Le premier principe de la révolution est qu'elle ne doit pas viser à instaurer un régime politique parfait, mais simplement à restaurer l'action politique à laquelle le gouvernement technocratique s'est substitué au cours du XXe siècle. Les révolutionnaires doivent démanteler l'Etat profond, en commençant par la haute fonction publique, qui est mathématiquement la plus attachée à la perpétuation de cet Etat. En France il n'existe pas de cloisonnement entre la haute fonction publique et la haute fonction bancaire.
La technocratie gaulliste, puis mitterrandienne, a opéré une concentration du pouvoir exécutif au-delà même de ce que ses actionnaires avaient souhaité. Les gaullistes ont été incapables de mettre en place la décentralisation, et les mitterrandiens ont été incapables de restaurer la fonction législative du Parlement. C'est à cet endroit précisément que l'effet concentrationnaire de l'économie capitaliste, effet décrit par K. Marx dès la fin du XIXe siècle, doit être saisi par les Gilets jaunes, afin de ne pas répéter les erreurs des sociaux-démocrates. L'utopie MAGA de l'inversion de la marche du capitalisme n'est qu'une utopie, c'est-à-dire une impasse.
Le dispositif oligarchique mis en place par F. Mitterrand au début des années 1980, sur les ruines d'un gaullisme dépassé, s'oppose aux projets de mise au pas de l'Etat profond par le moyen juridique, constitutionnel ou autre. En effet les modalités du pouvoir oligarchique sont, par définition, inconstitutionnelles. A quoi bon corriger les règles du jeu quand la tricherie s'impose comme la seule règle véritable ? Le Frexit prôné par les Gilets jaunes souverainistes semble particulièrement inepte puisque le Brexit, voté par les Britanniques il y a dix ans, ne leur a pas permis de s'émanciper de la politique bruxelloise. L'oligarchie est un régime qui, du point de vue démocratique libéral de Tocqueville, est pire que la monarchie elle-même. Puisque l'Union européenne entend se perpétuer dans le soutien militaire et financier à l'Ukraine, qui s'est peu à peu transformée en Etat mercenaire, s'opposer par tous les moyens à la guerre revient à s'opposer à Bruxelles ; les technocrates bruxellois sont sur la corde raide et ils le savent.
Les Gilets jaunes, au contraire des sociaux-démocrates contre-révolutionnaires, doivent comprendre que l'économie capitaliste est la première cause de l'embolie de l'Etat, comme la consommation excessive de graisse et de sucre est cause de l'embolie cardiaque. On ne peut sérieusement vouloir réduire l'emprise de l'Etat sans s'attaquer à celle du Capital.
Le deuxième principe révolutionnaire est donc que la révolution s'impose du fait de la formule oligarchique impudique, à laquelle la constitution ne fait que servir de paravent. Les médias citoyens qui combattent les médias oligarchiques avec les moyens du bord, ceux qui les soutiennent, ont déjà commencé la révolution, car les médias de masse sont la principale courroie de transmission de ce pouvoir sournois.
Le troisième principe de la révolution des Gilets jaunes est qu'elle doit être purgée au maximum de l'utopie sous toutes ses formes. L'utopie est l'opium du peuple ; la bourgeoisie la répand dans le peuple pour le suborner comme l'empire britannique a répandu l'opium en Chine. La liberté de l'utopiste n'est autre que la mort, le cimetière la concrétisation des rêves anarchistes. La révolution de 1789 a échoué à libérer les Français de l'oppression car c'était une révolution nationaliste utopique.
L'utopie est le stade infantile de la politique selon Marx et Lénine. L'Etat profond se nourrit essentiellement des fantasmes du peuple. La conscience politique, dont Lénine souligne qu'elle est une condition indispensable à une révolution consciente, se forge contre l'utopie.
Plus les Gilets jaunes seront conscients du rôle historique qu'ils peuvent jouer, moins la révolution sera violente. Il ne s'agit pas tant d'éliminer la bourgeoisie que de mettre fin aux malversations de l'aristocratie de l'argent.