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  • Concours de circonstance

    Un petit concours, promu par 20 minutes et organisé par la ville de St-Cloud et le Festival "Rock en Seine", m'interpelle. C’est tout bête, il s’agit de mettre en musique cette chansonnette de Clémence Dreyfus, intitulée Gédéon, et dont voici un extrait :

    « (…) Marie trouve son nom trop commun
    Rien qu’dans sa classe, il y en a six
    Deux Marianne, un Marie-Alain
    Ah oui, mais lui, c’est un copain

    Marie voudrait un nom sympa
    Marie voudrait un nom laïc
    Marie voudrait un nom plus chic
    Marie voudrait s’appeler Clara (…) »


    Je vais encore passer pour un vieux ringard ou un parano, mais tant pis : c’est pas très rock, ça, comme paroles de chanson, si ?
    Et puis pourquoi Clara ? Plutôt que Victoire, Hortense, Maximilienne ou Clémence ? Clara comme Clara Juppé, Clara Gaymard ou Clara Schumann ?

    J’écoutais un peu de rock quand j’étais lycéen, pour faire comme tout le monde. Maintenant je crois que je suis définitivement largué question rockn'roll…

  • Victimes de la mode

    Concernant la presse féminine, l'attitude la plus courante consiste à se moquer gentiment des poufs superficielles qui lisent Biba, Elle, Marie-Claire, Femme actuelle, ou Psychologies Magazine.
    Je suis pas sûr qu'on saisisse bien la gravité de l'enjeu et qu'il y ait là matière à plaisanter. Ces magazines, je les ai regardés de près et je les trouve super bien faits ! Ce n'est pas un hasard s'ils tirent parfois jusqu'à 400.000 ou 500.000 exemplaires ! Et attention, c'est pas des chiffres bidonnés comme ceux du Monde ou de Libé. La presse féminine est dynamique.

    Or, ces illustrés apparemment anodins ont largement contribué à dénaturer la femme au cours de la seconde moitié du XXe siècle, en diffusant dans la gent féminine leur idéologie cosmético-totalitaire, lentement mais sûrement. Et avec talent, il faut bien le reconnaître.

    Écrire un édito du Monde, c'est pas bien difficile. Plenel ou Colombani, c'est bonnet blanc et blanc bonnet, leurs proses sont pratiquement interchangeables. Leur blabla politiquement correct est du niveau d'un bon élève de philo en classe terminale. Bientôt on pourra même économiser les salaires de tous les éditorialistes, chroniqueurs, billetistes de la place de Paris. Un logiciel rédigera à moindre frais leurs bafouilles de circonstances. Il suffira d'entrer quelques infos fraîches et d'appuyer sur un bouton.
    Même un article sur un sujet précis d'actualité économique, politique ou religieuse, c'est pas bien sorcier à bricoler non plus. Même quand on s'appelle Henri Tincq et qu'on en est resté à une lecture marxiste des évangiles lus en vitesse, on trouve toujours quelque chose à pisser, un fait à relever.

    Tandis qu'écrire sur la psychologie, l'air du temps, la meilleure façon de jouir, des broutilles comme ça, comme ils font dans "Elle", c'est assez balèze mine de rien.
    Si les articles entre les pubs n'enrichissent pas directement ces magazines féminins, c'est quand même ce qui les distingue les uns des autres. Les femmes ne sont pas si connes. Entre deux titres avec exactement les mêmes publicités, elles choisiront le plus à même de les distraire un peu dans le RER ou les soirs de la semaine sans rencard.

    Il m'est arrivé de croiser des gonzesses qui avaient pourtant pas mal d'atouts à la base pour plaire à un homme et le garder, bref pour mener une vie de femme à peu près normale, des gosses, un mari, vous voyez ce que je veux dire, il y a forcément des aléas et on ne peut rien garantir, et puis elles s'abonnaient à Elle, par exemple, une offre d'un an avec 40 % de remise, et elles devenaient complètement hystériques au bout du compte, mystérieuses, impénétrables. Leur destinée, qui aurait très bien pu dessiner une belle parabole, partait complètement en couilles. Parce qu'on avait réussi à les persuader qu'elles étaient des êtres uniques que l'âge ne parviendrait jamais à entamer vraiment…

  • Fossé culturel

    D'où venaient mes préjugés contre Alain Soral ? Quand il écrit : « Je ne vais jamais au cinéma, sauf pour voir des films interdits. », je me dis que ça faisait longtemps que je ne m'étais pas senti autant en phase avec un écrivain vivant…
    Je m'en veux un peu. Il n'y a que quand on a reçu une éducation de gauche qu'on a le droit d'avoir des préjugés ! En effet, il y a pléthore de lectures auxquelles on n'a pas accès quand on est un gamin de gauche : Céline, Brasillach, Rebatet, Faurisson, Bloy, Maistre, Rivarol, etc., bref, tous les auteurs que Le Pen pourrait être amené à citer un jour ou l'autre sur un plateau de télé - c'est grosso modo le critère.

    Récemment, Le Pen, toujours aussi facétieux, a cité un extrait d'une fable de La Fontaine en vieux français pour ridiculiser les journalistes qui ont cru que c'était du latin (« Cuide engeigner autrui qui souvent s'engeigne soi-même »), eh bien ça n'a pas transformé La Fontaine en fachiste du jour au lendemain, mais j'ai senti que certains se disaient tout de même qu'il vaudrait mieux se méfier un peu plus de La Fontaine à l'avenir, qu'il s'avérait être un auteur plus ambigu que prévu puisque Le Pen pouvait le citer.

    Qu'est-ce que je disais ? Ah, oui, moins de préjugés dans une éducation de droite : mon pater ne m'a pas interdit de lire Aragon ou Sartre, non, il m'a seulement interdit de lire des trucs littérairement nuls comme Maupassant ou Camus. Mais, m'eût-il interdit de lire Aragon ou Sartre, j'aurais dû tout de même les "étudier" au lycée. Ce qui fait que, sur une même question, j'ai donc pu bénéficier d'éclairages différents.
    On pourrait me rétorquer que ça ne m'a pas pour autant entraîné à renier mes ancêtres ! Soit, mais ça c'est encore un autre problème. Le problème dont je veux parler, c'est que lorsqu'on parle de Rebatet à un jeune gauchiste, il ne sait même pas qui c'est ! Lorsqu'on lui parle d'un pamphlet de Céline, il se met à trembler d'indignation comme une nonne à qui on ferait lecture d'un manifeste porno de Sade…

    Ça me rappelle une anecdote qui remonte à l'époque où j'étais en fac avec mon pote Henri. On se dirige vers la cafétéria pour s'en jeter un derrière la cravate - ce signe fachiste distinctif -, quand on aperçoit, à deux heures dans notre collimateur, un jeune gauchiste qui se dirige vers nous, l'air décidé. Ça nous surprend assez, vu qu'il est fortement déconseillé à un gauchiste d'affronter un adversaire supérieur en nombre, en principe, mais bon, on se tient prêts Henri et moi à déjouer un coup tordu :
    « - Salut les mecs, je m'appelle Daniel Joncker, je suis de l'Unef mais j'aimerais quand même devenir votre ami ! », nous sort-il de but en blanc.
    Je manque m'étrangler avec ma clope tant la technique de ce mec pour nous soutirer des informations sur notre activité politique me paraît gonflée. Mon pote Henri, lui, d'un naturel plus confiant, tend la main à Daniel en souriant :
    « - Enchanté ! Mais pourquoi nous, au fait ?
    - Ben, mais parce que vous êtes, je ne sais pas comment dire… vous êtes différents, voilà ! »


    En prenant soin de ne pas étaler nos divergences de vues devant Daniel, Henri et moi débattîmes ferme de l'accueil à réserver à une telle démarche. Même si la preuve était faite que Daniel était sincère, j'étais farouchement opposé à ce qu'il devienne notre ami, partisan depuis toujours de considérer les gauchistes comme définitivement irrécupérables.
    Certains gauchistes connaissent la catharsis à un moment de leur vie, probablement parce qu'ils sont conditionnés depuis trop longtemps. Ils n'en peuvent plus et ils craquent. Tout-à-coup, leur cerveau se met à réfléchir librement et ils peuvent se comporter de façon non-conforme. J'essayai de convaincre Henri que tout ce qu'on pouvait faire pour Daniel, c'était prier pour le salut de son âme, que pour le reste il était trop tard.

    Mais peu importe ce que nous pensions Henri et moi, d'ailleurs, cette anecdote illustre bien, je trouve, l'idée de "fossé culturel" qu'on retrouve aussi dans le bouquin de Soral. Dommage qu'il ait cette tête de gauchiste…

  • Antimoderne

    Au début, je boudais systématiquement les femmes qui possédaient un téléphone portable. Mon phallus n'était pas assez costaud pour supporter une telle concurrence, je suppose.

    Mais maintenant c'est devenu difficile de dénicher une jolie fille ayant l'élégance de se passer d'un tel ustensile, qui a remplacé l'éventail sans remplacer sa fonction de ventiler un peu d'air frais dans la conversation.
    Je ne pouvais tout de même pas attendre la fin de cette mode du portable en me tournant les pouces ! Aussi ai-je décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur, d'apprendre à interpréter ce symbolisme phallique de mon mieux pour éviter de faire de trop mauvaises rencontres.

    Un peu d'observation suffit pour s'apercevoir que les femmes ne font pas toutes le même usage de leur engin et pour établir une nomenclature pratique. Ainsi, après quelques minutes, vous saurez à quel genre vous avez affaire : frigide, salope, hystérique ou nymphomane (puisque, il faut se résigner, la femme parfaite, comme le prince charmant, n'existe pas.)
    Il y a plusieurs critères à prendre en compte simultanément : le modèle, sa taille, sa couleur, la fréquence, la manière dont il est porté à la bouche ou à l'oreille. Une étude plus poussée permettra même de savoir assez précisément à quelles pratiques sexuelles telle jeune fille s'adonne (ou refuse de s'adonner).

    Dans la grande baston pour la perpétuation de l'espèce humaine, la concurrence est plutôt rude, alors je ne tiens pas à dévoiler ici tous mes trucs, on le comprendra, mais je veux bien donner quelques pistes quand même :

    Un usage très modéré du portable, néanmoins bien là, rassurant, à côté du trousseau de clefs (quel symbole !) ou du paquet de cigarettes (quel symbole encore !), trahit généralement la femme frigide, qui a besoin d'une présence masculine, mais qui ne saura pas forcément trop quoi faire de cette virilité parfois un peu encombrante - bref, la femme idéale si vous avez une petite santé.
    Plus rarement, cette attitude peut aussi être celle de la femme parfaitement comblée - et qui se tait, par conséquent ; mais ce genre de femme ne risque pas de vous tomber dessus.

    Je suis d'ailleurs toujours gêné lorsque je vois une femme porter à ses lèvres un téléphone miniature, auquel elle est manifestement très attachée et dont elle prend grand soin. Gêné pour son partenaire lorsqu'il est à ses côtés. Il est vrai que dans le monde de fous où nous vivons, il se trouve des hommes pour s'enorgueillir d'avoir un petit sexe (!).
    Dans le même registre, les modèles qui se déplient rencontrent pas mal de succès.

    Celles qui ont des téléphones très sophistiqués, qui permettent de prendre des photos, d'envoyer des mini-fax ou de vaporiser un peu de parfum d'ambiance, idéalisent sans doute pas mal la sexualité. Le retour de bâton pourrait bien vous être fatal si vous ne vous montrez pas à la hauteur avec ces idéalistes.

    Faites attention, les femmes qui se servent de leur portable compulsivement se serviront sans doute de vous de la même façon ! C'est parfait à condition de n'avoir pas d'autre ambition que de les satisfaire…

    Certaines femmes tiennent leur téléphone portable très en arrière sur l'oreille, et froncent les sourcils, tandis que d'autres le tiennent plus près de la bouche et lui parlent en souriant, en agitant un peu les cheveux. Il va sans dire que je préfère cette dernière catégorie.

    J'avais d'avord pensé retranscrire ici le script d'une conversation imaginaire que j'ai eue l'autre jour avec Baudelaire à propos des peintres qu'il désigne dans ses "Salons" comme des "coloristes" ou des "dessinateurs", parce qu'il me semble que les réflexions de Baudelaire sont à l'origine d'un malentendu dans l'histoire de l'art, et puis j'ai changé d'idée après avoir lu quelques pages du dernier bouquin d'Alain Soral.

    Je ne connaissais même pas ce type, j'avais vu sa photo dans les journaux mais sa tête de gauchiste m'avait rebuté. Son bouquin m'a semblé pas mal, sauf le titre (CHUTe !). S'il voulait, je suis sûr que Soral pourrait tenir un blogue intéressant. À moins que ce ne soit le soleil qui m'ait changé les idées ? Ou une paire d'yeux châtains ?

  • Train-train

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    Voyage en train. J'emporte Franz et François, le roman de Weyergans, et quelques journaux. Je pense pouvoir lire ça en regardant les vaches dans les prés par la baie vitrée. Peut-être même aurai-je des voisines plus jolies que des vaches pour voyager ?

    Les voyages en train ne sont pas forcément pénibles. Ma préférence va aux autorails, même s'ils roulent lentement. Ils sont généralement moins bondés, on peut étendre ses jambes et ils ne sont pas équipés de cette saloperie de climatisation comme les TGV.

    Un couple d'étudiantes s'installe à côté de moi, de l'autre côté de l'allée. La plus jolie refuse que je l'aide à hisser sa valise dans le porte-bagages, mais elle cède lorsqu'elle se retrouve coincée, les bras et la valise au-dessus de la tête, son pantalon glissant, incapable de donner le coup de rein nécessaire pour faire culbuter son bagage. Je n'ai pas le réflexe de lui fourrer mon doigt dans le nombril. Bonne entrée en matière, ça, originale, à condition d'éviter la valise qui tombe. Il paraît que les gonzesses aujourd'hui se moquent de ce que vous avez sur votre compte en banque, ce qu'elles veulent, c'est de l'originalité.

    On ne comprend vraiment que dans le dernier chapitre pourquoi Weyergans a écrit ce bouquin sur son père, Franz et François.
    Le père de Weyergans était un écrivain catho, écrivaillon d'abord, qui imprimait ses bouquins à compte d'auteur, les expédiait lui-même. Puis son lectorat démocrate-chrétien s'est étoffé, il a donc signé un vrai contrat d'édition et on a tiré jusqu'à deux cent mille certains de ses ouvrages !
    Son créneau ? Le couple chrétien. Il a des tas de choses à dire là-dessus, toute une théologie, et plein de bonnes paroissiennes toutes disposées à le lire.
    François Weyergans a beau jeu d'ironiser sur les refrains cucul-la praline de son père. S'il rompt avec lui quelques mois avant son décès, qui empêchera la réconciliation, c'est parce qu'il a honte d'avoir un père catho. Trop dur à porter quand on veut absolument paraître dans le coup à St-Germain-des-Prés. Imaginez une candidate de la "Star Académie" dont le père serait candidat du Front National ! La honte ! sauf si elle est fâchée avec lui…

    « - Je suis lesbienne depuis que je suis toute petite. » a dit la jolie blonde de l'autre côté à son amie. Je tends l'oreille pour tâcher d'en savoir un peu plus. Elle se perd maintenant en explications sur la signification exacte d'"espiègle". Une personne "espiègle", ce n'est pas synonyme de "peste", non. J'ai donc entendu "lesbienne" au lieu d'"espiègle", j'ai l'ouïe qui baisse.
    Ce qui prouve qu'elle n'est pas lesbienne, d'ailleurs, c'est qu'elle caresse très souvent les cuisses de son amie, au cours de la conversation, qui sont imbriquées dans les siennes, vu qu'elles se font face et qu'elles ont les jambes plutôt longues. Et lorsque je la regarde faire, elle retire ses mains prestement. Si elle était lesbienne, elle se pencherait en avant pour lui rouler un patin, car les lesbiennes sont de plus en plus fières, j'ai remarqué.

    Chaque fois que la micheline s'arrête, je me félicite intérieurement de ne pas habiter dans un de ces bleds. Certains ne manquent pas de charme. Quelques belles maisons en tuffeau laissent deviner des ruelles tortueuses. Mais après m'être baigné tout nu dans la rivière, m'être réchauffé en allumant du feu dans la cheminée, m'être fait arrêter par le garde forestier parce que je chassais le lapin à l'arbalète, qu'est-ce que je pourrais bien faire à la campagne ? Je finirais par regarder les trains passer. Et puis je suis plutôt solitaire, et c'est assez difficile de trouver la solitude dans des bleds comme ça.

    À l'avant-dernier arrêt monte un couple qui aurait pu servir d'exemple à Weyergans, le père, le théoricien du couple. Ils s'installent face-à-face et ils se tiennent les deux mains jointes, posées sur ses genoux à lui, et ils ne changent pas de position jusqu'au terminus. Je pousse un soupir de soulagement. Je sentais venir une crampe.

  • Deus caritas est

    Le ton du vicaire dans ses sermons était celui de la confidence teintée d'humilité. Il ne bottait jamais les fesses de ses brebis, spirituellement parlant, sans s'être autoflagellé poliment avant. Cette méthode avait le don de subjuguer une bonne partie de son auditoire, majoritairement constitué de femmes, dont on connaît le goût pour les chuchotements. Le reste de l'assemblée s'assoupissait tranquillement, avec plus ou moins de remords.

    Depuis deux semaines, le vicaire avait introduit une petite variante dans son rituel. Il ouvrait une parenthèse au milieu de son prône afin de citer la dernière encyclique de Benoît XVI. Et ça m'empêchait de dormir. M'étant aussi penché sur ces bonnes paroles, j'étais curieux de savoir ce que mon vicaire avait bien pu y dénicher de neuf ?

    N'est-ce pas toujours étonnant de voir la variété de descriptions qui peuvent être faites d'un même chose ? Tel Sartre, examinant tel poète, n'hésite pas à déclarer : « Je parierais qu'il préférait les viandes en sauce aux grillades et les conserves aux légumes frais. ». Je n'y aurais même pas pensé.

    Mais revenons à notre vicaire. Le moment venu, il toussote un peu :
    « L'encyclique de Benoit XVI est si riche !… Il me faudra sans doute la lire et la relire plusieurs fois pour bien en saisir tout le sens… Je n'ai pas encore dépassé la page trente-deux, et, je dois vous dire que je suis touché, c'est merveilleux tout ce que le Pape a pu mettre d'intelligence dans ces premières pages… Je me permets de vous lire ce petit passage… » Et du pupitre il tire un papier blanc :

    « Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace, Le pauvre, le méchant, le tortu, l'hébété…

    Il s'interrompt. Il est clair de suite dans son esprit que ce n'est pas le style de Benoît XVI ! La confusion le gagne, il rougit un peu… Une mauvaise blague ? Non, ce n'est pas possible… Il retourne son papier, jette un regard en arrière aux deux enfants de chœurs. Ils sont paisibles. Il s'apprête à balbutier une excuse. Une force invisible le pousse cependant à lire encore :

    « Le méchant, le tortu, l'hébété,
    « Pour que tu puisses faire, à Jésus, quand il passe,
    « Un tapis triomphal avec ta charité. »


    Il semble que les hommes, qui jusque-là dormaient, se sont réveillés. Le vicaire sent une présence plus forte, des regards dardés sur lui. Ce qui est inhabituel, il hausse un peu la voix :

    « Tel est l'Amour ! Avant que ton cœur ne se blase,
    « À la gloire de Dieu rallume ton extase ;
    « C'est la Volupté vraie aux durables appas ! »

    « Et l'Ange, châtiant autant, ma foi ! qu'il aime,
    « De ses poings de géant torture l'anathème ;
    « Mais le damné répond toujours : "Je ne veux pas !" »


    L'assemblée est maintenant à genoux. Certains pleurent. Une femme se met à crier : « MES ENFANTS, RENDEZ-MOI MES ENFANTS, C'EST EUX QUI ONT TOUT MON ARGENT !! »

  • Passion belge

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    J’allume la télé pour tuer le temps. À peine je me suis calé entre le pouf et le fauteuil que je dois me relever pour aller me chercher une bière dans le frigo vu que j’ai la gorge qui gratte et la langue pâteuse.
    Où est le programme télé, bordel ? Pas de programme télé. Petite contrariété - noyée dans la première gorgée de bière.

    Bah, tant pis… Préférerais baiser une petite rousse sans taches, moi, avec des lèvres rouge vif, c’est assez rare, un peu ironiques mais pas trop, ses lèvres, et les tétons pas trop effacés, pas les tétons habituels des rousses, très pâles. Ou même une petite brune. Ça c’est sûr. Plutôt que de regarder la télé.
    Demain je sortirai et j’en attraperai une, avec du miel. Ce soir je reste à l’intérieur… Ah, c’est un documentaire !
    Veinard, j’aime bien les documentaires ! Ça se passe en Belgique. Le héros a la cinquantaine, un cancer en phase terminale et une copine de trente ans. Il a donc décidé de se supprimer. Comme la loi belge le lui permet.
    Le cancer est discret, paraît qu’Albert, c'est son nom, ne souffre pas. Mais le médecin dit que s'il se laisse aller à crever de mort naturelle, ses dernières heures seront atroces. Amen.

    Pas facile de sentir les choses à la télé. Ce type a l’air assez brave, plutôt sympa. Il n’a pas inventé la friteuse électrique, sans doute, mais il est quand même cadre, ou agent de maîtrise, quelque chose comme ça, dans une PME, la tête sur les épaules, quoi.
    Sa gonzesse, elle, est prostrée pendant tout le film. Si elle dissimule sa joie d’hériter bientôt d'Albert, c’est une très bonne actrice. Non, je crois qu’elle est sincère. Albert lui dit : « Je pars, ma Chérie, ne t’inquiète pas, nous nous reverrons très certainement dans l’Infini ! ». Elle cherche pas à discuter. D’ailleurs, Albert pourrait être son père.

    Albert, c’est pas tant la peur de souffrir qui l’a décidé, non, c’est la bénévole de l’association spécialisée dans l’euthanasie, qui l’a convaincu :
    « - Et en plus vous ne serez pas pris par surprise, vous pourrez vous retourner, ça sera beaucoup mieux pour vos proches… »
    La bénévole est très convaincante aussi dans le rôle de "Celle-qui-dompte-la-mort".

    *


    Là où Albert ne manque pas de culot, un Français n’aurait peut-être pas osé faire ça, c’est qu’il organise une petite fête avec ses collègues de travail pour son "départ". Il était en arrêt maladie mais il est revenu leur faire ses adieux, parce qu'il les aime bien. Surtout Raoul.
    « - Raoul, je te laisse mon bouquin préféré : L’Étranger, c'est d’Albert Camus… Tu m’en diras… je suis à peu près certain que ce bouquin te plaira, Raoul ! Ah, ah, Raoul, on s’est toujours bien entendu tous les deux, hein ?

    Là où c’est à se tordre de rire, c’est qu’on se retient de chialer, bien sûr, autour d'Albert, pour pas gâcher son pot d'adieu. Et puis si c’était un canular ? On ne sait jamais, ils le fréquentaient pas tous de très près, Albert, du temps où il bossait. Et en Belgique on aime bien les canulars.
    Mais, ce qui est sûr, c’est que c’est pas tous les jours que quelqu’un s’en va avec élégance comme ça, en payant son coup à tout le monde. C’est pas commun. D’ailleurs la télé s’est déplacée.

    Évidemment, après deux ou trois pintes, Raoul n’en peut plus, il rit et il pleure en même temps dans sa chope en regardant, triste et épaté, son pote Albert. Faudrait pas que la fête s’éternise, sinon ils vont tous faire des gueules d’enterrement. Plus que vingt-quatre heures. Tiens, demain à cette heure, Albert ne sera plus de ce monde, ça fait tout drôle, hein ?

    Albert offre aussi sa montre, pas n’importe quelle montre, un chronographe américain de valeur, à Jean-Sébastien. Il la lui donne pas tout de suite parce qu’il va encore en avoir besoin. Mais Jean-Sèbe pourra passer la récupérer plus tard.

    *


    J’ai un rôt qui passe pas et qui m’oblige à changer de position. Vas-tu craquer, Albert ? Suspense… Mais non, il craque pas, juste un ou deux tremblements nerveux cinq minutes avant d’avaler le somnifère, mais il ne chie pas dans son froc, il ne se lève pas pour courir à la fenêtre regarder le ciel, il ne hurle pas. Face à la caméra, peut-être qu’il veut pas passer pour un dégonflé ? On t’en voudrait pas, Albert, tu sais…

    Stéphanie s’allonge à côté de lui. Elle le serre dans ses bras en pleurnichant. Un quart d’heure après, la bénévole revient pour constater que le remède a fait son effet. Albert dort à poings fermés. Stéphanie est priée de sortir pendant qu’on fait la piqûre, maintenant. Elle fait une toute petite crise de nerfs qui ne gêne pas outre mesure le bon déroulement de l’opération.
    Après l’injection, elle revient encore se pelotonner contre le corps d’Albert. Mais il est mort, cette fois, plus de pouls. Bientôt il sera froid. C’est pas bon pour la santé de Stéphanie de rester là. On la tire en arrière mais elle se cramponne un peu au lit, la bénévole n’est pas surprise du tout par cette réaction : c’est pas inhumain.

  • Réconciliation

    Bizarrement, le mendiant en bas de chez moi soutient Berlusconi. Se sent-il Européen, comme moi ? Ou a-t-il des origines italiennes ? Faudra que je l'interroge sur ses raisons, un de ces jours, et savoir si sa femme, qui compte les pièces trois pas en arrière et ressemble beaucoup à Geneviève de Fontenay, vote pour Arlette Laguiller comme son sosie, ou bien a épousé les idées de son mari…

    Une bobo, probablement émue par l'extrême civilité du bonhomme, qui ne ménage pas les formules de politesse, tire une aumône de sa poche, mais ne peut rester insensible à l'apologie de Berlusconi :

    « - Quoi, Berlusconi ? Mais c'est une crapule !
    Le bonhomme la regarde un peu interloqué comme si elle s'était arrêtée pour pisser debout contre un mur, puis retrouve assez d'aplomb pour lui rétorquer :
    - Et Chirac ? C'est pas une crapule aussi, Chirac, peut-être ?
    - Oh, je ne vous le fais pas dire ! »


    La bobo sourit. Elle n'en veut plus au mendiant. Se tromper sur la politique étrangère est bien excusable quand on ne peut pas regarder le journal d'Arte.

  • Indianisme

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    « Or Gitchi Manitou, le Maître de la Vie,
    Le Puissant, descendit dans la verte prairie,
    Dans l'immense prairie aux coteaux montueux ;
    Et là, sur les rochers de la Rouge Carrière,
    Dominant tout l'espace et baigné de lumière,
    Il se tenait debout, vaste et majestueux. (…) »


    Charles Baudelaire, imité de Longfellow, "Le Calumet de paix", in : "Les Fleurs du Mal" (1868).

  • Wait and see

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    « Que faire ? C’est ici que les plus hardis retrouvent la prudence, que les plus péremptoires redeviennent circonspects, que les plus emparlés se réfugient dans le silence. »

    On n’empêchera pas cependant les philosophes d’inventer une dernière formule. Suivant leur tempérament, ça sera la fin de l’Histoire, ou la grande partouze des clones, ou je ne sais quelle autre galipette. Mais l’historien, lui, observateur attentif, sensible, des faits, ne peut s’empêcher de plisser les yeux et de froncer les sourcils pour essayer de deviner les contours d’un avenir qu’on distingue encore mal à travers le brouillard. Est-ce un récif, un banc de sable, une île ? Quel cap faut-il prendre pour tenter de sauver l’embarcation qui prend l’eau ?

    L’Histoire passionne aussi les poètes. Je ne pense pas tant ici à Galouzeau de Villepin qu’à Shakespeare, Charles d’Orléans, François Ier, Chateaubriand, Lamartine, Hugo, Baudelaire, et à d’autres poètes maudits.
    Baudelaire est d’un grand secours pour comprendre les temps modernes. Du promontoire où il s’est hissé, de la hauteur de son dandysme, il la voit s’avancer, il la détaille sans aménité de la tête aux pieds, cette redoutable putain embourgeoisée, la Modernité. Il peut en dessiner la silhouette car son ombre n’a pas encore recouvert toute la lumière.

    Sauver l’embarcation qui prend l’eau, car plus aucun historien contemporain ne voit dans sa lorgnette cette île écolo des prospectus, équipée de fontaines municipales et de distributeurs de capotes gratuites, où l’on jouira sans frein en dépensant un salaire minimum augmenté de trente pour cent.

    Tandis que les bac+2 feuillettent le Da Vinci Code ou Harry Potter, que les bac+4 feuillettent Steiner ou Lévinas, et que dehors quelques étudiants cassent une ou deux voitures de plus, en désespoir de cause puisque les syndicats ont décidé que le temps des vendanges était venu, moi je m’imprègne de cette atmosphère lacrymogène, je m’en distrais aussi car les yeux me piquent, en feuilletant l’essai tout frais de Jacques Marseille, puis celui de Jacques Julliard.

    Le premier de ces deux historiens, pour expliquer les causes de cette guerre civile larvée, se base un peu trop sur des statistiques pour dresser son bilan. Je ne conteste pas ses chiffres, qui en imposent, mais la comptabilité n’est pas tout. On constate plus loin les limites de Jacques Marseille. Quand il évoque l’hypothèse d’un homme "providentiel" pour nous sortir de ce merdier, il dit un homme providentiel "comme les deux Napoléons ou de Gaulle"… Un historien qui met sur le même plan Napoléon Ier, Napoléon III et de Gaulle n’a sans doute pas une vision très en relief de l’Histoire. Un historien qui voit en Napoléon Ier un homme providentiel n’a sans doute pas terminé ses études d’Histoire.

    Jacques Julliard creuse plus profond. D’ailleurs, je crois qu’une partie de mes amis, honnêtes et avides de savoir, gagneraient à lire son essai.
    Il y a dans Le Malheur français cette remarque bien étayée que, bien plus que d’un retard économique, c’est d’un retard intellectuel dont la France souffre. C’est-à-dire que le retard économique n’est qu’une conséquence. Assez audacieux de la part d’un intello de gauche, pas vrai ? Mieux, Julliard avoue que la dialectique marxiste en vigueur est une raison importante de ce retard. Il prend soin d'"équilibrer son propos" avec une petite diatribe inconséquente contre le poujadisme, mais je fais confiance à mes amis pour faire la part de cette figure de style imposée.

    Je reste quand même sur ma faim. Je ne parle même pas de l’amendement à la Constitution proposé par Julliard, la suppression du Premier ministre, sur le modèle des États-Unis, qui semble un remède sans doute un peu hasardeux pour soigner un cancer.

    Non, c’est plutôt que si Julliard n’épargne pas les marxistes et souligne leur rôle, il ne fait qu’effleurer la critique de la démocratie et ne paraît pas en mesure de sonder le nazisme non plus, pour en tirer les leçons. C’est une faute pour un historien. L’historien peut se tromper, mais il ne doit pas faire d’impasses, surtout pas par conformisme, bien sûr, sous aucun prétexte.

    En somme, c’est la question de la religion qui n’est pas abordée franchement. Que Dieu soit mort ou pas, ce n'est pas le sujet. Mais chassez une religion du cœur de l’homme, une autre la remplace. Ce n'est pas une réflexion sociologique, c'est une réflexion historique. Le catholicisme n’est plus qu’une pièce du grand musée républicain, quelle religion exactement l’a remplacé ? Julliard parle d’individualisme, mais ce n’est pas assez précis.

  • Le dernier des mystiques

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    De Rodin certains disent qu'il sculpte comme un dessinateur - à l'inverse, Ingres (1780-1867). Ses corps de femmes sont comme taillés dans la pierre. C’est la conséquence d’une lenteur d’exécution volontaire, d’une tension très forte vers la beauté, cette cime pure.

    Petite parenthèse : il faut se méfier des formules sur tel peintre, telle "école", en voir les limites. Des penseurs, Alain ou Valéry par exemple, poussent souvent leurs raisonnements jusqu’à l’absurdité la plus noire, ce n'est pas un service à rendre aux peintres. Baudelaire est un bien meilleur auxiliaire.

    Je crains que la direction technique suivie par Ingres ne l'ait amené à sacrifier un peu d’élan vital. Disons que, pour ma part, je lui préfère un peintre plus sensuel comme Chassériau, pour me cantonner à cette époque charnière où le déclin a commencé.
    Cependant il faut s’intéresser à Ingres parce que c'est le dernier grand peintre mystique, plus encore que Delacroix.

    Le catalogue de l’exposition publié par la Réunion des musées nationaux mérite qu'on s'y attarde. On passera la préface à la sauce marxiste de Andrew C.S., qui en est encore à rabâcher ces vieilles fadaises que la peinture d’Ingres préfigure celle de Picasso, à compter le nombre de vertèbres de l'odalisque… Ah, ah, c’est un comble pour un apôtre de la décomposition, n’est-ce pas ? Pauvre Picasso, comme il a dû souffrir d'être cerné par tous ces Philistins…

    Ingres aussi a souffert, bien sûr. De l'exil. Du siège qu'il a soutenu. Est-ce que ça n’explique pas un peu cette crispation sur la beauté ? Pour défendre la gravure, il signe deux pétitions qui veulent interdire que la photographie soit assimilée "aux œuvres fruits de l’intelligence et de l’étude de l’art". Défense des artisans-graveurs, bien sûr, rouage essentiel de la grande peinture depuis plusieurs siècles, une défense "pensée".

    Un des cataloguistes ajoute : « (…) Au cours de la dernière décennie de la vie d’Ingres, de 1857 à 1867, la légitimation de la peinture de paysage fut, en dehors des provocations de Courbet puis de Manet, le grand sujet de discorde du jury du Salon. Dans ce contexte, il est tout à fait possible qu’Ingres ait émis quelques remarques cinglantes (…) » Ingres qui faisait exécuter les paysages sous-jacents par Marius Granet.

    Et cette citation du maître traduit bien les sentiments contradictoires qui l'agitèrent tout au long de sa carrière de peintre réactionnaire :

    « Toutes les religieuses paraissent belles (…). J’ai souvent admiré, dans les églises, les sentiments d’affection et d’amour qui animent les visages des personnes pieuses. La dévotion qu’elles ressentent devant les madones ou les saints préférés doit être extrêmement satisfaisante pour le cœur. J’avoue que j’envie leur état. Je maudis au fond de moi-même cette philosophie qui (…) anéantit en nous les plus douces émotions. »

  • Manifeste

    « La génération de Che Guevara est brisée. Comme Narcisse, elle s'est émerveillée un instant de sa beauté. La Révolution que les vieillards lui avaient suggérée l'a laissée lasse et prospère.

    Que sont les jeunes gens de 2006 ? Ils sont toutes sortes de choses, sauf lucides. Ils ne se paient pas de phrases ni d'illusions, ils préfèrent les slogans publicitaires. Au XXe siècle, les vieux avaient encore des visions, les jeunes des rêves. La jeune génération est vieillie prématurément, elle s'analyse, elle n'est pas compatissante, elle cherche à atteindre les choses telles qu'elles sont en empruntant des impasses.

    Les jeunes gens de 2006 ne sont ni révolutionnaires, ni poètes, ni mystiques, juste énervés.
    Les jeunes gens des années 1960 vivaient de philosophie, leur peinture et leur prose en étaient toutes agitées. Hommes mûrs, ils auront du mal à trouver l'âme dans la jeune génération. Car celle-ci n'a pas le sens de l'humour, plus d'obéissance résignée que celle des années 1960, avec un sourire cynique et, parfois, un fou rire. C'est un monde bizarre que les vieillards lui ont laissé, et, quand elle atteindra la vieillesse, il lui restera peu d'illusions sur les idéaux dont elle s'est nourrie. Ce ne sera pas une génération heureuse. »

  • Sponsorisé

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  • Ma pénitence

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    J'aurais eu mauvaise grâce à me soustraire à cette pénitence qui m'a été infligée par l'un des vicaires de ma paroisse : lire la première encyclique de Benoît XVI ! En effet, elle ne fait que soixante-dix-sept pages et le nouveau pape a décidé de rompre avec l'habitude de son "Grand prédécesseur" de s'exprimer par devinettes slaves dans ses bulles.
    Je n'irai pas jusqu'à dire que le langage de Benoît XVI est châtié, non, sans doute est-ce la faute du traducteur anonyme si le style m'a même paru un peu administratif parfois, mais enfin il est clair.

    Je l'ai donc lue, cette encyclique, je ne dirais pas "sans préjugé", car qui peut se vanter de nos jours de n'avoir aucun préjugé hormis ceux qui manifestent contre l'oppression fachiste dès qu'elle repointe le bout de son nez ? mais enfin je l'ai lue tout de même…

    Sous le titre, Dieu est amour, Benoît XVI veut expliquer à tous les membres de son Église disposés à le lire ce que c'est que l'amour chrétien, la charité par-dessus tout, et, de façon plus précise, comment cette charité peut et doit être exercée dans le monde aujourd'hui.

    Sincèrement, parce qu'il me semble que dans la dispute la sincérité est la moindre des charités, j'ai trouvé cette encyclique d'un jésuitisme parfait.
    Je passe vite sur la théorie des sous-ensembles au sein de l'amour, agape, eros, philia, et comment ils se recoupent. Sur trente-six théologiens différents, on aura trente-six schémas différents et je défie Benoît XVI de dire en pratique ce que signifie faire coïncider l'âme et le corps. D'ailleurs jusqu'ici je croyais que c'était plutôt de la gymnastique bouddhiste.

    Le jésuitisme est ailleurs. Un exemple : le pape rappelle un principe, qui a souvent été perdu de vue dans les organisations caritatives, catholiques y compris, c'est que les misérables n'ont pas tant besoin qu'on leur prodigue des soins qu'on les aime, avant tout.
    Hélas, pour se prémunir contre la critique matérialiste, qui reprocha ainsi à Mère Térésa de ne pas respecter le protocole pour soigner ses lépreux, le pape commence son chapitre ainsi : « En ce qui concerne le service des personnes qui souffrent, la compétence professionnelle est avant tout nécessaire. » Ce n'est pas une introduction très franche !

    Un autre exemple. Peut-être Benoît XVI n'a-t-il pas lu ce témoignage d'un ancien directeur du Comité catholique contre la faim et pour le développement (C.C.F.D.), révélant que l'action de ce Comité a longtemps consisté à convertir les dons des catholiques en kalachnikovs offertes aux guérillas marxistes africaines. Il ne manque pas d'observer néanmoins que les associations caritatives catholiques faillissent très souvent à leur mission essentielle qui est de convertir les nations. Alors il ose cette ruse de sioux :
    « Celui qui pratique la charité au nom de l'Église ne cherchera jamais à imposer aux autres la foi de l'Église. (…) Le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de Le taire et de ne laisser parler que l'amour. »

    Ici je ne peux pas m'empêcher de penser à quelques grands saints jésuites et prosélytes (du temps où le jésuitisme n'avait pas encore été inventé). Que serait-il advenu de leurs entreprises de conversion si ces véritables locomotives avaient été munies d'un tel frein : le respect humain ? Et ces sectes protestantes qui se développent à toute allure, pas en France évidemment où les bobos sont légions, mais en Afrique ou en Amérique, ne forcent-elles pas la sympathie par leur absence de tact ?

    Que peuvent ces ruses de sioux contre les mensonges de gros calibre des athées ? Ils ont décrété une bonne fois pour toute que le prosélytisme était une sorte de colonialisme des cervelles et ils n'en démordront pas. Pire, ils en ont converti une bonne partie des catholiques à cette doctrine.

    Le pape s'adresse donc à des démocrates-chrétiens. Il ne peut ignorer pourtant qu'avant d'être des démocrates-chrétiens, ils furent d'abord des chrétiens démocrates, et que demain ils ne seront plus que des démocrates…

    Demain ?

  • L'avaleur de couleuvres

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