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Misère de la science

  • Darwin et le christianisme

    Commentaire d'un ouvrage de François Euvé, jésuite diplômé en physique et théologie, intitulé "Darwin et le christianisme" et sous-titré : "Vrais et faux débats" (2009, Buchet-Chastel).

    Comme je l'ai déjà exposé auparavant sur ce blog, l'idée que la science athée darwinienne renverse des convictions religieuses chrétiennes est un point de vue superficiel qui relève de la propagande ; l'instrumentalisation de la science, tout autant que l'instrumentalisation de la religion sont deux phénomènes (politiques) qui gênent l'examen de la foi chrétienne autant qu'elles perturbent le progrès de la science.

    Contemporain de Darwin, Alfred Russel Wallace formula ainsi la même hypothèse transformiste que son confrère naturaliste ; il s'en est fallu de peu, disent certains historiens de la science, pour que l'on parle de "wallacisme" afin de désigner la science naturelle transformiste. Or, pour Wallace, le schéma transformiste n'exclut pas l'intervention de Dieu. Par ailleurs les rapports de Darwin avec son éducation chrétienne, et plus encore sa formation scientifique imprégnée de "théologie naturelle", sont pour le moins compliqués.

    L'auteur de l'essai dont nous allons dire quelques mots prouve par sa personne qu'il est abusif d'opposer systématiquement le darwinisme au christianisme (comme on fait souvent en France) ; François Euvé est en effet jésuite (catholique) et convaincu par l'hypothèse transformiste darwinienne. Je dirais qu'il a "foi en elle", afin de souligner l'ambiguïté des rapports entre les questions scientifique et religieuse, ambiguïté sur lequel le principal mérite de son essai est d'attirer l'attention.

    Sur le plan scientifique à proprement parler, l'auteur est moins convaincant, en particulier quand il s'efforce de démontrer que le statut hypothétique de la théorie darwiniste ou post-darwiniste n'altère en rien son crédit scientifique.

    Il faut dire (plus nettement que F. Euvé) que la foi est très présente dans le domaine de la science moderne, ne serait-ce que parce que beaucoup font confiance aux manuels de science et enseignants qui dispensent des cours, se contentant en quelque sorte de dogmes et d'axiomes, sans pousser plus loin les vérifications ni l'étude. Au cours de l'ère industrielle, dont on peut croire la science darwinienne typique, la science est largement un substitut de la religion. Ne voit-on pas la science invoquée en toutes circonstances, y compris les moins sérieusement scientifiques, d'une façon qui évoque la superstition religieuse ? La théorie darwinienne n'est-elle pas le lieu du glissement de dieu à la science ? La structure hypothétique de la science transformiste peut le faire soupçonner. 

    - De façon utile, l'auteur souligne le rapport étroit entre l'hypothèse darwinienne et l'idée de "progrès social" ; il est en effet beaucoup plus juste de dire qu'une telle utopie politique, sous diverses bannières ou étiquettes, se trouve appuyée par l'hypothèse transformiste darwinienne, plutôt que l'athéisme proprement dit.

    L'idée de progrès social ne séduit pas particulièrement Darwin lui-même, mais incontestablement le succès public de son hypothèse, fulgurant, vient donc de ce qu'il fournit un arrière-plan scientifique à l'utopie du progrès (hypothèse morale et/ou politique).

    J'ajoute ici en disant qu'un philosophe tel que F. Nietzsche (célèbre en raison de son antichristianisme), doctrinaire le plus résistant à l'idée qu'un quelconque "progrès social", stigmatisée par lui comme une illusion chrétienne, ce philosophe est également sceptique devant l'hypothèse darwinienne ; il se demande si elle ne consiste pas à plaquer sur la nature une idée (fausse) de progrès social.

    - F. Euvé indique que les anti-darwinistes, chrétiens ou non, se sont beaucoup appuyés sur le principe "hypothétique" du transformisme darwinien pour le combattre, insistant sur l'inachèvement de la science darwinienne. L'auteur combat cet argument, mais sans grande efficacité ; il nous faudrait en effet admettre, selon lui, que l'hypothèse est la meilleure formulation de la science, désormais, de sorte qu'il serait rationnel de penser que la science "évolue" comme son objet. Un tel raisonnement est plus proche de la science-fiction que de la science ; que faire des certitudes scientifiques acquises (sphéricité de la terre) dans ce nouveau cadre épistémologique évolutif, qu'il nous est demandé d'entériner sans émettre la critique qu'il est plutôt le signe d'une crise de la méthode scientifique ?

    - De même, François Euvé est conscient que la place accordée au hasard par la science évolutionniste heurte la méthode voire l'esprit scientifique. Le hasard a été rapproché par les plus éminents savants naturalistes, de l'Antiquité comme des temps modernes, de l'ignorance. Etudier la physique (nature), aux yeux d'Aristote, c'est combattre le hasard, explication marquée par la superstition.

    Le hasard représente donc une sorte de "trou noir" au milieu de l'hypothèse transformiste. F. Euvé s'emploie à le combattre en décomposant ce hasard à son tour dans plusieurs "définitions" qu'il donne de ce mot complexe, selon lui : "chance", "aléa", "contingence", de sorte à faire émerger, à côté du "mauvais hasard" un "bon hasard" compatible avec la méthode scientifique. Ce "bon hasard" est avant tout compatible avec les lois de la mécanique moderne (géométrie algébrique).

    Au milieu de cet exposé lexical, se trouve une assertion fort discutable, à  savoir que "l'une des composantes importantes de la connaissance scientifique est la capacité de prédiction." La capacité de prédiction est une capacité attribuée à l'astrologie, ou à sa petite soeur moderne la science statistique, voire à l'histoire ; mais chacun ou presque s'accorde à dire que ce sont là des sciences inexactes.

    Une remarque importante doit être faite ici à propos du malthusianisme ; les travaux de Malthus sur la démographie humaine, qui ont un caractère prédictif, ont influencé Darwin dans la formulation de son hypothèse transformiste. Or plusieurs historiens ont réfuté avec des arguments sérieux l'exposé théorique de Malthus ("Essai sur le principe de population"), qui n'a qu'une valeur probabiliste et politique relative.

    De surcroît la place du hasard dans la science darwinienne n'a fait que croître au fil du temps, de sorte qu'il n'est pas certain que Darwin lui-même, compte tenu de sa formation scientifique, serait encore darwinien aujourd'hui (c'est sans doute là une hypothèse excessivement audacieuse) ; en effet, au-delà de la ou des définitions du "hasard", celui-ci sert dans la science évolutionniste à accorder des indices non-concordants voire discordants entre eux. Une science dont tous les éléments de preuve expérimentaux se complètement logiquement n'a pas besoin de faire appel au hasard. On parle (depuis Ernst Mayr) de "synthèse évolutionniste" pour qualifier le dernier état de la science post-darwiniste ; c'est une expression inappropriée pour parler d'une théorie qui s'appuie sur de nombreux indices et détails observés, dans des disciplines aussi diverses que la génétique, la botanique, la géologie, la biochimie... qu'il faut de très épais volumes pour compiler ensemble et établir une convergence.

    - Encore à propos de vocabulaire, François Euvé fait observer que l'évêque de Rome, la plus haute autorité de l'Eglise romaine a fini par reconnaître que l'hypothèse transformiste est "plus qu'une hypothèse" (sic) ; on veut montrer ainsi que l'Eglise romaine ne campe pas sur des positions conservatrices. Cependant on se doit d'ajouter immédiatement que cette formulation est dépourvue de sens sur le plan scientifique. Le pape susciterait l'hilarité générale s'il disait estimer que Dieu existe à 99% ou que la terre est très probablement sphérique.

    Le propos de François Euvé touchant à la méthode scientifique fait craindre que la science darwinienne ne reflète une méthode qui accorde une place excessive à la mécanique (statistiques et probabilités), au détriment de la preuve expérimentale. La confusion entre la théorie transformiste de Darwin et les différentes formes de darwinisme social serait ainsi entretenue par le "flou scientifique" de la théorie.

    L'essayiste s'efforce d'ailleurs de laver Darwin du soupçon de compromission avec le "darwinisme social", ou encore l'eugénisme, propos dérivés de l'hypothèse transformiste de Darwin ; étant donné la proche parenté du "darwinisme social" avec le nazisme ou le capitalisme, cette accointance trouble certains savants darwinistes.

    Mais, s'il est exact que Darwin ne pensait pas que l'on puisse améliorer la race humaine par le moyen matérialiste de la biologie, il n'est pas moins vrai que l'hypothèse transformiste ouvre droit à différentes hypothèses "technico-sociales" ou "juridico-sociales" - et c'est bien là tout le problème, d'un point de vue strictement scientifique. Autrement dit, l'éthique et la science répondent-elles aux mêmes buts et motivations ?

    L'aspect prédictif du transformisme darwinien incite à se demander s'il s'agit bien là vraiment d'une science fondamentale, et non de la transposition d'une représentation anthropologique (progressiste) dans l'ordre naturel ? Le nazisme et le libéralisme (capitalisme) sont des idéologies progressistes, quoi que l'on pense de leurs méthodes et résultats.

    Le principe de la transposition d'une loi naturelle dans l'ordre humain est un principe qui relève de la technique (imitation de la nature) et non de la science au sens strict.

    Un élément jette cependant le discrédit sur l'ensemble de l'essai de François Euvé ; il est cette fois d'ordre théologique. L'auteur explique que la théorie transformiste de Darwin, dont nous venons de voir qu'elle a des ramifications d'ordre philosophique chez Darwin lui-même, se heurte notamment à la notion de "péché originel", telle que celle-ci est esquissée de façon imagée dans le récit de la Genèse, puis précisée par Jésus-Christ et les apôtres.

    Dans un chapitre intitulé : "La mort est-elle naturelle ?", F. Euvé écrit : "Les textes de l'Ecriture sont sans équivoque, en particulier saint Paul : "C'est par un homme que le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort."

    F. Euvé fait bien de fournir cette précision : la mort est un phénomène biologique dont l'amour, selon les évangiles chrétiens, peut affranchir l'homme. Il y a bien une idée de "progrès spirituel" dans les évangiles, mais cette idée est absolument étrangère à l'idéologie du progrès social à laquelle le transformisme darwinien conduit (voire d'où il vient).

    Aussitôt après avoir dit cela, l'auteur propose de s'écarter de la théologie de Paul élucidant la mort comme l'effet du péché, en suggérant que l'apôtre, par "mort", ne parle pas de "mort biologique" [?] ; il n'hésite pas à conclure, comme un slogan ou une profession de foi personnelle : "Renoncer à retenir sa vie est le gage de l'accès à la vie authentique."

    On a ici le choix de croire vraie l'opinion d'un jésuite ou celle de Paul et de Jésus-Christ (dont le propos sur la mort et le péché précède celui de l'apôtre).

    Voilà donc un jésuite qui prétend rapporter avec soin l'hypothèse scientifique de Darwin, refuse certaines simplifications abusives, mais se met à broder dès lors qu'il aborde le sujet de la théologie !?

    Ce que le jésuite F. Euvé ne dit pas, c'est que la doctrine catholique, en de nombreux points s'affranchit de la notion évangélique de péché originel. En effet il n'y a pas de "doctrine sociale chrétienne" possible, car les chrétiens sont les mieux prévenus (par les évangiles) contre l'idéologie du progrès social. Or le catholicisme n'a pas le monopole de ce détournement des écritures saintes à des fins politico-sociales : c'est aussi le fait de la "théologie naturelle", cette discipline académique qui servit au jeune Darwin de cadre philosophique à ses études. 

    Cette question théologique paraîtra peut-être au profane éloignée de la question de la théorie darwinienne du transformisme ; qu'il se souvienne, dans ce cas, que Darwin est un disciple de la "théologie naturelle" chrétienne, c'est-à-dire d'une discipline académique qui, d'un point de vue théologique chrétien, comme du point de vue de la science naturelle, est une discipline étrange qui justifie que l'on approfondisse le rapport de Darwin avec ses convictions religieuses.

    (inachevé)

  • Dieu et la Science

    La fin de toute science est Dieu, c'est-à-dire une connaissance plus pure et limpide de Dieu avec le sentiment de sa grandeur.

    Le fait de diviser la science en plusieurs domaines plus ou moins bien articulés entre eux résulte de la difficulté pour l'homme d'appréhender ce qui le dépasse.

    Le stade technocratique où nous sommes rendus résulte d'une volonté, qui là encore dépasse l'homme (qui n'est pas maître du Temps), de faire obstacle à la science véritable.

    La culture technocratique/totalitaire repose sur des mensonges grossiers dans le domaine de l'histoire des sciences - des mensonges qu'un individu peut aisément reconnaître comme tels. La force de tels mensonges est de nature politique et sociale, dans la mesure où la science n'est d'aucune utilité sur le plan politique ou social. Ainsi le roi Hérode tente-t-il symboliquement d'empêcher par tous les moyens les mages de cheminer vers l'étoile, épiphanie du Fils de Dieu.

    L'un de ces mensonges, prêché comme une vérité par bon nombre d'universitaires contemporains, consiste à prétendre que les pères de la science modernes étaient "laïcs" et, par glissement de sens, "athées". Ce n'était nullement le cas ; au contraire la plupart étaient animés par la foi chrétienne, et non seulement Blaise Pascal comme on entend dire parfois, mais aussi le savant anglais Francis Bacon Verulam plus tôt, ou, plus connu en France, René Descartes. Cela ne fait pas d'eux d'infaillibles savants sur tous les sujets ; de cela ils furent conscients, comme de la médiocrité de leurs découvertes au regard de la "science métaphysique", terme utilisé pour désigner la science du vrai Dieu.

    L'opposition entre la science et la théologie est donc une invention récente, dépourvue d'histoire cohérente et reposant sur des sophismes.

    La clef des rapports entre Dieu et la science se trouve dans la cosmologie, aujourd'hui entérinée au profit de l'astronomie, dont la cause et la finalité sont technocratiques.

    Je recopie ci-après un extrait du livre d'Henri Gouhier dédié à la pensée religieuse de Descartes ; il explique de façon assez claire et utile ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire Galilée" ; cette "affaire", où se mêlent des questions religieuses et scientifiques, mais aussi politiques, joue un rôle important dans la propagande technocratique, qui substitue habilement la science à dieu, en même temps qu'elle tient la science à distance du commun grâce à un discours et un langage que seuls quelques initiés ou spécialistes peuvent comprendre.

    En effet l'idolâtrie scientifique repose largement sur la division des sciences en différentes spécialités. Le passage de la cosmologie à l'astronomie, expliqué dans l'extrait qui suit, a joué aussi un rôle dans la confusion entre la science fondamentale et de la mécanique. La culture technocratique/totalitaire est une culture dont les lois fondamentales sont des lois mécaniques.

    *

    C'est le Galileo Galilei de Bertold Brecht qui déclare : "Pendant deux mille ans, l'humanité a cru que le soleil et tous les astres du ciel tournaient autour d'elle." Pour celui de l'histoire comme pour ses contemporains, l'héliocentrisme est "la doctrine de Pythagore" : c'est encore sous ce nom qu'elle est condamnée dans le décret de l'Index du 5 mars 1616.

    Le pythagoricien Philolaus fut, semble-t-il, au Ve siècle avant J.-C., le premier à mettre le soleil au centre du monde et à faire de la terre un "astre errant" ou planète. Vers 270 avant Jésus-Christ, Aristarque attribuait à la terre la révolution annuelle qui est celle apparente du soleil et la plaçait entre Mars et Vénus. Mais il s'agissait là de cosmologie, cosmologie qui, à l'époque présocratique du moins, mêle la réflexion philosophique à une vision poético-religieuse de la nature. L'"astronomie technique", comme dit M. Giorgio de Santillana, se constitue avec les mathématiques et alors apparaît une idée très importante : on se propose de décrire les mouvements célestes et de s'en donner une représentation qui rende la prévision possible ; on va donc construire des modèles mathématiques abstraits ne prétendant pas représenter la réalité des cieux mais permettant de calculer d'avance les positions des planètes. C'est dans cette perspective qu'au IIe siècle de notre ère, Ptolémée construit son système avec la terre au centre d'un monde clos et circulaire.

    Une distinction fondamentale est donc posée entre l'astronomie proprement dite et la physique ; la première est l'oeuvre des mathématiciens, la seconde, celle des philosophes, relevant de la philosophie de la nature ; la première a pour devise : "sauver les phénomènes" ; elle ne cherche nullement à représenter la réalité cosmique.

    Mais, au cours de l'histoire, cette claire distinction se trouve compromise par un double voisinage. D'une part, la philosophie aristotélicienne de la nature met la terre au centre d'un monde clos ; d'autre part, le langage de la Bible est géocentrique. De là, une tradition à la fois universitaire et théologique qui interprète le système de Ptolémée comme une image du monde réel, qui prend l'astronomie mathématique pour une cosmologie.

    L'oeuvre de Copernic va ramener l'attention sur la distinction entre le modèle mathématique et la philosophie de la nature.

    Le chanoine médecin fut sans doute très tôt séduit par la vision pythagoricienne du monde. Vers 1513, il fait circuler un opuscule : De hypothesibus motuum coelestium a se constitutis Commentariolus ; il publie en 1543 à Nuremberg "De Revolutionibus orbium coelestium libri VI" avec une lettre dédiant l'ouvrage au pape Paul III ; mais en 1540 un jeune disciple protestant à qui Copernic avait confié le manuscrit, avait fait paraître : "De libris Revolutionum Eruditissimi Viri et Mathematici excellentissimi reverendi D. Doctoris Nicolai Copernic... Narratio prima...

    "Ni le Pape, ni personne d'autre à Rome, écrit Alexandre Koyré, ne semble avoir été choqué par le nouveau système du monde cosmologique". Alors commence l'histoire d'une équivoque.

    Copernic entend refaire ce qu'avait fait Ptolémée ; un modèle mathématique qui sauve les phénomènes et permette la prévision, mais en reprenant l'idée pythagoricienne ; autrement dit, l'héliocentrisme n'avait jamais reçu une traduction mathématique ; Copernic le fait entrer dans l'astronomie scientifique. Ceci dit, Copernic ne croit pas que l'astronomie du géomètre puisse être différente de celle qui représenterait la réalité dans la physique... Mais le jeune éditeur protestant de "De Revolutionibus" prend la précaution de faire précéder le livre d'une préface du théologien Andréas Osiander qui affirme le caractère strictement hypothétique de l'héliocentrisme : comme cette préface n'est pas signée, les lecteurs croient qu'elle est de Copernic.

    Désormais la distinction entre hypothèse mathématique et réalité physique devient un moyen d'éviter les objections faites au nom de l'aristotélisme et de la Bible.

    Derrière Galilée (1564-1642), il y a donc Copernic (1473-1533) et aussi Tycho Brahé (1546-1601) ; à côté de lui, il y a Kepler (1571-1630).

    Galilée est en rapports personnels avec Kepler, mais comme Descartes, il semble avoir ignoré la portée de son oeuvre, constate Koyré. Tous les astronomes contemporains de Galilée et de Descartes connaissent l'importance des travaux de Tycho Brahé : d'abord "il avait réuni une masse énorme d'observations inconnues jusqu'à lui" ; ensuite, il a, comme Copernic, abandonné le système de Ptolémée, mais en imaginant un système moins directement opposé que celui de Copernic à l'aristotélisme et à la Bible : les planètes tournent autour du soleil et l'ensemble ainsi constitué par le soleil avec ses satellites tourne autour de la terre."

    In : "La Pensée religieuse de Descartes", Henri Gouhier (1972) 

  • Misère de la Science

    L'Avenir est le territoire idéal de la superstition.

     

  • Ecologie et idéologie

    Les idéologues ont tendance à balayer l'argument de nature d'un revers de la main. Ainsi le propriétaire balayera d'un revers de la main le fait qu'il n'y a pas de propriété durable dans la nature. De même les personnes sentimentales balayeront du revers de la main le fait que la nature soit pure de ce type de comportement, assimilable à une tare physique sur le plan naturel.

    On associe trop systématiquement le nazisme et le communisme à l'idéologie, alors que c'est la culture bourgeoise qui rompt le plus radicalement avec la réalité, et qui donc est la plus idéologique ; cet excès d'idéologie est d'ailleurs ce qui a assuré la suprématie dans l'ordre politique à la bourgeoisie ; le triomphe de cette dernière, le moins naturel qui soit, sur le nazisme et le communisme, a eu lieu aussi sur le terrain de la propagande.

    Il vaut mieux aujourd'hui se situer du côté du rêve que de la réalité quand on part à la conquête du pouvoir ; se priver du rêve en politique aujourd'hui reviendrait à se priver du machiavélisme au temps de la Renaissance - tenir un discours raisonnable n'est plus de mise sur la scène politique.

    Le christianisme, lui, ne balaie pas exactement l'argument de nature du revers de la main pour poser l'existence de dieu ou de l'amour, c'est-à-dire de phénomènes métaphysiques ou surnaturels ; il donne à la puissance naturelle le nom de Satan, et, si l'on veut bien prendre le temps de lire l'apocalypse de Jean et les épîtres de Paul, décrit un satanisme "évolutif", changeant d'aspect au cours du temps qui sépare l'humanité du jugement dernier. Paul de Tarse prophétise un satanisme de la fin des temps, très différent de la culture païenne antique décrite par Nietzsche comme LE satanisme authentique.

    La nature s'interpose donc du point de vue chrétien entre l'homme et le salut ; la nature n'est pas balayée d'un revers de main, mais bien conçue comme un obstacle difficile à surmonter : "Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus" signifie bien la soumission à la culture de vie de la plupart des hommes.

    On peut donc décrire l'idéologie bourgeoise moderne comme un christianisme superficiel (ce que Nietzsche ne fait pas) ; ce christianisme superficiel, au niveau de la culture, correspond à peu près au discours de l'Eglise catholique, matrice de la culture occidentale moderne, quoi qu'en disent certains athées.

    De ce point de vue, Tocqueville a raison de dire que les Etats-Unis d'Amérique sont une sorte d'Eglise catholique "bis". La culture américaine perpétue en effet le discours judéo-chrétien superficiel de l'Eglise romaine. On peut d'ailleurs observer que, dès lors qu'un catholique commence de creuser sa foi, au lieu de s'en servir comme une bonne femme de justification à ses actes les plus banals, dès lors Satan a le don d'apparaître, tandis que le discours catholique ou la culture germanique "judéo-chrétienne" procèdent à son déguisement. Baudelaire, Bloy ou Bernanos sont des exemples de catholiques moins superficiels, dont la sincérité et l'effort pour approfondir leur foi fait apparaître Satan. Chez le "catholique ou le chrétien moyen", prototype de l'homme voué par le Christ à l'enfer, comme par hasard Satan n'existe pas, ou seulement sous la forme d'un tabou, d'un interdit anthropologique.

    Et l'écologie dans tout ça ? Il est frappant d'observer à quel point le discours écologiste moderne est idéologique, c'est-à-dire à quel point l'argument de nature est refoulé par ceux qui se réclament de la nature et d'une meilleure gestion de celle-ci. Comment en effet concilier démocratie et écologie ? Féminisme et écologie ? Egalité et écologie ? Même la théorie probablement incohérente de l'évolution ne permet pas de fonder un tel écologisme, parfaitement ubuesque, faisant la promotion d'idées catastrophiques sur le plan écologique, tout en les condamnant à travers l'appel au "respect de la nature". Cette même incohérence se retrouve dans le nazisme, très proche de l'écologisme puisque mettant en avant le symbole d'une philosophie naturelle. L'aspect de l'idéologie moderne l'emporte dans le nazisme sur la revendication écologiste du bonheur symbolisée par la svastika.

    Le sentiment du citoyen moderne lambda d'être assimilé ou assimilable à la machine ou au robot vient probablement de là - du fait que la pensée a été réduite à l'idéologie dans les temps modernes, et du fait que, si un robot ne pense pas, il n'en pas moins capable de réflexion et d'émettre des idées. 

  • Le nombre d'homme 666

    La science moderne, axe de la culture moderne, est une science qui repose principalement sur l'hypothèse, et non sur l'expérimentation scientifique comme certains le croient ou tentent de le faire croire.

    L'importance des lois et démonstrations mathématiques dans la science moderne est un indice, sinon une preuve de ce défaut d'expérimentation, de même que le goût pour la science-fiction, répandu dans les régimes technocratiques. La science expérimentale s'accorde mal avec la fiction.

    Or l'hypothèse des hypothèses, qui fait office pour l'homme de certitude, c'est la mort. Dire que l'homme est déterminé par le péché ou qu'il l'est par la mort revient au même.

    Il n'y a pas de logique humaine au sens strict, dans la mesure où, si l'homme est capable d'inventer des moyens de vivre, il ne trouve pas en lui-même de raison de vivre. La jouissance est un but trop fragile pour qu'un jouisseur n'en perçoive pas les limites. Du point de vue chrétien, la logique est donc extérieure à l'homme. Cette logique est liée à l'imagination : il faut de l'imagination pour ne pas se juger condamné à mort.

    L'au-delà, prolongement de la vie au-delà de la mort, dilatation du temps et de l'espace, lui, est entièrement spéculatif et hypothétique, une perspective humaine, contrairement à dieu, qui renverse la raison humaine, tendue vers le moyen de survivre. Il n'y a pas d'au-delà dans les évangiles, pas de "séjour des âmes" comme dans certaines religions païennes. "L'au-delà" trahit une conception humaine, quasiment mathématique, de la religion.

    Sous cet angle, on comprend que la religion s'oppose à dieu, comme l'hypothèse s'oppose à l'imagination. Dieu échappe à la raison mathématique, d'une certaine manière ; mais cela ne signifie pas que dieu n'est pas un objet de science. Cela signifie tout simplement que la raison mathématique est limitée. Qu'est-ce que la science du cosmos, si ce n'est un tas d'hypothèses enchevêtrées ? Le cosmos échappe largement au raisonnement mathématique qui voudrait l'enfermer dans une définition, mais, pour autant, le mystère qui entoure le cosmos n'est pas une raison suffisante de le nier.

    Comme je l'ai dit par ailleurs, les mathématiques modernes font l'homme dieu, puisqu'elles enferment des réalités qui dépassent l'homme dans le raisonnement humain. Mais le pouvoir de cet homme-dieu repose seulement sur la rhétorique. Bien des réalités physiques peuvent réduire le pouvoir de l'homme-dieu à néant en un instant.

  • Science et modernité

    L'adjectif "moderne" est inapplicable à la science. L'expression de "science moderne" désigne en effet quelque chose d'assez indéfinissable. Untel citera volontiers Einstein ou Darwin comme des exemples de "savants modernes", mais il aura sans doute du mal à dire en quoi la science naturelle de Darwin est "moderne", en comparaison de la science naturelle créationniste d'Aristote.

    En parlant de "science moderne", on se situe plutôt dans le registre de la propagande, le plus méprisable du point de vue scientifique, puisqu'il s'agit en matière de propagande, à l'instar des religions les plus méprisables, d'emporter l'adhésion du plus grand nombre, en dépit de la vérité - la propagande a un caractère "musical", ainsi que l'ont relevé certains mythes ou fables.

    Beaucoup mieux applicable l'adjectif "moderne" à ce qui est enseigné aujourd'hui sous le nom de "mathématiques". On peut plus précisément dater les "mathématiques modernes", et en attribuer la paternité à R. Descartes. Bien sûr ce n'est pas aussi simple, et cela ne suffit pas à caractériser la science moderne ; Descartes n'a pas lui-même vraiment conscience de contredire les leçons d'Aristote sur l'algèbre et la géométrie. En revanche, Descartes, ingénieur militaire, a conscience du lien étroit entre les nouvelles techniques et instruments, et la géométrie qu'il développe. Il y a une correspondance facile à comprendre, par exemple, entre l'accroissement de la puissance et de la précision des outils et machines et les mathématiques dites modernes.

    Quand certains parlent de "filières scientifiques" pour parler de classes où l'enseignement des mathématiques modernes est particulièrement important, c'est donc un abus de langage. De la même façon, la "révolution industrielle", datée le plus souvent de la fin du XVIIe siècle, est un pur motif de propagande. L'essor industriel a certes entraîné des bouleversements sociaux considérables, mais il n'y a dans cet essor rien de "scientifique".

    La science et le registre des "mathématiques modernes" sont donc deux choses bien distinctes. Les mathématiques modernes ne peuvent pas se passer de prendre en compte le temps. Du point de vue scientifique, le temps est un prisme déformant ; le savant est soumis au temps, comme il est soumis à l'inconvénient de sens limités pour appréhender la réalité. Mais l'objet de la science est "intemporel". Il y a de fortes chances qu'une conception "biologique" de l'univers ne soit que la projection d'un rêve humain, car spéculer un univers soumis au temps, c'est spéculer un univers réduit aux dimensions de l'homme.

    Conclusion : science et modernité sont deux notions ou choses divergentes. Sur le plan de la "discipline mathématique", il est plus facile de cerner la notion de "modernité", dont l'usage est le plus souvent indéfini. Par conséquent, le raisonnement des mathématiques dites "modernes" permet de caractériser la notion de modernité. Cependant l'idée que les mathématiques modernes sont une matière ou une discipline scientifique, voire une "science dure", ne repose sur aucune science expérimentale véritable. Les mathématiques modernes ne sont pas plus proches de la réalité, extérieure à l'homme, qu'elles ne sont du rêve. L'intellectualisme, en science, est probablement un signe de déclin.

      

  • L'Impasse écologiste

    "Notre faim de Justice grandit jusqu'à nous faire dévorer la terre."

    Cette citation (d'Edouard Bond) fait un excellent préambule à une épître authentiquement chrétienne, signalant l'impasse de l'écologie.

    Le chrétien écologiste (l'évêque de Rome François) n'est pas un chrétien, c'est un païen portant un masque chrétien.

    Le chrétien ne peut pas être écologiste à cause de l'histoire, dont l'écologie est la négation subtile (plus subtile que la notion païenne de "droit naturel").

    Or, pour le chrétien, la faim de justice est le moteur de l'histoire, puisque le Jugement dernier répond au voeu des justes, tandis qu'il inspire la crainte aux actionnaires d'un monde reposant sur l'iniquité. Qu'est-ce qu'un juste ou un bienheureux, si ce n'est quelqu'un qui se tient prêt pour le Jugement dernier, "qui vient bientôt" dit Jésus-Christ, au mépris de la civilisation.

    Suivant les évangiles, le juste ne doit rien attendre de la terre en termes de justice.

    A qui l'évêque de Rome s'adresse-t-il avec son encyclique écologiste, si ce n'est aux riches, ceux-là même dont le sort est scellé ? Le message évangélique n'est pas un message de condescendance des riches à l'égard des pauvres. Ce serait plutôt l'inverse, et c'est pourquoi les Romains se moquent de Jésus et de son royaume, qui n'est pas promis - au contraire de la terre - aux riches.

  • Science consciente

    Qu'est-ce que la science consciente ? Réponse : la science consciente est celle qui consiste à se méfier du "parallaxe humain", c'est-à-dire d'un réflexe qui consiste pour l'homme à tout rapporter à lui-même, jusqu'à prêter parfois à l'univers entier les bornes de sa propre condition.

    De même l'homme s'est construit des dieux à sa mesure au fil du temps, dont l'Etat moderne est le plus facilement identifiable comme tel.

    "Science humaine", "sociologie", "anthropologie" sont autant d'expressions faites pour travestir le discours religieux en discours scientifique ; la plus ridicule d'entre ces expressions : "science dure", pour désigner les mathématiques modernes largement fondées sur des paradoxes inconsistants (i.e. l'infini, notion secondaire dans l'ancienne géométrie).

    D'une certaine manière, l'accès de l'homme à la vérité lui est barré par sa propre tendance à l'idolâtrie, à se mirer dans la nature. Si l'on n'y prend garde, on finira par placer le parallaxe ou le biais lui-même à la place de l'objet de la science, et la recherche scientifique finira par ressembler à un jeu de miroirs comme on en construit dans les foires afin de permettre aux enfants de jouer à se perdre.

    On reconnaît le parallaxe ou le biais humain dans un science à ce qu'elle est paradoxale, comme l'homme lui-même. Ainsi de la théorie de l'évolution (qui fait de l'homme l'animal le plus évolué, bien qu'il n'évolue pas lui-même) ; de la relativité (qui formule comme un absolu le fait qu'il n'y a rien d'absolu) ; de l'hypothèse copernicienne (qui ne peut se passer du postulat d'un univers fini, en même temps qu'elle ne peut s'accorder avec) ; du "big-bang" (qui prétend répondre à la question de l'origine de l'univers, tout en repoussant à l'infini cette question).

    La culture moderne est celle de la "science sans conscience". Le raccourci suivant permet de le comprendre : celui qui ignore la différence entre la technique et la science, tel le citoyen lambda d'un Etat moderne, ignore la déviation possible de la science vers la religion. A contrario, on peut comprendre que la technique est une science biaisée par la volonté et la nécessité humaines.

    Les temps dits "modernes" coïncident avec une faillite de l'esprit critique ou scientifique. [Qui lit cette ligne avec une moue sceptique pourra vérifier la censure, le sabotage ou l'amputation dont font l'objet divers philosophes ou essayistes dont la conclusion n'est pas toujours aussi radicale, mais qui posent des jalons dans ce sens ; dans un ordre de radicalité décroissante, citons K. Marx (la science décline à mesure que l'idéologie libérale progresse), F. Nietzsche (la culture moderne est irrationnelle), G. Orwell (le totalitarisme est un intellectualisme), S. Weil (les physiciens modernes disent n'importe quoi), H. Arendt (la culture de masse est un signe d'irresponsabilité des élites), G. Bernanos (la mécanique s'est substituée à la pensée)].

    La thèse opposée à celle du déclin de la pensée scientifique dans l'Occident dit "moderne" peut être énoncée de la façon suivante : l'anthropologie marque un progrès de la science. Autrement dit, la défense de la culture moderne ne peut se passer de cet argument anthropologique.

    A cet égard, le christianisme ou la culture chrétienne jouent un rôle décisif, trop souvent ignoré en France. La science moderne prend racine dans le XVIIe et une poignée de savants chrétiens fort éloignés de distinguer suivant une classification récente (on ne peut plus spécieuse) le domaine de la science de celui de la religion ; ces savants sont enseignés aujourd'hui comme les pères de la science moderne, et les élèves contraints de se prosterner devant leur "génie", tenus dans l'ignorance que la science ne doit pas grand-chose au génie. Dans ce domaine, la légende dorée est monnaie courante, s'agissant de Galilée, Newton, Descartes, etc.

    La doctrine de Nietzsche ou la critique de Marx nous orientent vers "l'origine chrétienne" de cette déviation anthropologique. Nietzsche est on ne peut plus clair : la culture moderne a le grave défaut, en comparaison de la culture antique, d'être entièrement arbitraire, et cet arbitraire vient du christianisme. Quant à Marx, il a lu Feuerbach et n'ignore pas que l'athéisme moderne est très largement le produit de ce que Chateaubriand a qualifié de "génie du christianisme" ; autrement dit, on peut concevoir les sciences sociales de manière positive comme un aboutissement du christianisme (en aucun cas Marx n'est un "sociologue"), ou de façon négative comme la maladie d'Alzheimer de la philosophie occidentale.

    La question qui se pose est : comment la culture chrétienne a-t-elle pu entraîner un tel désaxement de la science ? (accusation à laquelle l'évêque de Rome fournit d'ailleurs dans une récente encyclique une réponse nulle, c'est-à-dire purement rhétorique). La réponse de Nietzsche est : en substituant le néant à la nature. La réponse de Nietzsche n'est qu'à moitié vraie ; il est exact que les évangiles "abolissent" la servitude de l'homme vis-à-vis de la nature, sur laquelle les religions païennes de la nature étaient fondées, et leur philosophie naturelle. C'est ce qui explique que Nietzsche veuille restaurer la physique contre la métaphysique, synonyme à ses yeux de mysticisme truqué.

    Cependant, en aucun cas le christianisme n'abolit la servitude des sociétés. Il n'y a pas de doctrine sociale chrétienne possible d'après les évangiles, dépourvus d'ambiguïté sur ce point. Bien qu'elle a souvent été présentée traîtreusement comme une concession faite au peuple, la doctrine sociale chrétienne résulte de la nécessité pour les élites occidentales chrétiennes de justifier leur position ; ne le pouvant d'après les évangiles, les princes chrétiens ont élaboré une culture arbitraire et fragile, en perpétuelle mutation. Ainsi Nietzsche amalgame deux choses opposées dans sa polémique antisémite et antichrétienne : la doctrine sociale chrétienne, d'une part, et les apôtres et les évangiles d'autre part. De surcroît il est inexact de prétendre la culture grecque antique "dionysiaque" et opposée à la métaphysique.

    Autrement dit : la doctrine sociale chrétienne est l'axe de la modernité, et cela n'est pas sans conséquence sur le plan de la culture scientifique, c'est-à-dire des idées scientifiques communément et superficiellement partagées par le plus grand nombre. On ne sera pas surpris que certains savants évolutionnistes invoquent la démocratie, bien que celle-ci soit de l'ordre de la foi du point de vue scientifique, à l'appui de la thèse évolutionniste. Ou encore que d'autres aient cherché à consolider les thèses raciales nazies à l'aide de l'évolutionnisme ; ou encore à consolider le dogme économique libéral à l'aide du darwinisme. Ils font ce qu'ils s'interdisent de faire : mélanger la foi -sous couvert d'éthique ou d'anthropologie- et la recherche scientifique. D'ailleurs la foi, au sens le plus banal du terme, mettons bouddhiste, est assimilable à une "recherche", bien plus qu'à une révélation.

    Qu'est-ce qu'un "trou noir" en astronomie, si ce n'est la projection du destin chaotique de l'homme moderne sur le cosmos, déployé comme un écran ? On objectera les photographies de "trous noirs", qui viennent appuyer la démonstration sophistiquée (mieux vaut dire "les dizaines de démonstrations parallèles et contradictoires", formant une nébuleuse). Mais l'appareil photographique est-il parfait au seul prétexte que l'homme l'a fabriqué ? N'y a-t-il pas de nombreux biais possibles dans la photo ? Et qu'est-ce que la photo a d'expérimental ? L'expérience scientifique ne consiste-t-elle pas justement à explorer au-delà de la surface des choses ? Le fait que les mathématiques modernes et le cinéma ou la photographie se confirment mutuellement ne signifie pas qu'ils sont des méthodes scientifiques.

  • Idéologie et mathématiques

    La notion difficile à définir d'infini est le cadre nécessaire à toute idéologie. C'est pourquoi il n'est pas rare de voir les savants ou les philosophes réalistes contester le pouvoir des mathématiques de traduire la réalité.

    Karl Marx à propos du calcul indique qu'il consiste à définir les choses par ce qu'elles ont de moins essentiel ; on comprend ainsi pourquoi la démocratie libérale totalitaire est une culture relativiste, farouchement hostile à l'individualisme.

    L'Etat protège l'idéologie libérale à travers l'enseignement du calcul et des mathématiques modernes, enseignement présenté comme "fondamental". La culture moderne repose largement sur les mathématiques modernes, dont on pourrait dire qu'elles sont l'avenir de l'homme, comme la femme.

  • Misère de la Science

    Plusieurs pistes mènent au constat de la misère de la science contemporaine, dissimulée derrière une arrogance démonstrative (comparable à celle que l'on peut observer dans le domaine de l'art contemporain, "hyper-spéculatif") :

    - La prise de conscience que l'argument de la "modernité" est bien plus religieux ou social qu'il n'est scientifique. Le point de vue "scientifique" est un point de vue critique et non "moderne" ; scientifiquement, on peut trouver comique que la science statistique soit qualifiée par certains olibrius de "science dure" ;

    - L'organisation corporatiste et monopolistique des lycées et universités, sur le mode colbertiste centralisateur ou capitaliste ;

    - La lecture de la presse scientifique destinée aux jeunes gens, destinée à les encourager dans cette voie. La place accordée dans cette presse à la science-fiction est extraordinaire, et parfaitement contradictoire de la prétention de l'épistémologie moderne à faire une large place à l'expérimentation.

    En lieu et place de l'histoire des sciences, on trouve la démonstration téléologique que l'ingénierie occidentale est le terme idéal de plusieurs millénaires d'évolution scientifique.

    A terme, on peut penser que la dissimulation de la misère de la science contemporaine entraînera la faillite des élites morales et politiques. Les mythes sont assez nombreux qui font le récit prophétique de cette "seconde chute" de l'humanité.

  • Bacon contre Darwin

    La science naturelle de Francis Bacon, théoricien notamment de la dérive des continents, s'oppose à l'hypothèse transformiste de Charles Darwin. Cette opposition est intéressante car Darwin a lu Bacon et probablement été influencé par lui. Les mésinterprétations ou "lectures tronquées" de Bacon sont nombreuses - citons par ex. R. Descartes, aristotélicien et baconien incohérent, ou encore G. Bachelard plus près de nous.

    L'intérêt est aussi que Bacon, savant chrétien, situe la Genèse dans le registre de la mythologie, c'est-à-dire non pas de la fantaisie, mais d'un récit qui ne doit pas être compris "littéralement" ; les travaux scientifiques de Bacon prouve par conséquent que les discours d'historiens des sciences soi-disant "laïcs" contre le "créationnisme" ou toute forme de contestation du transformisme ne sont que palinodies. C'est un mensonge d'affirmer que le "créationnisme" est tributaire d'une interprétation littérale de la Bible. Le mariage monogame à la mode en Occident, lui, est bien le produit d'une interprétation littérale de la Genèse, mais non la critique du transformisme darwinien.

    De même, tous les darwiniens ne sont pas nazis ou capitalistes (certains théoriciens libéraux appuient leurs thèses économiques sur l'évolutionnisme), mais il est incontestable que l'idéologie nazie et l'idéologie capitaliste sont allées chercher une justification dans le darwinisme. Réduire le créationnisme à un fondamentalisme religieux a exactement la même portée critique que d'assimiler le darwinisme au nazisme ou au parti-pris capitaliste en faveur de la concurrence économique.

    La science naturelle de Bacon est plus "globale" que celle de Darwin ou Lamarck, qui se focalisent sur les monstres (espèces apparemment bizarres ou dérivées). De l'observation de la faune et de la flore, Bacon déduit qu'à chaque continent correspond une faune et une flore typiques. Son explication de la variété des espèces n'est par conséquent pas "fonctionnelle", mais d'ordre cosmologique. L'influence conjuguée des différentes planètes n'est pas la même sur les différentes régions de la terre ; c'est ce qui explique la disparité des espèces. Le système de Darwin est, a contrario, un système plus fermé, d'interactions au sein d'une même espèce, entre les différentes espèces, entre les espèces et leur milieu, mais qui ne tient pas compte dans la naissance et l'évolution du vivant de l'influence des planètes, ce qui semble une hypothèse étonnamment "abstraite".

    De plus Bacon fait observer la place très particulière de l'homme au sein de la nature, faisant observer qu'il est à la fois l'espèce la plus naturellement démunie (de défenses contre la nature), tout en étant l'espèce qui domine les autres espèces. Ce statut va à l'encontre de l'intuition transformiste, qui fait de l'homme un singe supérieur ou le terme de l'évolution. L'hypothèse transformiste de Darwin est centrée sur l'homme et moins globale.

    Si dans certaines religions, dieu est conçu comme une sorte de démiurge ou d'artiste, de "grand architecte" (croyance de Voltaire) un peu abstrait, dans les régimes technocratiques où l'hypothèse de Darwin est souvent tenue pour une science bien établie, on n'est guère éloigné d'une religion de "l'homme démiurge". Or, non seulement ce type de culture n'a pas un fondement plus scientifique que l'idée du "grand architecte", mais la culture de l'homme-démiurge, artisan de son destin, est probablement un produit dérivé de l'hypothèse du "grand architecte" ou du "dessein intelligent". L'exemple du mathématicien Blaise Pascal est significatif ; en posant l'équivalence de dieu et d'un "point", signe mathématique pour marquer l'origine, B. Pascal donne la définition la plus anthropologique qui soit de dieu. Cette définition de dieu a l'avantage pour les élites religieuses d'enfermer dieu dans une définition fournie par les élites. Ce type de religion est typique du XVIIe siècle, et Voltaire a eu beau jeu de montrer que la religion de Pascal ne trouve aucun appui dans le nouveau testament chrétien.

    Ces considérations religieuses ou culturelles passeront pour secondaires aux yeux des mauvais historiens de la science, ou de ceux qui en ignorent le processus et ses liens étroits avec la morale et la politique. En réalité, on peut parler d'obsession religieuse, non seulement scientifique, en ce qui concerne de nombreux savants qui passent aujourd'hui pour des pères fondateurs de la science moderne : Galilée, Descartes, Leibnitz, Newton, et bien d'autres encore, ne conçoivent pas la science distincte de la religion ; mais surtout, leur attitude ne diffère guère de celle des savants qui, aujourd'hui, ne conçoivent pas la science distincte de l'idéal démocratique ou de l'écologie, propos largement mystiques.

  • Civilisation

    Dans un dessin-animé pour les gosses : "On ne peut pas résumer la civilisation inca aux sacrifices humains."

  • Exit Darwin

    Thomas Lepeltier (historien des sciences à Oxford) n'est pas "créationniste", mais plaide en faveur de l'expression libre de propos contradictoires du "transformisme" dominant sur le plan académique, en France et dans de nombreux pays occidentaux.

    Le propos, qui n'a pas manqué de susciter des réactions de protestation, ne porte pas directement sur les éléments de preuve du transformisme biologique ou l'infirmation du transformisme qui consiste à souligner les importantes lacunes de l'hypothèse formulée par Darwin. Le propos porte surtout sur la science moderne et sa méthode. T. Lepeltier postule que le "créationnisme" remet utilement cette question sur le tapis. Il aborde le problème de méthodologie sous cet angle :

    "Il est évident que toute personne qui prétend jouer aux échecs doit respecter scrupuleusement les règles arbitraires de ce jeu. Celui qui ne le ferait pas signerait son exclusion des tournois d'échecs. En est-il de même en science ? Y aurait-il une liste de règles que toute personne prétendant faire de la science devrait respecter sous peine d'être disqualifié ipso facto ? Autrement dit, l'activité scientifique peut-elle être assimilée à un jeu pour lequel il existerait des règles définies très précisément et que tout scientifique devrait suivre à la lettre ?

    Dans mon livre "Vive le créationnisme ! Point de vue d'un évolutionniste" (2009), j'ai implicitement défendu la thèse, après d'autres philosophes des sciences, qu'une telle liste n'existe pas. Cela ne veut pas dire que les scientifiques en activité ne suivent pas implicitement des règles et que toutes les méthodes pour connaître le monde qui nous entourent se valent. Il y a manifestement des scientifiques qui travaillent mieux que d'autres. Mais cette thèse signifie que les règles plus ou moins bien suivies par les scientifiques en activité ne sont pas écrites dans le marbre et que ce n'est pas un non-respect d'une soi-disant liste de règles, établie par on ne sait quelle autorité, qui ferait que l'on est pas scientifique. (...)"

    T. Lepeltier relève ici utilement l'arbitraire des règles du jeu d'échecs. L'arbitraire est en effet la caractéristique de la norme politique, sociale ou culturelle, tandis que le point de vue scientifique s'efforce au contraire de ne pas verser dans l'arbitraire commun. Ce que T. Lepeltier n'ose pas faire, on peut se demander si l'arbitraire dans le domaine scientifique n'a pas une cause politique ou sociale.

    A propos des règles méthodologiques, il convient d'indiquer ici que le savant philosophe Francis Bacon Verulam dans son "Novum Organum" formule des règles scientifiques, après avoir fait le constat du faible avancement scientifique de son temps (début XVIIe). Ces règles sont énoncées surtout sous la forme de pièges dans lesquels le raisonnement humain doit éviter de tomber. Bacon qualifie ces pièges "d'idoles", considérant que l'homme est naturellement plus "idolâtre" qu'il n'est porté à la science. Il s'agit de pallier par cette méthode, largement expérimentale, les limites des sens humains, outil de prédilection des sciences de la nature. Néanmoins la science baconienne fait place aux prophéties religieuses chrétiennes ; non seulement elle leur fait place, mais elle situe la place respective des prophéties et de la religion. Bacon est conscient que, dans certaines cultures antiques, religion, politique et science forment un tout, et que la nature eschatologique du christianisme bouleverse cette formule.

    Dans la mesure où la méthode baconienne n'a presque pas été appliquée, elle constitue un contrepoint intéressant à l'épistémologie contemporaine. Le caractère expérimental de la science contemporaine est pratiquement de l'ordre du slogan. Elle fait une place bien plus large à la formulation d'hypothèses scientifiques, fondées sur des "intuitions", suivant une démarche dont Bacon s'évertua à souligner les dangers. Pour la même raison, Bacon relègue les mathématiques (géométrie algébrique) ou la science mécanique a un rang secondaire - parce que le raisonnement algébrique est essentiellement hypothétique. On peut ainsi, pour le besoin de calculs astronomiques, formuler aussi bien l'hypothèse du géocentrisme que celle de l'héliocentrisme. L'un des aspects les plus suspects du darwinisme est son fondement sur des probabilités économiques malthusiennes parfaitement hypothétiques.

    Le site www.pseudo-sciences.org publie plusieurs réactions hostiles à la défense de la liberté d'expression dans le domaine de la science de T. Lepeltier. Notamment celle de Guillaume Lecointre : "J'ai une conscience politique du métier de chercheur. Je ne suis pas payé avec vos impôts pour dire à mes concitoyens que la profession qu'ils payent n'a pas de méthode de travail, donc pas de critères de qualité." (...)

    Cette réplique est remarquable, car elle enferme la science dans un registre parfaitement subjectif, proche de l'idée d'honnêteté ou de "conscience professionnelle". La notion de "conscience politique du métier de chercheur" n'a en effet rien de scientifique. Qu'est-ce que G. Lecointre veut dire historiquement par là ? Cette réplique explique que certains défenseurs du transformismes accusent parfois les détracteurs du darwinisme de manière loufoque d'être des adversaires de la démocratie, situant de facto le darwinisme au niveau du militantisme... sans même paraître s'en rendre compte.

    G. Lecointre, avec ses arguments corporatistes, verse dans le plaidoyer pro domo. Quant au financement de la recherche scientifique, voire l'enseignement de la science, même une rapide enquête permettrait de conclure qu'ils ne répondent pas à l'exigence d'indépendance, et que le premier critère de financement de la recherche scientifique n'est pas la science, à moins de réduire celle-ci à l'invention de nouvelles technologies.

  • Négationnisme

    Le principe du "devoir de mémoire" revient au négationnisme de l'histoire. En effet, la caractéristique de la mémoire est qu'elle n'opère aucune sélection. Le mémorialiste qui voudra se donner l'apparence d'un historien, devra s'efforcer de distinguer le principal du détail, travaillant ainsi "contre la mémoire".

    C'est dans le même sens que l'on peut dire l'ordinateur complètement stupide, en dépit de toute son intelligence artificielle et sa mémoire. Seul ne s'en apercevra le crétin joueur d'échecs, ou le cryptographe qui prend la cryptographie pour une science véritable.

    Hannah Arendt discerne justement un symptôme de la culture totalitaire dans le fait de prendre l'intelligence artificielle pour autre chose que ce qu'elle est - une simple computation mécanique. On peut en dire autant du "devoir de mémoire" : à la place de l'Histoire, il met le culte des morts.

    Mais l'étonnement (la culture totalitaire est surprenante, car elle heurte la raison), l'étonnement est encore plus grand de voir le "devoir de mémoire" attaché à l'holocauste des Juifs. En effet, comme Moïse est l'inventeur de l'Histoire, nul ne devrait être mieux prévenu contre le "devoir de mémoire" qu'un juif.

    Historiens, combattez le devoir de mémoire, ou léchez le sceptre des tyrans sans vous cacher derrière un voile de respectabilité !

  • Théorie du complot

    "Hamlet" ou la théorie du complot : en cette matière subtile, Shakespeare est encore précurseur.

    Pourquoi la science des uns est le complot des autres, le Danemark complotant contre Hamlet, et Hamlet complotant contre le Danemark, et encore pourquoi la liberté implique un choix difficile ? Shakespeare nous le dit.

    Un indice, si vous le voulez bien : dans le nouveau testament il est question d'un "complot de pharisiens et de veuves", et dans "Hamlet" il y a bien une veuve, Gertrude, et un pharisien, Polonius.

  • Bacon notre Shakespeare

    Peter D. Usher, astronome à l'université de Pennsylvanie, est l'auteur d'une thèse selon laquelle "Hamlet" aurait été rédigé pour célébrer la "révolution copernicienne", c'est-à-dire l'invention par Nicolas Copernic (1473-1543) du système héliocentrique. J'utilise ici volontairement le terme ambigu d'"invention", car l'héliocentrisme n'est pas une idée originale de Copernic, mais fut postulée dès l'Antiquité ; de plus l'héliocentrisme demeure pour certains savants mathématiciens modernes (H. Poincaré) une simple "méthode de calcul".

    La thèse de Peter Usher a le mérite de remarquer ce que beaucoup de soi-disant spécialistes de Shakespeare (quelle université n'a pas le sien ?) ne remarquent pas : l'arrière-plan cosmologique de "Hamlet". Il n'y a rien d'étonnant à cela ; en effet le héros de la pièce, dans une tirade restée célèbre entre toutes, se demande si la vie vaut vraiment d'être vécue ? Or cette question est centrale en philosophie, et la philosophie proche parente de l'astronomie depuis l'Antiquité.

    Les allusions à l'astronomie sont en effet nombreuses dans "Hamlet", parmi lesquelles on peut citer cette coïncidence que le château d'Elseneur où est située la tragédie, alors au Danemark, était la propriété du père du célèbre astronome Tycho Brahé, dont la renommée dépassa celle de Copernic. Tycho Brahé étudia à Wittenberg (ville d'Allemagne célèbre grâce au théologien luthérien, mais aussi homme de lettres et astronome, P. Mélanchton). Mais ici il faut préciser que Tycho Brahé fut un ferme défenseur de la conception géocentrique de l'univers (tout comme Luther et Mélanchton). C'est même le conservatisme de Tycho Brahé en cette matière qui lui vaut une moindre renommée aujourd'hui, en comparaison de N. Copernic ou G. Galilée (promoteur ultérieur de l'héliocentrisme).

    Autre élément astronomique significatif de la pièce : le spectre qui apparaît à Hamlet est une étoile (cela n'apparaît pas dans toutes les traductions françaises) ; autrement dit, Shakespeare met en scène une épiphanie. Aucun historien de la science n'ignore les réactions que pouvaient déclencher à l'époque de la Renaissance dans le monde savant la découverte d'une nouvelle étoile.

    Encore faut-il préciser que la tragédie est le "genre littéraire scientifique" par excellence, et diffère en cela du genre dramatique en vogue ultérieurement en Occident. De la même manière que le cinéma transforme en divertissement certaines théories scientifiques modernes, de nombreux mythes antiques illustrent une conception scientifique du monde.

    Volontairement ou non, l'astronome P. Usher ne fait que répéter une thèse "baconienne"* plus ancienne, dont il tire la conclusion inverse. Les Baconiens soulignent aussi les multiples références de "Hamlet" à l'astronomie, aux implications opposées des thèses héliocentrique et géocentrique. Mais les Baconiens ajoutent qu'une caractéristique de la science de Francis Bacon est d'appuyer la thèse géocentrique, d'incliner par conséquent sur ce point du côté de Tycho Brahé. Non seulement F. Bacon dans son "Novum Organum" s'oppose au système héliocentrique, mais fournit une preuve expérimentale dissuadant de se fier à la perception de la lumière des étoiles pour le calcul des distances interplanétaires. Il s'oppose donc non seulement à Copernic, mais dans son ensemble à ce qui sera qualifié bien longtemps après Copernic de "révolution copernicienne".

    On trouve dans le corpus philosophique et scientifique de Francis Bacon bien des raisons d'écrire une pièce sur le thème important de la discorde entre la science et la politique, mais surtout la thèse de P. Usher se heurte à une pierre d'achoppement de taille et qui "saute" aux yeux. Si "Hamlet" est fait pour défendre N. Copernic et son nouveau système héliocentrique, comment se fait-il que le personnage auquel le héros de la pièce se montre le plus hostile se nomme "Polonius". Comment ne pas remarquer que Copernic, d'entre tous les Polonais est le plus fameux ? Comment ne pas le remarquer quand on est persuadé de l'arrière-plan astronomique de la pièce ?

    *Les "Baconiens" prétendent que Shakespeare n'est que le prête-nom de Francis Bacon Verulam.

  • Marx chrétien ?

    La réponse à cette question est relativement simple et on peut la présenter sous la forme de l'équation suivante : "Existe-t-il une doctrine sociale marxiste ?"

    - Si la réponse est "oui", dans ce cas Marx ne peut être considéré comme un chrétien, amoureux de la vérité, car les évangiles et la parole divine forment un rempart inexpugnable, une barrière de feu contre toute tentative de doctrine sociale. "Mon royaume n'est pas de ce monde !" : peut-on être plus clair et désigner plus nettement la théorie du royaume chrétien ou de la démocratie-chrétienne comme un culte solaire déguisé ?

    - Si la réponse est "non", alors on peut commencer à envisager Marx comme un penseur chrétien de la fin des temps.

    C'est un fait établi que Marx a lu attentivement la Bible, rédigé des sermons chrétiens dans sa première jeunesse - et je n'ai lu nulle part sous la plume de Marx, contrairement à Nietzsche, qu'il tenait la Bible pour un tissu d'âneries. Le fait est également avéré de la détermination d'Engels contre le christianisme truqué de sa caste.

    La preuve que le marxisme n'est pas une doctrine sociale, on la trouve dans le "marxisme-léninisme", qui est la preuve que le marxisme seul n'est pas social. Comment prendre le pouvoir ? S'y maintenir ? Le distribuer ? A toutes ces questions, Lénine et Trotski ont dû répondre seuls.

    Marx est-il un économiste ? Si Marx est un économiste, alors c'est un économiste libéral. Nul critique moderne, à l'exception l'écologiste Nietzsche, n'est plus dissuasif de tenir l'économie pour une science, ni même un "art sûr".

    Sur l'évolution sociale de la société occidentale, contrairement à un préjugé répandu, Marx ne porte pas une appréciation positive. Là où Nietzsche discerne un phénomène de régression funeste, auquel il convient de remédier pour éviter ses conséquences catastrophiques, Marx voit un phénomène inéluctable, incarné par la bourgeoisie. A l'énoncé de la physiocratie libérale, Marx ne fait qu'ajouter que la pompe à fric physiocratique est, à terme, condamnée, comme si le capitalisme était le "stade terminal" d'une vie de dépense.

    Nietzsche et Marx ont en commun d'être des penseurs très peu "occidentaux". Le premier parce qu'il propose pour remédier à la décadence bourgeoise un modèle oriental. Le second parce qu'il place la science au-dessus de toutes sortes de civilisation, la science n'ayant pas, contrairement aux livres, de "sens de lecture".

    Où Nietzsche et Marx s'opposent radicalement : le premier conçoit que son choix de la civilisation implique de renoncer à la science et la vérité ultimes (luttant fermement pour cette raison contre tout ce qui vise une vérité ultime, comme l'histoire ou la métaphysique) ; pour Marx au contraire, tout l'art du monde n'est rien à côté de la science.

     

  • Dieu et la Science

    L'effort accompli par Francis Bacon Verulam pour promouvoir et contribuer au progrès de la science est l'oeuvre la plus admirable, impliquant le détachement de soi et faisant croire ainsi à l'éternité (car les hommes dont l'espoir n'est pas égoïste sont très rares).

    A ceux qui sont persuadés que l'éternité n'est l'affaire que de rêveurs ou d'artistes un peu fous, on proposera le contre-exemple de Francis Bacon.

    On voudrait ignorer Francis Bacon en France ; on voudrait surtout ignorer que c'est un savant chrétien. On a inventé pour cela une histoire de la science "laïque", risible sur le plan historique. Cependant il est difficile de censurer complètement Bacon, car sa révolution ou sa restauration scientifique a marqué les esprits. De très nombreux principes énoncés par Bacon comme devant permettre à la science de sortir de l'obscurantisme médiéval sont en effet devenus presque des dogmes aujourd'hui (ce qui ne signifie pas qu'ils soient largement appliqués).

    D'une part on peut qualifier Bacon de "père de la science moderne" ; mais d'autre part c'est impossible, en raison de la foi chrétienne de ce savant (qu'il est difficile de faire passer pour une simple effet de la mode de son temps), mais aussi parce que Bacon a réfuté certaines des grandes lois qui font consensus aujourd'hui en astronomie (B. n'accorde pas aux mathématiques/géométrie algébrique le pouvoir de rendre compte de manière complète des grands mouvements cosmiques.)

    La science de Bacon est aussi "énigmatique" que le théâtre de Shakespeare. Il faut dire que la science joue désormais un rôle social comparable à la théologie autrefois ; peu de monde s'avise aujourd'hui du caractère extra-scientifique des sciences dites "sociales". L'expression en vogue de "science dure", dépourvue de signification, suffit à elle seule à décrire le désordre qui règne dans la méthode scientifique aujourd'hui. Bien des ouvrages scientifiques ont le même aspect de prose impénétrable que les sommes théologiques au moyen-âge.

    Or, de la métamorphose de "l'enjeu religieux" en "enjeu scientifique", bien que ce dernier a parfois des "accents baconiens", Bacon n'est en rien responsable. Promotion de la science, le "Novum Organum" n'est en rien promotion de la technocratie, c'est-à-dire de l'usage religieux de la science par les élites politiques occidentales.

    "Notre première raison d'espérer doit être recherchée en Dieu ; car cette entreprise [de rénovation de la science], par le caractère éminent de bonté qu'elle porte en elle, est manifestement inspirée par Dieu qui est l'auteur du bien et le père des lumières. Dans les opérations divines, les plus petits commencements mènent de façon certaine à leur fin. Et ce qu'on dit des choses spirituelles, que le Royaume de Dieu arrive sans qu'on l'observe [Luc, XVII-20], se produit aussi dans les ouvrages majeurs de la Providence ; tout vient paisiblement, sans bruit ni tumulte, et la chose est accomplie avant que les hommes n'aient pris conscience et remarqué qu'elle était en cours. Et il ne faut pas oublier la prophétie de Daniel, sur les derniers temps du monde : beaucoup voyagerons en tous sens et la science se multipliera (...)"

    "Novum Organum", livre I, aphorisme 93

    La dimension eschatologique, de révélation ultime, de la révolution scientifique voulue par Bacon apparaît dans cet aphorisme ; on peut d'ailleurs penser que le livre de Daniel fournit en partie la clef du "Hamlet" de Shakespeare, pièce que la science universitaire dit "énigmatique".

    Dans "Hamlet", Shakespeare nous montre le sort réservé à un prophète par les autorités d'un pays dont il est en principe le prince - un prince à qui ces autorités auraient dû se soumettre, mais ne l'ont pas fait (Claudius incarne le pouvoir politique, Gertrude l'institution ecclésiastique, Polonius-Copernic le pouvoir scientifique).

    Bien des indices dans le "Novum Organum" laissent penser que Bacon n'était pas dupe de l'usage qui serait fait par les élites savantes de son oeuvre de restauration scientifique. En premier lieu parce que, s'il affirme l'aspiration divine de l'homme à la science, à travers sa condamnation de l'idolâtrie ce savant décrit le penchant contradictoire de l'homme au divertissement et à l'ignorance, sur lequel les pouvoirs publics s'appuient, non seulement suivant l'exemple de la Rome antique, mais bien au-delà de ce régime décadent.

  • Rousseau contre Darwin

    "C'est en un sens à force d'étudier l'homme que nous nous sommes mis hors d'état de le connaître." J.-J. Rousseau.

    En effet l'invention de la psychanalyse n'a fait qu'accroître l'énigme humaine.

    Quant au darwinisme, il explique tout, sauf le propre de l'homme. Il serait intéressant de connaître le préjugé de Darwin sur l'homme car la science moderne est une science sociale. La distinction des sciences sociales et des sciences "dures" est une vaste blague.

    - Ah mais, arrêtez, on a des preuves, des tas d'indices qui corroborent le transformisme ! Les flics ne tardent pas à débarquer avec leurs indices.

     

  • Fin du Monde

    Ce qui garantit la fin du monde occidental n'est pas tant ses errements économiques ou écologiques, comme on dit aujourd'hui, que l'étouffement de la science par les sciences sociales ; c'est en effet ce que cache l'expression de "science sociale" - l'idolâtrie de la science. Comme l'idolâtrie est le contraire de l'amour, l'idolâtrie est le contraire de la science.

    Cette haine occidentale de la science, sous couvert d'apologie, est un phénomène auquel il est difficile de ne pas accorder une cause surnaturelle. L'explication que donne Nitche à la décadence dans son chapitre "Humain, trop humain", si elle fournit quelques clefs et pistes, ne débouche pas moins sur une impasse (*comme je l'ai déjà expliqué sur ce blog dans plusieurs notes, comment attribuer le cancer de l'anthropologie au christianisme, alors même que les écritures saintes s'opposent à un quelconque calcul anthropologique).

    Les écologistes admettent en général qu'il est aussi difficile de remédier à la gabegie économique de l'Occident qu'il est facile d'en faire le constat. Tous ne voient pas à quel point les élites politiques sont contraintes par la fatalité, comme un paquebot lancé à vive allure vers un iceberg aperçu trop tard. Il est aussi difficile pour un homme politique d'être écologiste que d'être honnête, au stade populiste de la civilisation occidentale.

    Eh bien, ce qu'il est impossible de faire dans le domaine, somme toute primaire de l'économie, on peut encore moins concevoir que cela puisse être accompli dans le domaine de la science ; en effet, si la gabegie économique représente une menace, à terme, pour les élites politiques, la science, quant à elle, n'est d'aucun profit social ou politique. Shakespeare et Marx ont montré à quel point l'histoire et l'art politique sont deux domaines étrangers l'un à l'autre. On ne peut retirer aucune leçon de l'histoire sur le plan politique, mais seulement sur le plan individuel. Jamais aucune leçon n'a été retirée de l'histoire sur le plan politique, bien que la culture totalitaire s'efforce de démontrer l'inverse.

    Il est légitime de se demander, à la suite de Bacon-Shakespeare, si l'attentat contre la science n'est pas la finalité poursuivie par la civilisation occidentale. Le progrès de la science, explique Bacon, se heurte à la condition humaine, et par conséquent à la politique, dans la mesure où celle-ci n'a pas d'autre but que de procurer à l'humanité un certain équilibre, compte tenu des lois de la biologie. Or la politique moderne s'appuie sur les sciences sociales, ce qui fait d'elle une politique, non pas seulement étrangère au domaine scientifique, mais hostile. La prétention de la politique occidentale totalitaire est d'apporter un remède à la condition humaine. Cette prétention ou cette promesse est comme un poison versé dans l'oreille du peuple.

    On objectera que la fin de la civilisation occidentale insane n'est pas la fin du monde à proprement parler. On objectera que la civilisation peut repartir de zéro, voire qu'il y a eu au cours du temps des civilisations-champignons, comme il y a des villes-champignons.

    Ce serait manquer d'observer ce qui fait la caractéristique de l'Occident moderne, à savoir non seulement la domination du reste du monde par la force et par la ruse démagogique, mais en outre l'Occident moderne se présente comme une civilisation ultime et définitive, une solution heureuse au monde.

    Les civilisations et les nations ne sont pas seulement menacées par la folie et l'aliénation, les catastrophes écologiques provoquées par la gabegie d'élites orgueilleuses, elles le sont aussi par la science.