Quelques-uns des porte-parole les plus connus du mouvement des Gilets jaunes (François Boulo, Jérôme Rodrigues...) ont annoncé leur intention de manifester samedi prochain (17 octobre), scandalisés par les méthodes de répression du mouvement lycéen par la police d'Etat.
Cela ne garantit pas la mobilisation en masse, même si la marge de manoeuvre du chef de l'Etat s'est considérablement réduite depuis 2018 ; certains Gilets jaunes ont une revanche à prendre, et la perspective d'une abdication du monarque peut les motiver.
Le rassemblement de l'automne dernier fut un demi-échec, instructif cependant à plusieurs égards. En premier lieu la répression, orchestrée alors par le ministre B. Retailleau et le préfet Nunez, s'est renforcée. De nombreux militants syndicalistes, écologistes, Gilets jaunes... sous la surveillance d'"agents de renseignement intérieur", ont été interpellés dès le matin à leur arrivée à Paris. Les effectifs policiers et militaires étaient massifs, verrouillant le centre de Paris assez efficacement et formant de gigantesques nasses. D'autre part l'atmosphère festive "bon enfant", impulsée par les syndicats et leurs militants, indiquait clairement que leur intention n'est pas de renverser le système. Les Gilets jaunes ont discrédité les grandes centrales syndicales et la "convergence des luttes" très largement en 2018. Le soutien explicite du dirigeant de la CGT à Philippe Martinez à E. Macron l'avait discrédité auprès de sa base.
L'abdication d'E. Macron à quelques mois des élections présidentielles n'est pas une hypothèse invraisemblable ; d'abord parce que c'est le rôle même du monarque gaulliste d'être un fusible. Ses prédécesseurs ont joué ce rôle. Ensuite parce que la mission de faire voter un budget, très délicate l'année dernière, va s'avérer quasiment impossible cette année.
Des élections anticipées pourraient faire baisser d'un coup la pression sociale, mais elles auraient l'inconvénient de placer les candidats Le Pen et Mélenchon en position très favorable : c'est la meilleure raison pour Macron de s'accrocher, car Le Pen et Mélenchon ne sont pas les candidats favoris de la caste.
Les Gilets jaunes pourquoi faire ? Selon moi pour faire ce que Mélenchon et Le Pen, qui ont un pied dans le système, et un pied en dehors, ne peuvent pas faire : donner le pouvoir à la classe moyenne, en particulier à la jeune génération des 20-45 ans, sur les épaules de qui pèse la nomenklatura au pouvoir depuis la Libération. Dès que l'on creuse un tant soit peu dans une direction ou une autre, on découvre que la notion d'intérêt général est noyée dans celle de "fonction publique" ; si l'on creuse encore un peu, on découvre que la "fonction publique" et la "fonction privée" sont parfaitement entremêlées.
Beaucoup trop d'électeurs de Mélenchon et de Le Pen, ainsi que les oligarques qui les soutiennent, sont intéressés à la persistance du système (technocratique), qu'ils se proposent de réformer, l'un en injectant plus d'argent dans la machine, l'autre au contraire en lui faisant subir une cure d'amaigrissement, ce qui indique plutôt deux clientèles différentes que deux méthodes. Quelle que soit la méthode, ni l'un ni l'autre ne disent comment il va ramener le pouvoir de décision de Bruxelles à Paris. Les dirigeants de PME-PMI ont ri au nez de Mélenchon, tandis qu'ils ont prêté l'oreille aux recettes d'U. von der Leyen pour renouer avec les profits.
Renverser Macron serait pour les Gilets jaunes une satisfaction, mais non une victoire, car le système n'est pas à un Macron près.
Les Gilets jaunes, donc, pour permettre à la jeune génération de prendre son destin politique en main. Il n'existe pas de plan quinquennal pour ça.
Les Gilets jaunes comment ? On ne peut le dire à l'avance, mais les meilleurs critiques du système totalitaire l'ont tous dit : un régime technocratique est TOUT SAUF PRAGMATIQUE.