La candidature de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles, renforcée par la conquête de quelques villes importantes aux municipales, représente pour l'oligarchie la même menace que la candidature de Donald Trump en 2015. Les Français dont les yeux ne sont pas recouverts d'écailles idéologiques peuvent voir que ces deux candidatures reflètent deux mouvements proches de révolte de la classe moyenne contre l'Etat profond, en dépit de ce qui les oppose superficiellement, sur le plan des slogans.
Le parti de Jean-Luc Mélenchon n'a aucune politique économique clairement définie. Il y a une bonne raison à cela : compte tenu du coup d'Etat de la Commission de Bruxelles en 2020, aucun projet économique franco-français ne dépasse le niveau du slogan, sans proposer au préalable, comme les partisans britanniques du Brexit, une sortie de l'Union européenne... qui aurait pour effet de condamner le projet d'Union. Tous les candidats à la présidentielle sont à égalité avec J.-L. Mélenchon : aucun ne peut avouer qu'il n'a pas d'autre programme économique que celui d'E. Macron au cours des neuf années écoulées.
Le Pen comme Mélenchon ne proposent pas de mettre fin au projet d'Union européenne franco-allemand, ce qui est sans doute plus facile à dire qu'à faire (le Brexit est un échec de l'avis même des "brexiters") ; ils se contentent d'un moyen terme qui consiste à ne pas soutenir le projet de relance de l'industrie européenne par le soutien en vivres et en munitions à l'Ukraine.
L'effort de guerre a eu pour effet d'essorer les Etats-Unis parce que l'empire américain est une puissance financière, mais non industrielle ; elle a "exporté" comme la France la plupart de ses capacités industrielles. La capacité d'endettement des Etats-Unis est dangereusement dissociée de sa capacité de production industrielle.
La politique économique de Donald Trump est dirigée contre le capitalisme financier. L'opération militaire conduite par les Etats-Unis contre l'Iran paraît à beaucoup une erreur stratégique monumentale. A l'inverse de l'opération menée contre l'Irak, elle traduit un repli des Etats-Unis. La politique de repli protectionniste de D. Trump ne serait infléchie que si -et seulement si- l'armée des Etats-Unis venait à s'enliser dans le conflit qui l'oppose à l'Iran. La guerre n'est pas "existentielle" pour les Etats-Unis comme elle l'est pour le petit Etat israélien ultra-militarisé, dont on peut penser qu'il est tombé dans le traquenard du Hamas.
Mélenchon est le candidat le moins sioniste. Cela suffit pour indiquer son indépendance vis-à-vis de l'oligarchie. Assez clairement, la France insoumise annonce une volonté de révolution par les urnes, ce qui est exactement la démarche de la révolution MAGA en 2016. On sait d'ailleurs que D. Trump n'a pas rallié seulement à sa cause l'électorat "white trash" (petits blancs déclassés), mais aussi une part non négligeable de l'électorat noir, latino ou asiatique, pour qui le délitement de l'Etat a des conséquences.
On peut prédire qu'une victoire de Mélenchon -dont la meilleure chance est le discrédit accru des candidats "sionistes" dans l'opinion publique-, se heurterait aux mêmes résistances que l'élection de D. Trump, de la part des actionnaires de l'Etat profond. La résistance de la Californie à la politique protectionniste de D. Trump est l'exemple le plus intéressant de cette résistance, car la Californie est mue par l'intérêt économique : il n'est pas dans son intérêt de renoncer au libre-échangisme. La révolution libérale de 1789 correspond, comme celle de 1865 aux Etats-Unis, à la victoire du capitalisme industriel sur les propriétaires fonciers. La révolution MAGA oppose quant à elle le capitalisme industriel au capitalisme financier, deux sortes de capitalismes virtuels (il ne suffit pas de décréter la réindustrialisation pour qu'elle ait lieu).
La menace de Mélenchon pour les Gilets jaunes est l'absence de projet clair. Cette menace n'est pas sans faire penser à la candidature de F. Mitterrand en 1980, élu sur la promesse de mettre fin à un régime gaulliste-bonapartiste et rétablir une république parlementaire. La centralisation extrême du pouvoir, organisée par la constitution gaulliste, a perduré sous les mandats de F. Mitterrand. Sa conséquence la plus visible et la plus dommageable pour les classes modestes, est la transformation des grandes institutions de la Ve république en mammouths. Les profs eux-mêmes ont intérêt au démantèlement du plus gros d'entre ces mammouths : l'Education nationale. Cette dernière sert les intérêts de l'oligarchie avant tout.
Le mouvement des Gilets jaunes a une assise plus large que les partis de Mélenchon et Le Pen réunis, dans la mesure où 80% des Français ont intérêt à ce qu'il soit mis fin le plus rapidement au gouvernement démagogique des oligarques, qui consiste à exciter les Français les uns contre les autres pour protéger les intérêts des oligarques et leur domesticité. Le mouvement des Gilets jaunes est le mieux placé pour mener une révolution pragmatique, qui consiste aussi à réévaluer le mantra de la croissance capitaliste ou le mantra du ruissellement, tous les mantras qui trahissent la force de persuasion ésotérique du capitalisme.