Je signale dans mon bouquin sur "Orwell et les Gilets Jaunes" que "Mai 68" est une révolte "orwellienne" - la plupart des slogans de "Mai 68" le sont. Il me paraît indispensable de mesurer l'ancienneté de l'Etat profond, resté tapi dans l'ombre tout au long des "Trente glorieuses". Le slogan de la jouissance est dirigé contre la société de consommation, qui repose sur la frustration sexuelle.
Les Gilets jaunes qui voient dans la technocratie une organisation antirépublicaine, ne peuvent en aucun cas voir en de Gaulle un modèle politique. Si la 5e république est antirépublicaine, c'est avant tout parce qu'elle est, en réalité, un régime technocratique. On ne peut pas reprocher à E. Macron de trahir l'esprit des institutions en s'affranchissant de la volonté populaire, car c'est précisément l'esprit bonapartiste de la constitution de 1958 que de neutraliser la volonté populaire à travers le plébiscite.
Les Gilets jaunes doivent regarder l'organisation technocratique en face. Le bilan de la politique technocratique sanitaire dressé par Edouard Philippe lui-même est qu'il a manqué à l'appareil d'Etat français la fermeté des moyens déployés par l'Etat chinois.
L'organisation technocratique tire sa légitimité de la guerre. Les Gilets jaunes ne veulent pas la guerre mais les bureaucrates qui dirigent l'Union européenne afin d'asseoir leur autorité.
La plus grande menace que fait planer le cinéma gaulliste, aujourd'hui, c'est celle du désir d'un homme providentiel, qui restaurerait l'ordre ; comment le pourrait-il puisque la technocratie est l'instrument du chaos ? C'est ici le panneau dans lequel sont tombés les MAGA en élisant Donald Trump et en croyant qu'un homme providentiel pouvait -à lui seul- démanteler l'Etat profond. La réalité est que l'homme providentiel est le produit de l'Etat technocratique.
L'Etat profond est un "exosquelette", suivant l'exposé de G. Orwell. Le pouvoir du général de Gaulle, avant comme après son coup d'Etat (perpétré comme celui de Pétain avec la complicité de la classe politique) est lui-même déterminé par celui des blocs Océania, Eurasia et Estasia, qui exercent après le nouveau partage du monde à Yalta une pression très forte sur les Etats qui ont la prétention d'être "souverains". Les gaullistes voient dans le développement de la bombe A la clef de voûte de la souveraineté française, mais c'est un argumentaire fragile. La différence entre de Gaulle et Mitterrand n'est pas la "trahison" de ce dernier, mais l'effondrement de l'Etat soviétique : il a rendu le non-alignement gaulliste impossible.