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  • Campagne profonde

    Je ne sais pas si vous avez observé comme moi, c'est un phénomène typiquement démocratique, dès lors qu'un candidat est condamné à obtenir un score dérisoire, à partir de ce moment-là seulement on peut s'attendre à ce qu'il dise des choses sensées et qu'il s'élève ainsi au-dessus de la démagogie la plus grossière.

    C'est le cas de Dominique Voynet, qui se condamne elle-même à obtenir un score dérisoire, de peur de faire perdre Ségolène Royal. L'autre jour D. Voynet - beaucoup plus jolie à la télévision qu'en vrai, c'est la réflexion que je me faisais après avoir failli la percuter au sortir d'une bouche de métro avant-hier -, D. Voynet disait publiquement que la France est dirigée par les cinquante plus grosses sociétés capitalistes, et que c'est un obstacle politique majeur.
    Dominique Voynet nous fait partager ainsi le fruit de son expérience gouvernementale.
    J'ajoute tout de suite que je me tamponne du programme de Mme Voynet comme de ma première layette, les programmes politiques, c'est comme les constitutions, c'est fait pour les cons, les "blogueurs-citoyens", mais son diagnostic a le mérite d'être juste.
    Bien sûr que ça pose un problème d'être gouverné par Pinault, Arnault, Lagardère & Cie ! Il suffit de voir leurs goûts de chiotte !
    Je sais bien que cet argument-là n'est pas de nature à pénétrer ceux qui n'entravent que dalle à l'art, eh bien dans ce cas qu'ils fassent l'effort de se pencher sur la structure de l'économie yankie, qui nous sert de modèle de civilisation, c'est pas moi qui vais dissuader quiconque d'une analyse marxiste, évidemment…

    Je mets de côté l'industrie automobile, qui a fait la fortune de l'Empire américain et qui est en cours de délocalisation désormais. Non pas qu'il n'y a rien à dire là-dessus, ce phénomène de délocalisation est passionnant, comment un Empire peut abandonner pour des raisons économiques son industrie aux mains d'une puissance étrangère, ça n'est pas anodin ! On ne peut s'empêcher ici de penser encore à Marx pour qui le principal ennemi du capital, c'est le capital lui-même ; mais il faudrait analyser le phénomène de délocalisation de l'industrie américaine dans le détail, car le fait que cette industrie soit délocalisée en Chine ou en Amérique du Sud, par exemple, n'a pas la même incidence du tout.
    Je préfère prendre deux exemples plus simples et emblématiques. D'abord celui de la production de pilules. Comme chacun sait (il suffit d'avoir lu les premiers tomes de Lucky Luke), c'est un commerce florissant aux États-Unis, où on peut se procurer à peu près n'importe quelle poudre de perlimpinpin au drugstore d'à-côté, des cinq variétés de Viagra jusqu'à la créatine, les emphétamines, bref tous les produits dopants dont les papys et les mamies yankis adorent se gaver en regardant la télé. Sans les retraités yankis, on carburerait encore au Pernod-Ricard sur le Tour de France et Blondin continuerait de rédiger ses chroniques sportives…
    Lors du dernier banc d'essai de la revue Prescrire, la seule revue médicale indépendante de l'industrie, sur cent nouvelles spécialités médicales introduites sur le marché français, Prescrire concluait que trois d'entre elles, pas plus, représentaient une amélioration par rapport aux formules plus anciennes.

    Caractéristiques aussi de la structure de la fameuse "croissance des États-Unis" sont les bénéfices générés par internet et les services informatiques. Il est utile de rappeler comment s'est développé l'internet. Au cours des premières années, c'est la pornographie qui a généré l'essentiel des bénéfices. Sans la pornographie, internet n'aurait pas connu un développement aussi rapide. Je me rappelle cette étude il y a dix ans sur un campus français qui venait d'être connecté à internet : 80 % des connexions se faisaient vers des sites pronographiques.
    Le vernis moral dont internet essaie de se recouvrir aujourd'hui, avec des entreprises comme Google ou Wikipédia, a de quoi déclencher le sourire sarcastique de quiconque se situe au-dessus du niveau moral et intellectuel d'un gugusse comme Loïc Le Meur. Tout l'esprit de l'américanisme est là : une entreprise crapuleuse recouverte de bons sentiments à l'usage des gogos.
    La propagande consommatrice a pris le relais. On voit bien ici le cynisme d'un Guy Sorman, qui essaie de nous faire croire que le capitalisme est inévitable, alors que les gouvernements soutiennent la croissance en offrant des ordinateurs à un euro aux étudiants, et qu'on remplace l'apprentissage du latin par l'apprentissage de l'informatique avec la bénédiction des syndicats enseignants qui ne tiennent qu'à une seule chose : être augmentés - alors que la publicité matraque du matin au soir la nécessité de passer au haut débit lorsqu'on est un ringard qui n'a que de tout petits bits… Pour Sorman, la publicité est un truc naturel, probablement, qui sourd des murs et des caméras… Il faut dire qu'il en vit, du capitalisme, alors pourquoi le dénoncerait-il ? Là où Sorman a raison, c'est que les parasites dans son genre ne sont pas faciles à déloger.

    Mais le terme de "bulle spéculative" pour caractériser la tendance de l'économie yankie est très bien choisi, rien n'est plus gonflé de vent, plus brillant, ni en même temps plus fragile, qu'une bulle. Au fait, quelle mouche a piqué les Yankis de rompre avec leur politique de non-ingérence ? Après la catastrophe évitée de justesse du débarquement en Normandie, après le Vietnam, qu'est-ce qui leur a pris d'aller s'aventurer en Irak ?