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  • Pitié pour les bobos !

    Qu’est-ce qu’un bobo, au juste, me demande un mec l’autre jour, parce que j’ai parlé de “bobos de droite” dans un billet ?? La colle. Ce mec cherche en fait à me coincer parce que j’ai donné une connotation politique à mes propos et que la politique, droite-gauche, tout ça, les jeunes ils aiment pas beaucoup qu’on en parle, beurk, ça pue la politique, j’en veux pas de ton ragoût, je préfère le coca avec de la vache-qui-rit, na !

    Autant je pourrais facilement trouver des exemples, des adresses de blogues tenus par des bobos, pas de problème, autant donner une définition bien balancée et concise du bobo, comme dans le Larousse, eh bien je sèche. Le concept n’est pas si facile que ça à cerner. Il faut dire qu’il a vachement été galvaudé depuis son apparition il y a quelques années dans le champ lexical des sociologues. C’est bien des sociologues, ça, de balancer des mots bizarres à la va que je te bourre ta petite cervelle d’étudiant de Paris X-Nanterre, et démmerde-toi pour la définition !

    Je crois qu’il faut commencer en posant des jalons, délimiter en quelque sorte le territoire géographique, culturel, spirituel, sexuel, social, etc. du bobo. Y’a que comme ça qu’on parviendra à l’acculer dans un coin et à lui faire sa fête. Vous me trouvez agressif ? C’est que je viens de passer une heure chez Gibert-Jeune. En moins d’une demi heure, tac, trois gonzesses successivement - dont une bien roulée !- s’emparent du dernier bouquin d’Eric-Emmanuel Schmitt et repartent avec, sans même l’avoir ouvert. Puis relaps de temps de vingt minutes, et tac, encore deux ! La dernière est même obligée de demander de l’aide à un vendeur, forcément, pour qu’il aille puiser dans le stock, y’en a plus sur l’étalage…

    Quand on dit bourgeois-bohême, on n’a encore rien dit. Surtout quand on dit bohême, d’ailleurs, car c’est pas de la bohême à moins de 3000 euros par mois dont on cause ici. Non, on peut pas être rangé dans la catégorie des bobos sans avoir des revenus d’au moins 3000 euros par mois, ça me paraît un minimum. Car la bobohême, c’est des frais, l’air de rien. Pas moyen d’attendre la sortie en format de poche du dernier Amélie Nothomb, du dernier Chloé Delaume, du dernier Delerm ou du dernier Beigbeder. Beigbeder, surtout, c’est tellement excitant de lire un auteur qui a lu les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline… Se peigner comme Biolay, s’attifer comme Keren Anne, se casser la voix comme Brigitte Fontaine, c’est plus coûteux qu’il n’y paraît. En tapinois, tout doucement, je crois m’être approché du cœur existentialiste du bobo. Claquer du fric, oui, mais en douce.

    Ah, un détail qui a son importance : oui, le bobo est jeune, forcément. L’âge venant, il mue, il accepte d’endosser peu à peu la carapace du banal bourgeois qu’il est dans le fond ; à quarante ans, il craque pour un 4x4 Land Rover - ou Mercedes, selon ses origines ethniques (comme il dit) -, et la partie de cache-cache est finie. Oui, mais pourquoi forcément de gauche ? C’est tout simple, je vais vous expliquer : le bourgeois n’aime pas perdre. Et, en votant à gauche, à tous les coups l’on gagne. Eh bien oui, Jospin est élu, et c’est la victoire des idéaux de justice, de paix et de démocratie du bobo. Et si Chirac gagne ? eh bien, mais les impôts baissent, c’est toujours ça de gagné.
    À ceux que ma démonstration laisse sceptiques, je demande : avez-vous entendu la longue plainte qui s’est élevée au dessus de la place des Abbesses le 21 avril 2002 vers neuf heures du soir, puis qui est retombée en pleurs, cris et grincements de dents ? Moi, oui ; j’y étais. C’est le beauf qui est de droite.