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  • Clin d'œil

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    Si on me pose la question, je tiens l'existence de cet Éric Baudelaire, artiste-photographe né en 1973 aux États-Unis et ayant émigré en France, pour un clin d'œil de l'Histoire.

    Évidemment je souhaite que ce type retourne au plus vite prendre des clichés dans son pays - à coups de pied au cul s'il le faut. On a déjà assez de problèmes comme ça avec certains de nos ressortissants qui se répandent en syllogismes idiots chez Frédéric Taddéi tous les soirs.

  • La faute à Baudelaire

    Baudelaire et Gautier sont à la limite de ce qu'un profane peut écrire sur la peinture. Baudelaire en a conscience lorsqu'il écrit que la poésie est sans doute le seul biais pour exprimer quelque chose de juste sur la peinture. Néanmoins Baudelaire trouve sa légitimité dans son amour - sa passion même -, pour cet art, qu'il tient de son père. En quelque sorte il s'exprime toujours par hypothèses et se tient prêt à réviser son jugement sur une production dont il n'a qu'une vision extérieure fragmentaire.

    Baudelaire franchit la limite lorsqu'il opère une discrimination entre les peintres "dessinateurs" et les peintres "coloristes". Je souligne cette phrase typique : « Les grands coloristes dessinent par tempérament, presque à leur insu. (…) Leur méthode est analogue à la nature : ils dessinent parce qu'ils colorent. » C'est très poétique mais ça n'a aucun sens précis.

    La couleur n’est qu’un "effet" en peinture, il n’y a aucun peintre au panthéon des peintres dont l’art n’est pas fondé sur le dessin. En revanche, parmi ces génies, certains maîtrisent plus ou moins bien les effets de couleur, et à juste titre Baudelaire peut-il écrire que les tons de Michel-Ange sont criards ou faux (ce qui pour un sculpteur n'est guère étonnant). Rembrandt préfère jouer sur la lumière qu'il est capable de dessiner sans changer d'outil !

    C'est Rousseau qui a raison, condamnant ainsi par avance un impressionniste oisif et crédule comme Monet à rester dans l'Histoire comme un simple peintre expérimental. Ce qui compte aux yeux de l'Histoire, ce n'est pas d'avoir expérimenté mais d'avoir trouvé, n'en déplaise aux journalistes à la mode.

    Idem pour cette définition du peintre moderne que Baudelaire tente de forger. Il y a de beaux mouvements, mais la statue ne tient pas debout.

    Ici on ne peut pas s'empêcher de remarquer que c'est pour ces deux notions, la distinction entre "coloristes" et "dessinateurs" d'une part, et le "peintre moderne" d'autre part, que Baudelaire est surtout "reconnu" aujourd'hui en tant que critique. On a même quasiment érigé ces deux idées en dogmes, alors que Baudelaire est tout sauf dogmatique.

    Il faut bien comprendre que la production picturale est placée dans une situation d'infériorité par rapport à la production littéraire au sens le plus large et le plus vil, journalisme et philosophie inclus. Les peintres s'expriment essentiellement de manière abstraite. Leur sort est donc en partie entre les mains des littérateurs. Il dépend de leur intelligence et de leur honnêteté. Dans la société capitaliste, où la publicité joue un rôle déterminant, autant dire qu'il ne faut plus compter sur l'intelligence et l'honnêteté qui ont été reléguées dans les bibliothèques ou les musées.

    S'il y a bien quelque chose dont on ne peut faire le grief à Baudelaire c'est de s'être interposé entre le public et l'art pour tenter de sauver celui-ci. Ni d'avoir sonné le tocsin et tiré des fusées éclairantes quand la race maudite des libéraux avec leurs machines-outils ont pris le pouvoir. Il y a cette fameuse trilogie de Baudelaire, le prêtre, le soldat et le poète, en dehors de laquelle il n'y a pas de salut. Ça laisse songeur quand on voit comment les prêtres, les soldats et les poètes sont traités aujourd'hui par les marchands.