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  • Un problème de maths

    Les maths sont le problème et non la solution, si je puis dire.

    Sur un plateau de télévision, deux publicistes s'affrontent sur le thème de la mort de l'Occident. Pour le publiciste A, le chiffre du PiB des Etats-Unis prouve que les Etats-Unis sont plutôt en bonne santé économique ; pour le publiciste B, au contraire, le chiffre du PiB est une mesure illusoire de la santé économique d'un pays.

    L'un des deux se trompe, mais ce n'est pas la question ici. Tous les deux sont convaincus que les chiffres - en l'occurrence les statistiques, sont révélateurs d'une réalité objective. Ils n'ont pas lu Einstein, le pape de la pseudo-science statistique (qui ne devrait pas être qualifiée de "science" mais "d'outil"). Les statistiques sont le meilleur moyen de voir midi à sa porte. En posant le principe de la relativité, Einstein n'innove pas (Zénon l'avait fait plusieurs millénaires avant lui) ; ce qui est nouveau, c'est le principe de la relativité absolue, qui induit en erreur. La relativité absolue consiste à poser le principe d'universalité de la géométrie algébrique. Einstein enfonce plus ou moins une porte ouverte puisque la géométrie algébrique est un raisonnement "dans l'absolu".

    Le politique sanitaire de 2020 est une crise de la technocratie et du Capital, puisque les deux sont indissociables. Mais elle est apparue plus nettement que la crise financière de 2008 sous le jour technocratique. Or les chiffres ont joué dans la confusion générale un rôle important, un rôle similaire à celui que joue la question de la dette dans le débat politique superficiel.

    Des statisticiens parfaitement ignares dans le domaine médical ont avancé des théories fumeuses. Si l'on faisait a posteriori le bilan des déclarations des épidémiologistes compétents (en médecine), on verrait qu'elles étaient beaucoup moins erratiques. Le rôle de désinformation des médias de masse a été dénoncé pendant la crise par des universitaires, mais il n'a pas été dit précisément que les statistiques chiffrées ont été le principal support de cette désinformation.

    La politique sanitaire n'a pas fait l'objet d'un arbitrage scientifique médical, mais d'un arbitrage technocratique. Ce n'est pas complètement insensé puisque la France est une technocratie (un Titanic, comme dit F. Bayrou). En revanche c'est une attaque contre la science médicale de faire passer le barnum quantique pour une science dure ou fondamentale.

    On peut définir les mathématiques modernes comme la raison d'Etat technocratique ; on comprend ainsi comment l'économie capitaliste s'articule avec l'organisation technocratique, suivant l'adage de K. Marx : "L'Etat et le Capital sont solidaires". On comprend en outre l'importance des maths dans le système scolaire français, qui n'a rien d'éducatif, mais qui contribue au contraire à saper l'éducation (dont le tuteur que l'on appose sur un jeune arbre, avant de l'ôter dès qu'il pousse droit, fournit une image simple).

    Technocratie et capitalisme sont donc une sorte de Janus ou de veste réversible. Il est inepte de vouloir contenir l'économie capitaliste dans une formule technocratique, ou de vouloir affranchir l'économie capitaliste de l'Etat profond (suivant le slogan anarcho-capitaliste).

    L'erreur de Marx, dont il était conscient*, fut d'opposer au Capital, c'est-à-dire l'âme de la bourgeoisie (1850-2026), une analyse. En réalité K. Marx oppose l'Histoire à l'économie libérale. Marx a ainsi prêté le flanc à ceux qui en ont fait un "économiste alternatif", ce qu'il n'est pas.

    Pour les physiocrates libéraux et leurs héritiers, l'homme post-moderne est un "homo economicus" : selon K. Marx il est surtout un "être de désir", ce qui n'a rien à voir. L'homme post-moderne est un être de désir, encouragé à l'être, c'est-à-dire à servir de combustible à ce qui n'est qu'une machinerie économique et non une économie. K. Marx anticipe le phénomène publicitaire dès le milieu du XXe siècle, phénomène qui n'a rien d'économique.

    *Cette conscience s'exprime dans l'éloge des romans de Balzac, qui illustrent selon Marx de façon plus synthétique le phénomène capitaliste.