XXe siècle) :

    - Pourquoi l'assignation à l'homme d'un bonheur standardisé par les pouvoirs publics est-elle au coeur de la démarche des élites totalitaires ? En quoi le libéralisme est-il "pire que le nazisme", pour citer Huxley, aux yeux de qui la bombe A constituait déjà une "rupture anthropologique" ?

    3. "Bullshit Jobs" par D. Graeber

    L'économiste David Graeber, figure du mouvement "Occupy Wall-Street" de protestation contre la financiarisation de la politique des Etats-Unis, fournit une explication socio-économique de la grève générale des Gilets jaunes, l'année même où cette grève a eu lieu. Il discrédite donc 99% des politologues et économistes français. Le décalage, ou plutôt l'avance de D. Graeber sur ses confrères, s'explique par le fait que l'onde de choc du krach financier de 2008 a été atténuée en Europe. En même temps qu'ils sortent plus vite de la crise, les Etats-Unis y plongent plus brutalement. Les propagandistes de droite, en France, ne retiennent de ce phénomène que ce qui les arrange (la sortie de crise), tandis que les propagandistes de gauche, sociaux-démocrates, ne retiennent que le "filtre", c'est-à-dire ce qui atténue la violence de la crise capitaliste, sans y remédier. D. Graeber propose donc un diagnostic économique non-partisan et non-clientéliste. A bien des égards la crise économique en France ressemble à celle qui sévit aux Etats-Unis, ce qui peut expliquer qu'E. Macron et D. Trump se ressemblent beaucoup sur le plan du "marketing politique". La politique thatchérienne (avortée) d'E. Macron s'avançait masquée derrière des slogans du type "Make France Great Again".

    4. "La lutte des classes en France au XXIe siècle" par E. Todd

    L'intérêt de cet ouvrage, par rapport au précédent, est qu'il est plus franco-français. Il se penche sur des questions économiques similaires, comme celle de la subordination économique de la France à l'Allemagne et ses conséquences dans le cadre de leur union monétaire 2000-2020.

    On ne peut rétablir une république (contre le régime oligarchique infâme actuel), suivant le voeu des Gilets jaunes, tout en ignorant la situation économique du pays. Une telle ignorance a conduit à deux "coups d'épée dans l'eau" : le brexit des Anglais, et l'élection en 2015 en Grèce d'un candidat hostile aux directives économiques de Bruxelles.

    L'essai d'E. Todd, conçu par son auteur pour soutenir la révolution des Gilets jaunes, est donc, d'une certaine façon, dissuasif d'opposer des solutions utopiques au régime actuel. Cependant il présente un "angle mort", contrairement à "1984" : il ignore ou sous-estime, en dépit de son titre, le rôle joué par l'Etat-providence dans la lutte des classes depuis 1950. Pour le dire autrement, le préjugé technocratique de son auteur n'a rien de marxiste ou d'orwellien.

    5. "Le Capital", par K. Marx (1895)

    Le capitaliste lambda estime que l'économie capitaliste est un phénix qui renaît de ses cendres, non sans causer au passage un certain nombre de "dommages collatéraux" ; comme ils ont une gueule de dommage collatéral, les Gilets jaunes ont des raisons de s'intéresser à K. Marx -démolisseur de la théorie du phénix-, que d'autres n'ont pas ; est-ce que la croisière du "Titanic" n'est pas beaucoup plus saumâtre pour les passagers de 3e classe ?

    K. Marx a exprimé le regret, à la fin de sa vie, de n'avoir pas été capable d'exprimer ce qu'il dit dans son "Capital" sous une forme "balzacienne". Ce regret est exacerbé par le constat désolé par Marx de l'enfermement du socialisme français dans une démarche de revendication syndicale, qu'il savait vouée à l'échec et au déshonneur, compte tenu de la mondialisation.

    G. Orwell est sans doute le romancier qui exprime de la façon la plus "balzacienne" l'état de la lutte des classes au stade de la mondialisation, après deux guerres mondiales reflétant l'hubris industrielle du Capital : les camps de prisonniers juifs ne sont pas acouplés pour rien à des complexes industriels. Le miroir que Balzac tendait à la société du XIXe siècle n'était pas plus flatteur que celui qu'Orwell tend à notre monde "post-moderne".

    Si l'on veut comprendre l'esprit du "Capital" en une seule phrase, pourquoi Marx adhère autant à l'exposé romanesque de Balzac, on doit comprendre que le "Capital" oppose à la démarche théorique, à la modélisation mathématique des économistes libéraux, une démarche empirique. On peut dire que Marx est le dernier empirique, dans une époque en train de glisser dans le mysticisme de la théorie et du concept.

    Je propose dans mon essai une approche simplifiée de l'économie capitaliste et du retour au chaos qu'elle entraîne, à travers l'étude du sport de compétition, axé sur la performance (chapitre intitulé : le Dopage légal). L'illusion que le sport de compétition est une activité sportive, et l'illusion que l'économie capitaliste est une économie, sont exactement la même illusion.

  • Sur un débat Zemmour contre Bayrou

    Mettre fin à un régime stérile de plaideurs doit être la première motivation de la révolution des Gilets jaunes.

    L'élection présidentielle est loin d'être un processus "légal" : à juste titre F. Mitterrand discernait dans la Ve république un régime de coup d'Etat permanent : les médias de masse interfèrent beaucoup trop dans le processus électoral pour qu'il soit "légal". La manipulation des masses, prônée par Goebbels, est bien trop antirépublicaine pour que l'on puisse dire ce processus "républicain".

    La dernière chose que l'on peut reprocher au capitaine du "Titanic" E. Macron est de s'affranchir du "débat démocratique", dont il sait parfaitement qu'il n'est rien d'autre qu'une diversion. Les Gilets jaunes ne peuvent pas se permettre d'être plus naïfs que le capitaine qui les traite en passagers imbéciles : les illusions dont se nourrissent les citoyens d'un régime totalitaire constituent une large part du pouvoir de l'Etat profond.

    Moins un candidat à l'élection présidentielle a de chances d'être élu, plus il est susceptible d'être sincère et de s'écarter du discours démagogique. L'élection d'un homme providentiel, qu'il s'agisse d'E. Macron ou D. Trump, est le signe qu'ils ont su frapper un grand coup démagogique.

    Avec Zemmour et Bayrou, on est en présence de candidats dont les chances d'être élus sont minimes. L'Etat profond a plus ou moins adoubé Marine Le Pen et J. Bardella, ce qui n'est pas le cas d'E. Zemmour (le lobby pro-Israël a même appelé à voter contre lui, probablement en raison de son hostilité à l'Ukraine) ; on ne peut pas dire que les chances de F. Bayrou sont nulles en revanche : le système n'a rien à craindre de lui ni de son discours - sa démission fut un calcul électoral. Bayrou parle la langue de bois couramment. Le marketing politique n'est pas une science exacte, et Bayrou comme Hollande ou Villepin s'efforce de paraître crédible.

    Dans le débat organisé par "Le Figaro" récemment, entre F. Bayrou et E. Zemmour, il va de soi que Zemmour est le faire-valoir de Bayrou.

    Ce type de débat n'a en principe aucun intérêt : il relève de la parade amoureuse face à l'électorat transi. Seuls les Français persuadés que les débats d'idées font avancer les choses s'intéressent à ce type de débat.

    Je me suis intéressé néanmoins au débat Zemmour/Bayrou pour une raison précise : ces deux débateurs ont en commun de se piquer d'Histoire ; ils prétendent articuler leurs discours politiques respectifs avec l'Histoire de France. Les discours d'E. Macron s'articulent avec le football et la mystification laïque du Panthéon, caractéristique de l'Histoire ramenée au niveau de la religion.

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  • Je n'ai pas d'ami comme toi...

    Dans un téléfilm australien, un prêtre catholique fait l'éloge de l'adolescence comme d'un âge où règne l'égalité, propice à la fraternisation. Il s'agit là d'une opinion utopique pédérastique (platonicienne).

    En ce qui me concerne j'ai fréquenté à l'adolescence des bandes de garçons assez hiérarchisées et strictement sexistes ; la fréquentation des filles était perçue comme un signe de faiblesse, et ceux qui ne pouvaient se passer d'avoir une ou plusieurs petites amies les tenaient soigneusement à distance du groupe. Bien sûr la hiérarchie n'était pas très stable ; la force physique et l'astuce sont, à cet âge, deux sources d'inégalité.

    Les bandes de filles n'étaient pas plus tolérantes vis-à-vis des garçons, à l'exception des plus efféminés d'entre eux, qui ont le don de plaire aux filles (sur le plan moral).

    On ne peut pas parler d'amitié entre ados au sens philosophique du terme "amitié", célébré par Montaigne et La Boétie, car un adolescent, qui ne se connaît pas lui-même, n'a aucune chance de comprendre celui qu'il appelle son copain ou son pote. Le terme de "symbiose" me semble plus juste pour parler de l'amitié entre adolescents.

    Depuis la fin de mon adolescence, je n'ai pour ainsi dire pas connu l'amitié. Au stade totalitaire, il faut dire qu'elle est presque impossible car, comme le montre Orwell, Big Brother interfère dans toutes les relations sociales, de sorte que quand un couple copule, l'Etat est présent dans le lit conjugal. Le "mariage gay" est une union bénie, non plus par le curé mais par l'Etat. Les marginaux ? Les personnes qui vivent en marge sont souvent les plus dépendantes de l'Etat. Julia et Winston Smith, dans "1984", représentent la lutte du pot de terre de l'anarchie contre le pot de fer de l'Etat ; leur démarche est suicidaire.

    Jeune adulte, avant de saisir les répercussions du capitalisme sur le contrat social, j'ai fait une expérience qui a changé ma façon de voir l'amitié. Par politesse, j'ai accepté l'aide d'un type qui se proposait de m'aider à diriger un camp de vacances pour ados. J'ignore s'il me trouvait sympathique, ou bien si la perspective d'un camp de vacances à la montagne le motivait ? En ce qui me concerne je ne le trouvais pas sympathique du tout ; il m'avait pris par surprise, mais je me fis le reproche de m'être condamné à sa compagnie et son manque d'esprit. Nous n'avons pas sympathisé, mais j'ai pu compter sur ce type de la première minute à la dernière, ce qui m'a semblé a posteriori beaucoup plus important. Il m'a donné une bonne leçon, et je tiens depuis lors la sympathie en suspicion.

    L'Etat capitaliste remplace entièrement la confiance entre les individus par l'argent. Il n'y a conséquemment, dans le "Brave New World" d'A. Huxley, pas de relations sexuelles "exclusives" : elles sont socialement injustifiées, liées à une conception bourgeoise périmée de la propriété. La liberté totale des moeurs des alphas n'est possible, dans cette fiction, qu'en raison du conditionnement et de l'esclavage des epsilons. John le Sauvage, qui a reçu une éducation tribale archaïque, ne peut pas le comprendre, et il finit par se suicider pour échapper à ce monde où il n'a pas sa place.

    L'amitié entre K. Marx et F. Engels a ceci de particulier qu'elle a pour cadre un combat politique commun. Marx aurait pu se passer de se marier et de procréer, mais il n'aurait pas pu affronter l'Etat bourgeois seul, sans le soutien et l'aide d'Engels.

    Hamlet a été trahi par sa fiancée et deux de ses amis, qu'il accuse d'avoir essayé de l'entuber ; il lui reste cependant un ami fidèle, Horatio. Jésus-Christ n'a pas d'amis, il n'a que des fidèles plus ou moins fidèles.

  • Insoutenable légèreté de l'être

    Je tombe sur la version de "l'insoutenable légèreté de l'être" de Jean Jaurès, que voici : "Et on se demande un moment s'il vaut la peine de vivre, et si l'homme n'est pas un être prédestiné à la souffrance, étant aussi incapable de se résigner à sa nature animale que de s'en affranchir."

    La légèreté est ici définie comme la pusillanimité. Jaurès est alors hanté, pour ne pas dire accablé, par la perspective de la guerre bourgeoise proche ; pour un homme de progrès, la guerre en sonne nécessairement le glas, et le retour de l'animalité au premier plan.

    Ce constat de la pusillanimité de l'homme fait penser aux apôtres ayant accompagné Jésus-Christ au jardin des Oliviers : ils ont suivi le contempteur du monde en proie à la bestialité, mais ils ont été incapables de veiller et se sont endormis comme des chiens trop bien nourris.

    Nul autre que le chancelier Francis Bacon n'a mieux mis en exergue l'esprit prométhéen de la religion juive, renouvelée par Jésus-Christ au moment même où la religion juive avait perdu ce caractère prométhéen pour devenir un truc identitaire, un figuier stérile méritant d'être arraché - racines comprises.

    F. Bacon résout le dilemme de Jaurès en énonçant que "l'on ne peut triompher de la nature qu'en s'y soumettant". Bacon pense certainement aux puritains en disant cela, car la démarche puritaine consiste à vouloir s'affranchir de la bestialité d'un seul coup. L'Etat moderne totalitaire est un produit dérivé du "Léviathan" de Hobbes, qui imagine de déléguer à l'Etat l'organisation et la gestion de cette nature animale invincible ; ce dispositif artificiel a conduit à l'Etat bestial dont Orwell fait la critique drastique dans "1984", chaque nouvelle guerre accroissant la bestialité de l'Etat.

    Le socialisme authentique, c'est-à-dire prométhéen, de Marx, Lénine, Jaurès ou Orwell, n'a jamais consisté dans le culte de l'Etat bourgeois "providentiel". Marx est le plus dissuasif de croire que cette providence-là est moins cruelle que la providence catholique.

    Il ne manque pas à Jaurès la foi dans le progrès, ni la charité qui consiste à essayer de le répandre dans le peuple au grand dam des pharisiens, mais il lui manque peut-être l'espérance des béatitudes.

  • Sur la Gérontocratie

    L'aspect gérontocratique de la Ve République apparaît nettement sous le mandat d'Emmanuel Macron, paradoxalement le plus jeune président représentant ce régime bonapartiste maquillé en démocratie. Je dis "maquillé", car le bonapartisme effectif est la source de très nombreux malentendus depuis que le destin de la France a été uni par ses dirigeants à la fin du XXe siècle à celui de l'Allemagne, dans le cadre d'une union monétaire, et suivant un modèle politico-économique inspiré des Etats-Unis.

    Un exemple de malentendu : - on reproche aux Français musulmans leur tendance au communautarisme ; si celui-ci est peu conforme au régime d'intégration laïc-bonapartiste français (dont le principal outil est l'Education nationale au XXe siècle), en revanche le régime communautaire est conforme au modèle états-unien imité par l'Union européenne. On pourrait multiplier les exemples, et plus on les multiplierait, plus on s'apercevrait que le Conseil constitutionnel dissimule la volonté arbitraire d'une petite élite. L'union européenne n'a d'ailleurs pas le vent en poupe ; la communauté musulmane subit indirectement le rejet du système technocratique bruxellois. Les Gilets jaunes étaient bien inspirés de viser la tête de l'Etat, responsable de la crise économique au sens très large.

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  • Contours et structure de l'Etat profond

    Comme je l'ai déjà indiqué ici, le démantèlement de l'Etat profond devrait être un objectif commun aux Gilets jaunes libéraux et socialistes. La technocratie au pouvoir veut occulter la voie d'eau, écoper et repartir de plus belle. Il semble plus raisonnable d'abandonner le projet européen avant qu'il ne soit trop tard.

    Le clivage droite/gauche, dont le dynamisme est une pure pétition de principe, est avant tout un moyen de diviser la classe moyenne. Le parlement français n'est, depuis 1958, qu'une chambre d'enregistrement des lois conçues par le pouvoir exécutif centralisé - mais il a une fonction sournoise qui consiste à entretenir les divisions au sein de la classe moyenne.

    Certains l'ont déjà oublié, mais E. Macron s'est fait élire en 2017 sur des promesses et slogans analogues à ceux de D. Trump, à peine moins "antisystème". Ses adversaires lui ont reproché d'abolir le clivage droite-gauche, dont ils savent parfaitement qu'il est un instrument de division et de contrôle social. La grève générale des Gilets jaunes a transformé le chef de l'Etat en factotum de l'Etat profond, soutenu à bout de bras par un système qu'il avait promis de réformer.

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