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  • Demain la guerre civile ?

    On peut estimer que les Etats-Unis sont au bord de la guerre civile. Non plus entre les propriétaires fonciers du Sud et les industriels du Nord, mais entre l'Etat profond et la classe moyenne cette fois. Il faut rappeler qu'à chaque crise économique majeure, les Etats-Unis ont frôlé la guerre civile. Le dollar joue aux Etats-Unis à peu près le rôle stabilisateur rempli par l'Etat-providence en Europe. La crise économique peut, pour cette raison, précipiter rapidement cette nation dans le chaos. L'élection de D. Trump intervient seulement huit ans après le krach financier de 2008. Dix-huit ans plus tard l'Etat profond français, et plus largement européen, résiste toujours, même si les Gilets jaunes représentent une très sérieuse alerte. La différence des méthodes de répression policière aux Etats-Unis et en France reflète exactement la différence entre les deux sortes de capitalisme en vigueur des deux côtés de l'Atlantique. 

    La politique impérialiste d'intervention en Irak, puis en Afghanistan, puis en Ukraine, puis au Moyen-Orient, n'est pas dans l'intérêt de la classe moyenne, mais seulement des Etats-Uniens qui vivent aux crochets de l'Etat, qui se situent tout en haut de l'échelle... ou tout en bas, suivant la stratégie clientéliste du parti démocrate vis-à-vis des minorités (ethniques, religieuses, sexuelles...).

    Il faut ajouter parmi les actionnaires de l'Etat profond états-unien Israël, tributaire de l'aide militaire du Pentagone. Le blitz de D. Trump sur l'Iran peut paraître incohérent, au regard de la volonté isolationniste de son électorat, qui se divise à propos de cette décision. Tant que les Etats-Unis se contentent de bombardements aériens (assez inefficaces), D. Trump peut encore convaincre son électorat que son intervention se limite à une "opération spéciale".

    Un échec aux élections de novembre, qui mettrait fin au programme de réforme économique de D. Trump, rapprocherait sans doute encore un peu plus les Etats-Unis de la guerre civile. On peut observer à l'occasion de cette crise politique que l'armée et la police aux ordres de D. Trump n'ont pas une fonction plus "régalienne" que la police ou l'armée soviétique.

    En Europe, le Royaume-Uni paraît plus proche de la guerre civile que la France. L'Etat profond britannique résiste, mais il a usé trois premiers ministres en six ans, dont les prérogatives sont équivalentes de celles de notre chef de l'Etat, confronté à une opposition-fantôme. Le Brexit a échoué, de l'avis même des "brexiters", à réguler l'immigration. Le Royaume-Uni combine crise économique et effondrement des services publics, volontairement minés par la politique thatchérienne, services publics qui contribuent au maintien relatif de l'ordre public en France.

    Les Gilets jaunes qui entendent restaurer un régime authentiquement républicain contre un Etat profond surendetté et vassalisé par l'Allemagne ont toutes les raisons de se méfier des élections présidentielles : non seulement elles sont conçues pour procurer une légitimité à une bande de technocrates en roue libre, mais encore elles ont pour but de fracturer idéologiquement la classe moyenne : à cette seule fin les oligarques français entretiennent un clergé médiatique coûteux.