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  • Le bon vieux nouveau roman

    Idem, quand Diderot pond Jacques Le Fataliste, l'ancêtre du nouveau roman (avec Tristram Shandy), il nous sert un plat nouveau, nous guide dans les coulisses du roman avec humour. Pas comme Robbe-Grillet, cet assommant théoricien breton qui s'enorgueillit bêtement d'avoir construit un nouveau système. Le genre de vieux gadget inutile qu'on a déjà remisé, quelques lustres après, au grenier.

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  • L'athée d'antan

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    Je n'ai pas encore achevé la bio de Trousson que déjà une évidence s'impose. Diderot est un athée comme on n'en fait plus aujourd'hui ! Pour un esprit curieux, impatient, aventureux - il quitte Langres aussi tôt qu'il peut, cette petite ville de province est certes plus dynamique alors, mais n'offre pas les mêmes distractions que la capitale -, la religion de son père est comme un cadre qu'il lui faut briser, un obstacle à contourner, sinon il va s'étioler.

    C'est une question de tempérament. Il y a aussi cette tournure de pensée abstraite qui ne se satisfait pas des images trop concrètes du catholicisme, mais c'est secondaire.

    Les athées que j'ai pu fréquenter en revanche, au lycée, à la fac, des collègues de travail, m'ont toujours paru, eux, le contraire de gens curieux : quand ce n'étaient pas de parfaits imbéciles, le genre que seules des équations bien résolues ou des grilles de mots croisés bien remplies peuvent contenter, pitié pour ceux-là, c'étaient le type qui préfère ne pas trop se poser de questions. Comme s'ils avaient, enfoui sous leur paperasse, factures d'électricité, notes de téléphone, thèse de doctorat, recettes de cuisine, un petit papier sur lequel ils auraient griffonné un jour à la hâte : "DIEU EXISTE", et puis égaré le papier, ils savent qu'il est là, quelque part, mais ils ne tiennent pas vraiment à remettre la main dessus.

    Diderot n'est pas comme ça, il prend en main les arguments et il les soupèse tous les uns après les autres, d'une façon qu'on peut trouver un peu puérile, peut-être, mais pas hypocrite.
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  • Délit d'opinion

    Ni billet ni commentaires aujourd'hui pour protester contre l'incarcération de l'historien David Irving pour délit d'opinion dans un pays membre de l'Union européenne qui entend donner des leçons en matière de liberté d'expression au reste du monde.

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  • Denis l'Ingrat

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    Je me demande bien ce qui peut avoir poussé Diderot à se faire l’apôtre du matérialisme ? Les idées nouvelles de Rousseau, on comprend mieux d’où elles sortent, un gosse abandonné par son père, c’est tout déboussolé.

    Mais Diderot, lui, il a été élevé dans une famille très pieuse de Langres, à l’aise sans être riche, d’artisans couteliers. Le père de Diderot à la fin de sa vie allait presque tous les jours à la messe, et Denis ne s’entend pas trop mal avec son père… Même, il en admire les vertus chrétiennes ! Avec Didier, son frère prêtre, beaucoup plus intransigeant, c’est pas la même histoire, mais enfin, ce n'est pas le nœud.

    Intrigué, je cherche une réponse dans la biographie de Raymond Trousson, même si j’ai déjà ma petite idée. Inconnu au top 50, mais quel bel écrivain que ce Trousson ! Il faut dire que l’époque où il nous ramène est fascinante - milieu intellectuel frétillant : Voltaire, Rousseau, Diderot, Grimm (!!), bien sûr, mais aussi Fréron, l’Abbé Berthier, etc. Pas comme aujourd’hui où on ne songe plus qu’à prendre sa part du gâteau, un contrat d'édition en or, une mission confiée par Villepin, un poste au Conseil économique et social, un rond de serviette à la table de Mitterrand ou de Chirac, la direction d’une chaîne de télé, une invitation chez Ardisson. Eh oui, en France en 2005 on se soucie plutôt de savoir si on ne fait pas la bite trop longue aux Noirs dans les plaisanteries…

    Le ton paternaliste de Trousson pour parler de son sujet me plaît beaucoup. N'est-ce pas ainsi qu'il faut traiter les insolents et les ambitieux ?
    Emprisonné à Vincennes, officiellement pour avoir commis un ouvrage libertin (Les Bijoux indiscrets), c'est plutôt une vengeance en réalité, Diderot se fend d’une missive à son pater pour lui réclamer un peu d’argent. On a beau spéculer que le monde n'est que le résultat fortuit de la rencontre d'atomes agités, on n'en perd pas moins le Nord… La réponse du Père Diderot à son philosophe de fils de trente-six ans ne se fait pas attendre :

    « Quoi, un homme comme vous qui travaillez à des ouvrages immenses comme vous faites peut-il en avoir besoin ? Voilà vingt-huit jours écoulés en un endroit où il ne vous en a rien coûté ; d’ailleurs je sais que sa Majesté, par un effet de sa bonté, fait donner une subsistance honorable à ceux qui, en exécution de ses ordres, sont traduits là où vous êtes.
    Vous m’avez mandé d’avoir du papier, de l’encre et des plumes. Je vous invite à en faire un meilleur usage que du passé. »


    Comment ne pas faire le rapprochement avec l’emprisonnement de David Irving en Autriche en novembre dernier. Cet historien anglais s’intéresse de trop près à certains détails de l’Histoire récente, alors, hop, on l'arrête et on le flanque au cachot. Prière de penser comme il faut. Comme si les détails n’étaient pas importants, en Histoire !

    Évidemment, en démocratie, cette privation de liberté d'expression devrait faire scandale : « Mais après tout, la démocratie a bien le droit de retirer la liberté à qui elle veut, puisque c'est elle qui l'a inventée ! ». On s'attend à de telles hypocrisies.

    Gageons qu'Irving restera plus longtemps que Diderot en prison.

  • Noël 2020

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    Avant se sortir m’ébrouer sous la neige dont les flocons ont rebondi sur mon blouson comme les grains de riz dans le cou d’une mariée, j’ai pris le temps de m’implanter la puce antifrustrations que je me suis offerte avec les 400 euros que ma mère m’a virés sur mon compte pour Noël. Ce modèle de chez Taniuk™ est très discret, il se pose dans la raie des fesses, ni vu ni connu ; il a quand même fallu que je me tortille devant le miroir pendant trois-quarts d’heure. Beaucoup mieux que la puce Zonder™, qui te fait un bourrelet sur l’avant-bras - et même pas plus chère, d'ailleurs.

    Grâce à la puce, lorsque j’ai mordu dans mon sandwich au camembert et que les graines de sésame en éclatant on diffusé leur goût craquant de brûlé dans ma bouche, tandis que la neige venait me griffer délicatement le visage, et que le beurre sur ma langue exprimait sa suavité, ce qui déjà est étonnant pour un sandwich aussi bon marché, bref, à cet instant j’ai senti une onde de plaisir me traverser, me dynamiser complètement. J’ai pas pu m’empêcher de faire un clin d’œil à l’inconnue frigorifiée qui venait à ma rencontre sur le trottoir - pourtant pas un top-model ; ça lui a fait plaisir qu’un mec comme moi, bien bâti, les traits réguliers, sans maladie ni handicap apparents, la remarque et lui fasse un clin d’œil. Toujours grâce à la puce, j’ai en retour ressenti la joie de cette fille, et tac ! une deuxième onde de plaisir…

    Suite à ça, j’ai fait quelques pas en zigzaguant ; j’ai recouvré complètement mes sens devant la boutique “Princesse Tam-Tam”. Juste comme la vendeuse était en train d’enfiler au mannequin un nouveau string de la nouvelle collection printemps-été 2021. Là, c’est monté très vite : blitch ! J’ai carrément déchargé dans ma combi. « Merde, je me suis dit, j’ai acheté cette puce antifrustrations pour faire des économies, mais s’il faut que j’emmène ma combi au pressing tous les jours, quelle arnaque ! » En plus, c’est celle que j’aime bien, la bleu marine de chez Nordfit™ en épathène® avec une fine rayure bordeaux sur le côté, et j’en ai qu’une.

    Il faut que j’aille au service après-vente me faire régler cette puce au plus vite. D’autant plus que jeudi j’ai un rencard avec une blogueuse et que je tiens pas à ce que ce que l'entretien tourne en eau de boudin. Elle est d’enfer, elle a un indice de satisfaction de 8,5, et ça fait plus d’un an que je la drague.

  • Noire légende

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    Bien que paru aux éditions du "Serpent à plumes", ce bouquin n'est pas une blague. Comment Serge Bilé, qui a écrit auparavant un ouvrage sur l'enfermement des Noirs dans les camps nazis, comment cet auteur pourrait-il même songer à plaisanter dorénavant lorsqu'il s'exprime ? J'ai entendu ce gars-là répondre aux questions de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 et je vous assure que, bien que maintes perches lui aient été tendues, forcément, qu'il aurait pu saisir pour faire rire son public, eh bien il a préféré leur tourner le dos.

    Les arguments de Bilé ne sont pas ceux d'un géomètre-expert. Difficile aussi de mettre au garde-à-vous un échantillon représentatif d'individus de sexe africain en face d'un échantillon de Japonais ou de Français, et de demander à une jeune infirmière suisse légèrement vêtue de les mesurer (pour simplifier la démonstration, je vous demande de reprendre à votre compte ce vieux cliché sur les infirmières dont je n'arrive pas à me débarrasser.)
    Cette expérience sur des corps humains ne serait pas du meilleur goût. D'ailleurs Serge Bilé refusera-t-il probablement de tomber le pantalon s'il se trouve quelque journaliste un peu trop zélé, dans le genre de Marc-Olivier Fogiel, pour s'enquérir de ses propres mensurations.

    Donc Serge Bilé est allé chercher au-delà des simples faits. Il n'a pas hésité à ouvrir la Bible et à remonter jusqu'à la Genèse. Après une lecture attentive de ce document, sans noircir le tableau et aller jusqu'à dire qu'il a été rédigé dans l'intention de brimer les Noirs (Cham), on ne peut s'empêcher d'en trouver la formulation un peu imprudente, qui a permis à l'exégèse blanche de répandre son venin habituel.

    Au total, qu'ils le méritent ou non, quelques centimètres sont rendus aux blancs, et il sera plus correct que les "beaux blacks bien membrés" fassent l'article en des termes mieux proportionnés en répondant aux petites annonces coquines du Nouvel Obs. Aussi les autres Noirs, beaucoup plus nombreux que la légende ne le laissait accroire, pour qui c'était dur d'avoir un petit zizi, rapport à tous ces racontards, retrouveront-ils leur fierté en berne.

    Et c'est ainsi que la civilisation progresse, lentement mais sûrement.

  • Petite annonce

    Urgent : cherche recette Kurnonski rognons chocolat.

  • Un dernier mot

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    C'est dans la merde qu'on reconnaît ses amis, c'est une évidence, et pas autour d'une dinde de Noël !

    Ce qu'on sait moins, c'est qu'on peut aussi, dans la merde, discerner d'assez près le degré de civilisation d'un peuple. Ainsi, tâchez d'aborder le sujet du caca avec un barbare yanki et vous le verrez se constiper net, user de périphrases, litotes et autres figures de style moins connues.

    Un autre exemple ? l'Allemand, positiviste, défèque communément sur un petit plateau aménagé dans l'émail blanc à mi-hauteur de la cuvette afin que l'étron ne file pas tout droit au royaume du noir. C'est qu'il veut pouvoir l'examiner avant, y lire son avenir immédiat. Et ça suppose une technologie domestique à la fois puissante et fiable, telle que celle que les Allemands sont justement les seuls au monde à fabriquer. Car si la chasse-d'eau n'est pas assez vive pour propulser la chose au fond (comme dirait le Yanki), c'est assez… ennuyeux.

    Notez que je profite de ce que les âmes les plus légères ont la tête ailleurs, à leurs dernières emplettes, pour aborder ce sujet délicat, complètement délaissé par l'humanisme contemporain, pas loin de s'indigner qu'au XXIe siècle les femmes et les autres chient encore comme au Moyen-âge. La merde résisterait-elle au progrès ?

    Il ne me paraît pas souhaitable, à moi, que les poètes abandonnent ce thème aux scientifiques, qui en parlent très mal. Définition dépourvue de lyrisme d'un spécialiste :
    « Une selle normale a la forme d'un cylindre plus ou moins déformé qui conserve le calibre de la filière anale* »
    Ne sentez-vous pas derrière ces propos la volonté d'uniformiser jusqu'à la merde ?

    Les amateurs d'hypallages, d'apophtegmes et autres grands mots qui rendent intelligent se réjouiront peut-être d'apprendre que des selles dures en forme de billes détachées se nomment encore "scyballes", assez fats pour ne pas sentir le ridicule de : « Où en es-tu de tes scyballes, mon Lapin, vite, j'ai une commission urgente à faire !? »

    Tiens, ça me rappelle que lorsque j'étais encore enfant, à Noël, chez mes grands-parents, quand j'avais le cigare au bord des lèvres après le réveillon, rien ne me plaisait tant que de déposer une belle pêche sur la neige immaculée. Mais y aura-t-il de la neige à Noël ?


    *Bernier J.J. Selles dures, selles molles. Point de vue sur l'eau fécale : eau des structures et eau de dilution. Gastroentérol. Clin. Biol., 1997 ; 21 : 3-6 (non, ce n'est pas une blague du Pr Choron).

  • Plaisanterie facile

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    Je me suis acheté un petit volume de Reboux, “À la manière de…”, à un euro cinquante aux puces pour passer un joyeux réveillon en marge du bonheur artificiel dans lequel Paris se vautre depuis une semaine déjà. « Plaisir de donner, plaisir de recevoir », je t’en foutrais, moi…

    Aujourd’hui, le pastiche est passé de mode. On exige des œuvres o-ri-gi-nales ! À moins qu’il n’y ait plus rien à pasticher ?
    En tout cas, moi, plus je vieillis (mon premier cheveux blanc, je l’ai cueilli cette semaine), plus je préfère le pastiche à l’original. Du moins en littérature, car en peinture, Courbet, Van Gogh, ça me laisse assez indifférent.

    Donc, Fourest dans l’index, et hop ! imprudemment j’ouvre cet essai sur les genres parodiques en littérature. J’aurais dû m’en douter ! Je tombe direct sur cette idiotie signée d’un certain Daniel Bilous : « À mes risques, je vois dans certains “Pseudo-sonnets” (Fourest, 1909)… en X !!, l’exemple magistral pour l’économie de ses moyens, d’un mimotexte non-assigné saturé par l’aggravation. »

    Le moyen d’éviter ces assommants apôtres de l’intertextualité ?? Même l’AVERTISSEMENT de Fourest n’a pas dissuadé celui-là (Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil.).

    C’est une telle prolifération de parasites intellectuels, de professeurs de philosophie, d’artistes contemporains, que lorsque je tombe enfin sur un type bien, je ne peux pas m’empêcher de le dévisager de la tête aux pieds avec une lueur de reconnaissance dans le regard ; mon boulanger commence à trouver ça suspect. Il faut dire qu’outre de superbes miches, ce brave homme a pour nom Jean Dutour - ça ne s’invente pas !

  • L'aveu

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    Bon, ça m'écorche un peu la gueule de l'avouer, mais quel que soit le degré d'hypocrisie de Villepin et Chirac dans cette affaire, je suis content qu'ils aient mis la pédale douce concernant Napoléon, la célébration de toutes ces victoires sanglantes.

    Si on veut tenter de faire l'Europe avec les Allemands - c'est ça ou se résigner à servir de Muséum d'Histoire à nos cousins yankis -, il peut pas y avoir deux poids, deux mesures. D'un côté on peut pas demander aux Allemands de regretter les crimes de leurs grand-parents pendant sept générations, d'avoir élu Hitler, combattu sous ses ordres et participé au massacre de populations civiles et, de l'autre côté, nous, Français, proclamer notre fierté d'avoir eu un génie militaire de cet acabit à la tête de nos armées, partageant peu ou prou les ambitions et les méthodes du führer, sous prétexte que les uniformes napoléoniens dans les tableaux de Gros ça pète de toutes les couleurs et que la Beauharnais a plus de classe que la Braun.

    D'ailleurs, est-ce que ces repentances, regrets, fierté rétrospective, riment à quelque chose ? Est-ce que je peux tirer une quelconque fierté du fait que mes grands-parents maternels cachèrent des enfants juifs à Narbonne pendant l'occupation allemande ? Est-ce que Lionel Jospin, Hubert Védrine, etc. doivent se sentir morveux parce que leurs parents collaborèrent avec l'État français ? Non, c'est absurde, ce qu'il faut, c'est juste essayer d'être courageux en de semblables circonstances, pas vrai ?

    C'est d'autant plus méritoire de la part de Villepin qu'il est l'auteur d'un bouquin sur Napoléon, certes imbitable, mais que son éditeur aurait pu nonobstant être tenté de retirer à cette occasion.

  • Trois grimaces

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    J’ai un peu tiqué quand Henri m’a dit : « Viens, on va s’en jeter un ou deux au “Bar Jack Kerouac” ! ». Faut dire qu’au début j’entravais pas grand-chose bicôse l’accent yanki. J’ai dû lui faire répéter trois fois. Après, j’aurais voulu lui balancer, genre : « Le “bar Jack Kerouac”, mon pote, tu rigoles ? Imagine un instant un “bar Blondin” ou un “bar Louis-Ferdinand”, ah, ah, cette blague ! » ; mais c’était déjà assez compliqué comme ça de causer de trucs simples avec Henri pour le moment - « Où sont les chiottes ? Prête-moi ton feu ! » - , on verrait ensuite si y’avait moyen de placer une vanne de temps en temps.

    Je suivais aveuglément Henri ; malgré les bars à putes partout - dont les néons clignotaient tant qu’on se serait cru à la foire du trône sans le boucan, le quartier de North Beach était bien peinard. Je déclinai pas la proposition d’Henri d’entrer dans un de ces bars car elle lui vint même pas à l’esprit.
    Toutes ces travailleuses du sexe devaient être beaucoup plus riches que moi et je me serais senti mal à l’aise. J’aurais bombé le torse et dit : « Tu sais pas, je suis Français, ma grande ! », mais peut-être la réputation des Français n’était pas aussi bonne dans ce quartier qu’en France ? Et puis d’ailleurs est-ce que les putes yankis baisent VRAIMENT, au train où ça va ici ? Eh, eh, c’est même pas sûr…

    À part ça, un air très doux souffle sur nos visages pâles et la vague impression de déjà vu, d’être déjà passé par ici un jour. Le jour où j’ai maté Vertigo, peut-être, ou un épisode des Rues de San Francisco ?

    Comme je pensais, le "bar Jack Kerouac", c’est pour les gogos. Le bon point c’est qu’à cette heure, un lundi, il est presque vide. Pas de conférence sur l’esthétique de l’auto-stop ou l’influence de Sartre sur la “Beat Generation”.
    Je sens bien que Henri s’en tamponne autant que moi que Kerouac ait posé son cul sur un de ces sièges et commencé une de ces bouteilles qu’on va peut-être finir ; je préfère ça !
    En fait, je sais même pas quand Kerouac a cassé sa pipe, je l’avoue à Henri. Même que je confondais encore Allan Kardec et Jack Kerouac y'a une semaine, avant de lire le guide touristique dans l’avion. Et puis y’a pas, c’est Bukowski le meilleur !

    On s’entend pour trinquer à la gloire de ce vieux dégueulasse. Grimace vu que la bière (Miller) est infâme. Henri me déconseille le pinard ; pas en général, juste ici. Encore une grimace car Henri vient de poser sa main sur la mienne : je peux ranger mon briquet : interdit de fumer. J’ai tout de même un peu de mal à avaler ça, mais c’est vrai, le “Kerouac” s’est peu à peu rempli et personne qui fume, putain ! Ils peuvent toujours repasser, les Yankis, avec leur Beat Generation ! Tu parles d'une vie de bohême !

    Mon dépit amuse Henri, je parierais. Il me fait grimacer une troisième fois en commandant une bouteille de vodka.
    Ce salopard m’a bien eu. « Celle-ci est différente, c’est comme de l’eau des montagnes de France, tu vas voir ! ». Je me suis pas méfié. J’ai fait mon Français, mon trou du cul : « C’est Mendeleiev qu’a inventé ce truc-là, la vodka ; et je veux plus entendre parler des inventions de ce raseur, merde, Henri ! »
    Il savait déjà pour Mendeleiev. Après, il s’est contenté de m’écouter déblatérer en opinant du bonnet. Il rinçait qu’un godet quand j'en vidais deux, l’enfoiré. De l’eau des montagnes, pour ça il se foutait pas de moi, avec un petit goût de primevère pas dégueu.

    Quand j’ai remarqué son sourire ironique, il était trop tard pour reculer, on entamait la deuxième bouteille de Tchéplutrokoua et je m’agitais sur mon tabouret surélevé en gueulant : « Tout écrivain devrait mettre sur son testament : Il est interdit d’ouvrir un rade à mon nom !! »
    Henri m’a achevé d'un direct du gauche au foie que j’ai pas pu esquiver : « C’est peut-être parce que je suis d’origine polonaise, je sais pas, mais je peux boire tout ce que je veux, ça m'fait aucun effet… »
    En titubant : « Vas te faire enculer à Varsovie, Henri, nan, j’ai pas besoin de ton aide, je peux ramper tout seul ! », j’ai gagné les chiottes du Kerouac comme un pauvre cow-boy beurré. Je me suis effondré en me tapant le nez sur la cuvette et j’ai rendu toute la vodka très pure qui a rosi avec les gouttes de sang qui suintaient de mon tarin.

    L’arbitre a annoncé ma défaite par K.-O. dans le premier round.

  • Madame de

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    « Aujourd'hui, il n'y a plus que les prêtres qui veulent se marier. »

    Sophie ne semble pas goûter comme moi le charme désuet de cette boutade de Louise de Vilmorin.
    Obsédée par la "question matrimoniale", elle pense pouvoir trouver des réponses à ses questions dans la lecture des encycliques du cardinal Ratzinger. La dernière fois que j'ai dû en lire un extrait, menacé que j'étais d'être privé de dessert si je refusais d'obtempérer (Sophie fait une Tatin extraordinaire), je me suis réveillé sur le canapé dans l'entrée, plutôt groggy. J'avais été frappé de somnie subite ou quelque chose dans ce genre. Même la lecture du code civil ne m'avait pas fait ça, rapport à la jurisprudence sans doute. Évidemment, il ne restait presque plus de Tatin.

    Je me demande quand même si l'insouciance de Madame de V. ne cacherait pas dans le fond quelque anxiété. Ne prétend-on pas que Nimier, oui, le sémillant Nimier lui-même, prenait cette foutue "question matrimoniale" au sérieux ?

    Comme le mariage est devenu précieux en se raréfiant ! Une sorte de Graal…
    Les femmes, qui se distinguent souvent par leur entêtement, sont plus nombreuses à se mettre en quête. Les hommes, eux, sont plus effrayés par les monstres qu'ils devinent cachés dans les moindres recoins d'un foyer trop tranquille pour être honnête - et ils préfèrent se débiner.

    Si précieux que demain on pourra accompagner son caniche, le cher disparu, en grande pompe jusqu'à sa dernière demeure, après lui avoir passé la bague au doigt dans une "Pet Wedding Chapel", sans que personne y trouve à redire ?

    Ma cousine Sophie s'obstine donc à vouloir se marier malgré mes objurgations (je pense à l'heureux élu). Du moins a-t-elle renoncé à vouloir faire mon malheur depuis qu'elle a découvert mon blogue il y a quelques mois, complètement par hasard, découverte qui l'a bouleversée - il faut dire que je parle d'elle en des termes parfois un peu cavaliers :

    - Je ne t'aurais jamais cru capable d'une telle… vulgarité, Lapinos ! m'a-t-elle balancé au beau milieu d'un coquetèle où figuraient quelques potes auxquels je tiens, mais dont je me serais bien passé de connaître l'avis sur le point de savoir si un vrai gentleman peut tenir un blogue ou pas sans déchoir.

    Je me suis éloigné de Sophie lentement, sans faire d'esclandre, la mort dans l'âme et avec un goût de cendres dans la bouche. C'est toujours l'effet que les coquetèles de mariage me font, même au mois d'août lorsqu'il fait très doux, que j'ai bu beaucoup de champagne, que mon discours a été applaudi et que la mariée est ravissante.

  • Vanné

    Tous ces mets qu'il a fallu cuisiner, choucroute au jarret, compote de rhubarbe, diplomate, boudin-bananapommes, tajine, maquereaux au doigt et à l'œil, chaque minute compte, et le cassoulet arrosé d'un frontonnais ; sans compter les pâtés, les fromages raffinés, Roquefort, Munster qui fleure bon la merde, Laguiole, Beaufort…

    Et qu'il nous a fallu manger ensuite, avec Henri, sans faire de restes ! Et traduire les recettes : "garlic", "cinnamon", "maquerel", "mashed potatoes", "blossom-tree tea", and so one : « How do you spell it, please ? »

    Je n'en peux plus, je suis vanné. Les trésors de Cluny ont achevé de m'estomaquer. J'aurais tant voulu connaître ceux qui sculptèrent ces retables, le couronnement de David à côté de celui de Louis XII. Ces expressions !

    J'ai fait ce que j'ai pu, mais on ne devient pas Français en deux semaines, hélas, Henri !

  • Deuxième clin d'œil

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    Après Baudelaire, c’est Bukowski qui me fait un clin d’œil - dans sa correspondance, que je ne lis que par petits bouts malgré l’insistance de Juldé, parce que j’ai peur d’être déçu… que Bukowski s’y révèle plus amoureux, moins percutant, moins désespéré - en un mot moins allemand et plus américain.

    À Carl Weissner, 3 avril 1978.

    « Les films c’est pas mon truc : même les (…) bons je les trouve vraiment mauvais. il leur manque un truc quelque part, ils atteignent rarement l’essentiel. tout le champ médiatique est un coquille vide géante, et à bouffer cette merde les masses se bousillent le cerveau. Les boules Quiès sont une bénédiction. »


    En même temps, je crois que j’aurais tort de me priver des pensées d’un penseur d’une telle envergure, qui écrit à Hank Malone le 16 janvier 1977 :

    « Des femmes il y en aura toujours, mais celle qui est désirée est celle qui a tout pigé et c’est celle qui te passe à tabac et ne te laisse jamais seul assez longtemps pour te faire oublier le piège dans lequel tu t’es fourré.

    Si jamais tu as des conseils à me donner au sujet des femmes, tu ferais bien de me les envoyer illico ! »


    Mince, on dirait du Chardonne !

  • Clin d'œil

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    J’ai relevé cette irritation de Baudelaire, parce que ce qu’on ne peut pas enlever à Baudelaire, c’est son art de la contemplation et son aptitude à nous la faire partager :

    « Puisque la photographie nous donne toutes les garanties désirables d’exactitude (ils croient cela, les insensés), l’art, c’est la photographie. »
    À partir de ce moment, la société immonde se rue comme un seul Narcisse pour contempler sa triviale image sur le métal (…)
    Quelque écrivain démocrate a dû voir là-dedans le moyen, à bon marché, de répandre dans le peuple le dégoût de l’histoire de la peinture.


    Je passerais pour un crétin, bien sûr, si je cherchais dans mes lectures la confirmation de mes préjugés. La formulation de mes intuitions, c’est déjà mieux. Mais ce n’est pas encore ça. Un clin d’œil complice, plutôt.
    Avec un bouquin, je préfère m’en tenir à l’attitude d’une pucelle sur le point de se faire baiser pour la première fois et qui attend du sensationnel, du sang neuf. Fini de se brosser les cheveux pendant des heures en se regardant dans le miroir. Je ne jouis vraiment que lorsqu’un bouquin me prend par surprise, me déstabilise.
    Ce n’est pas souvent, je dois admettre, mais qu’est-ce que c’est bon !

  • Rupture

    Je crois que c’est en 1999 que j’ai fait le vœu de ne plus jamais aller voir un film avec Robert de Niro tellement les grimaces de cet "acteur" me tapaient sur le système. Tel cet étirement violent du menton vers le bas pour se débarrasser d'une verrue qui doit lui chatouiller le visage (Si une femme vous dit que Robert de Niro lui plaît, vous pouvez être sûr que ce n’est pas le genre à cracher sur le pognon. Ce type est si commun !)

    Ce genre de vœu peut paraître stupide, mais il m’a évité de gâcher quelques soirées. Je ne suis pas spécialement pressé par le temps, mais je préfère pioncer plutôt que d’aller au cinoche.

    Pareil pour le Musée Georges Pompidou. Mais Henri a tellement insisté pour que je l’accompagne, il a eu cette réplique tellement chou :
    - The Louvre ? But I already went to the Louvre !
    J’ai donc fini par céder, par rompre mon vœu.

    J’ai bien cru que j’allais le regretter, au départ. La situation des employés du musée en tenue décontractée qui contrôlent à deux reprises que le ticket passe bien dans la machine m’a d’emblée profondément mortifié. Henri qui n’a pas une sensibilité d’Européen était relativement choqué lui aussi par ce job profondément insignifiant, sans utilité sociale clairement définie. Une vraie honte. Car pourquoi ne pas installer de petits tourniquets comme dans le métro ?

    Et puis en dehors de trois caricatures amusantes de P. Picasso, F. Picabia et O. Dix, il n’y a vraiment rien à se mettre sous la dent au Pompidou… D'ailleurs j’ai une collègue de travail qui ressemble beaucoup à la caricature de Dix.
    Même l’espèce de "parc d’attraction Dali" à Figueras me paraît mieux pensé pour distraire le badaud pendant une heure que ce piège à cons.

    Mais je décide qu’il vaut mieux prendre la chose du bon côté. Vis-à-vis d’Henri ce ne serait pas correct. Je dois me comporter en hôte responsable et prendre un air décontracté moi aussi. J'avise un petit groupe d'amateurs dont j'espère bien tirer quelque chose. Et en effet, plantés devant une vieille couverture marron lacérée horizontalement qui pendouille, une sorte de suggestion de nature morte abstraite, ils écoutent religieusement la leçon du guide, elle articule avec soin :
    - … et ce n’est pas seulement le thème de la mort qui est abordé ici, bien sûr, mais, quelque part aussi, le thème du mou…

    J’essaie de traduire à Henri pour qu’il puisse se poiler à son tour, mais ce n’est pas si facile.
    Le groupe prend des notes, pose même des questions (?). Des étudiants en médecine écoutant le patron expliquer comment il faut s’y prendre pour faire une palpation rectale à un vieillard sans lui exploser l’anus. Totalement sérieux, ils sont, comme si leur avenir en dépendait ; pourtant ils ne sont plus très jeunes.

    À l’entrée d’une grande salle traversée de divers bruits de chasse d’eau, et surtout plongée dans l’obscurité, je propose à Henri de prendre notre élan et de courir en tous sens :
    - Without risks, there is no Art, you know, Henri… ».
    Il refuse ; mais il se marre bien quand même quand je percute quelqu’un qui fait « Aïe ! » d’une voix éraillée de femme.

    Je suis sûr que le Pompidou est l’endroit idéal pour faire le gag du mec qui fixe un point au plafond et tout le monde lève la tête en se demandant ce qu’il peut bien y avoir au plafond qu’il ne voit pas et se prend les pieds dans le banc en plastique en forme de caniche en travers du chemin.
    En définitive, je reviendrai peut-être…

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  • Facile à dire

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    Voilà trois semaines maintenant que je me persuade que les filles à la chair très pâle, un peu cireuse, de cette couleur qu’ont les cierges d’autel à la cire naturelle, avec les yeux cernés, comme si elle avait veillé toute la nuit, bleu myosotis - mais ce n’est pas le plus important -, les cheveux un peu fous, de toutes petites dents régulièrement plantées, un visage triangulaire de chat, des pieds fins et des mains fines, un bikini blanc semé de quelques petits carreaux bleus, assez grande, que cette sorte de fille a quelque chose de spécial, de différent. Et je dois découvrir quoi.

    Cette superstition m’obsède. Disons que j’y pense plusieurs fois par jour. C’est ma façon à moi d’être amoureux. Il faut que j’en aie le cœur net. Je crois que le moment est venu de lui prendre la main.

    Mais Laure, la Lorelei, et même la fille d’Ipanema, il paraît qu’il faut pas leur mettre la main au panier. Que cela peut attendre l’éternité. Facile à dire.