Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Donald Trump machiavélique ?

C'est la thèse de certains observateurs, en coulisse (c'est-à-dire à l'écart des plateaux télé des médias de masse). Quoi qu'elle soit peut-être partisane, cette thèse a le mérite de souligner la position dominante des Etats-Unis, malgré l'échec du "blitz" israélien sur Téhéran visant à renverser ses dirigeants. Elle n'est pas sans faire penser à la position dominante de V. Poutine, malgré la résistance de l'Ukraine et son échec à annexer tout ou partie de ce qu'il considérait comme une province russe. V. Poutine a fait plier les Etats-Unis, et il a désormais face à lui une Europe affaiblie et divisée comme jamais.

Le blocage du détroit d'Ormuz pourrait avoir de graves conséquences économiques s'il perdurait ; l'Europe serait la grande perdante, puisqu'elle ne produit pas ou presque pas d'énergies fossiles.

Le "coup de poker" de Donald Trump et B. Netanyahou pourrait donc avoir des conséquences bien plus graves pour l'Union européenne que pour les Etats-Unis, qui ne risquent pas de manquer de pétrole et de gaz, et ont déjà saisi l'occasion de la guerre en Ukraine pour vendre leur pétrole à prix d'or aux industriels allemands ; par ailleurs les Etats-Unis sont très loin du Moyen-Orient où l'armée israélienne sème le chaos.

Autrement dit, Donald Trump ne mènerait pas une guerre contre l'Iran, mais contre ses principaux rivaux économiques européen et chinois.

D. Trump aurait ainsi été convaincu de rééditer son coup de force du Vénézuéla, qui comporte un risque limité pour son pays ; en comparaison des centaines de milliers de jeunes Russes sacrifiés dans les combats sur le front ukrainien, les dégâts apparaissent en effet limités.

Trump aurait pris le risque de faire voler "l'ordre mondial" en éclats. On sait qu'il ne cesse de critiquer cette gouvernance mondiale depuis des années, comme le principe même du déclin économique des Etats-Unis entre 2008 et 2026, déclin dissimulé derrière la puissance financière.

Un aspect économique cependant est dissuasif de croire Trump "machiavélique" : la mondialisation ou le capitalisme financier qu'il combat (deux façons de parler de la même chose) répondent à une logique capitaliste, la même logique qui a évincé très tôt, dès la guerre civile de Sécession, le projet libéral démocratique, substituant à la démocratie un système oligarchique reflétant l'organisation monopolistique du Capital. La locomotive capitaliste ne peut pas faire machine arrière : une trop grande part de l'économie des Etats-Unis est tributaire de la mondialisation, en particulier les GAFAM. L'approvisionnement en carburant ne suffit pas à la croissance capitaliste.

On peut se demander plutôt si D. Trump ne s'est pas précipité dans la guerre pour tenter de sortir de l'impasse dans laquelle se trouve le mouvement révolutionnaire MAGA. La guerre n'est pas "le prolongement de la politique par un autre moyen" (cette citation de Clausewitz est d'ailleurs souvent mal interprétée), mais la conséquence d'une politique économique irrationnelle. A six mois des élections, le bilan de D. Trump était quasiment nul, la résistance de l'Etat profond consistante. La figure de "l'homme providentiel", très banale au XXe et XXIe siècles, est d'ailleurs une figure archaïque et antirépublicaine, caractéristique du pouvoir oligarchique.

Commentaires

  • Le prix de l'essence a explosé aussi aux states ; ça va être difficile pour Trump de gagner les prochaines élections si l'envolée des prix ne cesse pas rapidement.

  • Vous avez raison, l'avenir de D. Trump paraît compromis à court terme. Mon argument c'est de dire : D. Trump a tenté un coup de poker parce qu'il n'a pas le choix d'un autre type d'action plus construite, sur le long terme. Le redressement économique et moral des Etats-Unis pour quoi il a été élu par les MAGA est impossible dans le cadre constitutionnel actuel.
    En détruisant un peu plus "l'ordre mondial" (parfaitement théorique), Trump ne va pas à l'encontre de son électorat antimondialiste.

Écrire un commentaire

Optionnel